Correctrice : Clina

Personnages : Io de Scylla, Fenrir d'Alioth

Mention de : Isaak du Kraken, Hyoga du Cygne, Freya de Polaris, Hilda de Polaris, Siegfried de Dubhe, Hagen de Merak

Ship : Io/Fenrir

Type d'écrit : romance, amitié

Arc temporel : Disons post-canon, quelques années après les Guerres Saintes et un retour à la vie de tout le monde.

Note : Cet OS peut être lu à divers niveaux, puisqu'il s'agit d'une première rencontre. Libre à vous d'y voir une future amitié ou une future histoire d'amour. J'ai conscience qu'ils ne se rencontrent jamais dans le canon. Cet OS est né d'un petit fanart que j'ai vu passer, même s'il ne m'a inspiré que le duo Io et Fenrir. Il y aura probablement une petite suite. Il n'a aucun lien avec mes autres OS sur les Asgardiens et Marinas.

Lieu : Asgard, terre de la famille de Fenrir.

XXXX

Il faisait frais dans ces contrées du Nord de l'Europe. Io frissonna légèrement. Il était plus accoutumé au climat méditerranéen du Sanctuaire de Poséidon. Et il n'était pas le gardien d'un des piliers soutenant un Océan Glacial, même s'il avait conscience que c'était une pauvre excuse. Il revoyait encore le regard amusé d'Isaak, qui n'avait pas été dupe, quand il l'avait formulé comme excuse pour éviter cette mission. Pourtant il était ami avec le Kraken, et partir en ambassade à Asgard avec lui était tout sauf une corvée. Et le Général de Scylla ne se plaindrait certainement pas de l'accueil qu'il avait reçu de la Souveraine de ce pays, ni de ses guerriers Divins. La plus enthousiasme et accueillante avait été la jeune sœur de la reine Hilda, la princesse Freya. Cette dernière s'était très vite liée d'amitié avec le Kraken, probablement parce qu'ils avaient un ami commun en la personne du Saint Hyoga du Cygne. Lors de leur audience à leur arrivée, les huit Guerriers Divins étaient présents auprès de leur Reine. Et Io les avait discrètement observé, relativement curieux de rencontrer d'autres Guerriers Sacrés. Son regard s'était attardé sur le loup couché auprès du Guerrier d'Epsilon.

Le Général de Scylla passait pour un ami des animaux. En tout cas il avait un grand respect pour ces derniers, étant lié d'une certaine manière à certains prédateurs de par son Armure Sacrée. Ils étaient ses arcanes secrets de combat, fidèles au mythe qui avait donné naissance à son Écaille. Chaque Général avait un lien avec un monstre marin issu d'un mythe antique. Io était lié à Scylla et ses divers visages. Après sa résurrection inespérée, le jeune homme s'était intéressé aux prédateurs représentés dans son Écaille. Et parmi ces derniers, il y avait le loup. Alors en voir un vrai, qui errait librement dans le palais d'Asgard, l'intriguait. Il avait là l'occasion d'en observer un, de l'approcher et qui sait d'en apprendre plus sur eux. Et il pourrait échanger avec quelqu'un qui possédait une armure sacrée lupine lui aussi, et qui avait peut-être des attaques similaires aux siennes. L'échange serait certainement des plus intéressants.

Les yeux rosés n'avaient pas quitté le Guerrier d'Epsilon pendant de longues minutes, l'admirant avec curiosité. Et il avait dû être un peu trop insistant dans son observation, puisque des pupilles dorées se fixèrent franchement dans les siennes. Le Guerrier Divin ne détourna pas les yeux, l'analysant avec un vague intérêt en retour. Io fut incapable de dévier le regard, se sentant comme une proie analysée par un prédateur. C'était une sensation étrange que le trouble qui animait son être et son âme. Il se sentait comme envoûté par le regard doré qui avait emprisonné le sien. Finalement le Marina se sentit rougir légèrement et il baissa la tête pour échapper à l'examen minutieux dont il était l'objet. Mais après tout n'était-ce pas lui qui avait commencé à regarder l'autre avec plus d'intérêt et de curiosité que la politesse et la décence ne le permettaient ? Quand Hilda mit fin à leur audience, ce fut Hagen et Siegfried qui leur servirent de guides pour trouver leurs chambres et visiter le palais. Io eut un dernier regard en arrière pour le Guerrier divin d'Epsilon. Mais ce dernier avait déjà disparu, entraînant le loup dans son sillage.

