Chapitre 21 – Les révélations de la bibliothécaire

- Mention lime -

La finale de Quidditch fut un moment d'une rare allégresse malgré la répression dont étaient victimes les élèves de la part de la Brigade Inquisitoriale : Gryffondor avait largement battu Serdaigle et remporté la coupe ! Cette victoire inattendue plaça Serpentard en bas du classement et étrangement les autres maisons étaient satisfaites de leur sort. A quelques jours des premiers examens, juin promettait d'être un mois agréable et poussait les étudiants à sortir dans le parc.

Le professeur de Soins aux Créatures Magiques pour sa part, se présenta de meilleure humeur alors que le repas était déjà bien avancé.

- Bonsoir Hagrid, j'espère que tu vas bien, tu en as l'air en tout cas ! Ta mise à l'épreuve a été levée ?

- Oh... non pas du tout et je m'en fiche ! Que cette harpie fasse ce qui lui chante ! répondit le garde-chasse d'un ton bourru.

- Tu devrais peut-être parler moins fort...

- Pas question que je cache ce que j'ai à dire !

- Hagrid, s'il te plaît ! Amalia le supplia et argumenta d'un coup de coude. Dumbledore n'est plus là, nous devons nous assurer que le Ministère ne fera pas n'importe quoi ici !

Ombrage s'était retournée et fixait le demi-géant les yeux plissés. Son expression révoltée tenait plus de la défaite de son ancienne maison qu'au comportement d'un des enseignants.

- De toute façon, je pense qu'ils ne vont pas tarder à me congédier.

- Pourquoi dis-tu cela ?

La jeune femme triturait nerveusement sa fourchette.

- Des bruits de couloirs... marmonna-t-il dans sa grosse barbe hirsute.

- Dans cette éventualité malheureuse, as-tu pris tes dispositions pour Crockdur ?

- Oui, je m'en suis occupé dès le début de ma mise à l'épreuve. Et pour le reste, j'ai mis mes affaires en ordres !

Hagrid fit cette déclaration avec une telle joie qu'Amalia craignit un autre spectacle en fanfare. Depuis le départ fracassant des jumeaux suite à une brillante et éclatante vengeance contre Ombrage, leur professeur d'Histoire n'avait cessé d'éprouver des remords en pensant à leur mère qui devait certainement s'inquiéter de leur avenir. L'incident s'était produit quelques jours plus tôt mais la Grande Inquisitrice ne se calmait toujours pas.

Les derniers jours de révisions pour les B.U.S.E. annonçaient également l'arrivée prochaine des vacances et un soleil radieux inondait le parc. Comme les examens d'A.S. . ne débuteraient que la semaine suivante Amalia profita de ce temps libre pour répondre à Molly Weasley. Elle lui avait écrit pour la rassurer sur Fred et George, de leur côté ils avaient par chance bien préparé leur coup et la boutique du Chemin de Traverse était ouverte depuis un mois, les affaires marchaient assez pour calmer les appréhensions de leur famille. Amalia apprit dans un courrier qu'Arthur passait régulièrement les visiter à la pause déjeuner et prendre de leurs nouvelles. Les jumeaux étaient ravis de la situation, comme libérés d'un poids sans l'oppression permanente d'Ombrage. Ils avaient fait parvenir par hibou à leur professeur un carton d'invitation pour l'inauguration de leur boutique dès la rentrée de septembre qui s'annonçait être une fête mémorable.

oOo

La bibliothèque de Poudlard était devenu le dernier endroit où se donnaient rendez-vous des grappes entières d'élèves studieux. Les révisions rendaient nerveux la plus part et Madame Pomfresh redoublait d'efforts pour calmer les évanouissements qui se multipliaient. Cette année scolaire avait été d'autant plus chargée pour l'infirmière que les Boîtes à Flemme de Fred et George s'étaient multipliées d'une manière assez étonnante, conduisant les étudiants à les utiliser pour éviter le cours de Défense Contre les Forces du Mal qu'Ombrage voulait absolument continuer à assurer en plus de ses impératifs de directrice.

Absorbée par sa lecture, Amalia désirait faire apparaître un dictionnaire des runes anciennes du bout de sa baguette mais l'ouvrage refusa obstinément de se présenter sur l'étagère ensorcelée de l'enseignante. Elle se résigna à demander de l'aide à la bibliothécaire. Derrière le comptoir de restitution des prêts qui servait également de bureau à Madame Pince, Amalia la trouva penchée sur quelque chose, elle pestait et marmonnait à voix basse.

- Madame Pince ?

- Quoi ? répondit d'une voix forte et d'un ton sec la bibliothécaire, apparemment contrariée d'être interrompue.

