Chapitre 5 :

Lorsqu'ils revinrent de mission, Hermione s'inquiéta en voyant leur mine. Elle s'était précipitée pour leur demander si tout allait bien, s'il n'y avait pas eu de problème. Jarod lui avait expliqué que leur piste n'avait mené nulle part et mettait leur réaction sur le compte de la déception.

S'en était suivit un débriefing lors duquel chacun d'eux avait présenté le résultat de leurs investigations. Ils étaient donc revenus au point de départ et avaient passé la journée à retracer le parcours de chacune des victimes durant la semaine précédent leur meurtre, voulant s'assurer qu'ils n'avaient rien manqué. Ils finirent leur journée aussi bredouille qu'ils l'avaient débutée.

C'est donc légèrement dépités qu'ils se présentèrent le lendemain. Cependant un événement fit réagir Drago. En arrivant le lendemain, il avait aperçu Hermione rire avec Bryce. Jusque là rien d'inhabituel. Ce qui lui avait plus déplut était les regards qu'ils échangeaient et la façon dont le brun profitait de la moindre occasion pour avoir un contact, même le plus minime, avec la jeune femme. Il ne rêvait pas : ils flirtaient !

Voulant avoir confirmation de ses doutes, il était allé trouver Casey et Logan qui étaient un peu à l'écart.

_ Dites, commença le blond en toute innocence. Ils font souvent ça ?

Suivant son regard, les américains découvrirent qu'il faisait allusion à Hermione et Bryce.

_ De quoi, flirter ? demanda Logan avec amusement. Oui assez souvent…

_ Et ça ne vous gêne pas ? s'enquit Drago.

_ Disons qu'on finit par s'y faire, expliqua Casey.

_ Mais je croyais qu'ils se détestaient, insista le britannique.

_ Au début oui, approuva le plus jeune. Mais tu sais comment ça marche : la haine, la tension puis l'attraction et le désir qui s'en mêlent et très vite…

_ Ça suffit, coupa le géant mettant fin à la discussion.

Mais Drago avait eu toutes les informations qu'il désirait. Bien sûr que oui qu'il savait de quoi parlait Logan, lui-même avait vécu la même chose avec Hermione. Et il savait que les choses pouvaient très vite aller plus loin que prévu… Il ne pouvait pas laisser une telle chose arriver. Il avait déjà tout foutu en l'air sept ans auparavant, il n'allait pas refaire la même erreur aujourd'hui. Il avait beau avoir du mal à cerner la jeune femme, il ne la laisserait pas repartir sans avoir l'occasion de lui dire ce qu'il ressentait. Non, pas deux fois la même erreur…

La journée était passée trop lentement aux yeux de Drago. Il avait attendu que tout le monde soit parti pour rester seul avec Hermione. Car elle avait beau avoir changé, elle restait toujours aussi assidue et entêtée face à un problème.

_ Encore là, remarqua-t-il la faisant sursauter.

_ Oh Drago, je n'avais pas vu que tu étais là… Et oui, je suis toujours là. Il y a un truc qui cloche mais je ne sais pas quoi et ça m'énerve.

_ Tu n'as pas changé finalement, s'amusa-t-il.

_ Drago, soupira la jeune femme soudainement lasse. Je vous ais déjà expliqué que je ne voulais pas en parler…

_ Et je ne te demande pas de le faire, contra le blond. Je veux simplement que tu m'écoutes, s'il-te-plait.

Surprise, elle se contenta d'hocher la tête et de se tourner complètement face à lui, attentive.

_ Hermione, se lança-t-il. Avant toute chose, je suis désolé. Je me suis mal comporté envers toi il y a sept ans et je le regrette sincèrement. Ma culpabilité est telle que je n'ai pas osé dire la vérité aux autres… J'avais tellement peur d'être responsable de ton départ…

_ Ce n'est pas le cas, le rassura-t-elle. Enfin pas entièrement. C'est vrai que ce que tu m'as dis m'a beaucoup affecté mais ce n'était pas la seule ni la principale raison de mon choix de partir…

_ Est-ce que la mort de tes parents en était une?

Hermione se figea aux mots qu'il venait de prononcer avec calme. Ainsi, il savait. Elle réalisa alors que ce devait être cette découverte qui les avait autant perturbés Ron et lui la veille…

_ Pourquoi ne pas nous en avoir parlé ? voulu-t-il savoir, toujours avec calme.

_ Et à quoi bon ? A part faire culpabiliser et souffrir Harry un peu plus. Ce n'était pas utile que vous le sachiez et je n'avais pas besoin de votre pitié. Il y avait bien plus important à régler.

