« Le regret ne vient que parce que notre conscience nous accuse, elle nous reproche d'avoir minimisé les conséquences de nos actes. »

Inconnu·e

Hermione était anxieuse. Elle était seule dans un petit village à la tombée de la nuit. Remus avait insisté pour l'accompagner, mais elle avait tenu bon, elle devait le faire seule. Elle n'aimait pas beaucoup cet endroit. C'était un quartier moldu, pas très bien fréquenté. A l'entrée de l'impasse, elle avait vu un groupe d'hommes drogués, ils l'avaient interpellé, mais elle avait accéléré le pas. Les battements de son cœur étaient toujours frénétiques, mais ils ne la suivaient pas. Sa baguette était dans le manche de son pull et malgré le froid de l'hiver, elle n'était pas plus vêtue que cela. Un manteau l'aurait gênée en cas de bataille, alors dans le doute, elle n'en portait jamais.

Elle vérifia le numéro près de la boîte aux lettres puis ouvrit le portail défraîchi. La maison, si on pouvait l'appeler ainsi, n'était pas très accueillante. D'ailleurs, la ruine serait plus juste. Le toit s'affalait sur lui-même, du lierre poussait partout sur les murs, les fenêtres étaient crasseuses et semblaient ne pas avoir été nettoyées depuis plusieurs années.

Elle frappa à la porte et attendit qu'on vienne lui ouvrir. Elle entendit des pas au bout de quelques minutes puis la porte s'entrouvrit, laissant apercevoir une ombre. Hermione ne discernait pas son visage, il faisait trop sombre, elle inspira puis parla.

—Bonjour Severus. Je peux entrer ?

L'homme ne lui répondit pas tout de suite. Il l'observa pendant un long moment avant de se décaler sur le côté. L'intérieur était à l'image de la façade, délabré, mais Hermione ne s'attarda pas là-dessus.

—Qu'est-ce que tu veux ? demanda Rogue d'une voix rauque.

Il était toujours dans l'ombre, Hermione ne voyait toujours pas son visage. Elle regarda autour d'elle et garda son expression neutre tout du long, même en voyant la Gazette de la semaine précédente.

—Te parler. Et te remercier.

Rogue ne semblait pas vouloir bouger, puisqu'il était toujours dans l'ombre. Ça ne gênait pas Hermione de rester debout, mais elle espérait qu'ils puissent parler tranquillement.

—Ça va être long je suppose. Assieds-toi, je dois finir ma potion. On parlera après.

Hermione obéit et s'assit sur le canapé miteux. C'était mieux que ce qu'elle avait imaginé. Severus ne lui avait pas claqué la porte au nez, ni jeté un sort, du moins pour le moment. Elle ne savait pas combien de temps il allait prendre pour terminer sa potion, alors elle prit le journal qui était posé sur la table basse. Elle n'avait pas pris la peine de le lire avant, ne voyant pas l'intérêt alors qu'elle connaissait toutes les informations contenues dans l'article.

L'HÉRITIER POTTER SE MARIE

Vous avez bien entendu mes très chers lecteurs, James Potter, plus jeune membre de la noble famille Potter s'est fiancé à Lily Evans, une née-moldue peu connue de nos journaux. Le mariage est prévu en juin, et Monsieur Potter à d'ors et déjà affirmé qu'il se passerait en petit comité, strictement réservé aux proches du couple. Une bonne nouvelle ne vient jamais seule puisque votre journaliste préférée a appris que la future Mrs Potter était enceinte. Est-ce un accident qui oblige l'héritier Potter à se marier avec cette femme ? Est-elle seulement à la recherche de la fortune des Potter, je vous assure chers lecteurs, que je découvrirai la vérité.

