Coucou à tous! Désolée de ce long retard mais les vacances en familles, les révisions et les partiels ne sont pas le moment le plus propice à l'inspiration et à l'écriture. J'espère que vous attendez tous la suite, ici où l'on apprend un peu plus sur la motivation non désintéressé de certains. Bonne lecture.
Plantant son couvre chef dans les mains de son domestiques, Lord Bossom jeta sa veste et sa canne à une femme de chambre qui époussetait l'un des précieux vase de sa femme tout droit venu d'Italie et se précipita dans les escaliers. Après un déjeuner au Diogènes, il sut qu'il aurait besoin de cet investissement.
Dans un salon commun à l'ambiance feutrée et viril, Russel Bossom profitait du silence et d'un bourbon. Les tractations avec ses alliés, méfiants, l'avaient épuisé. Il ne sentait pas la force de rentrer chez lui pour être accaparé par sa femme, plus mondaine que la française Marie-Antoinette et son étrange fille. Il fut surpris par la venue du majordome qui, en silence, lui tendit une missive et discrètement lui indiqua le jeune homme qui attendait au bar. Intrigué, le noble lut pour sauter prestement sur ses pieds et inviter le nouveau venu dans son bureau.
- Vous me surprenez, M. Anderson. Je ne vous attendais pas de sitôt.
Mais c'était une bonne nouvelle, songea-t-il.
- Ma famille tient à rembourser au plus vite Sir Lester de ses bienfaits et à s'autonomiser. Aussi la vision d'un ami sur l'état actuel d'un marché serait la bienvenue.
- Bien sûr, asseyez-vous. Un verre, un cigare?
- Votre collection de bourbon est impressionnante. Je serais ravi de la goûter.
- Un connaisseur! S'exclama-t-il, ravi.
Un bourgeois ivre était plus facile à arnaquer qu'un client sobre.
« Avez-vous la moindre idée de par où commencer? Un savoir ou des talents particuliers ?
La suite de l'entretien le fit exulter intérieurement.
L'idée que l'aîné des Anderson profitait d'une rente régulière d'un haut-placé que Bossom souhaitait faire tomber et que lui et ses frères souhaitaient rapidement monter une affaire ensemble le faisait exulter. Une vache à lait de bourgeois, parfaite pour son plan. Un plan délicat qui demandait autant d'acteurs que d'argent mais dont le résultat serait grandiose aussi bien pour l'empire que pour lui-même. Dans quelques mois, la présence et les 'avantages' du parti qu'était Matthew auront fait le tour du pays et d'autres tenterait leur chance. Ce blanc-bec ne verra rien et l'opportunité lui échapperait. Marchant rapidement vers la salle d'étude où le professeur de violon, une autre lubie de sa femme pour rendre sa fille plus « mariable », il exigea du professeur un aparté avec la jeune fille qui soupira. Pénélope Bossom n'avait rien hérité de son père , à part le nom et la capacité d'arriver toujours à ses fins par tous les moyens. Ses cheveux bruns étaient remontés en nattes sur sa nuque, mettant en valeur sa peau pâle et ses yeux noirs insondables. Elle posa délicatement le violon sur la table et défroissa sa jupe, attendant patiemment que son père exposa les motifs de cette interruption.
- Ces cours vous sont-ils utiles?
- Je pense que mes prétendants apprécieront un morceau de Vivaldi.
- Dans quelques jours, je vous présenterais les Andersons. Occupez-vous de Matthew, l'aîné. Un excellent parti, aisé, attentif et travailleur.
- Alors comment a-t-il pu croiser votre chemin? Gloussa la jeune fille, joueuse.
- Des connaissances communes. Un mal pour un bien. Ces parties de chasses et de jeux avec les Mildrake ont fini par payer puisque j'ai rencontré ce jeune homme. Il convient parfaitement à toutes vos attentes, insista-t-il pour la convaincre de l'importance du sujet.
- C'est un bourgeois, observa-t-elle, plus attentive.
- Aisé. Avec de nombreux amis bien placé. Que la Reine l'anoblisse sous peu ne m'étonnerais guère, si vous voulez savoir. J'enverrais un mot à votre mère pour fixer le rendez-vous. Une alliance au plus vite sera pour le mieux, déclara-t-il.
Aussi Pénélope fut surprise qu'il n'avança carrément pas une date pour l'union avec l'inconnu.
- Dommage que vous ne pouvez l'épouser alors.
- Restez polie, Pénélope. Je compte sur vous pour vous présenter dans vos plus beaux atouts.
- Et vous annoncer un héritier pour l'été?
- Ce serait la meilleur configuration possible. Reprenez, si le violon peut le rendre mélomane.
