Chapitre 20 – Volupté et tentation
- Mention lime -
La vie à Poudlard se réorganisait peu à peu suite au départ de Dumbledore, les traditions ancestrales du collège jalonnaient les semaines comme les matchs de Quidditch. Le prochain s'annonçait décisif pour les quatre maisons en raison des scores, pourtant la tension n'était pas la même qu'en début d'année. Ombrage tenait d'une main de maître toute l'école et aucun élève n'osa jeter un sort à l'équipe adverse. D'ailleurs, la directrice s'occupait d'affaires si urgentes qu'elle ne prenait plus la peine de harceler les enseignants.
Les leçons s'enchaînaient avec de faibles améliorations mais toujours régulières et constantes à la satisfaction de Rogue. L'exercice était moins pénible qu'avec Harry et les pensées profanées plus cohérentes et moins ridicules. C'était même avec délectation qu'il lui parlait de Sirius et de Remus juste avant de lancer son sort pour savoir quels souvenirs inédits d'eux ressortiraient. Cependant, lorsque Amalia revenait à elle, le retour de bâton était souvent à la mesure de ce qu'il avait découvert d'humiliant. Pourtant, il n'aurait échangé cette élève contre aucune autre car elle était appliquée, studieuse et assimilait tous ses conseils à la perfection. Le maître de potions se prit même à l'imaginer dans sa classe lorsqu'il fit son entrée à Poudlard comme enseignant, si elle avait terminé sa scolarité ici, aurait-il pris le même plaisir ?
- Severus ? Tu m'écoutes ? Je t'ai ramené des biscuits.
- Excuse-moi, je réfléchissais à quelque chose.
- J'aurais dû en profiter pour rentrer dans ton esprit…
Amalia plissa les yeux comme pour lire ses pensées et sourit.
- Tente-toujours, tu risques de ne pas apprécier le charme de Bouclier. Bon, prends place…
oOo
Cette fois-ci, le souvenir était plus net, la sensation plus précise. Ils se retrouvèrent tous les deux sur une longue plage déserte. La sorcière était silencieuse, elle regardait l'horizon en souriant, le rivage formait une immense crique, au loin se dessinaient des rochers baignés par le soleil couchant. Rogue sentit la tiédeur de l'air qui contrastait avec la fraîcheur des vagues qui venaient s'écraser à leurs pieds. Ils avaient de l'eau à mis-mollets, les chaussures étaient étalées plus loin dans le sable et la brise de fin de journée accompagnait le mouvement de l'eau.
- Tu vois les rochers là-bas ? dit-elle en pointant du doigt les formes majestueuses au loin. On les appelle les Deux Frères. La légende raconte que deux hommes trouvèrent un soir une sirène blessée sur la plage. Ils la soignèrent et tombèrent éperdument amoureux, malheureusement dans leur folie, ils s'entre-tuèrent. La sirène avant de regagner les flots, supplia Poséidon de leur laisser une forme visible en souvenir de leur passion. Le dieu de la Mer y dressa les deux rocs, depuis ils surveillent les plaisanciers et les marins.
La jeune femme fixait toujours la ligne d'horizon avec nostalgie, les rayons oranges balayaient son visage, une certaine plénitude s'y lisait.
- Tu viens ?
Elle lui prit la main et l'entraîna sur le rivage, les pieds dans l'eau ils avançaient d'un pas lent, profitant du calme. L'ambiance était apaisante et rassurante. Ni l'un ni l'autre n'avait envie ou ressenti le besoin de parler.
oOo
Cependant, le rêve se matérialisa en la salle de potions, ils étaient revenus à la réalité. L'épuisement envahit la tête d'Amalia, sa nuque devenait douloureuse et ses yeux se fermaient tout seuls.
- Où étions-nous ?
La voix grave de Rogue la fit rester éveillée.
- Hum... Dans le sud de la France, c'est la plage où j'ai terminé mon adolescence.
- Et avec qui étais-tu ?
- Personne, je n'ai pas vraiment vécu ce que tu as vu.