La femme pivota sur ses talons, fixant d'un air mauvais son interlocutrice. Sur la banque derrière elle se trouvait un livre dont la couverture, l'ossature et les cahiers étaient défaits. Surprise par cette réaction particulièrement sonore pour un lieu aussi silencieux que la bibliothèque, Amalia changea d'approche.

- Avez-vous besoin d'aide ?

Madame Pince demeura étonnée et après une longue hésitation, lui répondit :

- Comment pourriez-vous m'aider ? Aucun sort ne parvient à réparer ce livre, pourquoi vous, vous y arriveriez mieux que moi ?

- Hum, parce que si la magie ne fonctionne pas il ne reste que l'option manuelle. Permettez ? suggéra le professeur d'Histoire en tendant la main.

Bien que septique, elle lui donna les trois éléments. Amalia vérifia que les différents cahiers formant le corps du livre étaient en parfait état puis que l'ossature ne soit pas rongée par un insecte. Enfin, la couverture avait subit les ravages de l'air et du temps, elle s'était décollée proprement et pouvait être ré-assemblée au reste du livre.

- Je pense pouvoir le réparer, m'autorisez-vous à essayer ?

N'ayant pas d'autre alternative, Madame Pince haussa les épaules et reprit son travail de rangement. Amalia descendit à la hâte dans les cuisines et avec l'aide des elfes de maison, prépara une colle avec de l'eau, du sucre et de la farine. Dobby lui apporta même un bocal en verre pour transporter le mélange et lui trouva un pinceau aux poils épais. Lorsqu'elle remonta dans la bibliothèque, la jeune femme prit les morceaux du livre et sous le regard attentif de Madame Pince, encolla soigneusement la couverture aux autres parties. Elle chassa les bulles d'air avec le bord d'une règle en métal et posa des poids sur le livre le temps qu'il sèche.

- Normalement, demain matin tout devrait tenir, dit Amalia d'une voix douce en caressant le cuir de la reliure.

- Bien, nous verrons donc cela demain. Si le livre a subit de nouveaux dommages, vous aurez à faire à moi, répliqua sèchement la bibliothécaire.

Heureusement pour elle, les talents d'Amalia en réparation de livres n'étaient plus à démontrer. Quand elles ouvrirent l'ouvrage, les pages n'avaient pas adhéré à la couverture.

- Je vous ai laissé la préparation dans le bocal sur votre bureau. Vous savez comment faire mais si un jour vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas.

Amalia sourit à la femme acariâtre qui terrorisait les élèves par des aboiements au moindre faux-pas. Avec beaucoup de patience elle avait réussi à l'approcher et même à la rendre moins farouche. Un voile étrange passa sur le visage de Madame Pince, comme un air de nostalgie.

- Physiquement, vous ressemblez à votre père mais c'est la gentillesse de votre mère qui émane de vous depuis votre première visite ici.

Elle avait prononcé cette phrase d'une voix tremblante et l'écho d'un souvenir douloureux se dessina.

- Je ne comprends pas, vous connaissiez mes parents ?

L'expression incrédule d'Amalia se transforma quand elle réalisa ce que cela signifiait.

- C'est vous qui avez mis l'animorphe ici et le livre de mon père !

Madame Pince ne partagea pas l'emballement de l'enseignante ce qui eut pour effet de la faire taire. La gardienne du lieu lança un regard autour d'elles puis poussa Amalia vers la salle de lecture des professeurs. Elle inspira lentement comme pour se donner du courage et débuta son récit.

- J'ai été élève à Poudlard bien après votre père et nos familles ont voulu arranger notre rencontre avant la fin de ma scolarité. Je dois dire qu'il était séduisant mais rapidement, il a préféré votre mère. Je ne lui en ai pas voulu, elle avait le charme des françaises bien qu'elle soit Moldue et son courage fut louable...

Amalia détourna le menton pour cacher sa réaction pendant que Madame Pince continuait son récit.

- Je suis restée en contact avec Livius toutes ces années et j'ai su à sa mort que Dumbledore viendrait vous chercher. Votre père avait anticipé cette éventualité. J'ai caché à l'insu du directeur l'encyclopédie, ici à Poudlard et j'ai veillé que l'animorphe ne se révèle qu'à vous.

- Pendant toutes ces années, vous avez pris soin de ses livres... Amalia observa la femme, derrière son comportement rude se cachait une protectrice inattendue. Merci beaucoup.

- J'espère que vous avez pu y trouver des choses intéressantes.

- Oui, très. C'est simplement dommage que mon père n'ait pas eu l'occasion de m'en parler avant sa mort.

- Il vous a confié un héritage lourd à porter, jugea-t-elle d'une voix rauque.

- En effet, je le découvre tous les jours. Vous a-t-il révélé ses intentions ?

- Livius était très mystérieux, il ne voulait pas qu'une autre personne puisse ouvrir l'animorphe, pas même le directeur en qui il avait pourtant une confiance aveugle.