_ Il ne s'agit pas de pitié, mais de soutenir une amie dans une épreuve difficile !

Ils s'observèrent un moment, méditant les paroles de l'autre. Déçu du manque de considération qu'elle avait eu pour eux et leur attachement envers elle, Drago soupira.

_ Il m'a fallut du temps, beaucoup de temps pour comprendre ton geste mais j'ai fini par y arriver. Ce qui ne veut pas dire que je ne t'en veux pas. Ne me coupe pas ! Il est légitime que tu sois celle qui avait le plus de raison de m'en vouloir après ce que je t'ai fais et dis. Mais je pense qu'inconsciemment je voulais que tu le découvres…

_ Pourquoi ?

_ Pour que tu aies une raison de mettre fin à ce qu'il y avait entre nous, ce que j'étais à l'époque incapable de faire.

_ Au risque de me répéter : pourquoi ?

_ Parce que j'avais peur !

Devant son regard d'incompréhension, Drago soupira avant de s'expliquer.

_ A partir du moment où vous m'avez accepté et plus particulièrement toi, les choses se sont naturellement mises en place. Être avec toi et te parler était simple et paraissait normal. Je n'avais pas à faire attention à ce que je disais ou à l'image que je véhiculais, chose primordiale chez les aristocrates ! Vous m'avez accepté tel que je suis et c'était la première fois que ça m'arrivait. Je ne cherche pas à me faire plaindre, loin de là ! Je voudrais juste que tu comprennes l'importance de ce que représentait cette relation pour moi. J'étais tellement bien avec toi : me chamaillant, plaisantant, flirtant ou simplement discutant de tout et de rien. Ça me paraissait tellement parfait que je me voyais bien continuer ainsi pendant plusieurs années. Et ce constat m'a effrayé : moi m'engager dans la durée ? Ça ne pouvait pas être vrai. Il fallait mettre un terme à tout ça et au plus vite. Mais comme j'étais trop lâche pour le faire moi-même, je t'ai poussé à la faire.

Le blond fit une pause pour reprendre son souffle et rassembler ses idées sous le regard attentif d'Hermione.

_ Mais quand j'ai vu à quel point je t'avais fait du mal, je me suis sentit idiot et je m'en suis voulu de m'être énervé et d'avoir merdé. Mais je pensais que tu me connaissais : tu savais qu'il m'arrivait très souvent de m'emporter pour rien. Et le fait que tu m'aies mis au pied du mur en m'engueulant pour ce j'avais fait a été la goutte de trop, ne dit-on pas que la meilleure défense est l'attaque ? Alors j'ai été odieux avec toi. Je me suis alors promis qu'après la Bataille je ferai tout pour m'expliquer et me faire pardonner une deuxième et dernière fois. Que nous aurions la possibilité de parler de tout ça. Mais tu es partie et tu n'as jamais donné signe de vie en sept ans…

« Tu sais, il ne passe pas un jour sans que je ne m'en veuille pour la façon odieuse dont je me suis comporté, chose rare pour un Malefoy ! Aujourd'hui encore je suis incapable de me fixer avec une fille et ça ne tient qu'à une chose : toi. Ne va pas te faire de fausses idées contrairement à Poudlard, les filles avec qui je passe du bon temps savent que ça ne dépassera pas la nuit et ça leur convient. Mais si je n'ai jamais réussit à dépasser ce stade c'est parce que la seule avec qui j'avais eu envie que ça marche, c'était toi. Et je savais que je ne pourrais pas tourner la page tant que je n'aurais pas eu la possibilité d'en reparler avec toi… Alors une fois de plus, et même si je sais que ça n'arrangera pas tout, je suis désolé. J'aurais aimé que les choses soient différentes, mais on ne peut pas revenir en arrière…

Dire qu'Hermione était choquée était un euphémisme. Il avait tellement changé par rapport au Drago de Poudlard : il avait mûrit et semblait regretter sincèrement ce qu'il avait fait. De plus, elle était loin de se douter de ce qu'il avait pu ressentir à l'époque. Elle-même, à l'entente de ses paroles, culpabilisait de ne pas lui avoir laissé une chance ou de leur avoir dit la vérité sur ses parents. Mais elle savait que si elle l'avait fait, elle n'aurait jamais eu le courage et partir et de devenir la femme qu'elle était aujourd'hui. Elle était complètement perdue et désemparée. C'était exactement pour cette raison qu'elle ne voulait pas leur parler. Sentant son trouble dont il était à l'origine, Drago décida d'intervenir et de changer de sujet.

