Allez-y, frappez-moi, torturez-moi... j'ai oublié de poster le chapitre avant de partir travailler ! Du coup je poste les deux à la suite aujourd'hui, ça vous fera pas mal de lecture ! J'ai adoré traduire ce chapitre-ci, j'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi ;)
Hector s'assit dans un coin de la cantina avec sa guitare et un couteau de poche, puis se mit à graver la poignée de l'instrument. La première fois qu'il l'avait vue, toute blanche et brillante dans la vitrine d'une boutique, alors qu'il n'était qu'un enfant, il l'avait pointée du doigt à Ernesto. "- C'est la plus belle guitare que j'aie jamais vue !" Ernesto avait seulement haussé les épaules en guise de réponse. "- Un jour, elle sera à moi," avait dit Hector. "Oh, bien sûr," lui avait répondu Ernesto sur un ton sarcastique. "- Tu as au moins une idée du prix qu'elle coûte ?"
Hector avait ensuite passé beaucoup de temps devant la vitre pour l'admirer. Il adorait la façon dont le soleil scintillait sur le bois, il avait l'impression que c'était une guitare d'ange. Un jour, alors qu'il avait autour de douze ou treize ans, comme si la chance tournait, une compétition avait eu lieu : celui qui la remportait, remportait la guitare. Ernesto avait tenté de décourager Hector : "- Tu sais à peine en jouer, et tu espères gagner ?!" Mais Hector était déterminé.
C'est ainsi qu'il avait écrit sa première chanson, "Le Monde es mi familia". La foule l'avait acclamé. A la grande surprise d'Ernesto et lui, il avait gagné, et remporté la guitare. Ernesto avait été si impressionné par le succès d'Hector et l'attitude du public qu'il avait décidé de rejoindre le rêve de son ami : jouer de la musique.
Depuis, Hector avait gravé une bouche sur la poignée de sa guitare. Il avait toujours trouvé que celle-ci ressemblait à un crâne. Et avec les années, il avait rajouté des détails sur l'instrument, peignant des figures ici et là. Il finissait enfin de personnaliser la poignée. Il avait déjà ajouté le nez du crâne, et terminait de graver les dents. Il passa la main sur les gravures pour retirer les copeaux de bois et regarda son travail final. Oui, cela ressemblait complètement à un crâne.
"- Barman ! Servez-moi une tequila !"
Le son de la voix indéniablement féminin surprit Hector et il lança un regard vers le bar. Etonné, il reconnut Imelda. Elle était magnifique, habillée d'une robe d'un beau vert foncé, avec des anneaux dorés aux oreilles, et ses cheveux rassemblés en un chignon parfait avec une grosse barrette. Son visage, en revanche, était l'incarnation de l'épuisement et de la détresse. Elle s'approcha du bar et se laissa tomber sur un des tabourets.
Le serveur lui tendit un shot de tequila. Elle le prit immédiatement et le descendit d'une traite. "- Un autre."
Il s'exécuta et elle répéta l'action. "- Un autre."
Le serveur haussa un sourcil, mais ne dit rien et remplit de nouveau le verre. Elle recommença encore deux fois. "- Un autre," dit-elle, sa tête commençant à osciller.
"- Eh, senorita," dit le barman, "- Vous ne devriez pas ralentir un peu ?"
Elle le fusilla du regard. "- Passez une soirée comme celle que je viens de subir et tentez de ralentir, comme vous dites," lui dit-elle, sa diction semblant déjà s'empâter. "- Un autre !"
Le serveur haussa les épaules et remplit une nouvelle fois le verre. Hector se leva et et s'avança vers elle, attachant la guitare à son dos. "- Puis-je me joindre à toi ?," demanda-t-il.
Imelda leva la tête vers lui, puis roula des yeux. "Oh, tu es la dernière personne que j'aie envie de voir en ce moment," grogna-t-elle.
"- Gracias," répondit-il en s'asseyant.
"- Où est Ernesto ?," demanda-t-elle, avalant son nouveau verre, puis le tendant au barman qui hésita avant de s'exécuter sous son regard mortel.
"- Il s'entraîne pour la représentation dans deux jours," répondit-il.
Elle lui lança un regard en biais. "- Et pourquoi n'es-tu pas avec lui ?
- Je suis censé écrire une chanson pour notre représentation."
Imelda sourit. "Alors toi aussi, tu écris des chansons ?"