La jeune femme était troublée et ses yeux brillaient dans la lumière des lanternes de la bibliothèque.

- Miss Richards, je sais que ces secrets vous pèsent mais Livius vous aimait et a agit dans votre intérêt comme le ferait n'importe quel parent dans sa situation. Ne soyez pas sévère dans votre jugement. Si vous avez besoin d'autre chose, n'hésitez pas, vous savez où me trouver.

- C'est gentil à vous Madame Pince. Quand vous aurez le temps, j'aimerais que vous me parliez de mon père.

- Avec plaisir, répondit-elle sobrement.

La bibliothécaire retourna à ses occupations, Amalia ne la considérerait plus de la même façon.

oOo

Passée le choc de ces révélations, l'enseignante s'installa dans la Grande Salle pour surveiller les révisions collectives des cinquièmes et septièmes années. Le professeur McGonagall se penchait régulièrement pour inciter les élèves à plus de sérieux et de concentration, laissant le loisir à sa collègue de coucher son excitation sur le papier.

- Severus ? Tu es là ?

Aucune réponse n'apparut, alors Amalia persista sachant qu'il lirait un jour ou l'autre ses mots.

- J'ai découvert qui a mis le livre et l'animorphe à Poudlard ! C'est Madame Pince ! La femme de la lettre, l'alliée dont parlait mon père, c'est elle !

Son enthousiasme transparaissait entre ses lignes, elle écrivit à toute vitesse, tâchant au passage le parchemin de gouttelettes d'encre. De l'autre côté, son message avait été lu et son interlocuteur finit par sortir de son mutisme.

- Comment l'as-tu su ?

- Elle me l'a dit aujourd'hui. Nous étions dans la bibliothèque, seules et je l'ai aidé à réparer un livre. Je crois que ça l'a beaucoup touchée de savoir que je prenais soin des ouvrages. J'avais des doutes depuis un moment, à part Dumbledore, je ne vois pas qui aurait pu cacher le livre ou l'animorphe en tout cas, dans le château.

- T'a-t-elle fait d'autres révélations ?

- Pas vraiment, elle m'a dit avant de partir qu'elle était heureuse que je me sois sortie indemne de l'attaque de Gringotts. D'ailleurs en y pensant, c'est un peu grâce à toi...

- Ah ?

Il employait un ton détaché pour marquer une certaine distance depuis leur dernier tête à tête embarrassant, cependant, la curiosité l'emportait.

- Quand le Mangemort m'a attaquée, il a essayé de…

- Ce n'est pas la peine de l'écrire, j'ai compris...

- Quoiqu'il en soit, il m'a dit que Voldemort t'avait demandé de me « dresser ». Est-ce vrai ?

Rogue mit un moment à répondre, il devait certainement chercher les mots les plus justes pour ne pas la froisser.

- Oui, il m'a demandé de profiter de la proximité dont je bénéficie au château pour te convaincre de nous rejoindre ou de te soumettre à sa volonté. Il devait penser à l'Imperium.

-… Tu lui as désobéi, tu risques beaucoup pour me protéger.

- Qui te dit que je ne l'ai pas tenté ?

- Je doute que cette réponse convainc qui que ce soit te connaissant. Tu n'essaies pas, tu réussis.

L'écriture de Rogue devint rapide.

- Merci du compliment. Je n'ai pas eu besoin de me poser la question car pendant les cours de rattrapage de Potter, quelque chose s'est produit. L'information t'aurait contrariée donc je ne t'ai rien dit.

- Pardon ?

- J'y viens. Un soir, Potter n'arrêtait pas de penser à ce qu'il voulait me cacher, si cela était nécessaire de prouver une fois de plus sa bêtise…

- Je roule des yeux.

- Bref, j'ai vu qu'il avait rêvé d'Avery. Il était au sol, suppliant Le Seigneur des Ténèbres qui lui disait être déçu de son comportement et de ses tentatives infructueuses. Je ne sais pas de quoi ils parlaient mais le Seigneur des Ténèbres lui a demandé de prendre exemple sur moi car je le sers avec dévouement. Avery a répondu que j'étais si appliqué que je m'associais avec l'ennemi.

- EnnemiE, je suppose qu'il parlait de moi.

- Oui, il lui a raconté notre rencontre au Ministère et le fait que nous soyons « fiancés ». Le Seigneur des Ténèbres ne s'est pas mis en colère, loin de là même au grand désespoir d'Avery. Il paraissait pensif et ravi de l'information. Quelques jours plus tard, avec l'accord de Dumbledore, je me suis rendu chez Lucius et le Seigneur des Ténèbres m'a félicité pour l'habilité avec laquelle je t'avais subtilement mis sous mon joue à la barbe de Dumbledore.