Votre dévouée, Rita Skeeter

Comme toujours les articles de la Gazette étaient un ramassis d'ordures, mais Hermione savait que le journal était toujours présent pour une bonne raison. Cela avait dû faire un choc à Severus d'apprendre le mariage de son amie d'enfance. Avec l'homme qu'il détestait le plus au monde. Et ils attendaient un enfant. Après avoir passé plusieurs mois en sa compagnie, Hermione savait comment il avait réagi. Il avait dû casser quelques trucs, puis s'était renfermé sur lui-même et avait préparé des potions, peut-être qu'il avait torturé quelques moldus avec son très cher maître. Elle ne savait pas comment son ancien professeur de potions avait réagi, après tout, ce Severus-là, n'était pas très différent de l'homme que connaissait Hermione. Son ancien ami avait été abandonné deux fois, c'était la seule différence. Et probablement pas des moindres.

Hermione savait que son attitude n'était pas justifiée. Elle avait perdu la raison à la mort de Mary, mais elle n'aurait pas dû agir ainsi. Le provoquer en duel n'avait fait qu'achever leur amitié, alors qu'elle était là pour le sauver. Elle s'en voulait de l'avoir abandonné, et par-dessus tout, de l'avoir torturé. Parce quoiqu'elle en dise, elle lui avait jeté deux impardonnables. Peut-être qu'ils avaient raison. Peut-être que parfois, elle ne valait pas mieux que les mangemorts.

Elle fut brusquement sortie de ses pensées par l'irruption de Severus, elle ne l'avait pas entendu arriver, mais maintenant, il était assis en face d'elle et la regardait avec une expression que Hermione connaissait trop bien, le vide. Certains auraient appelé ça la neutralité, mais non, Hermione ne voyait que le vide. Il semblait attendre qu'elle entame la conversation, après tout c'était elle qui s'était invitée chez lui, et non l'inverse.

—Je voulais te remercier de m'avoir sauver la vie, la dernière fois.

Il haussa un sourcil, il n'avait décidément pas la même conception de « dernière fois » que la jeune femme.

—C'était en décembre, il y a presque trois mois. Il y a eu des dizaines de batailles entre temps.

—Je n'arrivais pas à venir te voir. Je ne comprends pas pourquoi tu la fais, pourquoi tu agis ainsi, après tout ce temps, je suis perdue.

—C'est moi qui est créé ce sort. Si tu mourrais, c'est comme si c'était moi qui t'avait tué.

—Mais il a bien dû tuer d'autres personnes, enfin, je doute que Voldemort l'ait appris le jour de la bataille. Enfin…

—Aucune des personnes mortes n'était toi. Tu ne l'as toujours pas compris ? Je me fiche des autres. Ils pourraient bien tous mourir, je n'en aurais rien à faire.

—Mais pourquoi ?

La jeune femme était perdue. Elle ne comprenait pas comment on pouvait être aussi insensible.

—Parce que je ne les connais pas, et même si je le connais, la plupart me déteste. Mais si vous veniez à mourir, toi comme Lily, je ne me le pardonnerai jamais.

—Tu ne peux pas dire ça ! Tu combats contre nous chaque jour. Et si on venait à mourir, parce que ça peut arriver Sev' ! On est en guerre si tu n'avais pas remarqué. Ce n'est pas parce que Lily ou moi avons été tes amies que tu dois—

—Justement. Tu crois que j'ai eu beaucoup d'amis depuis que vous êtes parties, beaucoup d'amis tout court ? fit-il d'une voix froide. Lily a été ma seule amie jusqu'à mes quinze ans. Regulus l'est devenu par la suite. Et puis tu es arrivée, et même si ça n'a duré que quelques mois, tu as compté pour moi. Enfin, je ne sais même pas pourquoi je te dis ça ! Ce n'est pas dans mes habitudes de me confier. Je ne sais même pas pourquoi tu es là, tu n'as rien à faire ici. Tu ne peux pas sortir de ma vie et revenir des années plus tard comme si rien ne c'était passé !