Une fois son père sorti, elle savait qu'elle ne reverrait pas le charmant Peter qui lui servait de professeur et de prétendant secret. Elle connaissait son père et il la connaissait. Mais il ne s'appréciaient pas. Sa mère était l'incongruité de l'équation. Elle était leur parfait opposé: lunatique, charmante, attentive. Les mariages arrangés formaient parfois de drôle de couples. Aussi la jeune fille se mit en tâche d'en savoir un peu plus sur le prétendant qui avait eu le malheur d'attirer l'attention de son père. Surement aisé, dans la cinquantaine et veuf. Mais peu importe, son père savait pertinemment qu'aucun ne pouvait résister à son charme si elle le décidait. Et quoi donc de plus essentielle pour prendre cette décision d'organiser un thé pour se renseigner sur cette famille fraîchement débarquée à Londres?
Marchant d'un pas vif, Henry Merchant s'assura qu'il n'était pas suivi. Il n'était pas venu avec un attelage, il ne pouvait faire confiance à aucun de ces employés pour cette délicate affaire. Excepté Caroline, bien sûr qui lui avait proposé cette idée. Il s'était rapproché d'elle durant l'absence de sa femme. C'était, à ses yeux, une femme utile qui savait se tenir et tenir sa maison, tout en faisant fructifier les relations de son époux d'une main de fer. Une épouse accomplie. Il tourna dans une petite ruelle, espérant se fondre dans la masse des riches clients voulant une compagne pour la nuit. Scrutant les visages de ces yeux perçant, il ne la remarqua pas. Des cheveux blonds, des yeux noisettes étaient les principales caractéristiques de sa proie. En fait, son visage lui rappelait celui de Caroline. Mais leurs caractères étaient diamétralement opposés.
- Mon beau garçon? Tu veux de la compagnie? L'interpella une voix grivoise auquel il ne prêta pas attention, remontant juste un peu plus haut son écharpe.
- Laisses-le, il va rejoindre tu-sais-qui! Répondit une autre voix sorti de nulle part. Les deux voix éclatèrent d'un rire gras, toujours dans l'obscurité.
Il ne s'inquiéta guère de ces ragots. La parole de prostituées n'avait guère de valeur dans la bonne société et Henry mettait quiconque au défi de prouver son acoquinement avec la lie de la société. Il entra dans un immeuble branlant mais propre et monta au premier. Le noble hésita entre les trois portes mais des pleurs d'enfants le renseignèrent vite.
- Qui est-ce ? Cria une voix de femme, jeune, apparemment débordée et très fatiguée.
Mais ce fut une vieille femme qui ouvrit.
- Oh, entrez dans notre humble demeure, l'invita-t-elle gracieusement.
A quarante-deux ans, Margareth, maquerelle du quartier, tenait encore sur ses jambes cachés sous des jupons gris et un tablier taché, canne à la main pour corriger tout gamin insolent ou l'un de ses filles. Caractère bien trempée, âme avare et cupide, Margareth avait compris quel bénéfice elle pouvait tirer de ce noble qui tenait à l'enfant. D'habitude, ils se tiraient et ne revoyait plus la prostituée durant quelques temps avant de revenir et elle, elle veillait à ce que ses filles boivent régulièrement des infusions favorisant des fausses couches. Mais Astrid , une nouvelle venue et forte tête, veuve qui avait tout perdu, avait préféré garder l'enfant en s'enfuyant hors de Londres et de son influence de maquerelle. Par un étrange miracle, le noble l'avait retrouvé et assuré son entretien en versant un pension et sa protection en obligeant Margareth à veiller sur la mère et l'enfant au risque de jeter l'opprobre sur son réseau et d'en informer la Yard.
Le logis était l'un de ses cadeaux, comme les vêtements et la pension non négligeable. Aussi Margareth fit bonne figure et le guida dans le salon minuscule qui peinait à contenir un fauteuil en osier, un canapé éliminé autour d'une table basse qui avait vécu puis dans la cuisine où la jeune femme blonde tentait de faire manger un petit garçon blond de quatre ans dont les joues joufflus étaient rouge de colère.
- James!
- Inutile de le forcer, il mangera quand il aura faim, ce p'tit.
- Astrid.
- Sir.