- Parfait, n'est-ce pas ?

- Oui, je dois admettre que ton idée était brillante.

- Mr. Potter a-t-il compris de qui ils parlaient ?

- Non, Avery a juste prononcé mon nom et dit « ennemi ». Tu es inquiète à l'idée qu'un élève sache ce que nous sommes l'un pour l'autre ?

Amalia sourit en le lisant, la pointe d'ironie se devinait et elle s'imagina son expression à la découverte de sa réponse.

- Oh mon Prince, tu deviens romantique… Malheureusement je pensais à Sirius et Remus, ils sont déjà au courant de la rumeur. Si Harry la leur répète, ils pourraient prendre cette histoire au sérieux.

- En effet, ce serait fâcheux. Black aurait une excellente raison de me provoquer en duel et… de perdre. Au final, tu devrais lui annoncer nos « fiançailles » même si elles sont fictives, je suis prêt à me battre, si ce n'est pour ton honneur, j'espère retrouver un peu du mien.

- Ce ne sera pas utile, Arthur a entendu des rumeurs au ministère et s'en sentit obligé d'en parler à mes chaperons... Je me suis déjà justifiée !

- Cependant, je ne comprends pas comment cette histoire t'a permis de t'en sortir.

- J'ai réalisé que beaucoup de gens avaient pris des risques pour moi et que je ne pouvais pas le laisser me briser sans me battre. Que Voldemort m'avait déjà assez volé pour ne pas lui accorder cette partie de mon âme.

- … Je comprends mieux ton entêtement à vouloir maîtriser ton esprit... Veux-tu toujours de mon aide ?

- Je ne l'espérais plus à cause de la dernière fois...

- Alors accepte cette main tendue.

- Même si ma stratégie te met mal à l'aise ?

- Oui. Retrouve-moi dès que tu auras une occasion, nous essayerons. Ton approche est... intéressante.

- Compris. Je te laisse, Minerva a besoin d'aide.

Au fond de la salle, McGonagall séparait deux élèves trop bruyants et punissait les membres de la Brigade Inquisitoriale qui ne relisaient pas assez vite leurs notes. Au milieu de la table de Gryffondor, la tête échevelée de Hermione paraissait être sur le point d'exploser. Les parchemins autour d'elle traitaient pêle-mêle de la Guerre des Géants, de questions potentielles sur l'étude des runes et des mouvements à effectuer pour réussir certains sorts de métamorphose. A pas de loup, Amalia s'approcha de Ron et de Harry qui pour leur part, étaient moins nerveux en apparence et se contentaient d'un unique livre pour réviser. Le préfet releva le nez et supplia son enseignante :

- Professeur Richards, est-ce que vous m'accorderiez un indice sur les sujets qui pourraient tomber en Histoire de la Magie ?

- Je suis désolée, pour la Divination vous devriez demander à l'enseignant compétent de vous faire une prédiction, le taquina Amalia pendant que Hermione lui adressait un regard plein de sous-entendus. Bon courage pour vos révisions, les B.U.S.E. ne sont qu'un avant-goût pour les A.S.P.I.C. !

Ron et Harry se décomposèrent alors que Hermione arborait un sourire satisfait.

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La séance suivante d'Occlumancie était attendue avec fébrilité par Amalia, elle ne savait pas comment amener les choses et bien qu'au courant de l'aspect intime de cette matière et de ces conséquences possibles sur ses relations avec Rogue, les derniers cours les avaient mis tous les deux dans l'embarras. Pourtant, lorsqu'il pointa sa baguette vers sa tête, elle était résolue à aller jusqu'au bout de son idée et de prouver que les limites de la Magie pouvait être repoussées pour le meilleur, même lorsqu'il s'agissait de magie noire.

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Le maître de potions fut une nouvelle fois aspiré par l'esprit qu'il profanait. Et une nouvelle fois, les sensations étaient claires, vibrantes, presque trop réelles. Le lieu se matérialisa, il était dans la salle de bains des Préfets à Poudlard, la lune se reflétait à la surface de l'eau, toute la pièce était plongée dans le noir et il se trouvait au centre du bassin. La chaleur du bain ne le saisit pas immédiatement, ce fut seulement quand il se rendit compte qu'il était dévêtu que l'impression de brûlure le marqua. Une odeur d'herbes et de sels de bain parfumés flottait dans l'air, s'il n'avait pas encore conscience d'être dans la tête d'Amalia, il aurait presque pu apprécier le moment.

Des bougies apparurent soudainement et leurs mèches s'allumèrent rendant le lieu moins ténébreux. Le silence demeura jusqu'à ce qu'un clapotis indique à Rogue que quelqu'un rentrait dans l'eau. Tétanisé, il n'osa d'abord pas se retourner puis quand il se rappela la raison de sa présence ici, il lui fit face. Après tout c'était son esprit qui guidait cette vision, il pouvait la contrôler.

