Bonjour à vous,

Voici, sorti de mes tiroirs de manière inopinée, le troisième chapitre de Collision.

Deux chapitres sont prêts après celui-ci et je dois dire que je suis fière d'avoir pu persévérer sur un projet d'écriture – d'habitude, les One-Shot ou les récits plus courts sont des solutions à ma « volubilité artistique ».

Si des questions persistent au sujet du scénario, il s'agit simplement d'un friends to lover narré au fil de tranches de vie, parallèlement au chalet et dans les souvenirs communs d'Eijiro et Katsuki. Des chapitres qui se veulent plein de douceur et d'amour dans un univers alternatif (le nôtre).

Dans ce chapitre, de la semi - prévention contre le tabac et des pensées qui s'orientent plus romantiques.

Merci à vous,

Neviy.

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Chapitre 3 : Fumée.

- Mon amie aimerait que vous choisissiez un dessert pour elle. Elle est ouverte aux nouveautés et aime vraiment beaucoup les surprises et les petites douceurs

- Bien sûr, je vous apporte ça de suite, répondit le serveur, restant professionnel malgré la coloration rosée qui apparaissait sur son visage.

- J'espère que vous avez bien saisi la particularité de la demande, avança encore une Mina tout sourire, ne semblant pas sentir le regard plus que meurtrier que la brune mentionnée dirigeait sciemment droit sur elle.

Le charmant jeune homme, un peu trop sollicité, tourna les talons pour rejoindre les cuisines et y cacher son embarras grandissant. Ochaco, fulminante, sous pression et à sa limite, en profita pour laisser échapper sa colère et se mit à maudire Mina, traitant son « amie » de tous les noms, l'accusant à grand cris de haute trahison.

Même parfaitement sobre, l'étudiante aux mèches roses ne pouvait pas maîtriser son attrait pour les relations amoureuses de ses proches. Faisant totalement fi des conventions sociales, elle revêtait plus que volontiers son costume de Cupidon, pour tirer ses flèches et tisser des liens romantiques depuis le cœur même de ses amis de toujours. Denki en avait fait les frais lors de sa soirée d'anniversaire et il avait, d'ailleurs, réceptionné une réponse favorable à se maladroite demande de date avec le ténébreux Shinso. S'il avait cessé de se plaindre de son élan de témérité, c'était maintenant avec son impatience grandissante quant au jour j qu'il alourdissait, au grand dam de Katsuki, les oreilles de tout le petit groupe.

Mais ce jour-là, ce n'était pas la pile électrique hyperactive qui subissait les élans de Mina, mais Ochaco, célibataire, amoureuse de l'amour, qui rêvait d'une grande histoire incompatible avec ses multiples conquêtes dont elle se lassait bien rapidement. Son radar activé, la rose avait directement intercepté les regards échangés entre la jolie brune et le serveur, un charmant jeune hommes aux mèches blondes ondulées et aux yeux d'un bleu vif. Elle avait alors dévoué son repas au bien commun et entremettant les deux individus sans réelle subtilité.

Non loin d'elles, attablés, Izuku et Eijiro ne cachaient pas leurs sourires, suivant la scène tout en conversant de leurs performances sportives respectives. Détenteur d'un appétit plutôt développé, le rouquin piquait, à intervalles réguliers, dans le reste de frites qui lui avait cédé Tsuyu, argumentant en faveur de la méditation en complément de la musculation.

Denki et Kyoka, à l'opposé, se livraient à un exercice mental atypique, tentant de définir, pour chacun de leur camarade, une couleur, un animal et un objet. Appuyés, de temps à autre par un Shoto assez peu perturbé par l'absurdité de leur conversation, ils étaient bien souvent en désaccord. Et tandis que le blond maintenait corps et âme que Katsuki s'apparentait à une cafetière, la brune répondait, inlassable et laconique qu'il irait mieux dans une bibliothèque, sous la forme d'un livre de cuisine. Le jeune homme aux mèches bicolores donna l'avantage à Denki, avançant que les machines à café pouvaient s'avérer fort bruyantes et qu'il s'agissait d'une caractéristique marquée chez leur explosif ami.

La chaise précédemment occupée par le cendré, d'ailleurs, était vide et c'est en l'avisant que Tsuyu, avec un sourire malicieux, s'était penché vers Sero pour échanger avec lui quelques mystérieuses messes basses.

