Waouh, je crois que j'essaie de battre un record personnel d'absence...sinon, j'espère que vous êtes toujours intéressé par ce qui se passe autour de nos héros! Bonne lecture!


Chap 6

Dès le lendemain, au petit déjeuner, Mrs Cavendish les félicita en découpant une tarte aux mûres de leur entrée dans le beau monde.

- Les quelques lignes sont très élogieuses à votre égard. Votre venue intrigue les mondains et la chronique. La comtesse Trollope dont le mari est un directeur de la chaîne commerciale du même nom vous d'ailleurs conviée à un bal de charité qu'elle organise pour les orphelins qu'elle marraine. Votre robe a fait fureur, miss Jessica, Monsieur Zadig tient à vous remercier de la publicité que vous lui avez fourni et se tient à votre disposition pour d'autres commandes. Tout comme le Dr Hamilton pour votre problème sanguin cette matinée. Je vois que vous avez décidé de vous habillez correctement, miss Abbigail, à mon grand plaisir.

L'intéressée leva les yeux aux ciel en engloutissant une brioche. Elle avait choisi une simple robe de brocard bleu à l'imprimé floral, boutonnée jusqu'au col, aux manches amples avec des gants blancs. Tout comme sa collègue qui avait misé sur un support de coton plus léger de même couleur, cintré à la taille par un large ruban noir.

- Je devrais plus m'inquiéter pour mon tour de taille avec toutes ces pâtisseries. Je ne pourrais plus bientôt y entrer.

- Connaissez-vous la comtesse Mildrake mère? On dit que son caractère est irascible. Sa fille nous a invité pour un thé, glissa Connors, entre deux bouchées.

- Vous attaquez fort, monsieur. Son mépris pour tout ce qui n'est pas de la noblesse a failli provoquer de nombreux scandales et de nombreuses relations de son mari l'évitent. Elle est imbuvable depuis le retour miraculeux de sa sœur soi-disant amnésique. Vous devriez y aller, monsieur Matthew, les Mildrake sont très importants dans cette ville. Il paraît que leur aîné, un coureur de jupons notoire, va épouser Monica Harris, une jeune fille adorable. Elle est un parti très recherchée, vous savez, déclara-t-elle en étudiant Matt du regard suffisamment longtemps pour qu'il lève les yeux de son journal.

Becker se mit à tousser pour cacher la naissance d'un fou rire.

- Vous suggérez que j'aille l'épouser?

- C'est le meilleur moyen de s'intégrer à la société londonienne.

Ils explosèrent de rire face à sa face ébahi. Le soleil se déversait à flot dans la salle malgré le temps sec et froid. Ils profitaient du petit déjeuner pour régler leur emploi du temps journalier. Becker avait décidé d'aller voir ce mystérieux Worth, armé d'un pistolet d'argent gravé, de poudre et de balles en plomb qu'il ne savait pas encore manié et de son automatique habituel. Leurs armes et équipements avaient été caché dans leurs malles au deuxième étage. Ils avaient plus ou moins confiance en leur gouvernante pour qu'elle ne fouillât pas ses affaires.

- Je ne suis pas intéressé par le mariage.

- Vous savez que vous venez dire une abbération à notre époque où les meilleurs alliances sont tenues par des unions matrimoniales apportant prospérité aux deux familles.

- Je prends note. Tu as encore besoin de quelque chose chez Montesera, Connors? Je dois aller régler la note.