Et depuis Io ne l'avait pas revu. Le Guerrier ne s'était pas montré lors des divers repas, ni réunions. Isaak et lui s'étaient entraînés une fois avec les Guerriers Divins, mais là encore le Guerrier aux Loups avait fait l'impasse. La seule chose que le Général de Scylla avait réussi à apprendre à son sujet était son nom, Fenrir et qu'il était un enfant sauvage. De toute évidence les convenances sociales et de courtoisie n'étaient pas acquises par Fenrir. Et Io pouvait le comprendre, du peu qu'il avait entendu à son sujet. Il devait haïr l'Humanité, même s'il commençait à apprécier certains de ses proches d'après les dires de ses frères d'armes. Et le Marina avait essayé de ne pas se montrer trop curieux, cela aurait été étrange. Il n'était même pas certain de pouvoir expliquer l'attention qu'il portait à l'autre Guerrier. Il pouvait arguer un intérêt pour des attaques probablement similaires, une curiosité pour son armure et une forme de bienveillance par rapport à son histoire. Il pouvait même juste dire que c'était la manière dont il avait apprivoisé des loups qui l'intriguait. Et toutes ces raisons auraient sûrement convaincu les autres, à part peut-être Isaak. Mais le Kraken était son meilleur ami et ils se connaissaient depuis des années.

Oui, c'étaient des raisons logiques et valables, mais ce n'était pas la raison pour laquelle il aurait aimé mieux connaître Fenrir. En fait Io était incapable d'expliciter d'où venait son intérêt pour l'autre Guerrier. Il savait juste qu'il l'avait admiré, qu'il trouvait ses yeux dorés magnifiques. Et il était curieux de savoir s'il ressentirait à nouveau ces étranges sensations en sa présence. C'était bien la première fois que son corps échappait à son contrôle total. Personne ne l'avait jamais autant intrigué et attiré par sa simple présence. Pourtant Fenrir n'avait rien dit. Le Loup du Nord était resté discret et en retrait. Était-ce juste de la curiosité ? Peut-être. Mais Io supposait qu'il y avait plus que cela. L'autre devait gagner à être connu selon lui. Et puis il avait quelques questions à poser au sujet des loups. Et qui mieux que Fenrir qui vivait avec eux pour répondre à ses questions ? Oui, il pouvait rationaliser son désir de parler avec le Guerrier d'Epsilon. Il préférait se concentrer sur ce qu'il pouvait comprendre et qui lui semblait logique.

Ce qui l'était moins c'était d'avoir quitté seul le palais de la reine Hilda pour errer en forêt dans le vain espoir de rencontrer par hasard Fenrir et sa meute. Io ne connaissait pas les contrées sauvages d'Asgard. Et il était chanceux que ce ne soit pas l'hiver. Il pouvait encore se repérer plus ou moins facilement en observant le décor naturel. Cela n'aurait sûrement pas été aussi simple, si tout avait été recouvert d'un manteau blanc neigeux. Le Général de Scylla souffla doucement. La luminosité diminuait lentement en cette fin d'après-midi. Et il pleuvait déjà depuis quelques minutes. Les vêtements de Io étaient de plus en plus humides et collants. Il grelottait un peu tout en avançant. En vrai il ne savait plus trop dans quelle direction marcher pour rentrer. Il était paumé. Mais il ne désespérait pas de se repérer tôt ou tard, et de retrouver son chemin. Et dans le pire des cas, Isaak finirait bien par s'inquiéter de son absence. Et le Marina ne dissimulait point son Cosmos et sa présence dans les sous-bois. Marcher semblait être sa meilleure option. Il n'espérait plus rencontrer le Guerrier divin d'Epsilon, il cherchait maintenant un abri temporaire pour se protéger de la tempête. Même si l'humidité ne le dérangeait pas de par son lieu de vie, la fraîcheur du climat et le vent qui se levait le refroidissaient considérablement.