—Alors pourquoi tu te comportes comme ça ? Ton maître et tes semblables ne font pas de distinctions pour les gens comme nous. Tu crois que parce qu'on a été tes amies ils nous épargnerons ? Dans le pire des cas ils s'en souviendraient et t'obligeraient à nous torturer avant de nous achever. Tu dis que tu ne pourras pas te pardonner s'il nous arrivait quelque chose mais il nous arrivera quelque chose. Lily a été blessée de nombreuses fois, je lui ai évité de se prendre un doloris mais tu crois que je serais toujours là ? Elle est en sécurité pour quelques mois, mais tu la connais, à peine elle aura accouché, elle retournera combattre. Et j'ai tenu tête à Voldy, il m'a repéré, tant qu'il ne m'aura pas tué, il ne sera pas tranquille.

—Tu ne comprends pas.

—Bien sûr que si. Je te connais mieux que tu ne le crois. Les mangemorts font partis de ton entourage depuis que tu as onze ans, tu ne pouvais pas tourner le dos à tes camarades de dortoir, sous peine d'être exclu des Serpentard, mais tu restais fidèle à Lily, mais quand tu l'as insultée et qu'elle s'est brusquement détournée, tu t'es retrouvé seul, et c'est presque normal que tu te sois retrouvé à la solde de Voldy, mais tu es comme Regulus, vous êtes arrivés là pour les mauvaises raisons.

—Mon histoire n'a rien à voir avec la sienne.

—Il y est entré parce que c'est ce qu'un Black doit faire. Il est terrifié, mais c'est trop tard. Et toi, je n'ignore pas qu'il paie ton apprentissage de potions. Tu es un joyau pour lui.

—Tu ne sais rien. Tu as de l'argent, tu n'as jamais manqué de rien. Tu ne sais pas ce que c'est de devoir demander quelque chose. J'ai payé mais affaires de Poudlard avec les bourses de l'école, le Seigneur des Ténèbres était ma seule option. Et j'ai été d'accord, je suis encore d'accord avec lui sur certains points.

—Tu es aveuglé par ta haine des moldus ! Ils ne sont pas tous comme ton père !

Hermione se tut brusquement, s'apercevant de la gaffe qu'elle venait de faire. Elle n'était pas censée connaître cette partie de l'histoire. Pas du tout. Severus ne lui en avait jamais parlé, elle n'avait jamais abordé le sujet puisqu'elle savait que c'était très sensible. Même dans le futur, c'était au bout de longues et fastidieuses recherches qu'elle avait pu lire entre les lignes et deviner ce qu'il s'était passé.

Severus avait blanchi, et la regardait désormais avec colère. Personne ne connaissait son histoire. Il avait toujours mis un point d'honneur à garder sa vie privée, eh bien, privée. Même Lily qui avait assisté à quelques scènes plus ou moins équivoques n'avait pas eu vent de toute l'histoire.

—Comment peux-tu savoir ?

—Severus…

—C'est Severus maintenant ? Je croyais que tu avais cessé de m'appeler comme ça depuis que nous ne faisions plus parti du même camp. Tu sais, le jour de l'enterrement de McDonald.

—Je regrette ce que j'ai dit ce jour-là.

—C'est facile de me dire ça maintenant, des années plus tard. Je suis un mangemort, si tu l'avais oublié. Tu connais le dicton.

—Mais tu n'es pas que ça !

—Tu es bien naïve, je ne pensais pas que tu le serais un jour. Personne ne se soustrait de Son emprise. Épargne-moi ton discours. Je crois que tu n'as plus rien à faire ici. Tu m'as remerciée, je t'ai dit que je n'allais pas te laisser mourir, la conversation est close. Je ne te raccompagne pas, la porte est derrière toi.

—J'espère que si tu changes d'avis, ce ne sera pas le jour de ma mort, ou pire celui de Lily. James et Sirius te réduiraient en charpie si tu osais te pointer après ça, et je n'imagine pas la réaction de Rem'. Je crois qu'il vaudrait mieux que tu restes chez les lèches-bottes. Si tu changes d'avis, contacte Dumbledore, c'est lui le chef de l'Ordre après tout.

Elle s'apprêtait à partir, lorsqu'elle se retourna une dernière fois.

