Verity accueille le mois d'inactivité d'Opale comme un congé de quatre semaines, où elle n'a rien d'autre à faire que grignoter des marshmallows sur la balustrade en gardant un œil sur les activités de sa poupée à l'étage du dessous.

La pause prolongée engendre des résultats visibles dès la première semaine : Opale ne traîne plus les pieds de fatigue, il perd les cernes qui avaient commencé à se former sous ses yeux et montre davantage d'enthousiasme pour ses activités de loisir. Le docteur MacDonald est absolument ravi, ce qui réjouit Opale aussi – les réactifs sont tous bien plus à l'aise dans un environnement heureux, mais c'est vraiment très prononcé chez Opale. Dès qu'il voit une grimace, il devient immédiatement anxieux – une petite particularité qui contribue à le différencier du reste des poupées.

Pendant ce temps, Verity suit nerveusement l'actualité.

Il fallait s'y attendre, une invasion de crevettes galactiques fait la une des journaux télévisés comme papier : c'est un peu difficile de faire passer à la trappe trois tonnes de baleine en armure qui pourrissent dans les rues de Manhattan, tout de même. La réaction globale est l'hystérie et la peur : marrant comme un scénario de film-catastrophe passe nettement moins bien dans la vie réelle.

Il y a des paranoïaques qui prétendent qu'il s'agit d'une attaque terroriste commanditée par les ennemis des Etats-Unis, il y a des défaitistes qui courent s'enterrer dans un bunker par crainte d'une seconde vague hostile, il y a des revanchards qui veulent tourner le programme d'exploration spatiale en programme d'extermination des peuplades interstellaires.

Et au milieu de tout ce foutoir, les Vengeurs, comme le public les appelle. Un milliardaire immature doté d'une boîte de conserve volante, la version verte et géante de M. Hyde, une légende décongelée de la Seconde Guerre Mondiale, un dieu Viking et deux assassins. Devant la constitution de l'équipe, Verity a du mal à intégrer que cette bande hétéroclite a réussi à repousser une armée d'extra-terrestres. Franchement, on croirait plutôt à un scénario de BD.

Sauf que c'est réel. Apparemment, les héros peuvent exister, et s'ils existent c'est parce qu'il existe aussi des monstres à combattre.

Inutile de le préciser, la perspective flanque plusieurs nuits blanches à Verity.