De la buée blanche sortait de sa bouche à chacune de ses expirations. Croisant les bras, il tenta de conserver un peu plus sa chaleur corporelle. Maudite curiosité, qui l'avait entraîné si loin du palais. Il ne reverrait probablement pas Fenrir avant son départ de toute manière. Le Loup du Nord semblait ne venir au palais que contraint et forcé. Et il ne risquait pas vraiment de le rencontrer au hasard d'un buisson dans la forêt. Alors il n'y avait aucune chance en réalité que leur chemins se recroisent, si ce n'était de manière officielle et obligatoire. Mais le revoir et lui parler avait un peu moins d'importance en cet instant, où il se sentait perdu et transi de froid. Ce que Io désirait pour le moment était de retrouver sa route pour rentrer au plus vite au palais. Certes il était endurant et il ne fatiguait pas facilement, mais il commençait à avoir faim et soif. Et il avait de plus en plus froid. Le Général de Scylla marmonna un peu entre ses dents. Relevant la tête pour observer à travers les gouttes de pluie et essayer de retrouver son chemin, une ombre capta son regard.

Et il se figea. Face à lui, il distinguait une silhouette humaine. Rapidement autour de l'étranger, il remarqua des animaux qu'il associa à des loups. Io cligna des yeux. Il devait rêver ou halluciner. Mais l'autre s'approcha lentement, d'une démarche un peu méfiante. Et le Général de Scylla fut à nouveau happé par les yeux dorés de l'autre Guerrier Sacré. Ils s'observèrent en silence durant quelques minutes. Fenrir pencha légèrement la tête vers la gauche. À ses côtés, la meute s'était arrêtée elle aussi. Aucun des loups ne semblait agressif. Du moins le calme du Guerrier d'Epsilon devait leur indiquer que Io n'était pas un ennemi, ni un danger. Et le Marina se sentit un peu bête à trembler de froid, les vêtements humides et lourds collés à son corps. Il ne fallait pas réfléchir beaucoup pour deviner qu'il était perdu dans la forêt. Et Io savait qu'il avait été imprudent en partant errer seul en pleine nature. Il sentit ses joues rougir d'embarras, à moins que ce soit le froid plus intense au fil de minutes, qui les faisait changer de couleur.

« Viens. », se contenta de dire Fenrir avant de se détourner.

Io cligna des yeux deux fois avant d'emboîter silencieusement le pas du Loup du Nord. Il savait qu'il n'aurait aucune chance de rentrer au palais sans l'aide du Guerrier Divin d'Epsilon. Il était aussi surpris du timbre de sa voix. En réalité le Marina ne s'était pas vraiment questionné sur le type de voix que pouvait avoir Fenrir. Mais c'était une voix plutôt agréable à entendre. Le Général de Scylla se hâta pour ne pas se laisser distancer. Après de longues minutes de marche dans les sous-bois denses, ils arrivèrent face à une bâtisse assez imposante mais peu entretenue. En tout cas, elle avait été rénovée récemment. Io prit quelques secondes pour observer ce qui avait dû être autrefois le domaine d'une famille de l'aristocratie asgardienne. Il remarqua le blason aux armoiries représentant des loups au-dessus de la porte. Il supposa qu'il était sur les terres du Guerrier d'Epsilon.

Fenrir entra dans l'immense bâtisse, et après une légère hésitation Io l'imita. Il préférait être à l'abri, surtout qu'il entendait l'orage approcher de plus en plus. Les yeux rosés firent le tour du hall très peu décoré. Mais il n'eut pas trop le temps d'admirer le décor, le Guerrier Divin disparaissait déjà dans une pièce au fond du couloir. Le Général de Scylla le suivit silencieusement. Il pénétra dans une pièce plus grande au plafond haut et plus lumineuse grâce aux grandes fenêtres qui offraient une vue sur la forêt bordant le domaine. Un feu brûlait dans l'âtre. Face à la cheminée, il remarqua des peaux de bête ou des couvertures formant un endroit où s'installer confortablement. Tout était simple dans cette pièce, le mobilier était réduit au minimum requis. Par la fenêtre, il put voir un premier éclair tomber sur le toit verdâtre des bois non loin. En laissant ses yeux se promener sur le décor gravé sur l'âtre et le reste de la pièce, il remarqua que la meute s'était installée pour se reposer.