Une fois face à elle, Henry dût se faire violence. Elle était le sosie plus jeune de Caroline. L'enfant se remit à babiller, attirant son attention. Il était robuste et en bonne santé, parfait pour ses projets. Sa blondeur sera doute attribuée à la blondeur d'enfance des Merchant. Encore quelques semaines et il serai totalement sevré, autonome. Mûr pour être reconnu par Emily et lui, comme leur fils à la santé fragile après une grossesse difficile qui avait obligé sa jeune épouse de rester dans le domaine parentale -très éloignée de toute habitation – entourée de ses domestiques qui répandront la rumeur dès que James apparaîtra comme un miracle à Londres. Une idée lumineuse de Catherine pour expliquer l'étrange absence de sa moitié à la bonne société pour ne pas éroder plus longtemps leur réputation. Il savait que la maquerelle ferait taire la génitrice contre une bourse garnie à condition de quitter Londres. Le noble envisageait même de les tuer toutes les deux pour plus de sécurité.
- Continuez comme cela, lâcha-t-il pour clore sa visite.
Comme un fidèle toutou, la maquerelle le raccompagna à la porte, attendant une caresse ou un os.
- Nous attendrons avec impatience votre venue.
Henry ne répondit pas, déjà fixé sur la prochaine étape de son plan. Qui n'était pas d'informer Emily de ses attentions encore moins de l'existence de l'enfant. Pour l'instant.
S'il y avait un rôle que Pénélope savait jouer à merveille, c'était celui de maîtresse de maison, ravie de jouer pleinement son rôle. Elle accueillit chacune de ses invitées personnellement, s'assurant que chacune avait de quoi se sustenter en nourriture et ragots. Elle bénit le goût hétéroclite de sa mère pour les cultures indigènes qui rendaient le séjour unique entre les statues africaines, les paravents en papier de riz et les teintures indiennes. Sa meilleur amie, Diane s'asseya à ses côtés et porta son éventail gris perle près de ses lèvres.
- As-tu vu comment sont attifées les Eldenberg? Elles se croient au Carnaval avec leur tenue plus que voyante? Sans parler de Reine, qui pense que sa robe est faite en véritable taffetas alors que nous savons tous que son père est sans le sou. Elle essaye de faire bonne figure alors qu'il se dit qu'elle va devoir épouser le vieux M. Gold, tu sais le vieux bourgeois qui aurait tué ses trois première épouses mais qui pourra rembourser les dettes de sa famille.
- Tu es en forme, aujourd'hui.
- Soyons franche, très chère, pourquoi as-tu organisé ce thé? Tu détestes les mondanités bien que tu sois à chaque fois le point de mire à chacune d'entre elle.
- Que veux-tu, Londres m'adore. D'ailleurs la saison n'est pas encore fini, j'aurais encore l'occasion de briller.
- Tu …, hésita la blonde -et c'était assez rare pour être souligné-, tu as reçu une demande?
Un sourire sardonique s'étala sur les lèvres soigneusement colorés de pourpre de l'hôtesse.
« Oh mon dieu! Éructa-t-elle. Qui? Qui est-ce ? Ton professeur d'espagnol? Non, ton père l'aurait tué avant. Le garçon chez les Carlton? Trop ordinaire. Hmm, Arthur Mildrake? Bonne situation mais caractère de cochon et sa mère...
- Tu as surement entendu parler des Andersons, une famille mystérieuse qui revient d'Europe, ruinée.
- Hmmm...continues.
- Leur aîné a su se faire apprécier de mon père et il est célibataire, vois-tu, contrairement à ses deux jeunes frères. Il souhaite rapidement s'établir à Londres.
Pénélope continua son petit manège en livrant une histoire à la fois vraie et fausse à sa voisine, la jeune fille la plus comméreuse de la ville.
« Mais tout ceci doit rester secret. Il vient à peine d'arriver et n'a pas encore rencontré officiellement rencontrer mes parents pour demander la permission de me faire la cour. Et tu sais comment est mon père quand il s'agit de tradition.
- Pourtant, il s'agit d'un bourgeois.
- Je suis fille unique. Il héritera du titre de ma famille.
- Bien, mettons-nous au travail. Il s'agit de récolter des informations.
Diane Trollope était une perle. Petite fille gâtée par ses parents, jeune fille idéale pour nombre de famille et prétendante souvent courtisée pour son argent et son esprit, personne ne la connaissait vraiment à part elle. Tous ignoraient l'âme d'aventurière cachée sous le verni d'un comportement placide, la fidélité qu'elle vouait à tous ceux qu'elle appréciait et la passion qu'elle mettait dans chacun de ses actes. A son bras, elle fit le tour de ses invitées pour glaner des anecdotes.
« Des gens charmants. »
« Le plus frêle est très maladroit. Mais sa fiancée a dû caractère! »
« Il paraît que Jessica a des problèmes de santé. »
« Ils ont des relations. Vous savez que Zadig ne visite que sur recommandations. »
« Il paraît qu'ils organisent une soirée avant la fin de la saison! »
«C'est un incroyable danseur, ce Matthew. La danse qu'il a partagé avec Lady Crumcrin a fait jasé. Il est un de ses proches amis. Et vous connaissez la réputation de milady. »
Monica fut la plus volubile, la plus utile à leur quête. A ses dépends.