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Katsuki retint son souffle quelques instants, permettant à la fumée dont l'opacité n'avait d'égale que la nocivité, de pénétrer ses poumons et de le soulager, encore un peu plus. Au moment d'en expirer les reliquats, il aperçut, au coin du bâtiment derrière lequel il s'était insidieusement caché, une ombre approcher. Son cœur manqua un battement, il céda à la panique et, la terreur emplit ses yeux, rendus encore plus rougeoyants dans le soleil de début d'après-midi. Il lâcha sa cigarette pour venir instantanément la couvrir de sa Stan Smith droite, agitant inutilement les mains devant lui, dans l'espoir vain de dissiper la fumée et l'odeur persistante du tabac.

Bien malheureux d'être dérangé dans son moment privilégié et pris dans la manœuvre de dissimulation, il avait oublié de respirer et fut pris d'une violente quinte de toux. A travers ses yeux larmoyants, il distingua vaguement l'image d'une jeune brune aux pointes vertes et d'un brun en short de bain, tous deux pliés en deux par leur monstrueuse hilarité. Katsuki reprit difficilement sons souffle et frappa rageusement le crâne de Sero, furieux.

- Putain, mais vous êtes trop cons ! J'ai cru que c'était Eijiro, fulmina le blond. Vous êtes vraiment des trous du cul, tous les deux ! Et ça vous fait rire en plus, putain je vais vous butter !

- T'aurais vu ta tête, hoqueta Tsuyu, encore prise de fou rire. Tu brassais de l'air, c'était ri-di-cule !

- Tu devrais le dire à Eijiro, il finira par le découvrir, tu sais, appuya Sero, puis ça t'éviterait des missions commando.

- Impossible, il me tuerait. Faut pas qu'il sache, jamais, marmonna Katsuki.

Le blond se perdit quelques instants dans ses pensées, partagé entre la colère envers les deux farceurs et le soulagement qu'il ne s'agisse que d'eux. Son secret était toujours entier, le rouquin pensait toujours qu'il avait arrêté de fumer, plus d'un an auparavant. Il râla une nouvelle fois, reprochant au duo nouvellement venu d'avoir gâché la seconde moitié de sa cigarette, lorsque Tsuyu, grande dame, s'en alluma une, lui proposant de la partager pour se faire pardonner.

Si la force de caractère de Katsuki n'était plus à prouver, s'il s'était construit, accepté et avait évolué, il n'en restait pas moins humain. Et dans toute la beauté de son humanité, s'il ne le formulerait jamais à haute voix, il avait, lui aussi, des faiblesses. L'une d'elle, la plus grande, qui le noyait par son intensité et son incapacité à y résister, ne serait-ce qu'un millième de seconde, arborait des mèches carmin, des prunelles assorties et un sourire si lumineux qu'il réchauffait les cœurs. Mais Eijiro n'était pas la seule faille de Katsuki. Sujet à une gestion des émotions instable, il s'était réfugié, très tôt, dans la cigarette et l'effet salvateur des tiges de nicotine sur son cerveau agité. Depuis, cette habitude s'était ancrée et il n'avait jamais su la lâcher.

Mais la première faiblesse du cendré menait une lutte acharnée contre la seconde, et il s'évertuait donc à cacher à Eijiro qu'il fumait toujours quotidiennement.

Le cendré s'accrocha au petit groupe que formait Tsuyu et Sero et rejoignit la tablée, au bout de laquelle Kyoka attribuait le singe à un Denki offusqué.

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Un voile de fraîcheur s'était déposé sur le chalet, ce soir-là. A mesure que les heures filaient et que la lumière diurne fuyait vers l'ouest, la température avait, elle aussi baissé, drastique, presque mordante. Et même s'ils apportaient, à travers leur indéfectible amitié, une douce chaleur à cette fin de journée, les quelques individus, désireux de profiter de leur immense terrasse, avait revêtu des pulls, des plaids et même, pour un Sero frileux et une Ochaco congelée dès lors que la barre passe sous les 20 degrés, des bonnets.