Elle voulait se lever mais l'effort lui demandait trop d'énergie pour le moment.
- Comment cela ? Ce n'était pas un souvenir ?
Amalia se battait pour ne pas sombrer dans le sommeil, à travers ses paupières presque closes, elle aperçut une silhouette noire.
- Non, ce n'était pas un souvenir, j'ai pensé à un lieu que j'apprécie et je t'y ai conduit. J'ai cru que ce serait plus simple de complètement ouvrir mon esprit au lieu de chercher à le fermer. Enfin... Je suis vraiment fatiguée, j'ai mal partout...
Des mains lui saisirent les épaules et la secoua, sa tête devenait de plus en plus lourde et bascula en arrière sombrant dans les ténèbres. Une odeur âcre lui monta au nez et avec, une nausée assez forte pour lui faire ouvrir les yeux. Amalia était par terre et quelqu'un lui maintenait le dos.
- Qu'est-ce que tu m'as fait sentir... On dirait les pieds d'un troll ! s'exclama-t-elle en essayant de se relever.
- Ah parce que tu as déjà senti les pieds d'un troll ?
Rogue l'aida à se remettre debout, un flacon marron à la main.
- La cabane de Hagrid après une averse si tu préfères...
Un vague sourire se dessina sur leurs visages alors qu'Amalia s'assit sur la chaise d'où elle était tombée.
- Pourrais-tu m'expliquer ce que tu as tenté de faire ?
Le maître de potions reboucha la fiole et la remit dans sa réserve.
- Je suis partie du constat qu'il m'est difficile de vider mon esprit. Alors à la place, je l'ai envahit d'un moment ou plutôt d'un lieu que je connaissais et qui était agréable, quelque chose de neutre où il ne s'était pas passé d'événement marquant.
- C'est plutôt une bonne idée, admit Rogue en la fixant. Ce souvenir était plus précis que les précédents, il était presque réel...
- J'y ai ajouté des éléments que je pouvais maîtriser comme la sensation du soleil ou de la mer.
- Et comment as-tu fait pour interagir avec moi ?
- Je ne sais pas... J'ai juste eu envie que tu sois là, tu comprends ?
Rogue resta perplexe, jamais il n'avait vécu ce genre d'expérience en pénétrant l'esprit d'une personne. Les souvenirs étaient souvent confus, saccadés, se dévoilaient par bride et plus le sujet tentait de les cacher, plus ils devenaient clairs. Là au contraire, c'était comme si toutes les couches de souvenir n'en formaient qu'un seul.
- Tu as encore faits des progrès, seulement cela ne suffira pas à briser un Mangemort. Tu dois être prête à encaisser n'importe quelle attaque. Si tu te retrouves à proximité du Seigneur des Ténèbres, il n'aura besoin d'aucune formule pour y parvenir…
- Je le sais, marmonna la jeune femme en se redressant.
Le professeur d'Occlumancie semblait contrarié et faisait les cent pas devant son bureau.
- Et si on parlait de notre pari ? lança-t-elle pour changer de sujet et détendre l'atmosphère.
- Pari ?
Il s'arrêta soudain, étonné de la tournure de cette conversation.
- Oui, le prochain match est samedi et il oppose Serpentard à Poufsouffle, tout le château en parle ! Tu ne vas pas rater une occasion de prendre ta revanche.
Elle le regarda avec défi.
- Qu'importe l'issue du match, Gryffondor ne peut pas gagner. Il faudrait battre Serdaigle d'au moins deux cents points !
- Peut-être mais cela fera l'objet d'un autre pari. Que mets-tu en jeu ?
- J'allais te poser la même question, répondit-il d'un air féroce.
- Dans ce cas, faisons l'inverse. Que souhaites-tu si tu gagnes ?
- Il y a une chose que tu pourrais me donner…
Il s'approcha lentement d'Amalia, ses yeux noirs brillaient de convoitise. Quand il fut à quelques centimètres, le maître de potions se pencha vers son oreille et murmura :
- Dans ta bibliothèque repose un manuscrit, celui que j'ai consulté cet été...