—Et si tu es vraiment l'ami de Regulus, veille à ce qu'il ne montre pas son hésitation à ton maître, ça pourrait lui être fatal. Et surtout, si tu entends parler d'une mission avec un elfe de maison, par Morgane, éloigne-le de ça.

Sur ces dernières paroles, Hermione sortit de la maison et transplana. Elle atterrit sur la plage en face de chez elle, et passa les barrières de protections pour entrer sur son terrain. Elle s'assit sur le sable, et à peine quelques minutes plus tard, Remus était là, assis à côté d'elle. Elle ne doutait pas que sans ses sens de loup-garou et son radar interne « Hermione est dans les parages », ce serait plus compliqué. Il avait su exactement où elle était malgré la nuit noire présente, et ce n'était pas le faible reflet de la lune sur l'eau qui allait l'aider.

—Ça ne s'est pas passé comme prévu, pas vrai ?

—Il n'a rien voulu entendre. Il m'a laissé entrer, mais il est en colère, et triste, et très seul aussi. Je l'ai quitté en lui disant que j'espérais qu'il changerait de camp avant ma mort ou celle de Lily. J'ai dû mal à me dire qu'il a pu changer de camp quand je le vois aujourd'hui.

—La prophétie à tout changer.

—Sèche tes larmes, Mione, ça ne vaut pas la peine que tu te fasses du soucis maintenant.

Hermione obéit, elle n'avait même pas remarqué que ses yeux l'avaient trahie, elle poussa un dernier soupir.

—Si au moins cette conversation peut sauver Regulus.


Hermione brassait tranquillement une potion lorsqu'elle entendit des voix venir de l'infirmerie. Elle fut surprise de reconnaître celle de Sirius, puisqu'aux dernières nouvelles, il avait un rencard avec Remus. Elle mit sous stase sa potion et entra dans la pièce voisine. Elle resta bouche bée devant la scène qui se déroulait sous ses yeux.

—Mais qu'est-ce qu'il vous est arrivé ?

Ils étaient à peine reconnaissable. Remus avait le visage maculé de sang, tout comme ses vêtements, Hermione se demandait même comment on pouvait perdre autant de sang et ne pas faire d'hémorragie. Sa lèvre était fendue et elle vit avec horreur une coupure sur son bras qui semblait avoir été faite avec un couteau. Sirius n'était pas mieux, sa tête était extrêmement gonflée, si elle n'avait pas entendu sa voix, Hermione n'aurait pas pu dire que c'était lui. Il ne pouvait pas ouvrir son œil droit et des bleus commençaient à se former un peu partout sur son corps.

—Je n'ai pas vraiment compris. On s'embrassait sur un banc, tranquillement, il n'y avait personne excepté quelques enfants dans un parc une centaine de mètres plus loin. Et puis ils sont tous arrivés en même temps, ils étaient quatre et ils se sont jetés sur nous. Ils ont commencé à nous insulter, puis à nous frapper. On a rien pu faire. Je ne sais pas combien de temps ils sont restés à nous battre, mais c'était long. C'est un gentil petit couple qui est venu à notre rescousse. Ils avaient pas peur parce qu'ils avaient quand même un bébé avec eux, de six mois à peine. L'homme les a fait fuir pendant que la femme protégeait son bébé et menaçait d'appeler la police.

Hermione prit sa tête entre ses mains, soupira un bon coup et se redressa.

—Vous étiez dans le monde moldu ?

—Oui, à Londres pourquoi ?

—Et vous vous embrassiez ?

—Quel est le problème ?

Hermione resta quelques secondes à les fixer, elle était stupéfaite qu'ils soient aussi irresponsables.

—Vous ne connaissez pas vos droits ? Vous allez dans un endroit que vous connaissez à peine, voire pas du tout, et vous n'avez même pas idée de chercher quels sont vos droits ? Vous auriez pu vous faire arrêter par Morgane !

—Mais pourquoi ? Enfin on s'embrassait juste, je veux dire, c'est pas un problème.