La jeune femme était dans l'eau trouble jusqu'à la taille cachant ainsi son intimité, les rayons de la lune éclairaient sa peau blanche projetant des ombres sous sa poitrine, ses cheveux voilaient à peine des aréoles sombres et son opale brillait à son cou. Elle avança, l'air déterminée.

- J'espère que le spectacle te plaît.

Il voulut lui répondre mais il n'y pas, tentant par tous les moyens de ne pas baisser le regard vers ce corps dévêtu, hypnotisé par ses yeux verts. Ils ressemblaient tellement à ceux de Lily seulement, ils étaient animés d'un feu sauvage. Pourtant, à chaque fois qu'il la détaillait, il ne pouvait s'empêcher de penser à son seul et premier amour. Délicatement, Amalia posa une main sur sa joue et petit à petit, il sentit un contact doux et chaud contre son torse. Elle était collée à lui, ses lèvres se rapprochant des siennes. Le sorcier n'arrivait pas à bouger, terriblement gêné par sa présence dans cette tenue, les joues empourprées et ses tremblements trahissaient son embarras. S'il avait pu s'échapper, il l'aurait fait mais le piège d'Amalia s'était refermé. La jeune femme finit par glisser son visage dans son cou, au creux de son oreille pour murmurer.

- Je suis toute à toi, pourquoi ne me touches-tu pas ? Qu'attends-tu ? réclama-t-elle en lui frôlait le lobe de l'oreille.

Rogue essaya de se convaincre qu'une partie de cette image mentale était vraie, néanmoins il savait qu'elle l'avait amené exactement là où il serait vulnérable. Incapable de dire ou de faire quoi que ce soit, il demeura figé dans une projection immatérielle et laissait sa victime le posséder. Son corps réagissait alors que son esprit luttait. Il avait les mains en l'air ne sachant pas où les poser, ses jambes tremblaient, sa respiration s'accéléra et l'odeur d'herbes devint enivrante, trop présente. Il voulait tout à la fois lui rendre ses caresses et la repousser l'embrasser et s'enfuir lui répondre et se taire : c'était la première fois qu'il ressentait ce genre de trouble et son inaction l'énervait au plus au point.

Les doigts de la jeune femme passèrent dans son dos pendant que sa bouche susurrait les mots qu'il voulait entendre. Soudain, un geste brutal le projeta en arrière et il se retrouva plongé dans l'eau, immobilisé au fond du bassin par Amalia qui le bloquait de tout son poids. Il suffoquait, se débattait mais l'air ne rentrait toujours pas dans ses poumon. Au moment où ses forces le quittèrent, il fut rejeté dans sa salle de cours, au milieu des bocaux et de la lueur verte des cachots.

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Haletant, il reprenait son souffle sur son fauteuil, Amalia récupérait peu à peu conscience.

- Voilà où je voulais en venir, déclara-t-elle d'une voix grave. En usant de la crainte des gens, je peux les amener où je veux et les pousser à mourir littéralement de peur et sans baguette, sans sortilège, seulement en me défendant…

Une aura sombre entourait le professeur d'Histoire, son expression était à la fois triste et triomphante. Rogue prit alors conscience avec horreur de ce qu'ils avaient découvert : les pouvoirs d'Amalia était l'arme la plus puissante que son père lui avait légué. Elle serait aussi la raison de sa perte.

- As-tu capté mes pensées ? lui répondit-il en palpant la manche sèche de sa cape pour être certain de ne pas avoir rêvé.

- Non, c'est toi qui es rentré dans mon esprit, je n'ai pas eu accès au tien.

Le maître de potions fit les cents pas devant son bureau, son visage crispé par la réflexion.

- Qui y-a-t-il ? s'enquit Amalia en étirant sa nuque douloureuse.

- Si tu ne rentres pas dans l'esprit de la personne qui t'attaque, comment peux-tu deviner ses peurs ?

Elle se leva d'un bond pour se placer devant Rogue.

- Je n'ai pas besoin d'aller dans l'esprit d'une personne pour savoir ce qui l'effraie.

Son regard était pénétrant, ses pupilles pétillaient de malice.