_ Tu semblais travailler sur quelque chose avant que je ne t'interrompe.

Soulagée et reconnaissante, Hermione se secoua et retourna à ses pensées précédentes.

_ Oui, c'est à propos de notre tueur. Il y a quelque chose d'étrange : il suit exactement le même rituel. Une seule incision à la gorge, très nette, partant d'une oreille à l'autre.

_ Il répète un schéma.

_ Oui mais ce qui m'intrigue c'est que toutes les lacérations sont similaires. Or, en temps normal, on repère une évolution dans les gestes d'un tueur un série. La façon de tuer reste la même mais il acquiert de la précision au court de ses meurtres. Là, même le meurtre de la première victime est « parfait ». La coupure est droite et de même profondeur, preuve de l'absence d'hésitation ou de tremblement. Il savait exactement ce qu'il faisait…

_ Tu penses qu'il a déjà tué auparavant ?

_ Je n'en sais rien mais c'est probable… Tu devrais rentrer chez toi .Je vérifie un truc et j'y vais.

Le blond s'apprêtait à partir lorsqu'elle l'interpella.

_ Drago ! Merci…

Le concerné lui fit un léger signe de tête et s'éloigna. Lorsqu'elle fut sûre qu'il était partit elle se secoua : elle avait encore du travail devant elle.

Une nouvelle journée débutait pour les Aurors et le moral avait du mal à suivre : toutes leurs pistes et recherches ne menaient à rien, faisant lentement mais sûrement retomber l'enthousiasme qu'avait provoqué l'arrivée de l'Unité Spéciale. En pénétrant dans ce qui leur servait de QG depuis une semaine, ils eurent la surprise de découvrir Hermione, vêtue de la même façon que la veille, assise à la table et la tête reposant sur cette dernière, immobile. Ils s'interrogèrent du regard, ne sachant quelle attitude adopter. Ce fut le plus jeune, Logan, qui se lança. Il s'approcha en douceur de la jeune femme et s'adressa à elle avec la voix la plus douce dont il était capable.

_ Patron ? Oh hé, patron…

Dans un sursaut, la concernée se releva et fixa les nouveaux venus avec surprise et incompréhension.

_ Mince, s'exclama-t-elle en se frottant le visage pour tenter de se réveiller, c'est déjà le matin ?!

Sa réflexion fit sourire les Aurors : c'était amusant pour eux de voir que malgré ses airs de femme sûre d'elle, elle restait fragile et très attachante.

_ Tu es restée là toute la nuit ? l'interrogea le roux tandis qu'elle les invitait d'un geste de la main à prendre place avec elle autour de la table.

C'était une évidence mais il n'avait trouvé rien d'autre pour lancer la conversation, ce qu'Hermione comprit ou ne releva pas, encore trop ensommeillée.

_ Oui, après avoir discuté avec Drago, j'ai eu une idée…

A ces mots, le blond sentit plusieurs regards se poser sur lui, notamment celui de son collègue et ami et celui de Bryce. Par défi il planta son regard dans celui du brun. Pour lui le message était clair : méfie-toi, je reviens dans la course ! Cependant cet échange passa inaperçu aux yeux d'Hermione qui poursuivait son explication.

_ … en étudiant avec plus d'attention le modus opérandi de notre tueur, j'ai constaté, à la façon dont ses lacérations sont nettes et précises, qu'il ne devait pas être un novice. Il avait certainement déjà tué par le passé. Après le départ de Drago, j'ai donc décidé de vérifier dans les archives s'il n'y avait pas de mentions de meurtres similaires… Je vous passe les détails mais j'ai fait choux blanc : aucune concordance hormis une affaire classée remontant à une demie dizaine d'année.

Elle retint à grand peine un soupir d'abattement : en tant que chef d'équipe, elle n'avait pas le droit de se laisser aller à l'apitoiement. Ils comptaient sur elle, elle ne devait pas les laisser tomber ! Ce fut Charles, le plus âgé de l'équipe des Aurors britanniques, qui l'interpella.

_ Quelle affaire ?

_ Oh et bien d'après ce que j'ai pu lire, il s'agissait de meurtres par égorgement comme pour nous. Il y a eu six victimes dont les quatre premières possédaient le même profil que les nôtres. Mais le coupable, un certain Seeley Kloves, a été interpellé, arrêté puis envoyé à Azkaban où il est mort, 3ans après son enfermement.

