Coucou tout le monde, désolée ce long moment sans publication mais voilà la suite. Bonne lecture!

PS: Au sujet de la banque suisse qui contacte le Lester du XXIème, elle a conservé les effets personnels de l'équipe dans ses coffres quand le Lester du XIXème a constaté leur disparition définitive.


Chap 5

Le son d'une petite cloche réveilla Jess. Le miroir ne lui envoya pas un reflet très flatteur. Empêtrée dans les couvertures d'un lit où elle ne se souvenait pas être monté, les cheveux en pétard, l'air totalement perdue. Bon point, elle portait encore ses vêtements. Elle tourna la tête vers la table de chevet avant que la vue par la fenêtre la rende encore plus perplexe. Ce n'était pas son quartier. Elle n'avait pas le gueule de bois. Sa robe posée sur le fauteuil en osier la fit soupirer. 1850. Le passage par l'anomalie. Elle avait oublié. Pieds sur le lattes du parquet froides, elle se débarbouilla avant d'être agréablement surprise par le contenu de la coiffeuse. Fards, poudre et ton le matériel adéquat. Les deux malles au pied du lit devaient contenir des effets personnels. Deux malles? Oh, où était passé Becker? S'il avait pu la porter jusqu'au lit – malheureusement pas la déshabiller, elle et Abby avaient enlevé leurs robes trop volumineuses plus tôt dans la nuit-, il aurait pu resté. En tant que militaire, il devait se lever aux aurores. Quelle plaie. Elle aurait adoré le réveiller...Tant pis, une prochaine fois, sans doute. Dans le couloir, elle tomba sur Connors, pas encore très bien réveillé mais repu de sommeil et toujours dans ses vêtements de la veille. Ses cheveux ébouriffés lui redonnèrent le sourire. Dans la salle à manger, qui semblait faire aussi office de salle principale, la table était recouvert d'une nappe blanche et brodée mais surtout un buffet composée de divers délicatesses comme scones, muffins et macarons, voisin de toasts fraichement grillés entouré de différentes confitures, de plusieurs carafes, d'une théière et d'une cafetière, agencé autour d'une coupe de fruits. La seule raison pour laquelle Jess croyait en ce qu'elle voyait fut que le reste de son équipe y déjeunait. Enfin, deux hommes du 19ème siècles y déjeunaient en compagnie d'une jeune femme du 21ème en chemise flanelle et jeans. Assez troublant.

- Vous êtes des vrais marmottes, tous les deux, maugréa une voix inconnue qui les fit sursauter.

Une femme d'une cinquantaine d'années, bien conservée pour son âge, étant donné l'époque, venait d'entrer, un plateau de parts de tarte à la main. Ses cheveux noirs filées de gris étaient remontés en une natte chignon, son visage était avenant, sa tenue impeccable pour une gouvernante.

- Mrs Cavendish? Demanda l'informaticienne, à la mémoire infaillible.

- Vous auriez dû vous réveiller plus tôt, miss. Ces deux-là ont failli me tuer à l'aube.

Matt ne leva pas la tête de son journal mais Becker fit une moue de chien battu.

« Et j'ai beau parler, cette jeune demoiselle ne veut pas enfiler des vêtements décents!

Abby leva les yeux au ciel devant la remarque mais continua de manger.

- Vous...vous...

- Et si tu venais d'abord déjeuner, Connors? Le coupa Matt.

- Vous êtes la réincarnation de Mary Poppins!

- Pas faux, acquiesça sa compagne. Une vraie fée. Jolie robe, Jess.

- Merci. Tu devrais essayer.

Aussi pimpante que sa robe de satin vert pomme brodée d'un vert plus sombre et de blanc, elle sut s'asseoir sans se ridiculiser malgré la crinoline, sous la grimace de son amie. Elle savoura son petit-déjeuner de princesse avant de relancer la conversation.

- Alors, le programme?

Elle ne s'attendait pas à ce que Mrs Cavendish réponde, par contre.

- Votre journée est déjà prise. Mr. Zadig doit venir cet après-midi et les essayages prendront tous l'après-midi. Vous devez trier les invitations reçues et commencer à prévoir celle que vous organiserai pour votre retour en Angleterre.

- Hein?

- Lady Courtney Crumcrin est une amie intime de Sir Lester et vous convie à son bal mensuel dans son hôtel particulier, le Sunset pour après-demain. Elle est américaine, originaire de Chicago. Très extravertie. Je suis sûre que vous lui plairez.

