Chapitre 26
I go to sleep
(Sia)
Salut!
Le voici le 26!
On arrive pas loin de la fin mais je vais vous torturer un peu quand même avant le final :)
Une Inconnue, inutile de te dire à quel point je t'adore et à quel point je suis fière que tu me suives depuis si longtemps :)
Guest merci pour ton com :)
A bientôt des bises!
¤o¤o¤
¤ Bella ¤
- Mmmm… Edward…
Sa main est sur ma hanche. Sa bouche embrasse mon cou avec délice. Je me cambre doucement et ses doigts se crispent sur ma chair.
Il me désire. Je le sens sur chaque centimètre carré de ma peau.
Je me pelotonne dans ses bras, dans la douceur de ses caresses, la chaleur de son corps, envoutée par son odeur. Je savoure ce moment intime où je sens la tension monter en lui et en moi, où j'attends à la fois tranquille et impatiente qu'il me fasse sienne.
Je ne connais rien de plus délicieux.
Il bascule mon bassin pour que je sois face à lui.
Il veut m'embrasser et je ne demande que ça…encore et encore.
Mais lorsque je me retourne complètement, un vent glacial vient balayer la pièce et je me retrouve seule. Plus aucun signe d'Edward.
Je balance la couette, tire sur les draps, l'appelle de toutes mes forces et j'ouvre enfin les yeux.
Je suis assise dans mon lit, en sueur, les doigts crispés sur le matelas. J'ai besoin de regarder de tous les côtés pour comprendre où je suis. Mon cœur est affolé et moi-même je ne sais plus du tout où j'en suis.
Putain de cauchemar de merde !
Je passe mes mains sur mon visage et secoue la tête pour me forcer à oublier, à effacer ces images et ces sensations trop prégnantes d'un Edward imaginaire qui a désormais disparu.
Je suis en miettes, je me sens tellement seule et abandonnée. Mais j'ignore ce sentiment tout comme les larmes qui commencent à poindre sous mes cils, je ne suis pas une mauviette.
Avec hargne je sors de mon lit et gagne la salle de bains. J'ai bien vu qu'il était quatre heures du matin, je sais très bien que je devrais essayer de dormir, je sais aussi qu'il n'y a aucune chance pour que j'y arrive.
Sous la douche je me bats contre mes démons, ces souvenirs trop intenses d'Edward.
Il m'a quittée.
Chaque matin avant d'aller courir et chaque soir avant d'aller dormir je me résigne à cette idée.
Déjà dix-sept jours qu'il est parti et je n'arrive toujours pas à l'admettre.
Je devrais comprendre que je suis allée trop loin, je devrais comprendre qu'Edward malgré tout l'amour qu'il a pour moi ne peut pas supporter l'insupportable. Je devrais savoir qu'une fille comme moi n'est jamais totalement heureuse, même si je l'ai cru de toutes mes forces.
La vérité est que je ne comprends rien, que je suis une teigne et que je suis passée à côté d'Edward par absurdité, par manque de confiance en lui, par connerie tout simplement.
Mais qu'est-ce qui va pas chez moi ? Comment se peut-il que je sois assez dingue pour ne pas voir le bonheur ou l'amour quand il frappe à ma porte ?
Je me suis trouvée les excuses les plus minables pour refuser d'être heureuse ! Est-il possible d'être à ce point détraquée ?
Et quelques fois j'imagine qu'Edward aurait dû attendre, qu'il me connaissait assez pour savoir que je reviendrais, que j'arriverais à me faire pardonner, à lui expliquer le pourquoi du comment, que j'avais une bonne raison de partir de cette façon après ce que nous venions de partager.
Il faut croire qu'il n'avait plus confiance en moi. Il faut croire que je l'avais usé et épuisé à force de le défier sans cesse avec mes lubies.
Quand je suis au travail j'arrive encore à faire bonne figure, mais seule face à moi-même je ne sais vraiment plus quoi faire ou quoi penser.
Comment ai-je pu être si conne, si imbécile ? Comment ai-je pu briser toutes mes chances d'être avec le seul type capable de m'aimer et le seul que je sois capable d'aimer !
Je cogne ma tête contre la faïence de la douche. Pas assez fort pour me faire mal ou pour atténuer le malaise.