Aussi..? Ah oui, c'est vrai qu'Ernesto lui avait dit être auteur-compositeur. "Hem, oui," répondit-il. "- Je euh... j'écris la plupart des chansons pour nos performances.
- Hmm," se contenta de répondre Imelda en avalant son nouveau shot de tequila. "- Et comment avance la chanson d'Ernesto ?
- Je euh...," Hector avait des difficultés écrire ces derniers jours. Quelque chose le bloquait. Ses sentiments prenaient toute la place et l'empêchaient de se concentrer. "- Il y travaille."
Imelda renifla. "- Evidemment," dit-elle, semblant peu convaincue. Son ton rendit Hector perplexe, bien qu'il ne puisse savoir pourquoi. Puis elle le fixa en plissant les yeux, avant de se pencher vers lui. Il se pencha, lui, en arrière, afin d'éviter qu'elle ne lui tombe dessus. "- Qu'est-ce que tu sais de l'amour ?," demanda-t-elle.
Hector fut surpris par la question. "- Pas grand-chose," admit-il. "- J'aime beaucoup de choses : ma guitare, la musique, et Ernesto qui est comme mon frère. Mais si tu parles d'amour romantique, je ne peux pas t'aider."
Imelda hocha la tête puis se repositionna correctement. Puis elle exhala profondément. "- On m'a demandée en mariage."
Hector leva les sourcils. "- Qui ? L'homme riche dont tu me parlais tout à l'heure ?"
Imelda acquiesça de nouveau avant d'enfouir son visage entre ses mains. "- C'était horrible ! Il voulait tout m'offrir, mais je ne pouvais pas accepter." Elle regarda Hector une fois de plus. "- Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Je suis donc si difficile à satisfaire ?
- Non... non, je ne pense pas," répondit Hector.
Imelda soupira lourdement et appuya sa joue contre sa main. "- Peut-être que tu as raison. Je ne me satisfais de rien."
Hector se mordit la lèvre, sentant les remords l'assaillir. "- Ecoute," dit-il. "- Une jolie fille comme toi, avec tant de personnalité et de cran ne devrait pas s'installer avec quelqu'un qui ne la rend pas heureuse. Comme tu l'as dit, tu peux choisir n'importe qui. Tu trouveras forcément la bonne personne."
Imelda se tourna pour le regarder, le visage écrasé contre sa main de façon peu attirante. "- Tu crois ?
- Bien sûr !"
Imelda sourit. "- Tu es gentil de me dire ça.
- Hé, permets-toi juste d'être cette fille charmante et attentionnée qui est enterrée quelque part en toi et tu seras la fille dont tout le monde pourrait rêver."
Imelda appuya son autre main contre sa deuxième joue, écrasant complètement son visage. "- Même toi ?," demanda-t-elle à travers ses lèvres pincées.
Hector ne s'attendait pas du tout à cette question, mais acquiesça. "- Oui," dit-il, "- Si tu arrêtais de m'insulter et de me jeter des chaussures juste dix secondes, et me permettait de connaître la personne que tu es vraiment, il y a une petite chance que je puisse te trouver attirante."
Imelda gloussa, les paupières légèrement tombantes à cause l'alcool qui tourbillonnait en elle. "- Tu es drôle," dit-elle. "- Et gentil."
"- Là, tu es vraiment ivre. Parce que tu viens de me faire deux compliments de suite," dit Hector avec un rire.
Imelda rit à sa suite, puis soupira. "- Tu jouerais quelque chose ?
- Jouer ?
- Si. J'ai envie d'écouter de la musique. De la vraie musique," Elle grimaça. "- Après ce que j'ai dû endurer ce soir...
- On t'a fait un sérénade, hein ?"
Imelda roula des yeux et émit un bruit méprisant. "- Si tu veux appeler ça comme ça."
Hector retira sa guitare de derrière son épaule. "- Comment pourrais-je résister à une jeune fille en détresse ?"
Imelda sourit à nouveau. Hector ne l'avait jamais vue sourire autant en si peu de temps. La tequila avait vraiment un bon effet sur elle. Il décida que cette facette qu'il découvrait d'elle n'en était pas une mauvaise.
Il commença à jouer une mélodie lente et entêtante. Imelda ferma les yeux et commença à se balancer en rythme, puis à chantonner en même temps, reconnaissant l'air traditionnel qu'il avait choisi. Hector la laissa faire et continua.