- Il y a toujours un moyen de se défaire d'une peur, c'est encore de l'affronter… reprit-elle en se dirigeant vers la sortie. Tu devrais y songer, sinon la prochaine fois, je te frotterai le dos…

Amalia rit en refermant précipitamment le battant en bois pour éviter un livre qu'il lui avait jeté.

oOo

A mesure que la fin d'année approchait, les examens blancs s'intensifiaient pour les élèves et leurs professeurs n'avaient que peu de répit. Amalia parvint tout de même à s'octroyer un moment dans la salle de musique. Lorsque la mélodie envahit à nouveau la pièce, les instruments enchantés accompagnèrent le piano et bientôt les murs prirent des couleurs jaunes et dorées comme si un soleil brillait au milieu de la salle. Les notes étaient pénétrantes et vibrantes, la musique était magie et se ressentaient dans tout le corps. Quand la jeune femme relâcha la pédale du piano et releva les doigts des touches, une voix s'éleva :

- C'est de la très belle magie…

- Je te demande pardon ? répondit-elle en se tournant vers son visiteur.

- Tu enchantes les notes pour les rendre vivantes. Ce n'est pas un sort très complexe mais tout le monde ne peut pas y parvenir parce que cela vient du cœur…

Amalia rangea les partitions et s'approcha de Rogue qui tenait un parchemin.

- Merci… Quelle est la raison de ta venue ici aussi tard ?

- Dumbledore.

Il lui tendit le courrier, leur ancien directeur donnait des nouvelles plutôt positives de projets pour l'Ordre et espérait que les professeurs encore en place à Poudlard arriveraient à maintenir un semblant de discipline en son absence.

- Il laisse croire qu'il va revenir un jour…

- Tu en doutes ? s'étonna-t-elle.

- Honnêtement, oui. Si l'on ne se débarrasse pas rapidement d'Ombrage, il faudra composer avec elle l'an prochain.

- A moins qu'elle ne nous garde pas...

- Toi je ne sais pas mais pour ma part, je n'ai pas de souci à me faire… souffla-t-il du ton de la plaisanterie.

- Ah ah. Reste aussi caustique, elle pourrait apprécier ! Je dois admettre que si je n'étais plus là, elle t'aurait moins à l'œil.

- J'aurais également plus de temps de libre pour m'ennuyer…

- Justement puisque tu abordes nos activités souterraines, qu'as-tu pensé de mes « progrès » ?

Le maître de potions hésita à répondre. Non seulement sa manière d'appréhender et de contourner un problème était astucieuse mais elle l'avait sondé et aurait pu faire bien plus que de le repousser de son esprit.

- Tu as été… excellente.

- Ah ! répondit-elle triomphante.

- Tu ne pratiques pas l'Occlumancie à proprement parler, je dirais qu'il s'agit d'une nouvelle forme de magie de l'esprit. Prends garde à ne pas te perdre dans les peurs de tes victimes…

- J'espère ne pas avoir l'occasion de mettre en application ce que nous avons découvert. Bon ! Je retourne dans ma chambre à moins que tu ais besoin de…

Prise dans son élan, Amalia resta bloquée dans une bulle invisible qui serra ses deux prisonniers l'un contre l'autre. Elle en chercha la cause jusqu'à ce que Rogue lui montre du doigt un petit buisson accroché au lustre, juste au-dessus d'eux.

- Les jumeaux !

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il d'une voix curieuse.

- Du gui magique ! Ils l'ont mis au point pour la St Valentin ! s'agaça-t-elle en sortant sa baguette.

- Quel est le but ?

Il tenta de s'extraire de la zone de contrainte sans succès.

- Le gui emprisonne deux personnes et le seul moyen en théorie de s'en sortir, c'est de s'embrasser. Mais il y a une sorte de mot de passe qu'ils m'ont donné… Attends je vais m'en souvenir, c'est…

- Tu veux dire que si l'on s'embrasse, le sortilège nous libérera ?

- Oui… Attends, à quoi est-ce que tu penses ?

Il l'attira vers lui et passa une main dans ses cheveux. Ils étaient soyeux et sentaient bons, alors il se pencha vers la jeune femme et murmura :

- Tu m'as dit d'affronter mes peurs…

Avant qu'elle n'ait pu répondre, il l'embrassa avec une infinie douceur, savourant le contact chaud de ces lèvres qu'il avait tant de fois effleuré en leçons d'Occlumancie sans jamais réussir à les toucher. Et contrairement à ce qu'il avait imaginé, elle lui rendit son étreinte ce qui provoqua un étrange sentiment d'exaltation et des frissons au creux de son estomac. Les bras d'Amalia l'enlacèrent et le baiser dura de longues minutes où tout semblait s'être figé autour d'eux. Quand Rogue recula enfin, il resta tout près pour contempler ces grands yeux verts. L'envie de recommencer le saisit et seule la perspective de se faire prendre tous les deux dans ce lieu le retint.

- Dix points pour Gryffondor et cette merveilleuse invention…

Il sourit avant de quitter la pièce, laissant la jeune femme sous le charme de cet échange. Juste avant qu'il ne quitte la pièce, elle lui répliqua :

- Cela méritait au moins cinquante points !