Ses mots provoquaient à nouveau des frissons, quelque chose qui l'ébranlait et qu'elle ne parvenait pas à expliquer. Il resta là à attendre une réponse et percevant certainement déjà son trouble.
- Ce que tu me demandes est très particulier, il n'existe pas beaucoup d'exemplaires de cet écrit.
- Attends de savoir ce que je mets en jeu. Tu voulais savoir une chose très personnelle à Noël, pourquoi le…
Rogue rougit et chercha comment le formuler, ce fut Amalia qui termina sa phrase dans un murmure suave avec un haussement de sourcils entendu.
- …sexe ?
- …oui. Pourquoi je ne trouvais pas cela, attrayant.
Alors que le marché ne lui paraissait pas équitable au début tout du moins, la jeune femme réévalua l'arrangement et l'estima suffisamment intéressant pour conclure la transaction. Rogue le savait et il triomphait intérieurement.
oOo
Le ciel clair du printemps donnait un sérieux avantage aux deux équipes qui pourraient en profiter pour marquer un maximum de points et se hisser plus haut dans le classement. La foule dévala les pentes du parc pour rejoindre le stade. Une nouvelle fois, les deux maisons spectatrices s'étaient alliées contre les Serpentard et scandaient les noms des joueurs de Poufsouffle. Ombrage ne semblait pas apprécier le Quidditch et ne prenait pas la peine d'assister aux matchs depuis qu'elle était directrice, justifiant ses absences par des tâches importantes. Cette situation permettait aux enseignants de se retrouver sans surveillance et de la critiquer ouvertement sans craindre des représailles. Amalia attendait le début du match dans la tribune principale, cherchant des yeux Hagrid, redoutant de voir son visage avec de nouvelles plaies.
- Dites-moi Minerva, savez-vous où en est la mise à l'épreuve de notre garde-chasse ?
- Je n'en ai aucune idée, je ne suis directrice-adjointe que de nom. Ombrage ne me tient plus informée des décisions concernant l'école. Il faudrait que nous soumettions Mr. Rusard à la question... Ah ! D'ailleurs, Severus, auriez-vous encore un peu de sérum de Vérité pour nous aider dans cette tâche ? demanda-t-elle à l'arrivant.
Le maître de potions leva les yeux aux ciel sans répondre, de toute façon, Ombrage avait vidé sa réserve et sa dernière victime le regardait avec un air de reproche. McGonagall se tourna vers Chourave pour continuer à discuter et Amalia s'adressa à son voisin.
- Prêt à perdre ?
- J'espère que tu as le manuscrit, j'ai annulé toutes les retenues de la soirée pour m'y plonger.
- Oh, c'est dommage ! lança-t-elle d'un ton ironique. As-tu prévu une autre activité dans l'éventualité où tu perdrais ?
- Tu n'auras pas de chance deux fois de suite. J'ai menacé mes élèves de les faire redoubler s'ils perdaient.
- Hum, le match va peut-être devenir intéressant, ricana-t-elle.
Madame Bibine donna un coup de sifflet et laissa les balles prendre leur envol. Autour d'elle flottaient des silhouettes vertes et argents ainsi que jaunes et noires. Avec agilité, un des poursuiveurs de Serpentard saisit un Souafle et marqua le premier but de la rencontre, sous les applaudissements mous et peu enthousiastes d'Amalia. Remontant à toute vitesse le terrain, Poufsouffle égalisa quelques instants après et les acclamations plus sonores que les précédentes, firent vibrer le stade. Malefoy contrairement au premier match contre Gryffondor, prenait son rôle d'Attrapeur un peu plus au sérieux et scrutait l'horizon à la recherche d'un signe doré. Il plongeait par moment pour inciter l'Attrapeur adverse à le suivre mais ce dernier était méfiant et décrivant des cercles plus larges autour des autres joueurs. L'issue de la rencontre n'était pas certaine, les deux équipes se battaient avec hargne et le score avait du mal à se creuser. Après plus d'une heure de jeu, Serpentard menait enfin avec une belle avance, pourtant le Vif d'Or était toujours introuvable. Madame Bibine alla même jusqu'à vérifier qu'il soit bien sorti de sa boîte.