Je dois me secouer.
Je prépare mes affaires et je sors sans plus réfléchir.
Le vent frais me glace les os. Tant mieux ! J'ai besoin de ça pour avancer.
Et j'avance.
Les minutes s'écoulent et mes jambes semblent ne jamais se fatiguer. Je me concentre pour ne plus penser qu'à ça, mes foulées, l'air, les arbres, la route, les voitures, tout ce que je croise et qui puisse me permettre d'oublier un tant soit peu Edward.
J'arrive au salon de tatouage bien avant l'heure d'ouverture. Tout est éteint chez Emmett.
Je passe par la boutique pour accéder à son appartement. Il sait que je me lève tôt en ce moment, il laisse sa porte ouverte.
D'ailleurs Emmett me préoccupe. Je le trouve un peu étrange, comme s'il me cachait quelque chose. Je n'ai aucune certitude à ce sujet, juste une intuition…une ferme et solide intuition.
Je prépare le café pendant que je prends une deuxième douche rapide.
Une fois prête, je me sers et je m'installe sur le canapé dans le silence et l'obscurité. Et comme une idiote, et parce que je ne peux pas faire autrement, je pense à lui. Même si ça fait mal, même si ça me broie de l'intérieur, ces souvenirs sont heureux. Ils sont la preuve que j'ai été heureuse et comblée. Surtout, ils me prouvent qu'il m'a aimée, je le vois encore dans ses yeux, je le sens encore dans ses caresses et dans ses baisers…
J'entends la porte grincer légèrement. Emmett approche à pas feutrés, encore à moitié endormi. Il me fait une accolade amicale en chuchotant son éternel : « Salut beauté ».
Bizarrement et contre toute attente je me sens bien. Je me sens calme et apaisée pour une raison qui m'échappe. Je suis heureuse et reconnaissante d'avoir vécu de si beaux moments avec Edward. Je suis heureuse et reconnaissante de côtoyer, d'aimer et d'être aimée par Emmett. Je ne sais pas bien pourquoi ni comment ces sentiments me troublent mais je les accepte et je les savoure même.
- Merci pour le café, chuchote-t-il en s'en servant un.
- Avec plaisir.
- Tu t'es encore levée très tôt, dit-il en s'asseyant face à moi sur le canapé.
- J'aime courir quand il n'y a personne.
- Mouais…
Il doute de mes dires.
- Non tout va bien Emmett… je vais bien…
Ce n'est pas tout à fait vrai évidemment mais quand même mieux et je ne veux pas l'inquiéter.
Alors je le regarde bien en face et lui souris doucement. Il capitule en me rendant mon sourire.
- Et toi tu as bien dormi ?
Je crois que ça fait une éternité que nous n'avons pas discuté tous les deux ou plus précisément que nous n'avons pas parlé de lui.
- Bof…pas vraiment...
Je me redresse légèrement, surprise par sa réponse.
- Est-ce que tout va bien pour toi ?
Malgré ses yeux bouffis, ses pupilles entrent directement en contact avec les miennes et là, à cet instant précis, je sais que j'ai touché quelque chose. Je sais de façon certaine que tout ne va pas bien.
¤ Edward ¤
Je tourne en rond.
Il n'y a rien d'autre à faire ici que de tourner en rond.
Plan foireux, esprit foireux, je suis un mec foireux !
Au départ ça semblait pourtant une bonne idée de tout envoyer balader. Ça semblait bien de prendre du recul, de me dire que j'en avais fini avec Bella et ses putains de sautes d'humeur.
Mais en réalité je me retrouve là comme un con, comme un pauvre imbécile incapable de penser à autre chose qu'à elle.
Elle m'a blessé, humilié, elle a piétiné mon cœur et tout ce que j'avais de dignité et pourtant…je ne sais plus faire un pas sans elle.
J'ai pris la route sans trop savoir où j'allais. Au bout de nombreux kilomètres, anesthésié par la fatigue et la douleur, je me suis arrêté dans un motel. Je m'y suis enfermé trois jours à ressasser les dernières heures que nous avions vécu ensemble puis les derniers jours et les derniers mois. Avant de devenir complètement barge je me suis éloigné plus encore.