Coiffé d'un chapeau melon, dans lequel il se sentait affreusement ridicule, Becker avait préféré la marche à un taxi à cheval qui lui allégerait sa bourse avec plaisir sans l'assurance d'être conduit à bon port. Étrangement, les indications de Mrs Cavendish fut facile à suivre. C'était Londres, après tout, il y était né et y vivait malgré ses nombreuses missions militaires qui l'envoyait à l'étranger. A part quelques rues qui n'existaient pas, il sut se diriger sans tomber sur beaucoup d'impasses pour arriver finalement devant un immeuble discret, noyé entre la blanchisserie et le café. Le café dont la vitrine, où était peinte en lettres bordeaux écaillées Bogory's, lui permit de remarquer sa cible. Il y entra, commanda une bière au comptoir. Son voisin avait la quarantaine, une cicatrice sur la joue mal rasée qui lui donnait un air d'homme dangereux, les yeux gris délavé et une tignasse noire qui n'avait rien à envier à celle de Connors, le tout dans un costume en tweed à carreaux marron passe-partout. Il déclara, un peu surpris, cigarette au bec, le nez dans le journal.

- Vous êtes venu.

- Vous êtes un homme intriguant, Mr Worth, répliqua-t-il.

- C'est mon travail. J'ai une affaire à vous proposer.

- Je vous écoute.

- Un cas classique d'adultère. Vous filez le bourgeois au costume bleu jusqu'à son rendez-vous. Trouvez le nom de sa maîtresse retrouvez moi ici ce soir et je vous payerai. Alors, Mr Becker?

- Un détective privé. Vous vous me proposez un partenariat parce que bien sur, vous avez fouillé dans nos finances?

- Je suis un des francs-tireur de Sir Lester. Je lui devais une faveur, reste un savoir si vous en valez le coup. Votre pigeon est en train de s'envoler.

Un coup d'œil en arrière pour voir l'homme bidonnant payer, le soldat se mit sur pied, s'approcha de son interlocuteur pour cacher le pistolet chargé qu'il lui enfonça dans les côtes et murmura rapidement dans son oreille.

- Si c'est une arnaque, je vous assure que vous finirez plomber au fin fond de la Tamise, Mr Worth.

Avant de se remettre en marche et lui laisser payer sa consommation. Dehors, Becker dut presser le pas: sa cible semblait être en retard pour son rendez-vous galant. Et très nerveux, toujours un œil par dessus son épaule. Il avait quelque chose sur la conscience. Et une femme avec un bon instinct. Becker avait dû acheter un journal dont l'encre tacherait sans doute ses gants de cuir noir et le trouer tout en évitant les fiacres trop pressés conduit par des cochers au langage coloré. Au moins, il n'était pas dépaysait, songea-t-il. Toujours avec cinq mètres de distance derrière sa cible. Un arrêt trop brutal de l'inconnu l'obligea à se tourner vers l'étal le plus proche de … pommes. La gamine blonde à couette lui fit un sourire édenté et lui vanta les mérites de ces fruits.

- Un pomme, m'sieur? Elles sont toutes fraîches! Venues des champs ce matin! Bien mûres au soleil!

- Combien?

- Six pences, m'sieur!

Il en acheta une pour lui faire plaisir et continua sa filature. Son manteau noir lui permettait de se cacher dans le foule mais la ruelle où venait de s'engouffrer l'imbécile en bleu ne lui inspirait pas confiance. Il inspira un bon coup et se jeta dans la gueule du loup. Des affiches à moitié arraché et délavés par la pluie la décoraient mais le plus important était sans doute la porte arrière qui donnait sur un escalier en colimaçon qui menaçait de s'effondrait à chaque pas. Au premier, des loges. De théâtre, surement. Becker s'approcha des bruits suggestifs derrière la porte où le nom de Gisèle était grossièrement écrit sur du papier collé à la porte. Il sortit avec discrétion, monta son écharpe et fit le tour du bâtiment. Ce n'était pas un théâtre mais un opéra. Un garçon à taches de rousseur lui vendit le programme pour dix pences. L'opéra jouait Le Barbier de Séville avec comme actrice principale Gisèle …, une étoile montante. Il hésita à rester jusqu'à la sortie du bourgeois. Comment pouvait-il en apprendre plus? Un gloussement au-dessus de sa tête sembla lui répondre. Derrière les persiennes, un éventail de plumes roses lui faisait de l'œil. Gisèle avait surement des tas de collègues cancaneuses qui sauraient apprécier … des fleurs. Une petite fille vendait des violettes à la sauvette, un peu plus haut. Tout le panier à la main, Becker s'engouffra dans l'opéra, profitant de l'absence de gardien qui en grillait une dehors. Il arriva dans un petit salon dans les coulisses où se trouvaient une dizaine de filles entre plumes et robe, canapé et fumée de cigare.