—Exactement Sirius. Remus et toi, vous vous embrassiez. Deux hommes. Dans le monde moldu.

Devant l'expression bouche bée des deux sorciers, Hermione soupira une nouvelle fois puis décida de leur faire un petit cours, puisque apparemment, ils ne pouvaient rien apprendre pas eux-mêmes. Elle s'assit sur un lit inoccupé et commença.

—Tout d'abord, il faut que vous sachiez que le monde moldu n'a pas du tout les mêmes lois que le monde sorcier, même en dehors des lois strictement magiques. Ici, il y a la reine, mais elle n'a pas vraiment de pouvoir. Le réel chef du gouvernement est le Premier Ministre, c'est l'équivalent du Ministre de la Magie. Il est accompagné de ministres qui sont délégués à une tâche spécifique. Par exemple, il y a le ministre de la Santé, le ministre de la Justice, le ministre de l'éducation.

—Un peu comme les chefs de départements ?

—Si tu veux. Mais ce ne sera pas le Premier Ministre ou le Ministre de la Justice qui présidera un procès, contrairement au monde Sorcier. Ce que je veux dire, c'est que les lois sont différentes. Je ne pense pas que vous ayez déjà été agressé dans le monde sorcier, simplement parce que vous vous teniez la main ou vous embrassiez. Mais c'est le cas dans le monde moldu. C'est interdit même. L'homosexualité n'a été dépénalisée qu'en 1967, et encore, uniquement en Angleterre et aux Pays de Galles.

—Tu veux dire… qu'ils nous ont agressé simplement parce qu'on s'embrassait et qu'on était des hommes ?

—Oui. L'homosexualité est interdite en Écosse et en Irlande du Nord. Et ici c'est très limité. Pour que ce soit légal, il faut que l'acte homosexuel soit consenti, il doit avoir lieu en privé, et les deux hommes doivent être majeurs sexuellement, c'est-à-dire avoir plus de vingt-et-un ans. Et puis l'acte est restreint. La sodomie est interdite, non Sirius, je me passerais de tes commentaires à ce sujet, dit Hermione en le voyant ouvrir la bouche, il ne manquerait plus qu'il partage son expérience. Et « lieu privé » est interprété très strictement. C'est interdit dans les hôtels ou chez quelqu'un d'autre, même si ça a lieu dans des pièces séparées. Non, toujours pas Sirius, je ne veux pas savoir ce que vous faites sous mon toit. Et les personnes non-concernées sont pour beaucoup contre cela. Ils pensent qu'un homme doit être avec une femme. Les plus étroits d'esprits pensent même que parce que vous aimez quelqu'un du même sexe, vous êtes des monstres, des aberrations de la nature. Je crois qu'un projet de loi se prépare pour que ce soit dépénalisé en Écosse, mais toujours sous les mêmes conditions.

—Donc notre relation est illégale.

—Dans le monde moldu, oui. Si l'un de vous deux était une fille, il n'y aurait pas ce problème. La majorité sexuelle chez les hétéros est à seize ans.

—Cinq ans de différence ?

—Et ne je ne vous parle même pas de deux femmes ensemble. Cela ne s'applique qu'aux hommes. Une femme avec une autre ? Mais elle ne pourra pas avoir d'enfant ! A quoi sert-elle autrement ?

—C'est vraiment la vision du monde moldu ?

—Bien sûr. C'est vrai que tu peux avoir du mal à le croire puisque ce n'est pas du tout comme ça ici, mais les gens pensent comme ça. Certains veulent interdire des livres parce qu'ils prôneraient l'homosexualité ou je ne sais quoi. Certains pensent que c'est une maladie, d'autres une lubie. Bon après ce passionnant cours d'histoire, il faut que je vous soigne. Si vous voulez plus de détails, je vous trouverais un livre.

Hermione les soigna du mieux qu'elle put, mais il faudrait plusieurs jours avant qu'ils ne s'en remettent complètement. Au moins, Remus n'était plus couvert de sang et le visage tuméfié de Sirius commençait à dégonfler.