- Une excellente occasion de se faire connaître, génial. Mais nous parlions d'autres choses.

- Bien, je vous laisse donc.

Elle fit une révérence avant sortir et de descendre les escaliers. Matt sortit enfin de son journal.

- Veuve, épouse de militaire, sans enfant.

- On avait remarqué. J'aurais besoin de matériel pour réparer le détecteur et le reste. La quincaillerie la plus proche?


Bien que perplexe, Mrs Cavendish avait accepté de leur indiquer la quincaillerie voisine tenu par un certain Vittorio Montesera, fils d'ouvrier immigré qui comptait s'élever par la vente d'objet métallique et qui louait un petit local à deux pas d'ici. Sa ravissante femme, Lucia l'aidait à tenir la boutique. En plein jour, leur situation paressait plus tangible. Matt suivait Connors, même si ce n'était pas la meilleur idée, ce dernier n'étant pas connu pour son sens de l'orientation mais le cours tumultueux de ses pensées l'empêchaient de se concentrer sur la route qu'ils empruntaient. Coincé à cet époque, il ne pourrait surement pas empêcher la catastrophe être provoquer. Quoique ceux qui risquaient de la provoquer ou du moins avaient le plus de chance étaient avec lui. Depuis la mort de Burton, il avait la conscience presque tranquille, en sachant qu'Abby surveillait les travaux de son petit-ami. Cependant la base de Dervill ne cessait de le rendre perplexe. Si finalement ce n'était pas l'une des expériences du CRA qui avait mal tourné mais une expérience militaire? Une expérience militaire sur un site d'anomalie. Donnant lieu au futur d'où il venait. Cette pensée le fit fronçait des sourcils. Avaient-ils pris en compte cette option? Ou s'étaient-ils concentré sur les anomalies? Comment connaissaient-ils les anomalies, d'ailleurs? En pensant à cela, il revient des années en arrière où encore enfant, il vivait dans une base souterraine. Au moment où le Conseil avait choisi un être cher, avant son père, avant la mort de sa mère. Son oncle Jasper qui l'avait fait rêvé avec ses récits du passé aux plaines verdoyantes, aux immenses machines de métal qui fendaient les airs comme les océans, à cet air pur et non-toxique. Bien sûr, Jasper n'avait pas connu cette époque, étant né après la Catastrophe mais il était sûr qu'aucun de ses récits ne comportait d'anomalies.

« On est arrivé, s'exclama Connors, le surprenant. Ils s'étaient arrêtés devant une vitrine pas très rutilante où des lettres peintes en un rouge et jaune sans éclat annonçaient: « Montesera - Quincaillerie ». La boutique était minuscule, presque invisible entre un boulangerie plus imposante et un logement plus modeste de briques rouges pas encore noircies par l'air chargé de charbon.

- Tu es sûr de trouver le nécessaire ici?

- On peut tout faire à partir de pièces détachés. Le plus dur sera d'assembler tout ça et de trouver une source d'énergie suffisante.

- Si tu le dis.

- Et toi, tu cherches quoi?

- Des armes.

- C'est l'anniversaire de Becker?

Amusés, ils entrèrent, faisant tinter la clochette. Quasi instantanément, un jeune homme aux cheveux noirs apparut de l'arrière boutique, à leur service, un immense sourire aux lèvres.

- Messieurs, que puis-je faire pour vous?

- On va jeter un coup d'œil.

- N'hésitez pas à me demander des articles particuliers. Je peux tout me procurer, assura-t-il avec un fort accent italien qui le rendit sympathique aux yeux de Connors qui partit farfouiller dans les larges caisses de bois tandis que Matt enlevait son haut-de-forme.

- Même des armes ?

- Des préférences ?

- Pour l'instant des petits calibres. Je reviendrais pour le reste. Ouvrez un compte au nom des Anderson.


A l'hôtel, Jess était agitée, bien qu'elle essaya de le cacher. Elle était remontée dans sa chambre et fouillait en catastrophe son sac. 5. Elle n'en avait que cinq. Une injection par jour. Cinq jour. L'insuline ne devait pas courir les rues à cette époque...

- Jess, un problème?

Pourquoi il revenait dans leur chambre, maintenant? Ou bien avait-elle une chance de pendu. La jeune femme oscilla entre le lui cacher ou le lui avouer. De toute façon, c'était repousser l'échéance que de lui mentir et si elle voulait débuter une relation avec lui, ce n'était pas forcément le meilleur moyen.