Je suis tombé par hasard sur un chalet à louer près d'un lac. Une pancarte en bord de route comme une invitation que j'ai suivie. Me terrer dans un coin complètement désert m'a paru une bonne idée sur le moment.
Malgré ma barbe de trois jours, mon visage sans aucun doute tiré et mon allure générale plus que négligée, la demoiselle qui m'a remis les clés du chalet me faisait un rentre-dedans pas croyable. Je ne me suis même pas senti flatté, je me suis senti encore plus misérable.
Où est-elle ? Qu'est-ce qu'elle peut bien faire ? Avec qui ? Est-ce qu'elle va bien ? Est-ce qu'elle pense à moi ? Est-ce qu'elle s'est résignée à vivre sans moi ?
Je connais la raison pour laquelle elle est partie ce matin-là sans aucune explication. Un message d'Emmett long de presque un quart d'heure m'explique tous les détails. Je l'ai écouté mille fois, comme s'il se pouvait que j'y trouve une excuse à Bella pour m'avoir délaissé de cette façon…mais je n'en trouve pas.
Il précise quand même que tout ça est un beau gâchis, que nous avons merdé tous les deux mais que Bella et moi n'avons pas d'autre choix que d'être ensemble. Il termine en disant que je suis la meilleure personne pour veiller sur Bella même si elle s'entête à penser qu'elle peut se débrouiller seule.
Ses derniers mots m'intriguent et m'inquiètent. Il est là lui, aussi vigilant et protecteur que peut l'être un frère. Il est resté fidèle après toutes les frasques de Bella. Mais peut-être en a-t-il assez lui aussi. Peut-être a-t-il d'autres projets.
Quoiqu'il en soit je lui ai répondu un simple merci. Pas envie de m'étaler, pas envie de batailler non plus. Parce que si j'ai bien entendu les raisons qui ont poussé Bella à aller voir sa mère seule, je n'ai toujours pas compris son attitude.
Je ne l'ai jamais empêché de rien et même si c'était le cas, jamais elle ne m'aurait écouté. Elle devait me prévenir, elle devait me demander de lui faire confiance, me dire qu'elle avait à faire ce quelque chose seule et qu'elle reviendrait, mais pas me laisser comme un con là tout seul à me demander si une fois de plus elle ne se foutait pas de ma gueule.
J'ai écouté tous les messages de Bella. Le premier est sans doute le plus poignant. Elle veut rentrer à la maison. J'entends distinctement dans sa voix son désœuvrement, cette vulnérabilité qu'elle ne s'obstinait plus à me cacher. Et je sais que la maison, sa maison, c'est chez moi.
Mais je ne peux pas rentrer moi. Après tout ce que nous avons vécu, après la façon dont elle m'a laissé, je ne peux pas une fois de plus attendre comme un gentil toutou qu'elle daigne me donner des nouvelles.
Je suis là, devant ce lac magnifique et ce magnifique lever de soleil et je n'ai qu'une idée en tête : la retrouver.
Pathétique n'est-ce pas ?
¤ Bella ¤
- Rien d'important.
Emmett sait que j'ai compris, je n'ai pas besoin de dessin, i essaie d'éluder mais c'est peine perdue.
- Me prends pas pour une conne s'il te plait Emmett, dis-moi ! C'est important pour moi. Je vais bien, je vais mieux, il n'y a rien que tu ne puisses me dire.
J'exagère, on peut même dire que je mens, mais j'ai vraiment besoin qu'il se confie à moi. J'ai besoin de me sentir utile et de me sortir Edward de la tête, même pour quelques minutes.
Emmett se redresse. Il semble se concentrer. Tout ça ne me dit rien qui vaille. J'ai comme un doute, comme le pressentiment étrange et désagréable que le pire reste à venir.
Alors je me tiens plus droite moi aussi, j'ouvre grand les yeux et les oreilles.
- Je veux des enfants Bella, murmure-t-il.
Hein ?! Là je suis complètement perdue… Est-ce que Rose l'a plaqué ?