Même Eijiro, galvanisé, parfois, par ses idéaux de virilité et réfractaire à couvrir ses bras tatoués d'un chaud tricot, portait un sweat marine, vicieusement piqué, sans sollicitation aucune, sur le lit de Katsuki pendant sa douche. Et silencieusement, il inspirait l'odeur d'agrumes, un peu boisée du vêtement foncé, qui mettait en valeur ses mèches vives. Toujours aussi rouges, ces-dernières avaient été nouées en une attache lâche, quelques-unes d'entre elles encadrant son visage rieur. Assis dans la clarté lunaire, son halo de beauté habituel n'avait pas cessé de briller. Il semblait pourtant adouci, comme si on lui avait superposé une couche de mystère et un pouvoir d'attraction magnétique et diablement séducteur. Si le jour faisait valoir son âme d'enfant, sa générosité sans limites et sa capacité innée à fédérer les humains avec bienveillance, la nuit mettait en emphase sa face plus obscure, ses indicibles secrets et sa sensualité animale.

Katsuki, adossé à la rambarde boisée, une bouteille de bière à la main, laissait distraitement traîner son regard sur son ami de toujours, son binôme fusionnel, son être humain préféré. D'innombrables pensées se bousculaient dans sa tête, des parcelles de souvenirs, des mémoires de sa fuite au bout du monde, de son retour aux côtés du rouquin, de ses doutes qui n'en étaient probablement pas, du temps qu'il tiendrait encore. Un frisson couru le long de son échine et il pivota brusquement vers Izuku, pour lui lancer sa capsule avec un air moqueur.

Le vert sursauta, visiblement interrompu dans un monologue mental et, après quelques secondes de surprise, eut un rire, s'empressant de balancer un paquet de pringles vide sur son ami d'enfance et rival à temps partiel. Le blond cendré tenta de rattraper le tube en carton mais il ne fut pas assez vif et il rebondit mollement sur son bras, venant percuter le crâne de Shoto. Denki, qui coupait minutieusement des tranches de pain que Mina tartinait de fromage frais, partit dans un grand rire, vibrant de sincérité. Communicatif, il fut rejoint par les éclats de joie de l'assemblée.

La soirée, jusque-là étrangement orientée vers le calme, chacun étant dans ses pensées, ses souvenirs et une certaine forme de gratitude, prit un tout autre tournant. Sur un fonds de rugissements, éclats de rires et cris stridents, ils se lancèrent pleinement dans une bataille, se balançant tout ce qu'ils trouvaient, des capsules de bière aux coussins du canapé, en passant par des glaçons et des bouteilles en plastique vides.

Eijiro, rieur, menacé à droite par un énorme coussin tenu par Tsuyu, à gauche par Sero et une bouteille de coca vidée au dîner, chercha urgemment une arme à leur opposer. Dans un geste désespéré, il fouilla dans la poche centrale du sweat qu'il avait emprunté. Son hilarité disparut en un dixième de seconde lorsqu'il sortit l'objet qu'il avait effleuré de la cavité cotonneuse. Entre ses doigts agiles, traînait un paquet de cigarette, entamé d'un petit tiers. Le rouquin leva des yeux inhabituellement meurtriers sur le blond cendré, en pleine collaboration avec Mina, qui lançait des capsules de bière dans la capuche de Kyoka.

Shoto, l'œil et l'esprit vif, capta la situation en un éclair. Grand héro, il s'avança, attrapant la boîte en carton qui gisait dans la main d'Eijiro.

- C'est une blague ? Je l'ai cherché pendant deux jours, deux ! Je suis allé en racheter à l'ouverture du tabac mardi, tu les sors d'où ?

Les sourcils froncés sur ses yeux vairons, il fourra les cigarettes dans la poche de son jean, non sans en récupérer une au passage.

- Dans le sweat de Katsuki, répondit Eijiro, hésitant. Comment elles se sont retrouvés là ?

- Il me l'avait passé pendant une pause clope, un jour ou il faisait une insomnie. J'aurais jamais pensé à les chercher dans les vêtements de la boule de nerfs, narra Shoto, en embrasant le bout de sa tige de tabac, sous l'œil réprobateur du garçon aux boucles verdoyantes.

Eijiro abandonna dans un dernier haussement de sourcils, tandis que, plus loin, Katsuki recommençait à respirer.

