Des étincelles bleues dansaient dans son champ de vision. Désorienté, il cligna des paupières et déglutit. Son corps bascula en position assise.
« Bonjour, Opale » fit une voix grave à sa droite.
Il tourna la tête. Un homme en t-shirt décoré d'une banane avec des yeux et une grande bouche lui souriait gentiment. Il sentit la tension se détendre un peu en lui. Opale. Oui, c'était lui.
« Je me suis endormi ? » demanda-t-il.
L'homme souriait toujours. Il avait un sourire très amical.
« Rien qu'un moment. »
Opale sentit la tension diminuer encore.
« Je peux y aller ? »
« Si tu veux » lui répondit l'homme.
Opale sourit. En se levant du fauteuil, il se rendit compte qu'il portait un gilet noir sur une chemise boutonnée jusqu'au cou et un pantalon avec une ceinture en cuir brun. Il plissa le front. Les vêtements étaient trop serrés.
« Opale » appela une voix de femme.
La femme était rousse et portait des lunettes. Elle tenait une petite pile de vêtements dans ses bras. Il la connaissait : elle s'appelait Verity et il lui faisait confiance.
« Il faut que tu te changes » dit-elle en lui prenant la main pour l'emmener dans une cabine et lui donner la pile qu'elle portait.
« D'accord » répondit Opale.
Elle sourit un bref instant et sortit de la cabine en refermant la porte derrière elle. Opale se déshabilla et enfila le t-shirt vert et le pantalon de jogging gris clair. Puis il plia les vêtements qu'il avait retirés, en fit une pile et ouvrit la porte.
« Regarde » dit-il à Verity. « J'ai tout plié. »
Les sourcils de Verity montèrent sur son front.
« C'est très gentil, Opale » dit-elle après un instant de silence. « Tu es très gentil. »
Opale eut un sourire radieux.
« J'essaie d'être performant. »
Opale aimait beaucoup l'atelier peinture. Il tenait le pinceau de la main droite et déposait des touches de couleur sur le papier blanc. Un trait vertical pour faire le tronc, trois autres à chaque extrémité pour faire les racines et les branches, et deux autres traits partant du milieu du tronc.
Il ajouta des boules de plusieurs couleurs accrochées aux branches et aux racines ainsi que tout près du tronc, puis un aigle au-dessus de l'arbre, un lézard en dessous et un écureuil qui courait sur le tronc.
Opale leva le pinceau et regarda son dessin. L'arbre lui disait quelque chose. Pourtant, il ne ressemblait pas aux bonsaïs de l'atelier de jardinage.
Yggdrasil murmura une voix dans son esprit avant de se taire. Il pencha la tête sur le côté puis oublia le mot étrange. Il se leva de son fauteuil et prit la feuille de papier pour la ranger sur l'étagère des livres. Personne ne touchait à ses dessins quand il les mettait là, et c'était très bien parce qu'il aimait les montrer à Verity.
Verity aimait beaucoup ses dessins. Il aimait beaucoup la voir sourire quand elle regardait ce qu'il avait peint.
Opale s'approcha de l'homme debout près de la porte qui menait à la piscine et lui sourit.
« Je voudrais aller nager » dit-il.
L'homme fit un signe de tête et lui ouvrit la porte. Opale passa le seuil, et eut un petit frisson en sentant le carrelage remplacer le plancher sous ses pieds nus.
Opale n'aimait pas beaucoup le froid, mais il aimait beaucoup nager.
C'était l'heure d'aller au lit. Opale ne savait pas s'il aimait aller se coucher.
Il avait pris sa douche et avait changé de t-shirt et de pantalon. Il partageait la même chambre que Cristal, Agate, Corindon et Topaze. Il aimait bien les autres, ceux-ci ne venaient pas l'embêter.
Il descendit dans son coffret et s'allongea sur la couchette. Il était couché sur le côté, les jambes repliées sous lui, la main droite sous l'oreiller. Il ferma les yeux et attendit que le silence se fasse.
La plaque semi-opaque glissa au dessus de lui, fermant son coffret. Opale poussa un soupir.
Quand il dormait, il voyait des choses. Il en avait parlé à Verity, elle lui avait dit que c'étaient des rêves. Parfois, les rêves lui plaisaient beaucoup, comme ceux où il voyait la femme blonde ou Verity.
Parfois, les rêves lui faisaient très peur, comme ceux où il voyait l'homme à la cape rouge essayer de le frapper avec un gros marteau ou ceux où l'homme avec un seul œil lui disait des choses horribles qu'il ne se rappelait jamais.
Cette fois-ci, le rêve fut très beau. Il faisait apparaître des étincelles dans ses mains et en faisait des dragons et des papillons pour Verity assise à côté de lui. Il lui demandait s'il était performant et elle lui répondait qu'il était le meilleur.