- Je récompensais les Weasley, pas toi…

Elle demeura dans la salle de musique silencieuse, libérée du sortilège, le rouge aux pommettes et une expression réjouie au visage. Allait-elle oser lui dire qu'un simple baiser sur la joue aurait suffit ?

oOo

Le chapitre final sur la coopération magique entre Ombrage et Amalia se déroula pendant l'une des heures d'études en fin de journée, exclusivement réservée aux révisions des examens. Elles étaient surveillées et presque tous les enseignants étaient donc présents dans la Grande Salle bondée. Les seules exceptions concernaient le soutien renforcé imposé par la directrice dans certaines matières qu'elle jugeait faibles. L'énervement se déchiffrait sur le visage de cette dernière, prise entre les mauvais tours de Peeves et l'indifférence froide que lui témoignait le personnel du château, seul Rusard semblait être de son côté. Tout devenait une raison de punir et de sévir pour maintenir l'ordre et la discipline au nom de Cornelius Fudge, ce malgré l'attitude désinvolte des professeurs à son encontre. En effet, ni Flitwick, ni Chourave et encore moins McGonagall ne lui portait assistance lorsqu'un piège caché par les jumeaux Weasley s'enclenchait et s'ils pouvaient en être à l'origine, aucun d'eux ne s'en privait.

Amalia surveillait attentivement les élèves trop peu nombreux à avoir choisi l'Histoire de la Magie aux A.S.P.I.C. alors que certains de ses collègues croulaient sous les sollicitations des étudiants paniqués. Beaucoup espéraient des carrières prestigieuses où la maîtrise des potions, sortilèges et métamorphoses étaient vitales. Les signes démontrant une crise de nerf imminente ne manquaient pas, entre les cheveux arrachés, les tremblements de mains au-dessus de parchemin clairsemés de tâches d'encre et les pleurs incontrôlés. Rogue en particulier ne savait plus où donner de la tête et finit par demander de l'aide à sa collègue.

- Hum… risqua-t-il en s'approchant, le regard fuyant. Est-ce que tu pourrais rendre un service à… aux Gryffondor et Serdaigle s'il te plaît ?

- C'est à eux ou à toi que je rends ce service ?

- A moi, c'est une évidence ! répliqua-t-il d'un ton cinglant avant de se radoucir en comprenant qu'elle le taquinait.

- Bien sûr que j'accepte…

Elle roula des yeux et passa derrière les têtes penchées sur les livres et documents éparpillés. Les élèves des deux maisons étaient contents de trouver de l'aide et de ne pas avoir à faire à Rogue dans cet exercice forcé par Ombrage, pour lequel ni lui ni les étudiants n'étaient favorables. Tout se déroulait à merveille jusqu'à ce que l'entrée de la directrice rompt l'atmosphère studieuse du réfectoire par son apparition dans l'encadrement de la porte. Échevelée et furieuse, elle avança tant bien que mal dans l'allée principale en clopinant car un de ses talons était tordu. Les regards curieux qui se levèrent sur son passage s'interrogeaient entre la possibilité qu'Ombrage ait découvert une nouvelle surprise laissée par les jumeaux Weasley dans un recoin du château ou une plaisanterie de Peeves qui méritait bien son surnom d'esprit frappeur. Elle fondit sur Flitwick pour s'assurer que ses élèves soient bien prêts et revint plusieurs fois questionner McGonagall sur l'arrivée des examinateurs pour les B.U.S.E.

Prise d'un doute sur une formule, Amalia retourna vers le maître de potions pour l'interroger.

- Severus, pourrais-tu me dire ce que tu leur avais préconisé ici, s'il te plaît ? Ils ne se souviennent plus du cours et les quantités me paraissent étranges.

Elle pointa du doigt le parchemin que Rogue ne lut même pas. Il profita de l'extrême concentration de ses élèves pour frôler son bras en se penchant vers le vélin. Il finit par relire les notes distraitement pendant qu'Amalia, amusée, glissa sa main dans les plis de leurs capes pour serrer le bout de ses doigts.

Malheureusement pour eux, Ombrage n'avait pas perdu une miette de la scène et hurla à travers la Grande Salle.

- Miss Richards, il suffit ! J'en ai assez de devoir sans arrêt vous reprendre sur votre comportement ! C'est la fois de trop !

Amalia pivota pour lui faire face, elle resta de marbre alors qu'Ombrage arrivait à toute vitesse, les tempes palpitantes et sa baguette pointée sur le professeur d'Histoire. Personne n'avait jamais osé s'adresser à elle sur ce ton mis à part son père et encore moins en public, la directrice allait l'apprendre à ses dépends avant même d'avoir pu l'atteindre. Amalia se retourna vers Rogue, l'attrapa par le col et l'attira vers elle pour lui prodiguer le plus fougueux et magistral baiser qu'elle n'ait jamais fait à aucun homme.