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Ce soir-là, le blond cendré ne s'aventura pas sur la terrasse avant de rejoindre son lit, il ne s'autorisa pas sa cigarette habituelle et, bien qu'elle lui manquât, il prit bien soin d'afficher à tous qu'il s'enfermait bel et bien dans sa chambre. Si l'on tendait l'oreille, on pouvait encore entendre son cœur battre de panique, serré à l'idée même de contrarier Eijiro.

Il ne souhaitait, certes pas s'attirer les foudres de son meilleur ami et, il le savait, ce-dernier serait en colère. Son naturel joyeux serait rapidement étouffé par sa colère et lui qui arrondissait toujours les angles le sermonnerait forcément. Mais davantage que réveiller sa colère, Katsuki se refusait à le décevoir. Il ne pouvait simplement pas s'imaginer être la cause du désappointement qui pourrait se peindre sur les merveilleux traits d'Eijiro. Il ferma douloureusement les yeux. Il n'aspirait qu'à rendre le roux heureux, qu'à lui insuffler du bonheur, qu'à le protéger du monde extérieur, des émotions négatives, des souffrances de l'humanité. Eijiro était ce qu'il avait de plus précieux et il avait vainement à cœur de le préserver des assauts de la vie.

A quelques pièces de là, confortablement installé dans son lit d'un séjour, Eijiro fixait le plafond, malmenant sa commissure inférieure de ses dents pointues. Il se disait que, peut-être, le goût du tabac froid ne serait pas perceptible sur des lèvres aux effluves d'agrumes.

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Nonchalamment assis sur un muret en briques rouges, écouteurs vissés dans les oreilles et poings bandés, un adolescent blond cendres tirait sur une cigarette. Au fond de la poche de son jean gisait le tout premier paquet, qu'il était allé acheter sous l'œil plus que réprobateur du buraliste le plus proche de son collège. Et pour cause, Katsuki Bakugo n'avait que quinze ans. Il était en troisième et s'il n'avait pas possédé un solide aplomb et une autorité naturellement menaçante, le pauvre propriétaire du tabac n'aurait jamais consenti à lui vendre ces tiges de nicotine.

Il avait fumé, pour la première fois, quelques mois plus tôt. C'était l'un de ses amis, déjà au lycée qui lui avait proposé. Il avait détesté, évidemment. Il avait retenté l'expérience deux fois depuis, à des petites soirées de lycéens auxquels il se joignait ponctuellement. Eijiro et lui avaient pédalé une bonne demi-heure pour rejoindre la fête d'un certain Mirio, à laquelle ils avaient été conviés par Tamaki, le voisin du roux qu'ils côtoyaient régulièrement. Une fois sur place, entourés de lycéens, de première et terminale principalement, Katsuki avait fini une cigarette à peine entamée, sous les yeux effarés de son meilleur ami, qui avait catégoriquement refusé ne serait-ce que de toucher l'objet, râlant à qui voulait l'entendre que « s'encrasser les poumons » n'avait « rien de viril ».

Katsuki grimaça à ce souvenir. Malgré lui, son avis avait changé et il ressentait de plus en plus l'effet apaisant que ce cocktail de substances procurait à son encéphale. A tel point d'ailleurs, qu'il avait investi dans le premier paquet d'une longue, trop longue série.

Sans qu'il ne l'entende arriver, le collégien aux mèches rouges vint se planter devant lui, les sourcils froncés à l'extrême. Lui d'un naturel très doux et lumineux, arborait une mine si sombre que Katsuki baissa le menton, honteux avant même le premier mot du sermon.

- Sérieusement, Bakugo ? commença le roux, une lueur de déception dans le regard. Pourquoi tu fais ça ? Tu te ruines la santé pour quelle putain de raison ? C'est pour devenir populaire, je te suffis plus ? T'étais le premier à critiquer les caïds qui tentaient de se donner un genre avec leurs cigarettes et leurs verres d'alcool. T'es en train de changer, de devenir typiquement le type de personne qu'on détestait ensemble. Typiquement le type de personne avec qui je veux pas traîner ou perdre mon temps.

Katsuki ne sut pas s'il y avait une suite à la remontrance. Il détourna la tête, les yeux humides, le menton obstinément collé au torse, alors même que sa cigarette s'échouait au sol. Il n'eut pas le cœur à tenter d'argumenter, à expliquer à Eijiro que fumer le soulageait. Il fit simplement ce qu'il ne faisait jamais, avec personne. Il s'excusa.

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