« Tu peux approcher. Ils ne te feront rien. », déclara Fenrir qui s'était agenouillé sur les couvertures face au feu. Io n'hésita pas plus longtemps. Il était transi de froid. Et il rêvait de se réchauffer. Il rejoignit Fenrir assez rapidement et il s'agenouilla à son tour face au feu.

« Désolé, je mets de l'eau par tout. », commenta-t-il avec un sourire d'excuse. C'était une étrange conversation qui débutait entre eux. Et le Général de Scylla essayait de ne pas trop observer à la dérobée son compagnon d'infortune. « Merci pour l'hospitalité. C'est chez toi je suppose. »

« Hilda n'apprécierait pas que je te laisse mourir. », grogna légèrement Fenrir avec un air ennuyé. « Oui. » La réponse était brève et simple. La conversation ne serait pas facile, pour peu que Io arrive à vraiment discuter avec son hôte improvisé.

Le Marina se contenta de sourire tout en observant les jeux de lumière des flammes sur le sol de pierre. La douce chaleur réchauffait ses membres engourdis et séchait lentement ses vêtements humides. Fenrir se remit debout et il disparut par une porte non loin de la cheminée. Io ne bougea pas d'un iota, conscient que sa curiosité pourrait être très mal venue. Et il n'était pas certain d'être plus que toléré. Même s'il avait imaginé leur conversation probable auparavant, c'était très différent de ce qu'il vivait en cet instant. Il n'était clairement ici que parce que Fenrir ne voulait pas déplaire à sa Souveraine. Le Marina soupira. Il bougea pour s'asseoir correctement. Il encercla ses jambes contre son torse dans l'espoir de conserver sa chaleur corporelle. Son regard rosé s'attarda à nouveau sur le manteau de la cheminé en pierre gravée. Il remarqua les mêmes armoiries qu'il avait vues au-dessus de la porte d'entrée. Il glissa ensuite le regard sur les quelques loups composant la meute de Fenrir. Ils s'étaient regroupés pas très loin du feu, mais pas trop près non plus. Ils semblaient dormir pour la majorité. Mais deux mâles le fixaient avec attention, méfiants envers l'Humain étranger qu'il était. Un léger sourire naquit sur ses lèvres.

« Vous savez je ne suis pas votre ennemi. En vrai je suis même en quelque sorte lié à vous. Dans les fauves de Scylla, il y a le loup alors… Je me sens proche de vous. », murmura Io avec une certaine affection. Il se sentait chanceux de pouvoir être aussi proche des loups de Fenrir.

« C'est quoi Scylla ? », demanda la voix curieuse du Loup du Nord. Et Io sursauta, pris par surprise. Il se tourna pour regarder l'autre Guerrier.

« Le nom de mon Écaille. C'est l'équivalent de ton Armure Divine. », explicita lentement le Marina. Fenrir approcha et il déposa de la nourriture, une cruche et des vêtements assez simples près de Io. Ce dernier remarqua qu'il s'était changé.

« Désolé. Je n'ai que ça. », commenta Fenrir en poussant lentement le tout vers Io.

« C'est déjà gentil. Merci. », se contenta de répondre le Marina.

Le silence revient dans la vaste pièce. Fenrir s'intéressa au feu dans l'âtre, qu'il nourrit de nouvelles bûches. Io en profita pour se débarrasser de ses vêtements trop humides et froids. Il enfila le pull en laine et le pantalon que le Loup du Nord lui avait apportés. C'était déjà énorme qu'il se montra aussi généreux avec lui. Puis il mit à sécher ses propres vêtements. Il eut une pensée pour son meilleur ami, qui devait se demander où il était passé depuis quelques heures. Un soupir de bien-être lui échappa et il ferma un instant les yeux. Il se sentait mieux. Il commençait à se réchauffer. Quand le Marina rouvrit les yeux, il croisa le regard doré de Fenrir. Ce dernier l'observait avec attention, la tête légèrement penchée sur le côté. Io sentit à nouveau ses joues rosir et il détourna timidement les yeux. L'étrange sensation, qui était née lors de leur brève rencontre dans la salle d'audience du palais, revint l'habiter. Il n'avait jamais été timide. Il était même plutôt amical et extraverti comparé à certains de ses frères d'armes. Mais face à Fenrir, il semblait perdre de sa verve et de son assurance.