Soudain, l'attrapeur noir et jaune fondit vers l'arbitre et brandit un petit objet ! Poufsouffle venait de gagner le match dans un mouchoir de poche avec à peine vingt points de différence ! Les élèves se déchaînèrent dans les tribunes et les professeurs applaudissaient avec chaleur, le match avait été particulièrement palpitant et aucun incident ne ponctua la fin de cette rencontre.
A table, tous admirent que les joueurs s'étaient illustrés aujourd'hui et espéraient que le dernier match de la saison opposant Gryffondor à Serdaigle, soit tout aussi palpitant. Amalia n'osa pas titiller Rogue car elle avait une nouvelle fois gagné de justesse son pari et l'expression froide du directeur de Serpentard n'augurait rien de bon. Elle patienta jusqu'à une heure assez avancée pour qu'elle soit certaine qu'il lui réponde. Dans sa chambre, la sorcière tamisa les lumières des lampes à huile et s'installa confortablement dans son lit comme si elle s'apprêtait à lire un roman à l'eau de rose épicé. Elle plongea sa plume dans l'encre et débuta :
- Bonsoir...
La réponse mit quelques minutes à arriver.
- Tu es venue réclamer ton dû je suppose ?
- Nous pouvons reprendre plus tard si je tombe mal. Tu n'avais pas l'air bien au repas...
- Ce que je vais te révéler est difficile à écrire…
- Je n'avais pas conscience que ce pari avait une telle portée, tu aurais pu mettre autre chose en jeu…
- Je n'ai qu'une parole.
L'écriture pointue et le point appuyé démontraient un ton sec et coupant, presque résolu.
- Je suis prête, et toi ?
- Oui.
Le récit s'étala sur le papier, laissant à son auteur le temps de réfléchir, choisir ses mots, raconter cette histoire si personnelle qu'elle allait enfin les mettre sur un pied d'égalité. Après tout, Rogue avait vu tellement de souvenirs intimes d'Amalia pendant les leçons d'Occlumancie qu'il se sentait obligé de remplir sa part du contrat, bien qu'elle lui ait offert une porte de sortie.
- Il y a longtemps déjà, avant que je ne vienne enseigner ici, j'étais au service du Seigneur des Ténèbres. J'avais enfin l'impression d'appartenir à quelque chose de grand et de puissant, d'être un membre apprécié à sa juste valeur dans un groupe après avoir été un élève détesté au collège.
- Étonnant pour un Serpentard, non ?
- L'un n'empêche pas l'autre. Parmi les Mangemorts, il y avait une femme qui aurait tout donné pour Lui. S'il lui avait demandé de s'ouvrir les veines, elle l'aurait fait sans hésiter. Un jour, j'ai apporté au Seigneur des Ténèbres des informations importantes sur l'Ordre du Phénix et pour me récompenser, il m'a « offert » cette femme.
L'écriture s'arrêta comme si Rogue hésitait avant de reprendre, Amalia sentit les battements de son cœur s'accélérer.
- Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai accepté. J'étais jeune et inexpérimenté, je voulais enfin être considéré comme un homme et ne plus être embarrassé par mon innocence. Alors je l'ai fait. C'était froid, mécanique, sans sentiment ni plaisir et ce fut la seule. Deux semaines plus tard, lors d'une mission que le Seigneur des Ténèbres lui avait confiée, elle a épargné la vie d'un Auror, son propre frère… Le Seigneur des Ténèbres la tortura jusqu'à la mort pour exemple.
Amalia demeura pensive.