_ Je me souviens de cette affaire. Elle avait fait pas mal de bruit et mis une grosse pression sur l'équipe en charge du dossier… Et beaucoup pensait que cette arrestation tombait à pic…

Hermione tiqua à sa réflexion et fronça les sourcils.

_ Est-ce que tu sous-entends qu'ils ont…

_ Trouvé un suspect qui collait parfaitement au profil pour mettre fin à cette affaire sans se soucier de savoir s'il était vraiment coupable ? Exactement.

Cette révélation laissa l'auditoire pensif. Bien que très hypothétique, l'idée que le coupable des meurtres d'il y a cinq ans n'ait pas été arrêté et sévisse de nouveau aujourd'hui n'était pas à exclure. Ils devaient se montrer méticuleux et ne pas écarter une piste aussi dérangeante et abracadabrante soit-elle.

_ Si tout ça s'avère être exact, énonça Jarod à voix haute, cela veut dire qu'il faudrait rouvrir une enquête classée.

_ C'est plutôt risqué, intervint à son tour Carter. Si la presse entendait parler de ça, on peut dire adieux à notre boulot.

_ Alors soyons discrets ! leur sourit la jeune femme.

C'est ainsi que, plus motivés que jamais, ils se lancèrent sur cette nouvelle piste. Seuls les membres du bureau des Auros britanniques avaient accès aux archives des affaires classées. Et s'ils voulaient éviter toute fuite éventuelle concernant cette piste, ils ne devaient en parler à personne, qu'il s'agisse de simple collègue ou de leur patron lui-même.

« Simple précaution » leur avait expliqué Hermione « on ne peut jamais être sûr et il y a souvent des oreilles qui traînent ».

Ce fut donc Ron qui fut chargé de récupérer discrètement le dossier tandis que Drago faisait du charme à la responsable, plus qu'heureuse de cette marque d'attention.

Aussitôt le dossier entre leurs mains, ils s'attelèrent et l'étudièrent avec attention, cherchant le moindre petit détail qui aurait put échapper à leurs prédécesseurs, la moindre incohérence, tout ce qui serait susceptible de les aider dans leur enquête actuelle. Ils ressortirent également les exemplaires de tous les journaux de cette époque.

_ Il n'y a pas grand-chose, soupira Logan en reposant son exemplaire de la Gazette où l'on pouvait voir une photo de Seeley, fermement ligoté et en train d'hurler. Pas de témoignage, pas de preuve, rien ! Seulement lui qu'il jure qu'il n'a rien fait et que la grande faucheuse peut le prouver… Ce mec était complètement barré ! Tu m'étonnes que personne ne se soit soucié de savoir s'il était innocent ou non !

_ Tu as dit la grande faucheuse ? demanda Drago qui s'était soudainement raidit.

_ Euh ouais, vérifia l'américain. Tu veux aller l'interroger peut-être ?!

Sa blague le fit rire ainsi que tous les autres sauf Hermione. Elle connaissait assez bien l'ancien Serpentard pour savoir que sa réaction n'avait rien d'anodine.

_ Que se passe-t-il Drago ? s'enquit-elle. Qu'est-ce que ce nom t'évoque ?

Le sérieux de la jeune femme et l'air concentré de son ancien camarade les fit taire et ils attendirent, suspendus aux lèvres du blond.

_ Si mes souvenirs sont bons, il s'agit du nom d'un bar très malfamé qui se trouve dans l'allée des embrumes. Mon père aimait bien s'y rendre de temps à autre.

Il avait prit un air détaché en énonçant cela mais Hermione était persuadée qu'il était loin d'être aussi serein qu'il en avait l'air. Cette constatation lui fit un pincement au cœur : il ne serait jamais complètement libéré de son passé. Cependant elle s'interdit de se morfondre plus longtemps sur le sujet.

_ Messieurs, leur annonça-t-elle avec un sourire, nous avons une nouvelle piste ! Si ça ne te gène pas Drago, j'aimerai que tu te rendes sur place pour poser, discrètement, des questions sur ce Seeley Kloves. Je te fais confiance pour gérer la situation…

Ce dernier eut du mal à se retenir de bomber le torse de fierté mais il déchante vite en entendant la fin de sa phrase.

_ … Bryce ira avec toi. A vous deux, je suis sûre que vous nous glanerez un maximum d'informations !

L'ancien Serpentard risqua un coup d'œil dans la direction de son coéquipier et remarqua qu'il en faisait de même. Cela promettait d'être un moment des plus plaisants !