- Ooooh, un nouvel admirateur! S'exclama une rouquine. Ton nom, mon mignon?

- Vincent, ma'am, mentit-il.

- Trop chou. Mais ces fleurs pour qui?

- Euh...Gisèle?

- Encore! Mais elle ne fait que ça! Tourner des têtes! Un alto, une œillade, un pas de danse, un rendez-vous! Vous envisagez la bague au doigt à la fin de l'opéra?

- Comme les vingt précédents, Charlotte. Jeunes et fortunés. Le vieux, Lidington est une exception, paraît-il. Il l'entretient.

- Mais pourquoi? Il est vieux, moche et répugnant. Il pur le cigare et le bon vin. Il est marié, énuméra une blonde maquillée comme un camion volé, un porte-cigare à la main.

- Il est riche, a une position stable, n'est pas trop regardant et lassé de sa nonne de femme, rétorqua une brune avec un éventail de paon. Oublies-là, mon p'tit. Elle ne t'apportera que des soucis.


- Satisfait? Demanda Becker après un résumé succinct de sa matinée, autour d'un déjeuner au Bogory's, offert par Worth.

- Voici les 50 livres pour ce travail. Le partenariat vous tente toujours?

- Oui. Mais tentez une affaire foireuse et ma menace tient toujours.

- Okay. J'ai compris, Mr Muscles. Fini de rouler les mécaniques, les cas comme ça, c'est pour faire tourner la boutique mais Sir Lester m'a fait part de quelque chose de plus inquiétant pour l'empire. Il s'agit de Lord Bossom et de ses ambitions ...


- Je ne pense pas que ça soit une bonne idée, s'entêta Abby, ne cessant de regarder par la fenêtre, atterrée par la misère apparente de Londres.

- De laisser Connors seul au Blue Diamond ou de s'intégrer à cette époque? Je t'avoue que je me suis un peu perdue dans ton argumentaire, répliqua Jess. On se fond dans la masse sans changer l'histoire, en quoi c'est mal?

- Je n'ai pas tenu dans le Crétacé un an avec pour objectif de ne pas changer l'histoire. La moitié du matériel est resté là-bas. Depuis quand les dinosaures savent utiliser un briquet? Lança la blonde en désespoir de cause.

Elle n'était pas désespérée cependant l'optimisme de Jess lui semblait impossible. Un mois, ça lui aurait paru intéressant comme escapade dans le passé. Mais quand elles avaient quitté Connors dans son nouveau laboratoire rustique, les pièces éparpillés dans toute la pièce, la tâche avait semblé immense. Même s'il travaillait d'arrache-pied, son génie ne pourrait exécuter toutes ses calculs que dans un laps de temps beaucoup plus long, sans compter les erreurs et les remises en question du protocole (elle avait le malheur d'essayer de comprendre le sujet un soir d'hiver... depuis, elle s'était résignée au fait que certaines choses lui resteront obscurs à vie).

« Et d'ailleurs, que veux-tu que l'on fasse en attendant? Dans ce siècle, les femmes n'ont pas de reconnaissance sociale: elles restent mineures à vie sous l'autorité du père, frère ou mari.

- Tu as bien potassé le sujet.

- Mon exposé de primaire. J'ai eu la meilleure note, confessa-t-elle.

Le rire de Jess l'entraîna rapidement dans sa bonne humeur et la rousse détourna la conversation.

