Fury faisait honneur à son nom : c'était pratiquement un miracle que ses oreilles ne laissent pas échapper de panaches de fumée.

Il y avait de quoi : depuis presque deux semaines que ses agents planchaient sur le dossier Dollhouse, ils n'avaient pas progressé d'un pouce. Oh, il y avait bien des pistes, mais celles-ci les jetaient tout droit dans un cul-de-sac, ou les clients de l'organisation appelaient leurs putain d'avocats, ou les mystérieux vans s'évaporaient dans l'air.

De la part d'un vulgaire cercle de trafiquants ou de néo-nazis, ça n'aurait abouti qu'à le mettre en pétard. De la part d'une mystérieuse organisation capable de transformer les gens en vulgaires pantins sans qu'eux-mêmes en soient conscients ? Une révulsion hideuse se mélangeait à sa rage.

Grâce à l'attaque chitauri – et pas l'invasion des crevettes de l'espace, que Stark aille se faire foutre – il avait reçu une place de premier plan pour assister à des lavages de cerveau sur des humains. Dire qu'il en avait gardé de mauvais souvenirs et une opposition extrême envers la technique serait revenu à dire que le Vésuve en éruption n'est pas inoffensif.

Et maintenant, une bande d'idiots était parvenue à reproduire le processus et l'utilisait sans complexes. Qui savait où ça allait finir ? Fury savait qu'une fois le doigt pris dans l'engrenage, tout le bras finissait en charpie. La Dollhouse se contentait peut-être de fourguer des coups d'un soir pour les friqués maintenant, mais elle finirait sans doute par fournir espions et soldats à quiconque paierait assez cher dans une décennie.

Le directeur du SHIELD en connaissait un bout sur la nature humaine : dès que sortait un nouveau joujou, les gens se demandaient tout de suite comment le casser, comment empêcher les voisins de le récupérer, et comment casser celui que les voisins avaient quand même réussi à récupérer. Scientifiquement évalué.

Il ne s'illusionnait donc pas sur les possibles usages d'une technique capable de réécrire l'esprit humain selon le caprice du client. Ce serait une marionnette de chair et de sang, pire que la Chambre Rouge, pire que le Troisième Reich, car au moins ces programmes-là n'avaient pas réussi à cent pour cent, il y avait toujours eu un échec au minimum avec les sujets. Une faiblesse dans la cuirasse.

Que la Dollhouse n'avait pas, à en juger par l'ancienneté des rumeurs. Déjà une demi-douzaine d'années de vie, et rien que des bruits, pas une seule personne qui prétendait être un ancien employé, pas une seule personne informée qui aurait pu moucharder.

Bien sûr, vu la technologie, Fury doutait que quelqu'un veuille moucharder. Ou en soit seulement capable.

Une vraie honte, parce que ça lui aurait bien simplifié les choses.