- J'ai un petit souci.

Ses pensées se lisaient comme livre. Elle pouvait suivre le cheminement de sa réflexion. D'abord, perplexe. Ils étaient tous coincés en 19ème siècles, après tout. Peut-être quelque chose de plus personnelle. De plus féminin. Ses joues virèrent à l'écarlate et son regard se posa sur la fenêtre derrière elle. Juste hilarante. Il croyait qu'elle avait ses menstrues.

« Mais non. Je n'ai que cinq doses d'insuline, révéla-t-elle en désignant les aiguilles stériles.

- Oh.

Le temps que l'information lui montât au cerveau et qu'il évalue la situation elle ne put que cligner des yeux. Il avait déjà pris la situation en main.

« Je suppose que l'insuline n'existe pas encore. Je descends voir Cavendish. Ménages-toi, Jess. On trouvera une solution.

Parce que Becker avait encore le spectre de la jeune femme inanimée sur les genoux d'Emily, peau glacée, souffle absent. Un frisson remonta sa colonne vertébrale avant de descendre à la recherche de leur gouvernante. Qui admirait la rapidité à laquelle Abby s'était adapté aux plantes du jardin central, passant outre sa tenue peu cavalière.

- Vos connaissances en art floral sont spectaculaire, miss Abigail.

- Au moins, un talent que je pourrais réutiliser ici. Y a-t-il autre chose que je...

Une sonnerie l'interrompit, annonçant l'arrivée du tailleur.


La musique s'entendait depuis le parc privée. Quelque chose de classique. Pas une musique qu'ils avaient pour l'habitude d'écouter, encore moins de danser sur. Mais ils firent tous bonne figure face au cocher qui mit l'escalier pour les aider à descendre. Le majordome les guida jusqu'à la salle de réception de marbre rose aux colonnes veinées de blanc et aux lustres de cristal où se trouvaient déjà une centaine de personnes. Des groupes s'étaient déjà formés autour des danseurs et de l'orchestre. Un serveur, sorti de nulle part, leur proposa de les débarrasser de leurs manteaux et son jumeaux des flutes de champagne, touts deux en livrés rouge et perruque poudrée.

- Reconnaissance du terrain. On se retrouve près du buffet dans deux heures, ordonna Matt en disparaissant dans la foule de taffetas en deux enjambées.

Autant se jeter dans la gueule du loup la tête la première avant d'hésiter. Être sociable, sans aucune arrière pensées, pour lui était une nouveauté. Heureusement qu'il ne l'inaugurait pas ce soir. Il s'avança vers celle qui semblait être la maîtresse de maison entourée d'un cercle plus bruyant que les autres. Lady Courtney Crumcrin était une femme de la quarantaine, une cascade de cheveux blonds savamment retenus par des barrettes fleuries qui la rajeunissait, une bouche pulpeuse et carmin qui lui fit comprendre qu'elle n'avait pas qu'un statut d'amie auprès de Lester. Sa robe était sobre: bleue nuit et perlée aux extrémités mais sans crinoline. Américaine.

« Lady Crumcrin, mes hommages. Matthew Anderson.

- Oh, vous êtes le protégé de Sir Lester! Il paraît que vous revenez d'Amérique? Comment se porte le pays de la liberté?

- Le vice-président Filimore a beaucoup à faire pour redresser le pays, milady, depuis la mort du président Taylor. Les récents évènements m'ont poussé à revenir à la terre de mes parents avec ma famille.

- Vous êtes marié? Qui est l'heureuse élue? Lui demanda une autre femme, plus dodue avec un éventail à plume. Comtesse Elza Trollope, enchantée.

- Comtesse, mes hommages. Non, pas encore. Je dirigeais une affaire familiale avec mes deux jeunes frères, Hilary et Connors, tous deux fiancés. Le premier à miss Jessica Parker et le second à Abbigail Maitland.

- Et vous travailliez dans quel secteur ? Le questionna l'époux de la femme dodue.

De bonne grâce, Matt se prêta à toutes les questions que l'assemblée lui posa. Ils avaient déjà travaillé le scénario au Blue Diamond, au cas où. Les ragots qu'allaient colporter les invités fixerait leurs possibilités de nouer des contacts. Et quoi de plus intéressant que des nouveaux venus?


Becker n'était définitivement pas dans sa tasse de thé. Les parfums l'étouffaient. Il se sentait oppressé et n'était guidée que par l'enthousiasme de Jess. Oui, il aimait les fêtes. Du moins quand il n'en était pas le point de mire de toutes les conversations.