- J'ai hâte de rencontrer Lady Mildrake, on dirait la marâtre de Cendrillon!

- Moi, ce qui m'inquiète c'est le fils. Renfermé, capricieux, colérique: le parfait héritier en somme.

- Je plains Monica. Elle est sympa comme fille, un peu superficielle mais elles doivent toutes être comme ça à cette époque. Quoi?

- Dixit la fille dont la robe a fait sensation, qui bénéficie des remerciements d'un des tailleurs les plus connus de Londres.

Elles continuèrent de se chamailler comme des adolescentes dans le fiacre qui les emmenait au cabinet du Dr Hamilton, recommandé par Mrs Cavendish. Ce fut sa femme aux joues rondes qui ouvrit, tablier autour de la taille, une assiette de cookies à la main.

- Les fiancées Anderson? Bonjour, je suis Marthe, l'épouse d'Archibald. Le cabinet est sur votre gauche mais je vous prie de patienter, il est avec un confrère. Voici de quoi vous étoffer un peu, mesdemoiselles.

Une fois qu'elle se fut éloignée, Abby grinça des dents et maugréa à voix basse:

- Les fiancées Anderson? On dirait le titre d'un mauvais …

- Miss Maitland, Miss Parker, mes excuses pour l'attente, s'exclama un homme, bien en chair en blouse blanche. Ses cheveux poivre et sel, ses lunettes rondes et son air bienveillant lui donnaient l'air d'un grand-père bienveillant. Je vous présente le Dr James Watson, tout droit revenu de l'Afghanistan en héros de guerre.

L'intéressé semblait être embarrassé de toute cette attention (à moins que ça ne soit le fait qu'elle soit féminine). Une moustache travaillé, un chapeau melon. Bel homme dans la trentaine, il semblait avoir des douleurs à l'épaule droite.

- Mesdemoiselles, mes hommages. Je ne vous retiens pas plus longtemps, Dr Hamilton.

- J'espère que vous accepterais l'invitation à dîner de ma femme!

- Avec plaisir. Mesdemoiselles, Madame, Docteur, bonne journée.

- A votre tour. Qu'est-ce qui vous amène?


Le retour fut beaucoup moins réjouissant.

Les nouvelles aussi.

Ne parlons pas du temps: il pleuvait à verses et les cahots du fiacre sur les pavés mouillés allaient surement leur laisser des bleus, si les chevaux ne fauchaient personne sur la route. Jess avait la tête dans la main, accoudée à la fenêtre silencieuse. Seul son poing serré, ses phalanges blanches trahissaient son angoisse et sa colère face à son impuissance. La déchéance que lui avait décrit le Dr Hamilton lui glaçait le sang. Une longue agonie l'attendait. Elle perdrait du poids en quelques mois, mourrait de soif et de faim, tuée par l'excès de sucre dans son sang. La main d'Abby lui desserra le poing et croisa leurs doigts ensemble. Pour lui insuffler un peu de courage et d'espoir. Jess lui concéda un maigre sourire. Comment... pouvait-elle être condamnée si facilement … Pour l'instant, elle devait surtout se ressaisir. Pas besoin de plomber l'ambiance, ils venaient d'arriver. Et il y avait forcément une solution.


Matt se sentait plus que déplacé dans cette réception, un sentiment plus que récurrent ces derniers temps. La jeune Mildrake jouait aux cartes entourée d'une dizaine de jeunes filles de la bourgeoisie et son frère fumaient de dandy, tous profitaient de la température ambiante du parc des Mildrake tandis quelques adultes discutaient autour d'un cognac sur la véranda dont Comte Mildrake père, son beau-frère Lord Merchant, l'Amiral Hammond et Lord Bossom. Le dernier lui hérissait les poils. Il avait un regard acéré et parlait peu, surtout pour corriger ses confrères avec un ton de dédain absolu face à leur ignorance chronique au sujet de la politique ou de la guerre.