- Tu trouves cette histoire pitoyable ? ajouta-t-il
- Bien sûr que non. Cet événement est dramatique et a dû être terrible pour toi. C'est juste que…
Ne sachant pas comment tourner sa phrase, elle reposa sa plume et une tâche noire se forma à l'endroit où elle l'avait suspendue pendant sa réflexion. A la place, une nouvelle phrase de Rogue reprit.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- C'est un récit triste et je trouve dommage que tu n'aies jamais vraiment fait l'amour…
- Qu'est-ce que je viens de te raconter ?
- Je te parle de faire l'amour, pas qu'une relation physique.
Le sorcier relut plusieurs fois la phrase, il était perplexe et mal à l'aise mais surtout curieux.
- Éclaire-moi je te prie puisque tu sembles si avide de m'enseigner quelque chose que j'ignore…
L'ironie du ton transparaissait dans la façon dont il formait les points sur les i. Amalia plongea l'extrémité biseautée de la plume sur la surface de l'encre tout en pensant à ses propos.
- Je t'avertis, ceci doit immédiatement disparaître et ne laisser aucune trace, me suis-je bien faite comprendre ?
- Je n'ai pas envie que cette conversation soit lue.
- Bon... Faire l'amour c'est d'abord un respect mutuel et un désir partagé, une sensation complexe d'excitation et de réactions physiques qui se joue avec l'esprit. Tu devrais comprendre cela…
Elle se mordit les lèvres avant de reprendre.
- C'est aussi une envie qui monte et envahit tout le corps, chauffe au niveau du visage et un peu partout… D'ailleurs c'est ce jeu qui rend l'acte si intense parce que c'est l'union de deux désirs et de deux corps qui se cherchent, se testent et finissent par se goûter. La différence est là à mon sens entre l'acte physique bestial et l'instant de communion qui mène à la jouissance. C'est vraiment quelque chose de beau s'il est bien fait et…
- Oui ? écrit-il à toute vitesse sans lui laisser le temps de reprendre de l'encre.
- … qu'on a envie de recommencer.
Rogue resta interloqué. Elle décrivait un autre monde et même une autre version de ce qu'il avait vécu. Ses mots évoquaient un plaisir à la fois charnel et spirituel, rendant tout ceci moins gauche et plus agréable.
- Severus ?
- Oui, je suis toujours là. Je réfléchissais.
Cette conversation sincère dévoilait un peu plus de la personnalité d'Amalia et rendit Rogue serein. Il avait perdu son pari et une nouvelle fois, il avait l'impression d'être l'heureux gagnant. Sa plume gratta le papier.
- Merci.
- De rien.
- Heureusement que la Directrice ne te lit pas.
- D'ailleurs en parlant du crapaud, il serait peut-être prudent de faire les leçons d'Occlumancie dans la salle de musique. Si je me fais attraper près des cachots…
- Je dirai être une victime de ton harcèlement journalier.
- Je ne compterai pas sur ton soutien pour ma plaidoirie ! A mardi pour la prochaine session ?
oOo
Ce fut le bruit de l'eau qui attira en premier son attention. En ouvrant les yeux Rogue découvrit un paysage champêtre et enchanteur. Ils étaient au milieu d'une place de village dans un bourg ancien, les maisons à colombages et les poutres en bois foncé témoignaient d'un passé prestigieux. Surplombant le village, les ruines d'un château médiéval donnaient une prestance au lieu. La place du village était animée par un marché local aux étales pleines de victuailles, les enfants couraient au milieu des passants et les vendeurs criaient les rabais qu'ils accorderaient. Autour de la place serpentait un ruisseau, des libellules et des insectes virevoltaient au-dessus de l'eau, des poissons se cachaient dans les algues et l'odeur de limon montait jusqu'aux berges. Un donjon et des maisons nobles à tourelles abritaient les boutiques d'artisans et les collines verdoyantes autour débordaient de pommiers.
- Où sommes-nous ?
- Dans un autre souvenir d'enfance.
Les gens ne semblaient pas les voir, Amalia entreprit de se frayer un chemin dans la foule venue faire le marché. Rogue la suivit jusqu'au port enjambant le ruisseau. La jeune femme prit appui sur la rambarde et regarda l'une des demeures sur la rive opposée, elle souriait.