- Je veux tatouer jusqu'à 90 balais…
Non pas ça…
- Je veux bouffer de bons steaks bien gras, boire des sodas, danser toute la nuit, picoler jusqu'à plus soif…
Oh non ne me dis pas ça Emmett…
Mes mains se sont crispées sur mes genoux, ma bouche s'est figée pour éviter de trembler, j'ai fermé les yeux une seconde.
Je n'ose pas le couper parce que j'ai trop peur. Je suis terrifiée par ce qu'il va m'annoncer et je suis foutument incapable d'aligner deux mots.
- Bella…ils ont trouvé quelque chose…
Lui aussi a du mal à parler. Il n'arrive pas à me regarde alors que je n'ai d'yeux que pour lui, ses mains se rejoignent et ses doigts se contractent.
- C'est « malin » comme ils disent…
Mon monde s'écroule. Je sens mes membres faiblir.
- Je vais subir une opération…délicate.
La réalité me tombe dessus comme un poids mort. Il ne peut pas être malade, il ne peut pas l'être à ce point, il est un roc, une force de la nature ! Il ne peut pas me faire ça !
Doucement il lève son visage vers moi. J'y vois son désœuvrement, son angoisse.
Alors je me reprends dans l'instant. Je n'ai pas le droit d'être si égoïste ! Pas avec lui, pas après tout l'amour, l'affection et le soutien indéfectible dont il a fait preuve à mon égard durant toutes ces années !
Je me précipite près de lui pour le prendre dans mes bras. Non ce n'est pas dans mes habitudes mais là tout de suite j'ai besoin de ça et Emmett ne me le refuse pas. J'ai mal, c'est dur de ne pas flancher, mais je me l'interdis.
Nous restons ainsi, étroitement collés l'un à l'autre un très long moment. Les mots ne sont pas nécessaires. Nous avons peur tous les deux, nous savons que c'est une bataille et qu'elle n'est pas gagnée mais nous serons deux.
- Putain Emmett, dis-je dans un souffle. Quand ?
- Après-demain.
Bordel ! Mais pourquoi ne rien m'avoir dit ? Et qui va se charger du salon ? Et d'abord qu'est- ce que c'est que cette opération ?
Emmett semble avoir un don de télépathe parce qu'il répond à mes questions sans même que j'ai à les formuler.
- Je voulais t'en parler, j'avais besoin que tu saches mais je savais que tu n'étais pas…disponible…je ne voulais pas en rajouter une couche.
Il prend ma main pour accentuer la véracité de ses paroles.
- Tu peux me parler de tout quand tu veux Emmett tu passeras toujours avant mes soucis.
Il caresse doucement ma main.
- Je sais beauté.
Il sait mais si c'était à refaire il ne changerait rien et à vrai dire il aurait raison. Je ne sais pas si je suis capable de gérer cette nouvelle mais je sais que j'en aurait été complètement incapable quelques jours plus tôt.
- Jasper est au courant, il va prendre en main le salon le temps qu'il faudra.
Je ne dis rien mais Jasper n'est pas le roi de la paperasse. J'imagine qu'Alice l'aidera, même moi je l'aiderai si je peux.
- Ils ont trouvé une tumeur. Comme je suis encore plutôt jeune et qu'elle n'a pas l'air très étendue ils doivent m'opérer rapidement. Les médecins pensent pouvoir tout enlever, c'est pour ça qu'ils interviennent tout de suite. Si j'ai de la chance tout ira pour le mieux, même si j'aurais une tripotée d'examens difficiles à faire. Sinon…
Il hésite à continuer et je ne suis pas sûre de pouvoir tout entendre.
- Sinon il faudra aviser.
Ok, « aviser » je ne sais pas trop ce que ça veut dire mais s'il y a un espoir pour que tout se passe bien c'est tout ce qui compte pour l'instant. Je vais m'accrocher à cette idée de toutes mes forces.
- Si la tumeur est trop étendue, alors le traitement sera beaucoup plus lourd et je ne sais pas si…
Il serre ma main dans la sienne, je fais de même.
- J'ai peur Bella…je suis foutrement terrorisé.
Je l'enlace de nouveau parce que je suis foutrement terrorisée moi aussi et que je ne sais foutrement pas quoi dire pour le rassurer. Je crois percevoir des sanglots étouffés mais je n'en suis pas certaine. Je le serre de toutes mes forces. Je suis incapable de parler tant ma gorge se serre, je ne veux pas flancher devant lui, je dois être forte, mais je tiens à lui témoigner toute mon affection et même ma dévotion.