Connors étouffait. Les calculs se brouillaient sous ses yeux et son mal de tête ne faisait que le distraire. Deux semaines. Il avait besoin d'une pause. Une promenade sous la pluie lui ferait le plus grand bien. Après avoir informé Mrs Cavendish de sa petite virée en solitaire, il sortit et marcha en essayant de ne pas se faire écraser par un fiacre. Cette époque le rendait mélancolique. Peut-être parce qu'elle lui rappelait Emily, la Tea Lady préférée de Lester à moins que son époque lui manqua. Avoir revu Emily au Blue Diamond l'avait néanmoins rasséréné. Avoir un alliée était une bonne chose. Jouer à Donjons et Dragons avait finalement porté ses fruits, songea-t-il dans un sourire. Il en toucherait deux mots à Hils. Ses cheveux se mouillèrent rapidement mais il n'en avait cure: une attraction avait attiré son regard. Sous un stand, un homme au teint basané interpellait les passants pressés par la pluie à admirer son singe jouant de l'accordéon qui amusaient les enfants que tiraient les nourrices. Le singe avait une veste rouge aux boutons dorés et un petit fez rouge. Le tour l'amusa quelques secondes avant que le vent le convainquit d'entrer dans un café pour éviter un rhume. Le Bogory's. Sympa comme nom. Il retira sa veste et commanda un chocolat chaud au bar, s'attirant les regards des autres buveurs. Des ouvriers, s'il ne se trompait pas, devant une chope de bière ou un café.
- Il est encore jeune, gronda le barman.
- Ce n'est pas ça. C'est juste que je bois du café depuis trois jours et que je n'est pas dormi, expliqua Connors.
- T'es nouveau dans le coin, p'tit, fit son voisin à lunette.
- Oui, on a emménagé il y a peu avec ma famille. Connors Anderson.
- Un p'tit bourgeois, ça alors. On t'a pas dit de te méfier des inconnus? Grogna un autre ouvrier adossé au bar.
- Ne fais pas attention, Leroy grogne mais ne mord pas, expliqua un autre homme. On travaille tous ensemble dans la même mine. Je suis Tom et voici James et Walter.
- Tu bricoles quoi, p'tit, pour avoir ses valises?
Ingénieusement, le jeune homme dévia la conversation sur leur quotidien et leur vie tout en démarrant une partie de carte, jeu gracieusement par le barman pour qu'ils aillent prendre une table au fond et arrêtent de monopoliser le bar. Il appris que Leroy fréquentait une jeune femme du nom de Nelly, travaillant dans une usine de textile voisine, que Walter avait toujours voulu être médecin et que les quatre amis se connaissaient depuis l'enfance, ayant grandi dans le même quartier d'ouvrier où la plupart des hommes mourraient d'un coup de froid ou de grisou avant leur trente ans.
- T'es bon, p'tit!
- Merci. Je vais y aller, déclara-t-il en étalant une quinte flush sur la table. Les soirées contre Abby, Matt et Becker l'avaient suffisamment entraîné pour faire face à d'autres adversaires moins impassible que ses collègues. Même si Lester ne sera pas ravi qu'ils passaient de garde à jouer au poker.
Poliment, il déclina la mise, ayant conscience de leurs moyens plutôt limités et se dépêcha de rentrer, en tentant de ne pas glisser sur les pavés humides. Quand Connors rentra, le dîner était servi et tous discutaient des réceptions à venir et à organiser, sous l'égide de Mrs Cavendish, ravie de cet intérêt pour les mondanités.
- On pourra toujours utiliser le jardin intérieur, continua Jess sur sa lancée, comme salle de réception. J'ai lu que l'hôtel tient son nom d'un diamant bleu, maudit. Ça sera sympa comme accroche.
- Maudit comment le diamant? Demanda Connors, curieux.
- Tous les propriétaires sont morts de façon violente et dans la misère la plus totale. Je crois que Sir Lester a dû être temporairement le propriétaire du diamant, ce qui expliquerait ses déboires, dévoila Abby.
Les deux jeunes femmes avaient passés l'après-midi à la bibliothèque, élaborant un plan de bataille pour la réception voulue par leur gouvernante.
- Attends, il n'a pas encore perdu son titre. Ça veut dire qu'il est encore en possession du caillou, supposa le génie.
- Si la malédiction est vrai et ce n'est que superstition, répliqua Becker, enfournant une aile de poulet.
Une déclaration qui allait se démentir dès les jours à venir.
Peut-être un peu court mais ... qu'en pensez-vous? Les reviews sont appréciées.