« Scylla c'est qui ? », interrogea à nouveau Fenrir avec curiosité. Io le regarda. « Les armures portent toujours le nom d'un héros ou d'un monstre non ? » C'était une déduction logique. « Mon armure divine rappelle le mythe du Loup Fenrir. », ajouta-t-il lentement. La curiosité brillait dans les yeux dorés qui le fixaient intensément en cet instant.

« Les Écailles des Généraux de Poséidon portent toutes le nom d'un monstre marin. », expliqua lentement Io avec un léger sourire. Il bougea un peu pour faire face à l'autre Guerrier. « Scylla est un monstre issu de la mythologie grecque. »

« Tu racontes. », quémanda Fenrir qui s'allongea sur les couvertures pour être plus confortable. Il appuya sa tête dans sa paume pour la soutenir alors qu'il regardait le Marina avec attention. Et il espérait clairement que le Général de Scylla lui raconte l'histoire complète. Io ne savait pas s'il était un bon conteur ou non, mais il pouvait bien raconter l'histoire à Fenrir.

« D'accord, je vais essayer de te conter cela. », accepta Io et il plissa un peu le nez réfléchissant à comment commencer l'histoire. « Scylla était une Nymphe. Les Nymphes sont dans la mythologie grecque antique des divinités mineures de la nature. Scylla était très belle et elle attira le regard d'un dieu marin, Glaucos. Ce dernier en tomba amoureux et il décida de la séduire. Mais Scylla ne partageait pas ses sentiments et elle le repoussa. Alors Glaucos demanda de l'aide à la sorcière Circé, pour qu'elle lui prépare un philtre d'amour. Malheureusement il ignorait que Circé l'aimait lui et qu'elle était donc jalouse de Scylla. Mais Circé prépara bien un philtre magique. Glaucos le versa dans le bain de Scylla, espérant qu'ainsi elle tomberait follement amoureuse de lui… Au lieu de cela, Scylla fut transformée en monstre et elle s'exila dans la mer Méditerranée. »

« Cela ne finit pas bien. », commenta Fenrir comme il plissait du museau en observant son vis-à-vis. Io avait une voix agréable à écouter et il mettait diverses émotions et intonations dedans quand il contait une histoire. C'était agréable de l'écouter. Sa compagnie était plaisante. Il était rare que le Guerrier d'Epsilon apprécie un autre humain, si ce n'était la reine Hilda.

« Les mythes finissent rarement bien. Mais cela peut arriver. », commenta le Général de Scylla avec un léger sourire amusé. C'était plutôt agréable comme conversation.

« C'est quoi le lien avec les loups ? », questionna Fenrir qui bougea pour s'allonger sur le dos, tournant la tête pour regarder le Marina. Il ne détournait pas les yeux, l'observant et mémorisant ses traits fins.

« Ah… Une fois devenue un monstre, Scylla se réfugia sur un rocher en mer. On raconte qu'elle y attendait les bateaux et les marins. Elle avait alors l'apparence d'une jeune fille, avant de se transformer en fauve quand ils étaient assez proches pour couler leurs navires et les dévorer. », expliqua lentement Io qui bougea un peu pour trouver une position plus confortable. Il s'allongea sur les couvertures à son tour restant en appui sur ses coudes. « Les fauves qui lui sont associés sont l'aigle, le grizzli, le loup, l'abeille, le serpent et la chauve-souris…. Après notre retour à la vie, je me suis intéressé à ces animaux qui composent mon Écaille… » Le regard rosé se posa sur les loups un peu plus loin. « Je suis admiratif de ton lien avec eux. »

« Ils sont ma famille. », répondit brièvement Fenrir, qui attrapa la cruche pour boire une gorgée.

Le silence entre eux se fit pendant quelques minutes. Le Guerrier d'Epsilon présenta la cruche à Io qui la prit. Il en but une gorgée. Fenrir partagea équitablement la nourriture qu'il avait amenée. Et ce fut en silence qu'ils mangèrent. Les plus jeunes loupiots s'approchèrent en quête d'une part à grignoter eux aussi. Fenrir partagea la viande sèche avec eux. Le général de Scylla hésita avant de présenter un morceau de la sienne à un louveteau, qui ne devait pas avoir un an. Bien qu'hésitant, le jeune loup attrapa l'offrande et il recula pour la dévorer rapidement. Rassuré par les attentions du Marina, le jeune canidé revint mendier un autre bout de viande. Avec un sourire, Io lui en offrit à nouveau. Et l'animal recula moins loin et il finit par s'installer près du Marina pour quémander régulièrement un morceau de viande. Un autre louveteau s'approcha dans l'espoir d'avoir sa part. Io eut un plus grand sourire et il partagea ce qui restait entre les deux loupiots.