Puis soudain il se redresse. Et frappe fort dans ses mains.
- Allez ! Il est l'heure de se préparer à une dure journée de labeur !
Il fonce vers la salle de bains avant de faire demi-tour au dernier moment pour aller chercher quelque chose dans un tiroir.
- Avant que j'oublie ! Voici le double de mes clés, dit-il en levant lesdites clés devant ses yeux. Je veux que ce soit toi qui les aies.
Nous échangeons un sourire qui en dit long sur notre complicité. Je les range précieusement, ravie de cette marque de confiance.
Il file se doucher.
Je suis assommée par une tonne de questions. Je suis inquiète, très inquiète, mais je garde espoir, je le dois il le faut absolument.
Une chose me taraude tout de même, il ne m'a pas parlé de Rosalie. Est-elle au moins au courant ?
¤ Edward ¤
Le téléphone vibre dans ma poche. Je ne suis pas surpris. Mes réponses doivent sans doute être jugées trop courtes et trop peu précises par les uns et les autres.
Je ne me précipite pas, je sais que ce n'est pas Bella. Ça fait trois jours que je n'ai plus d'appel de sa part. Dans un sens je suis soulagé, ne pas lui répondre est une vraie torture. J'ai encore besoin de temps, j'ai encore besoin de digérer toute cette histoire et surtout de prendre une décision.
Je ne suis pas encore sûr d'être capable de m'engager auprès d'elle. J'y croyais envers et contre tout et j'étais tellement heureux, mais après sa fuite comme si j'étais un moins que rien, comme si je n'étais personne pour elle, je ne suis plus sûr de rien. Même si c'est douloureux, même si je souffre, je veux garder une distance et réfléchir posément à tout ça. Le moins qu'on puisse dire c'est que je n'y arrive pas vraiment.
Je regarde l'émetteur de l'appel. Rosalie.
Je suis un peu étonné. Elle n'a pas appelé une seule fois depuis mon départ, pas le genre à me courir après si je me barre. Elle me connait, elle a dû sentir que tout ça me dépassait et que j'avais besoin d'être seul.
Je suis trop intrigué par son appel pour ne pas répondre et aussi, j'ai besoin de parler.
- Alors ? Toujours aussi con ?
Je souris à cette première phrase plus que prometteuse.
- Plus que jamais !
Elle rigole doucement.
- Quoi de neuf ?
- Tu veux vraiment que je te parle du bordel dans ma tête ?
- Je crois que j'ai à peu près compris. Emmett m'a raconté le comportement de Bella…
- Je me doute…
- Et tu crois pas que t'exagères un peu ? Ça y est tu l'as bien fait attendre là, tu lui as rendu la monnaie de sa pièce, il faudrait que tu te décides à rentrer maintenant.
- Tu crois que c'est pour ça que je suis parti ? Que c'est ma petite vengeance personnelle ?
J'essaie de rester calme, je serre les dents pour ne pas exploser. Sa remarque me vexe et en même temps elle me fait gamberger.
Est-ce que je fais vraiment ça ? Est-ce qu'inconsciemment je la punis pour ses réactions ?
Très franchement, non. Je ne suis même pas certain que mon départ l'affecte.
- Sinon quoi ? argue-t-elle avec l'assurance qui la caractérise.
- Putain Rosalie c'est une blague ?! Depuis des mois je trime pour être avec cette nana et quand enfin je crois avoir gagné sa confiance elle me traite comme le dernier des crétins ! Alors j'ai bien le droit de prendre un peu de recul pour réfléchir à tout ça ! C'est bon j'en peux plus d'encaisser !
Je n'arrive pas à rester calme. Je m'attendais à plus de perspicacité de la part de Rosalie et surtout à plus de soutien.
- Ok ça va t'énerve pas.
Elle balaie mon emportement rapidement et je comprends qu'elle me teste. Elle tente de savoir où j'en suis et certainement si je suis prêt à rentrer.
- Tu veux des nouvelles ? demande-t-elle prudemment.