- C'était la maison de mon grand-père, j'y ai découvert le plus bel héritage qui soit, dit-elle à son compagnon de voyage.
- Et qu'est-ce que c'était ?
- Sa passion pour l'Histoire et la musique. Je n'ai pas connu la famille de mon père car il a perdu jeune ses parents et en se mariant, il s'est éloigné de ses oncles et tantes. Alors la famille de ma mère s'est employée à m'entourer de tout l'amour et l'attention pour deux. Les vacances ici étaient pleines de senteurs tièdes de fruits mûrs et d'excellents moments ensemble. Bon ! La balade est terminée, déclara Amalia en se redressant.
- Que dois-je comprendre ?
Le paysage perdit de sa consistance, les gazouillis d'oiseaux avaient cessé, au loin les enfants s'étaient figés dans leurs gestes.
- Ici, tu es dans mon esprit et je dois réussir à t'en faire sortir, de gré ou de force.
Sa voix calme et douce ne présageait rien de bon.
- Ah, nous allons peut-être enfin arriver à quelque chose de concret ! Comment comptes-tu t'y prendre ? railla Rogue en sortant sa baguette.
Le sol se déroba sous leurs pieds mais ils ne tombèrent pas, c'étaient comme s'ils marchaient sur un sol invisible.
- Tu crois que cela va suffire ?
Il tendit sa baguette et la poussa vers des souvenirs douloureux, ceux qu'ils connaissait bien pour les avoir vu dès leur premier cours.
- Allons, montre-moi de quoi tu es capable...
Amalia revivait avec effroi le meurtre de sa mère, la ruelle sombre se forma ainsi que leurs assaillants. Tremblante, elle n'arrivait pas à se concentrer assez pour repousser les images qui se présentaient ; plus ils se rapprochaient, plus elle paniqua car elle savait que le moment fatidique allait arriver. Un Mangemort menaçait la jeune fille, la mère s'interposa, l'homme prononça des paroles qui firent sourire les autres personnes présentes. Puis un éclair vert frappa la femme et l'adolescente hurla à pleins poumons avant de s'effondrer au sol, attendant sa dernière heure. Elle entrouvrit les yeux et aperçut les bottes de l'assassin de sa mère, l'odeur du sang lorsqu'il la cogna au visage et la douleur qui lui perfora le dos quand il prononça le sortilège Doloris. Après de longues minutes qui lui semblèrent durer une éternité, un éclair d'un blanc pur tomba derrière le groupe de Mangemorts et un sorcier se dressa de toute sa stature. Rogue reconnut immédiatement Dumbledore, le visage plus jeune mais l'expression froide qu'il avait déjà eu l'occasion de voir dans les moments de colère sourde, de l'ancien directeur de Poudlard.
Le souvenir s'arrêta là, Amalia était recroquevillée sur le sol du cachot, elle convulsait et murmurait des paroles inaudibles. En se rapprochant, le maître de potions entendit les mots « plus jamais, je veux arrêter » et comprit qu'il était allé trop loin cette fois-ci. Lorsque les tremblements cessèrent, elle essuya ses joues d'un revers de manche et se releva.
- Tu n'aurais pas dû... lui reprocha-t-elle.
- Si tu crois que tes projections de souvenirs de vacances vont arrêter ses partisans, tu te trompes.
- Severus, tu n'avais pas le droit !
Amalia se retourna et son cri raisonna dans la salle vide.
- Tu es venue me chercher pour que je t'entraîne à fermer ton esprit. Exercice pour lequel ton propre père a échoué. Si je ne te pousses pas plus, jamais tu n'y arriveras !