- On dit que vous avez une nouvelle acquisition dans la marine, Lord Bossom? Lança-t-il, en espérant briser l'ambiance sinistre qui s'était installé.

- Oui, un bateau de plaisance que ma femme a hâte d'inaugurer mais le mauvais temps contrarie ses projets. D'ailleurs, elle s'excuse auprès de votre femme, William, pour son absence lors du bal dernier.

- Ça ne fait rien. Caroline a eu vent de son léger malaise et songeait à venir la voir sous peu, le rassura l'hôte de maison. Vous avez des projets, Matthew?

- Hum. Je pensais investir dans l'immobilier, improvisa-t-il, mais j'aimerais avoir vos avis.

- Tout dépend de vos revenus, de votre profession.

Et voilà comment en moins de cinq minutes, il était devenu le centre d'attention. Même Bossom le regardait.

- Notre départ était assez précipité et nous ne sommes pas encore totalement installé. Un ami de la famille, Sir Lester nous offre une rente régulière qui couvre nos besoins.

- Un chevalier? Vous avez des amis haut-placés, Matthew.

Il répondit par un sourire en coin.

« Et je serais ravi de vous aider à gérer vos finances. J'ai mon propre bureau au Diogène Club. Voici ma carte, n'hésitez pas, insista Bossom.*

- Ah...les voilà.

Ces messieurs se levèrent pour accueillir les deux femmes qui faisaient leur entrée. La première ressemblait à une meringue à la lavande avec une pointe citronné, son ample robe violette trop imposante et ses cheveux d'un blond vénitien lui ayant inspiré cette pensée gastronomique mais son visage était agréable. Enfin, serait agréable si elle souriant. Même ses yeux noisettes étaient neutres.

- Toutes nos excuses, très chers, pour cette indésirable attente.

- Cette attente était justifiée, comtesse. Vous êtes un régal pour les yeux, la félicita l'amiral et Matt dut se retenir de jeter un regard à son embonpoint et à l'assiette où trônaient les miettes d'un gâteau dévoré. Cet homme aimait trop les sucreries pour son propre bien. Il se concentra sur la seconde personne, encore dans la pénombre dont la robe était de la même teinte.

- Messieurs, le dessert était-il à votre goût? Demanda-t-elle poliment.

Matt eut plusieurs secondes de blanc. La même voix, le même visage cependant plus pâle et fatigué qu'il ne l'avait vu avant qu'elle ne repasse l'anomalie, cette tenue et retenue de lady victorienne qui l'avait fasciné avant que son syndrome de Superman ne l'oblige à se séparer d'elle, à s'en éloigner pour éviter de la perdre.

- Délicieux, Lady Emily, cette meringue était un bonheur pour les papilles. Un bonheur qui me perdra sans doute un jour, plaisanta l'amiral, amusant l'assemblée.

- Caroline, Emily, puis-je vous présenter un ami de Lady Crumcrin, Matthew Anderson?