- Bonsoir, miss. Votre robe est absolument ravissante. Ses motifs sont audacieux! S'exclama une jeune fille, aussi jeune que Jess, accompagnée de son essaims d'amis.

- Merci! Vous me rassurez, ce n'est qu'une vieille robe de la saison dernière. Et comme nous revenions de Portsmouth en catastrophe, j'ai crains faire tâche, confia sa cavalière. Beau mensonge. Zadig lui a assuré qu'elle ferait sensation. Oh, j'oubliais, miss Jessica Parker.

- Comtesse Monica Harris. Et je vous assure que tous les regards sont braqués sur vous. Et votre ami, bien sûr.

- Comtesse, mes hommages. Hilary Anderson, son fiancé. Londres n'a pas changé depuis la dernière fois.

Puisqu'il était d'usage de sortir des futilités pour combler la conversation, il allait faire un effort. Mais la conversation tourna très vite autour des chiffons, le lassant. L'un des amis de Monica le surprit. Un costume de facture plus modeste. Une barbichette qui ne devait pas être au goût des autres, aux visages imberbes. L'intéressé s'approcha et lui fila sa carte, sans lui dire un mot avant de disparaitre. Surpris, il baissa les yeux. Adam Worth. Mais un groupe d'homme vint à sa rencontre, l'interrompant dans sa réflexion. Les présentations faites, entre titres pompeux et nuages de cigares et d'eau de cologne, il s'intégra dans la conversation.

- J'espère que ma fille ne vous ennuie pas trop! Elle est passionnée par la mode!

- Comme toutes les jeunes filles. Vous avez une tenue de militaire, comte Harris. Me tromperais-je?

- Eh bien, vous avez de bons yeux, mon garçon! J'ai servi dans la Royal Navy pendant la bataille de Navarin pour l'indépendance grecque! D'ailleurs, j'ai de nombreuses anecdotes à vous raconter...

Becker se dit finalement qu'il allait peut-être passé une meilleur soirée que prévu, en voyant le vieil homme s'emporter dans une bataille révolue contre l'empire ottoman, décrivant les cuirassés et les flots d'une mer déchainée.


Abby et Connors s'étaient arrêté près d'une des colonnes où le jeune homme avait renversé son verre de vin sur la chemise immaculée de l'un des invités qui furieux le houspilla, s'attirant des commentaires … sur son caractère de cochon. Sa sœur s'excusa platement de la réaction disproportionné de son frère, apparemment en mal d'amour.

- Et sans vouloir paraître indiscrète, de qui … laissa en soupçon Abby.

- Toute la maisonnée l'ignore. Cela rend ma mère folle. Comtesse Vivianne Mildrake.

- Connors Anderson. Ma fiancée, Abbigail Maitland.

- Vous êtes ici depuis peu, n'est-ce pas? Fit la brune, embarrassée par les regards que lui jetait le reste de l'assemblée.

- Nous revenons d'Amérique. Vous avez nulle besoin de les considérer, Vivianne. S'ils vous dérangent, sachez que votre compagnie est agréable.

- Merci beaucoup.

Il eut un blanc assez gênant. Les groupes étaient assez proche pour avoir entendu Abby et le trio savait qu'ils savaient qu'ils savaient. Un homme finit par soupirer et se rapprocher en emmenant tout son groupe avec lui.

- C'est vrai que vous n'y êtes pour rien si votre mère a une haute opinion d'elle même. Elle n'est pas venue ce soir?

- Elle se sentait incommodée.

- Vraiment? J'aurais plus dit que la façon de vivre de Lady Crumcrin l'incommodait.

- Nous organisons un thé pour les nouvelles terres acquises par mon père, demain après-midi. Cela vous intéresse? détourna la jeune fille, vraiment pas à l'aise sur ce sujet.

- Acceptez! Je vous assure que Madame la Comtesse en vaut le détour, insista l'inconnu.


La fin peut paraître un peu abrupte et obscure mais tous les personnages rencontrés vont devenir quasi quotidien pour nos héros. Alors ça vous plut? Dites-moi ça en review.

Bien sûr, il faut élucider le problème de santé de Jess, découvrir ce que veut le mystérieux Adam Worth, qui est la hautaine comtesse. Sans oublier qu'un de vos personnages favoris va bientôt entrer en scène!

A la prochaine!