Il avait répondu d'un ton sec et beaucoup plus fort que ce qu'il espérait. A l'instar du charme de Patronus, l'Occlumancie était difficile à réaliser et peu de sorciers y parvenaient. Rogue finissait par s'agacer que tous prétendirent s'y atteler et réussir un exploit que lui-même avait mis des années à réaliser. Amalia prit congés sans ajouter un mot, elle gravit les marches jusqu'à sa chambre et s'enferma pour le reste de la soirée.
oOo
Elle était sur son pupitre pendant une interrogation d'Histoire, le regard perdu sur le plafonnier aux bougies consumées, bercée par le grattement des élèves sur leurs parchemins. Son esprit vagabondait et plus Amalia réfléchissait à ce qu'elle voulait préserver de ses pensées, plus l'évidence s'imposait à elle. Jamais elle ne pourrait se prémunir des attaques psychiques d'un Mangemort, Severus avait raison, son père avait échoué à lui enseigner cet art, pourquoi lui y parviendrait-il ? Pourtant, elle repensa à un tour de magie Moldue que les jumeaux avaient mis au point. Même s'il s'agissait d'une illusion basée sur de la manipulation d'objets, l'idée de distraire le spectateur pendant que la seconde main modifiait l'ordre des cartes ou faisait passer une pièce de monnaie à un autre endroit était une idée à creuser.
Au fond de la classe, deux étudiants s'échangeaient des mots sous leur bureau, d'un coup de baguette Amalia récupéra le parchemin et consulta le mot avant de coller les tricheurs. C'était une déclaration d'amour mielleuse qui proposait un premier rendez-vous dans les serres du château, à l'abri des regards. L'écriture arrondie et hésitante inspira le professeur pendant que les élèves concernés attendaient inquiets sa réaction. D'un geste nonchalant, elle brûla le parchemin et leur adressa un regard de reproche avant de se pencher sur la lecture des premiers devoirs qu'on lui rapportait.
oOo
Ombrage n'avait aucune idée de ce qui se jouait sous ses yeux, trop occupée à gérer Peeves malgré les interventions du Baron Sanglant, et pour avoir à plusieurs reprises perdu la face en accusant à tord Amalia de vagabondage dans les sous-sols, elle s'abstint de toute remarque. Alors, avec mille précautions, la jeune femme descendit vers la salle de potions et espéra pouvoir tenter une nouvelle approche. Curieux de savoir ce qu'elle préparait, Rogue ne posa pas de question et accepta de renouveler l'expérience de l'Occlumancie. Malheureusement pour lui, Amalia était maintenant prête à se défendre.
- Legilimens !
L'esprit du maître de potions était envahi d'images entrecoupées qui se stabilisèrent. Ils se retrouvèrent tous les deux dans le Poudlard Express, juste avant la rentrée. Le wagon était baigné d'une lumière dorée et de la tiédeur de fin d'été. Amalia venait de fermer la porte du compartiment.
- J'essaye de m'imaginer ce que Filius pensait avoir interrompu…
Elle baissa les stores un à un en parlant.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Il se souvint à ce moment, de ce qui s'était passé par la suite. Elle avait ouvert son sac pour en sortir le livre de potions des deuxièmes années mais cette fois-ci, il se leva et profita de la demi-obscurité pour la rejoindre. Il se penchait doucement vers sa collègue, inexorablement attiré par ses lèvres. En s'approchant, il sentit son souffle chaud et lui passa une main dans les cheveux. Au lieu de le repousser, elle lui sourit.
- Viens, c'est bien… Ne résiste pas…
Quelque chose ne collait pas, en temps normal jamais Rogue n'aurait osé être si proche d'elle, la tenir de cette manière et frôler ses lèvres. Il sentit en lui un désir incontrôlable qui se battait contre la raison.
- Arrête !
- Qu'est-ce qu'il y a Severus ? susurra-t-elle d'une voix douce.
- ARRÊTE !
Le contact se coupa brutalement, ils étaient à nouveau dans le cachot humide et froid, l'homme haletant, la regarda assise à la même place, le visage fermé.
- Qu'est-ce que tu as fait ? grogna-t-il en rangeant sa baguette.
- Je n'arrive pas à te bloquer, autant t'amener dans un souvenir de mon choix que je maîtrise et utiliser tes propres peurs contre toi.
- Peurs ? Quelles peurs ?