Emily tourna brusquement la tête. Depuis ce matin, sa charmante sœur aînée ne cessait de lui rabâcher à quel point toute la bonne société adorait les cancans liés à sa disparition soudaine et à son amnésie, malgré les garanties apporté par Scotland Yard pour son enlèvement et qu'elle était un fardeau pour Henry, qui gardait ses distances habituelles avec elle dont elle ne portait toujours pas l'héritier et que tout ceci aurait achevé leur père chéri qui se retournait dans la tombe familiale. Pas depuis ce matin en vérité, depuis qu'elle était revenu auprès d'Henry et que ce dernier avait cru bon de se rapprocher de son beau-frère en affaire, lui imposant la présence continuelle de sa chaperonne de paranoïaque de sœur. Plus de six mois que Caroline suivait chacun de ces faits et gestes, commentant chacun de ces choix, censurant chacune de ses paroles et pensées. Si cela continuait Emily pourrait bien devenir folle. Ces quatre dernières années de liberté et de responsabilité se mariait mal à cette vie de soumission et de bien paraître à laquelle on l'avait pourtant éduqué. Si elle supportait cette situation, c'était que sa sœur s'inquiétait réellement pour elle, cette société étant sans pitié, malgré la jalousie de cette dernière d'avoir fait une meilleur alliance que sa sœur et qu'elle ne pouvait rien faire d'autre que de composer avec ses souvenirs et sa vie actuelle. Alors la jeune femme avait concédé sa présence à ce thé pour faire taire les cancans et sa sœur. Au bout d'une heure de retard parce que Caroline n'arrivait pas à choisir une tenue correcte malgré l'aide son tailleur, de deux femmes de chambre et d'une nuée de servantes, Emily lui avait fait remarqué que son retard ne ferait que nourrir les ragots. Et sa sœur détestait les ragots autant que les raisins secs. Elles étaient descendues et Henry lui avait présenté le nouveau venu. Matt, tout aussi surpris qu'elle de le trouver ici. A cette époque. Ses yeux bleu la dévoraient du regard, la faisant revivre de nouveau cette palpitante aventure à travers le temps.

- J'ignore par quels méandres vous êtes devenu ami avec Lady Crumcrin, Mr Anderson, mais je ne pense pas que cela soit …

- Vous venez de vous installer à Londres? La coupa Emily, sachant pertinemment que la fin du commentaire n'était guère flatteur et que sa présence ici bien que plaisante n'était pas normale.

- Ma famille et moi-même avons eu quelques soucis en Amérique et nous avons dû rentrer précipitamment à Londres.

- Votre famille?

- Mes deux frères, Hilary et Connors et leurs fiancées respectives, Jessica et Abbigail, toutes deux présentes autour de votre...nièce? Hésita-t-il, en désignant du regard le groupe de jeunes filles, assises sur une nappe.

- Oui, c'est bien ma charmante fille, Vivianne, acquiesça la meringue lavande, Caroline. Messieurs, je dois vous laissez.

Ils ne s'étaient pas lâchés du regard, tous deux certains que s'ils le faisaient, l'autre disparaîtrait comme la dernière fois aussi fut-elle surprise que sa sœur lui prenne un bras pour la traîner vers sa fille en marmonnant combien de fois avait-elle prévenu Vivianne de ne pas s'accoquiner avec n'importe qui, encore moins avec des relations de personnes douteuses comme Lady Crumcrin et d'autres horreurs qu'Emily ne préféra pas relever, obéissant docilement à la traction, mettant sur le compte de la surprise son pouls trop élevé et la rougeur sur ses joues. Dans son dos, elle pouvait sentir le regard insistant de Matt, se persuadant que sa présence était réelle. Elle rejoignit Jess qui ne sut cacher sa surprise et sa joie de la revoir, contrairement à Abby qui se contenta d'une accolade rapide. Au bout de quelques minutes, elle put parler aux deux jeunes femmes pour savoir ce qui se passait passé et s'inquiéta de leur situation.

- Tu n'as qu'à passer au Blue Diamond nous voir. Tu ne sais pas à quel point tu nous as manqué, Emily, se plaignit Jess, une moue de petite fille sur le visage. Tu nous racontera ton retard miraculeux.

- Parce que les cancans ne vous ont pas renseigné?

- Je ne lisais pas la presse people au XIXème siècle. Je ne vois pas pourquoi ça changerait avec le temps, assura Abby, en secouant paresseusement son éventail. Je crois qu'on va y aller. Tu devrais parler à Matt.

- Sans chaperon? Impossible.

- On va avoir besoin de ton aide pour gérer tout ça, Emily. D'ailleurs on a d'autres soucis.


Alors? Un célèbre personnage s'est glissé rapidement dans le récit... Mais Lord Bossom ne semble pas faire l'unanimité et de quels autres soucis parle Jess?