Après un moment, Imelda se mit à bouger aussi les mains, chantonnant de plus en plus fort. Soudain, elle explosa et se mit à chanter d'une voix puissante : "- No dejaré de quererté !" (Je ne cesserai jamais de t'aimer !)
Avant qu'Hector ne comprenne ce qu'il se passait, elle était debout et levait les bas de manière théâtrale. Tout le monde dans la cantina chercha du regard la source d'agitation. Hector décida simplement de continuer à jouer, à la fois curieux de voir ce qu'Imelda ferait ensuite, et aussi parce qu'elle chantait bien et il ne voulait pas l'interrompre. Elle continua de chanter :
Me subi al pino mas alto, Llorona / J'ai escaladé le plus haut pin, Llorona
A ver si te divisaba / Pour essayer de t'apercevoir
Me subi al pino mas alto, Llorona / J'ai escaladé le plus haut pin, Llorona
A ver si te divisaba / Pour essayer de t'apercevoir
Como el pino era tierno, Llorona / Comme le pin était triste, Llorona
Al verme llorar, lloraba / De me voir pleurer, car je pleurais
Como el pino era tierno, Llorona / Comme le pin était triste, Llorona
Al verme llorar, lloraba / De me voir pleurer, car je pleurais
Imelda tournoya dans la cantina, comme un performeur le ferait. Elle vacillait légèrement dû à son ivresse, mais en dehors de ça, elle s'en sortait parfaitement bien. Elle retira la grosse pince qui retenait ses cheveux et secoua la tête afin qu'ils tombent sur ses épaules comme une cascade de chocolat noir. Elle secoua encore la tête de manière théâtrale au rythme de la musique.
Alors qu'Hector jouait les accords d'un court solo de guitare, Imelda sauta sur une table et leva de nouveau les bras en tapant du pied pour marquer le rythme. Hector avait du mal à croire à ce qu'il voyait. Imelda, la fille sans cesse crispée et au tempérament de feu, était en train de se lâcher et de s'accorder une performance pareille.
La pena y la que no es pena, Llorona / La peine et celle qui n'en a aucune, Llorona
Todo es pena para me / Tout n'est que peine pour moi
La pena y la que no es pena, Llorona / La peine et celle qui n'en a aucune, Llorona
Todo es pena para me / Tout n'est que peine pour moi
Ayer lloraba por verte, Llorona / Hier je pleurais de t'avoir vue, Llorona
Hoy lloro porque te vi / Aujourd'hui je pleure car je te vois
Ay de mi, Llorona, Llorona / Pauvre de moi, Llorona, Llorona
Llorona de azul celeste / Llorona venue du ciel azuré
Ay de mi, Llorona, Llorona / Pauvre de moi, Llorona, Llorona
Llorona de azul celeste / Llorona venue du ciel azuré
(NDT : Llorona signifie "pleurnicharde" en espagnol mais comme je n'avais pas de mot plus joli, j'ai préféré ne pas traduire !)
Imelda sauta à bas de la table et commença à s'avancer vers Hector. Il n'était pas sûr de ce qu'il devait faire, alors il continua de jouer. Elle se mit à faire des gestes dans sa direction, sans qu'il puisse déchiffrer ce qu'elle voulait qu'il fasse. Lève-toi ? Viens-là ? Respire profondément ? Puis il comprit. Elle voulait qu'il chante. Il se racla la gorge et se joignit à elle.
Que aunque la vida me cuesto, Llorona / Qu'importe ce que la vie me coûte, Llorona
No dejaré de quererte / Je ne cesserai jamais de t'aimer
Que aunque la vida me cuesto, Llorona / Qu'importe ce que la vie me coute, Llorona
No dejaré de quererte / Je ne cesserai jamais de t'aimer
No dejaré de quererte / Je ne cesserai jamais de t'aimer
No dejaré de quererte / Je ne cesserai jamais de t'aimer
Ils achevèrent la chanson juste au moment où Imelda rejoignait Hector, plaçant dramatiquement une main sur la joue de celui-ci pour la dernière note. La cantine entière résonna des applaudissements de la foule, Hector regarda fixement Imelda dans les yeux alors qu'elle respirait profondément. Soudain, elle se pencha en avant. Les yeux d'Hector s'écarquillèrent alors que son visage s'approchait du sien. Que se passait-il ? Mais elle s'effondra finalement sur lui, inconsciente.