- Oh s'il te plaît, pas à moi ! Je t'impressionne et l'idée même d'avoir une relation physique avec un autre être humain te terrifie !
- Tu dis des âneries, persifla-t-il en balayant l'air d'un geste de la main.
- D'accord, dans ce cas, recommence !
Amalia détendit les épaules et attendit le sortilège, le visage serein. Pour sa part, le maître de potions hésita, il était persuadé qu'elle avait eu beaucoup de chance et qu'il n'était pas possible de détourner l'esprit ainsi pendant une attaque. Mais si elle avait raison. Un nouvel échec confirmerait que non seulement elle était douée mais aussi qu'elle l'intimidait terriblement. L'envie de lui clouer le clapet l'emporta sur tout le reste. Il reprit sa baguette et se lança.
oOo
Ils étaient maintenant dans la chambre d'Amalia à Londres, tous les deux en pyjama dans son lit comme pendant les fêtes de fin d'année sauf que c'était la chaleur de l'été qu'il ressentait. Des livres étaient étalés un peu partout sur l'édredon et ils débattaient de sujets variés. Au bout d'un moment, Amalia se tut et prit ce sourire mutin qui illuminait si souvent ses traits. La bretelle droite de son débardeur tombait de son épaule, ses cheveux défaits lui donnaient un air affriolant.
- Donc, qui avait raison ?
- Ce n'est pas parce que tu nous amènes ici que ta théorie est confirmée.
- C'est vrai.
Elle se rapprocha et prit appui de l'autre côté du lit, plaçant les jambes de Rogue sous son bras.
- Et là ? dit-elle d'un ton calme.
- N'importe qui serait gêné... Nous travaillons ensemble , ce n'est pas approprié d'être si proches...
Il avait beau argumenter, la peau de la jeune femme paraissait soyeuse, les rayons de lumière dorés de l'été caressaient son épaule dénudée, une mèche dessinait un chemin dans son cou jusqu'à la naissance de sa poitrine où la pointe de ses cheveux disparaissait. Un désir ardent naissait en lui.
- Je n'ai fait qu'utiliser un de tes souvenirs, c'est ton esprit qui l'a fait remonter.
- Ne dis pas n'importe quoi… pesta-t-il en détournant le menton.
- Alors touche-moi, je sais que tu en as envie. Tu peux le faire où tu estimes qu'il serait correct pour un collègue d'avoir un contact.
Elle le fixait toujours avec malice. Lentement, il posa sa main sur celle d'Amalia puis, du bout de l'index, il remonta doucement vers son épaule, effleurant sa peau douce jusqu'à sa bretelle qu'il remit en place sans un mot. Et contre toute attente, il continua son chemin jusqu'à sa nuque et l'attira vers lui.
- Ah ! Tu vois que j'avais raison ! dit-elle juste avant que leurs lèvres se rencontrent.
Elle était assise dans son fauteuil et lui debout devant. Il lui lança un regard noir en reprenant contenance. La salle de cours était beaucoup plus froide et austère que la chambre de Londres. La sensation chaude des draps et du soleil avait laissé place aux courants d'air glacés des sous-sols. Rogue savait qu'Amalia avait été loin et qu'elle s'était servie de ses peurs, il ne pouvait pourtant pas lui avouer que lorsqu'il était avec elle, il enviait Sirius et Remus pour l'intimité qu'ils partageaient. Elle n'avait rien inventé cette fois-ci, c'était bien de son imagination à lui que venait cette vision.
- Il suffit pour aujourd'hui, conclut-il avec raideur, prenant le chemin de sa chambre.
- Mais...
La porte de son appartement claqua, Amalia demeura dans le silence angoissant de la salle de potions. Cette leçon avait comme un goût de revanche.
Prochain chapitre : Les révélations de la bibliothécaire (mention lime)
Note : Hé j'espère que vous apprécierez ce chapitre plus mature qui révèle un peu plus du caractère de nos protagonistes. Un grand merci à Euphie31 qui nous a rejoint ! :) Passez sur le compte instagram lordberlioz, j'ai quelques photos à partager !