« Ils t'apprécient. », commenta Fenrir qui les regardait depuis quelques minutes en silence.

« Je suppose que c'est une chance de les voir d'aussi près. Enfin c'est parce que tu es là. », répliqua lentement Io. Il présenta ses doigts à un des louveteaux, qui lui lécha gentiment en guise de remerciement.

« Ta présence est reposante et calme. Ta voix est jolie. », le complimenta inconsciemment Fenrir. Ce qui provoqua une rougeur sur les joues de Io et l'impression que son cœur avait aussi raté quelques battements. L'étrange sensation était de nouveau bien présente, mais ce n'était pas désagréable. « Tu sens la mer. C'est agréable aussi. » Cette fois-ci, le Général eut un léger rire amusé.

« Merci. Même si je ne suis pas certain que sentir la mer soit un compliment. », remercia Io d'une voix douce et un peu timide.

« Pourquoi ? Ça sent bon l'océan. », déclara Fenrir avec un froncement de sourcils. « Les Humains sont étranges. Si on aime une odeur et qu'on trouve que quelqu'un sent comme ça, c'est un compliment non ? »

Le Guerrier d'Epsilon tentait de comprendre. Il voulait se montrer aimable et gentil avec le Général de Scylla. En vrai, il était intrigué par l'autre Guerrier qui étrangement attirait si facilement son regard depuis leur rencontre. Il n'avait eu aucun mal à le reconnaître, malgré la pluie drue qui tombait plus tôt en forêt. Et rien ne le forçait à venir en aide au Marina, ou du moins à le convier dans son antre. Mais il avait envie de passer un peu de temps avec Io, de mieux le connaître. Et pour avoir une chance de discuter avec lui, mieux valait que les autres ne soient pas là. Tout simplement parce que Fenrir se sentait toujours mal à l'aise quand il y avait trop de monde autour de lui. Et de toute manière, il n'était pas très doué en conversation. Par contre il avait très bien remarqué les rougeurs sur les joues d'Io, qui n'étaient pas dues à la chaleur émanant du feu. Et il voyait les regards en coin qu'il lui lançait. Et le Loup du Nord avait des réactions similaires. Cela n'était pas désagréable en soi.

Un coup de tonnerre résonna au-dessus de leurs têtes. S'ils furent surpris, aucun des deux ne sursauta vraiment. Io tourna la tête pour observer par les fenêtres la pluie diluvienne qui s'abattait maintenant sur les terres d'Asgard. Il n'était pas prêt de pouvoir reprendre la route et de regagner le palais de la reine Hilda. Ils se retrouvaient ici tous les deux, légèrement isolés pour un moment. Enfin, le Général de Scylla n'était pas certain que Fenrir le laisserait patienter ici jusqu'à la fin de la tempête. Un autre éclair zébra le ciel sombre et éclaira le sol de la pièce. Les loups se rapprochèrent de Fenrir et du feu alors que le tonnerre se faisait de nouveau entendre. Io eut l'impression que tout le manoir avait tremblé sous l'intensité du bruit. Fenrir se réinstalla en position couchée. Io soupira et il l'imita. En tournant la tête pour regarder le Loup du Nord, il constata qu'il était plus proche de lui qu'auparavant. Il n'y avait presque plus d'espace entre eux. Le Général de Scylla supposa qu'il avait gagné un peu la confiance de son nouvel ami. Il s'appuya à nouveau sur ses avant-bras pour soutenir son corps. Son regard se perdit dans les ombres du plafond.

« Il va pleuvoir toute la nuit. Tu peux rester ici. Je te ramènerais demain au palais. », proposa Fenrir qui appuyait son menton sur ses mains.