—Bon, on est un peu plus présentable, on va pouvoir aller remercier les moldus qui nous ont sauvé.

—Ils vous ont donné leur adresse ? Ils ne sont pas très méfiants, demanda Hermione, suspicieuse.

—Non, ils sont ici, déclara dans le plus grand des calmes Sirius.

—Tu as laissé des moldus pénétrer le QG ? T'es devenu complètement fou ! Nous sommes une association secrète. Et comment ils ont pu entrer dans la maison ?

—On leur a jeté un léger sort de confusion. Mais ils tenaient vraiment à nous aider, et ils s'inquiétaient vraiment pour nous. Si on est pas morts, c'est quand même grâce à eux alors…

—Bon je vais les voir.

Elle sortit de l'infirmerie et se dirigea vers le salon lorsqu'on lui barra brusquement la route.

—Rem', qu'est-ce que tu fais ?

—Je t'en conjure Hermione, lui chuchota-t-il. Ne rentre pas dans cette pièce.

—Pourquoi ? demanda la sorcière en se décalant pour passer.

—Fais-moi confiance, par pitié, répondit-il en se décalant à nouveau.

Elle haussa les sourcils puis le poussa légèrement et entra.

Remus s'affaissa sur lui-même et se passa la main sur le visage. Il était désespéré, c'était clair. Les deux maraudeurs le regardaient étrangement, ils avaient suivi l'échange silencieux entre lui et Hermione, mais n'en avait pas compris un seul mot. Ils entrèrent à la suite d'Helena, Remi ne semblait pas vouloir y aller.

Ce que vit Hermione la laissa stupéfaite. Les deux moldus étaient de dos en grande conversation avec Lily. Elle les reconnut instantanément. Tous l'entendirent arriver, et par politesse, ils tournèrent la tête. Hermione n'avait pas besoin de voir leurs visages, la simple vision de leurs silhouettes était déjà suffisamment éprouvant comme cela.

Elle croisa le regard de l'homme, le même que le sien, lorsqu'elle était dans son corps, le regard de son père.

Ses parents lui adressèrent un sourire chaleureux, et Lily sembla faire les présentations, mais Hermione ne l'entendait plus. Elle fixait ses parents avec beaucoup d'insistance, et ils ne semblaient pas comprendre pourquoi.

Puis d'un seul coup, elle sortit de sa torpeur et s'enfuit à toutes jambes, sans plus d'explications. Lily marmonna une excuse. Puis parla d'autres choses avec ce charmant couple, mais elle gardait la réaction de Helena dans un coin de sa tête.

Hermione était passée devant Remus telle une furie et il avait à peine eu le temps de la voir qu'elle était déjà sortie. Il s'élança à sa poursuite, il devait être là pour elle et si elle passait les barrières de protection sans lui… Il n'osait même pas imaginé où elle pourrait aller.

Il lui attrapa in extremis le bras et se sentit tourbillonner avant d'atterrir durement sur le sol.

Elle pleurait silencieusement et ne semblait pas vouloir se relever. Remus se redressa lentement, il était sûr qu'il aurait un bleu, et s'approcha d'Hermione pour la prendre dans ses bras.

—Pourquoi ? sanglote-t-elle. Pourquoi quand je peux cesser de penser à eux, quand je suis certaine que mon autre moi pourra avoir une vie meilleure avec ses parents, toutes mes certitudes s'écroulent ? Je savais qu'ils étaient heureux, je les oubliais. Pourquoi maintenant ? Pourquoi refont-ils surface maintenant ?

Le sorcier lui caressait les cheveux, sans lui répondre. Parce qu'il n'en avait pas la moindre idée. Ce n'était pas un hasard si Sirius et son double avaient rencontré les parents d'Hermione, il en était certain.

Il allait devoir faire des recherches. Ça ne pouvait pas être une coïncidence si le couple Granger s'était retrouvé précisément là où les deux maraudeurs se faisaient agressés, il le savait.