Thor mourait d'envie d'aller lui-même interroger la femme qui savait où retrouver son frère : la menace de Mjölnir devrait suffire à lui délier la langue. Pourquoi donc l'homme furieux refusait-il de lui donner accès à cette créature ?

« Parce qu'ici sur Terre » était intervenu l'Homme de Fer, « on a comme un soupçon d'allergie aux brutalités policières. Et puis, te connaissant, Point Break, tu la réduirais en purée avant de la laisser placer un mot. »

Des mots durs mais parfaitement vrais, le Tempétueux souffrait d'avoir à l'admettre. Il restait donc planté là, à fulminer devant un écran lui montrant la femme, tandis qu'Anthony Stark s'efforçait de faire parler cette dernière.

Pour l'instant, la femme semblait plus désireuse de lui envoyer son poing dans la figure. Une réaction des plus courantes pour qui avait affaire à l'Homme de Fer.


Complètement assommée, Verity songea que le dicton préconisant de ne jamais rencontrer ses idoles avait un sacré mérite. Non pas qu'elle idolâtrât Tony Stark, mais il restait un nom extrêmement bien connu du public, et tout ce qu'elle voulait à cet instant précis, c'était lui arracher la langue et lui briser la mâchoire avec préméditation.

D'accord, c'était sans doute un peu beaucoup, mais pourquoi l'autre idiot refusait-il de se taire, aussi ? Un grognement de désespoir s'échappa des lèvres de la rousse, bien contre son gré.

« Ah, ça, c'est une demande d'aspirine ! Faut jamais tomber à court d'aspirine, j'en ai rien qu'une étagère dans mon bar. Bon, ces temps-ci, j'attrape plus trop de cuites, avantage de l'habitude. Mais si je me souviens bien, vous aussi vous sortez tout le temps, non ? »

« Je bois pas » marmonna-t-elle.

« Quoi ? Mais vous êtes folle ! Remarquez, aller en boîte pour garder l'œil sur un mec, ça en dit déjà long sur votre santé mentale. Je vous l'accorde, il est mignon. Vous avez déjà pensé à lui payer un verre ? »

« A qui ? »

« Mais à Billy Milligan ! Votre charmant brun aux yeux verts. Ah, vous avez tapé dans le mille avec votre nom, c'est une vraie poupée, ce mec. Dites-moi tout, vous jouez souvent à la maison avec lui ? »

Elle le fixa d'un œil embrumé.

« Vous m'accusez de coucher avec Opale ? »

« Ben quoi ? Vous le maquereautez bien à tous ces pontes ! Pourquoi vous échantillonneriez pas la marchandise avant de la mettre en vitrine, hein ? »

« C'est dans le contrat » protesta la jeune femme. « Les clients commandent la personnalité, ils en font ce qu'ils veulent. Je suis là pour protéger Opale, pas pour m'amuser à touche-pipi avec lui. »

« Vous allez plaider l'éthique ? Pour une organisation illégale, c'est drôlement fort de café, passez-moi l'expression. »

Pour toute réponse, Verity posa le front contre la table.

« Heu, Miss, je vous fatigue, vous me le dites et je vous donne un café. Ou un oreiller. Ou une paire de baffes, c'est comme vous préférez. »

Il ne reçut qu'un ronflement comme réaction.