« Je te remercie. C'est aimable de ta part. », murmura lentement Io, plus perturbé qu'il ne voulait bien se l'avouer par la gentillesse de Fenrir et leur proximité physique actuelle. Mais il se sentait bien avec le Guerrier d'Epsilon. Et au moins, était-il à l'abri pour la nuit.

« J'aime bien ta présence, ta voix et ton odeur. », répondit simplement le Guerrier Divin en clignant des yeux.

« J'apprécie aussi ta compagnie et notre conversation. », murmura Io avec un doux sourire. « J'espère qu'on pourra encore se rencontrer... »

« Pourquoi on ne pourrait pas ? Tu peux revenir ici. Si tu retrouves le chemin. », le taquina le Guerrier d'Epsilon, arrachant un autre rire léger à Io. Et Fenrir décida qu'il aimait entendre le Marina rire, c'était aussi un joli son.

« Ne doute pas autant de mon sens de l'orientation. Et puisque tu aimes la mer, tu pourrais, toi, venir une fois au Sanctuaire de Poséidon. Je jouerais les guides bien volontiers. », proposa spontanément Io avec un clin d'œil. Ce fut Fenrir qui s'empourpra un peu cette fois-ci, et qui détourna les yeux quelques secondes laissant le silence s'étirer.

« D'accord. », accepta facilement le Guerrier d'Epsilon. « Tu connais d'autres histoires ? »

« Hum oui, quelques unes. », avoua Io lentement. Il avait une passion pour les mythes, légendes et contes. Et il en connaissait quelques uns.

« Raconte encore. », quémanda Fenrir qui s'installa plus confortablement contre le flanc de Io, le regard doré posé sur lui.

Le Général de Scylla papillonna des yeux. Il sentait la chaleur qui émanait du corps allongé près de lui. Le feu continuait de consumer lentement les bûches et de réchauffer l'air ambiant. Dehors l'orage se faisait toujours entendre. Pourtant l'ambiance à l'intérieur était agréable et presque intime. Io s'allongea totalement sur le dos. Son regard se perdit quelques secondes sur les loups qui s'étaient considérablement rapprochés d'eux pour dormir, créant comme un refuge pour les deux guerriers. Quand il tourna la tête, il remarqua le regard doré qui l'observait avec curiosité et intérêt. Io offrit un sourire à Fenrir. Leurs yeux s'accrochèrent pendant de longues minutes. Fenrir finit par sourire en retour au Marina. L'instant avait quelque chose de spécial et de précieux. Io en avait conscience. C'était peut-être sa seule chance de se rapprocher réellement du Loup du Nord, de mieux de le connaître et de tisser une relation, quelle qu'elle puisse être avec lui. Il ignorait encore s'ils seraient amis ou plus. Cela, ils ne pourraient le découvrir qu'avec du temps partagé ensemble comme en cet instant.

« Une histoire de loups ? », questionna lentement Io sans détourner le regard.

« Tu en connais avec des loups ? », demanda Fenrir, le regard pétillant de curiosité.

« Quelques unes. Je peux te conter le mythe de Léto, la mère d'Apollon et Artémis. Ce sont des Olympiens, des jumeaux. Ils ont un fort lien avec les loups. »

« D'accord. Raconte. », répliqua rapidement Fenrir.

Le Loup du Nord déposa son menton sur ses mains croisées. Allongé sur le ventre, il était proche de Io, partageant leur chaleur corporelle comme il le faisait avec la Meute. Le Général de Scylla prit quelques instants pour se remémorer le mythe de Léto avant de commencer à le raconter. Il essaya d'y mettre diverses intonations et émotions. Il tentait de rendre son récit vivant. Et vu l'intérêt de son auditoire, il ne devait pas trop mal s'en tirer. Finalement, il était un bon conteur. Une fois qu'il eut fini ce mythe, Fenrir en demanda un autre. Et Io raconta diverses histoires jusqu'à tard dans la nuit. Le Général de Scylla aurait été incapable de dire quand il s'était endormi. Il savait qu'au fil des récits, Fenrir avait fini par poser des questions et il intervint plus dans les histoires. Ils passèrent un moment des plus agréables tous les deux. Et Io se prit à espérer qu'ils pourraient partager en tête-à-tête d'autres moments aussi privilégiés et précieux que celui-ci et devenir plus proches …