Derrière eux, le réfectoire était devenu étonnement calme, même les fantômes des maisons s'étaient arrêtés pour observer l'étrange scène, figés dans leurs mouvements. Peu à peu des murmures d'écœurement montèrent de la table des Serpentard. Quand le professeur d'Histoire termina, elle prit un air méprisant et s'adressa à Ombrage.

- Dolorès, vous pouvez dire que j'ai eu un comportement vulgaire et inapproprié. Sur ce, je vais faire mes bagages, n'est-ce pas ?

Et sans attendre de réponse, elle quitta la Grande Salle la tête haute. Dans son dos, Ombrage hurlait des ordres à pleins poumons, la menaçait de renvoi, parlait de convocation et de tribunal, enfin, à bout de souffle, elle se tut. Ce fut à ce moment que des applaudissements et des acclamations inondèrent la pièce afin de saluer ce geste de révolte hautement symbolique de la part d'un enseignant de Poudlard face à la répression de la Grande Inquisitrice. Furieuse, cette dernière adressa un regard noir à Rogue qui était resté stupéfait par ce baiser, les mains en l'air. Il ne les baissa que pour hausser les épaules en guise de réaction aux reproches silencieux de la petite femme replète et rose avant de retourner à ses élèves pour réclamer du calme.

oOo

Dans sa chambre, Amalia ouvrit sa malle et y lança pêle-mêle ses vêtements, chaussures et livres à toute vitesse pour être certaine d'être partie du château avant qu'Ombrage n'ait pu réagir. Après quinze minutes de chambardement, elle reprit contenance et réfléchit aux conséquences de ses actes. Elle n'avait eu de cesse de répéter à Hagrid de faire profil bas pour le bien de l'école et des élèves, pourtant elle venait juste de faire tout l'inverse. Parmi tous les ouvrages posés dans son bagage, le carnet rouge enchanté dépassait. Elle prit une plume et l'ouvrit pour griffonner quelques mots d'excuse à son propriétaire, son écriture fut interrompue par le concierge qui venait frapper à la porte de sa chambre.

- Professeur Richards, j'ai là une ordonnance de la directrice. Vous devez quitter immédiatement le château avec vos affaires jusqu'à ce que le Ministère ait statué sur votre sort. Si vous n'avez pas fini, j'attends à l'extérieur pour vous escorter.

Amalia était incapable de déchiffrer l'expression qu'arborait le vieux concierge. Était-ce de la satisfaction ou de l'effroi ?

- Ne prenez pas cette peine, mes bagages sont terminés, je m'en allais, répondit-elle froidement.

Les bruits de pas et des discussions lui parvenaient à travers les couloirs et les escaliers, dans sa descente Amalia croisa de nombreux élèves qui l'observaient quitter ses fonctions sous le couperet d'une directrice décriée et haït de tous, ou presque si l'on prend en compte Rusard. Un vent froid vint lécher le dos du professeur d'Histoire, Peeves l'accompagna jusqu'à la porte du château en la couvrant d'un tonnerre d'applaudissements et d'une chanson aux paroles salaces mais bien trouvées. Au moment où elle allait franchir le portail, la voix forte de Hagrid la héla.

- Amalia ! Attends !

La jeune femme reposa sa malle et découvrit le demi-géant accompagné du professeur McGonagall qui lui couraient après.

- Vous n'étiez pas obligés de me dire au revoir. Les vacances approchent, nous nous reverrons chez Sirius pour l'Ordre, les rassura-t-elle d'une voix douce.

- Amalia, ce que vous avez fait était courageux mais vous risquez de perdre votre emploi ! gémit la directrice adjointe.

- Peut-être... Cela dit, combien de temps allions-nous supporter cette oppression ? Retournez à l'intérieur ou vous aurez de sérieux ennuis. Ne vous en faites pas, je vais retrouver de vieux amis et j'aurais l'occasion de vous voir bientôt.

Hagrid était resté un peu en retrait et essuyait des grosses larmes qui perlaient dans sa barbe. Les trois professeurs se dirent au revoir et Amalia reprit sa route, réalisant qu'elle avait passé un point de non-retour. Dans quelques jours une commission mettrait certainement fin à sa carrière d'enseignante à Poudlard et elle ne concevait pas de retourner à la vie Moldue. La magie était revenue dans sa vie, il lui était impossible de la laisser repartir.


Prochain chapitre : Jusqu'à la fin du monde

Note : Comme disait François Hollande en arrivant à l'Élysée : le déménagement, c'est maintenant !

Je n'aurai pas Internet ce week-end, c'est donc aujourd'hui que vous recevez cet avant-dernier chapitre ! En espérant qu'il en satisfera plus d'une ;) Merci pour votre fidélité !