Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la roulette, il fallait faire qlq chose sur Debbie et Rajesh. L'occasion de parler un peu de ce fléau : les préjugés et le racisme
Personnages : Debbie, Howard & Rajesh
Debbie Wolovitz n'aimait pas les indiens. Ils étaient sales, avaient de mauvaises habitudes, étaient indignes de confiance – car, comme tout le monde le savait, ils étaient tous vraiment pauvres et donc tous prêts à vous sauter dessus à la moindre occasion pour vous extorquer jusqu'à votre dernier centime. En plus, ils avaient des dieux étranges et effrayants, ce qui était bien à l'image de leur peuple.
À chaque fois qu'elle tenait ce discours, Howard levait les yeux au ciel.
- Maman, dois-je te rappeler que toute notre famille a été assassinée parce que des gens ont dit la même chose sur notre peuple ?
- Ce n'est pas comparable ! ripostait-elle inlassablement. Les clichés sur les juifs étaient injustifiés et montés de toutes pièces. Là, je ne fais que dire la vérité.
- Ah, vraiment ? Et comment tu sais que c'est ça, la vérité ?
Le problème, c'est qu'elle ne savait jamais comment répondre à cette question. Elle le savait, c'était tout, comment c'était autre chose. Cette réponse, évidemment, ne convainquait pas vraiment son fils. Néanmoins, Debbie n'y accordait pas vraiment d'importance ; si Howard voulait jouer au bon samaritain défenseur de ces pauvres indiens, soit. Elle, elle savait de quoi il en retournait.
Dire qu'elle ne fut pas ravie quand il en ramena un jour chez eux fut donc un euphémisme. Quand elle le vit apparaître, avec son teint hâlé et son accent à couper au couteau, elle faillit lui refuser d'entrer. Elle se contint toutefois ; c'était la première fois que Howard invitait quelqu'un chez eux. Il n'avait jamais vraiment réussi à se faire des amis à l'école. Quant aux collègues de travail, ils n'étaient pas mieux. Howard n'en parlait jamais à la maison, mais Debbie pouvait aisément deviner que peu d'adultes étaient intéressés par les films et jeux qui passionnaient son fils. Sans compter qu'ils devaient sûrement faire preuve d'un peu plus de maturité concernant les relations amoureuses. Debbie avait beau adorer son garçon, elle n'était pas moins consciente de certaines de ses lacunes comportementales. Que Howard se lie donc avec quelqu'un au point de lui amener c'était... inespéré.
Elle tâcha donc de faire bonne figure et laissa entrer l'indien chez elle.
Là, comme elle était tout de même civilisée – contrairement à certains, se retint-elle de persifler – elle se montra polie avec ce Rajesh. Où est-ce qu'il était né ? Que faisaient ses parents ? Qu'étudiait-il ? Autant de questions qu'elle lança histoire de dire, s'attendant à des réponses qui puaient la médiocrité et la misère.
Elle fut bien étonnée de constater qu'il n'en était rien.
Rajesh venait d'une bonne famille. Il avait reçu une éducation complète, avait un projet d'avenir solide et réfléchit. Dans ses réponses, elle pouvait déceler son intelligence, sa capacité de réflexion, mais aussi un certain humour. Sa conversation était agréable, ses manières polies.
Ainsi, quand le moment de repartir se présenta, elle lui fit un grand sourire.
- Reviens quand tu veux, lui dit-elle.
Elle fut la première surprise de constater qu'elle était sincère.
Ce fut à cet instant qu'elle réalisa que Howard avait toujours eu raison. Elle avait jugée Rajesh et tous les siens avant même de le connaître. Elle avait été bondée de clichés qui n'étaient fondés que sur des biais racistes, créés de toutes pièces par des hommes qui voulaient alimenter la haine. Autant de préjugés dont avait été victime sa propre famille dans le temps. Et toutes ces années, au lieu d'honorer la mémoire des siens en formant un monde plus juste, elle avait appliqué les mêmes schémas de pensée que ses oppresseurs. Un sentiment de honte l'étouffa alors. Néanmoins, elle tâcha de se reprendre. Le passé était passé. Seul comptait maintenant le futur, un futur qu'elle comptait bien remplir de tolérance.