Mes doigts se resserrent sur l'appareil et ma mâchoire se verrouille.
Est-ce que j'en veux ? Putain oui ! Est-ce que c'est une bonne idée ? Putain non !
- Juste…
Les mots ont du mal à sortir tellement j'appréhende cette réponse que je ne veux même pas vraiment connaitre.
- Est-ce qu'elle va bien ?
Silence…elle semble réfléchir ou faire durer le suspense et je reste suspendu à ses mots.
- Tu connais Bella…
Je crois que je la connais en effet, même si je ne suis plus très sûr.
- Elle ne va pas bien, pas bien du tout, mais elle préfèrerait s'arracher un bras plutôt que de le montrer. C'est Emmett qui m'en parle. J'ai essayé de l'appeler plusieurs fois mais elle n'a jamais répondu. Je vais peut-être passer au salon tout à l'heure pour la voir.
- Elle ne va plus à la boxe ?
- Je ne l'y ai pas croisé.
Merde…elle est aussi mal que moi…
- Je pense qu'elle est aussi mal que toi et que continuer à nier que vous êtes faits l'un pour l'autre est une belle connerie.
J'ai envie d'envoyer ce putain de téléphone le plus loin possible dans le lac juste en face.
- Reviens Edward, tu vas t'en mordre les doigts. Qu'est-ce que tu fous ? T'es où d'abord ?
- Peu importe où je suis. J'ai besoin de temps, j'ai besoin d'être sûr de vouloir vraiment m'engager avec Bella.
- Mais putain tu l'aimes et elle t'aime qu'est-ce qu'il te faut de plus !
- C'est trop Rose ! C'est trop dur d'être à côté d'elle, d'être son mec et de me demander tous les jours si elle ne va pas se barrer tout d'un coup sans mot sans explication. Je m'y attendais pas, on avait passé un cap, je ne m'inquiétais plus pour nous deux je savais qu'on pourrait faire face à tout et n'importe quoi et elle l'a fait Rose ! Elle est partie avec cette détermination singulière, sans s'apitoyer, sans penser une seconde que je pourrais ne pas être là à son retour.
Je reprends mon souffle. Tout ça est trop dur à ressasser, ma poitrine est lourde, j'halète, je me sens oppressé.
- Elle l'a fait parce qu'elle savait que quoiqu'elle fasse tu serais là à son retour, elle n'a pas douté une seconde de ton dévouement !
Mon sourire est amer.
- Non Rose, elle m'a mis dehors elle m'a sorti de sa vie.
Ma gorge se serre, mon ventre se noue. Quelle putain de mauviette !
- Elle m'a tué Rose. Elle a donné le coup fatal…
Le silence s'étend entre nous. J'arrive à calmer ma respiration mais la tension est toujours bien présente.
Comme elle ne rétorque toujours rien, je prends les devants pour changer de sujet.
- Comment va Emmett ? Ses blagues sont toujours aussi grasses ?
Je veux alléger cette conversation et il me semble qu'Emmett est tout désigné pour ça. Je ne sais pas encore à quel point j'ai tort.
- Emmett est…bizarre.
De tous les adjectifs qui peuvent qualifier Emmett, bizarre est sûrement le dernier que j'aurais utilisé.
- Bizarre ? Pourquoi, qu'est-ce qui se passe ?
- Eh bien je sais pas trop…il est distant depuis quelques temps et encore plus depuis que tu es parti.
- Il a peut-être plus de boulot au salon ?
- Non…c'est pas ça…j'ai essayé de lui parler mais il m'assure que tout va bien sans rien expliquer. J'ai du mal à le croire. Je ne comprends pas ce qui lui arrive.
Oui effectivement c'est bizarre.
J'ai envie de lui demander s'il lui a proposé de l'épouser, je sais qu'il avait dans l'idée de le faire, mais je suppose que si elle ne m'en n'a pas parlé c'est qu'il ne l'a pas fait.
Mais je suis tout de même sûr des sentiments d'Emmett pour Rose. Sur ce point je n'ai aucun doute.
- On se voit moins. Il est très occupé en ce moment. Chaque fois que je lui propose une sortie ou juste de passer il refuse avec un prétexte bidon.
- Non Rose tu te fais des idées, Emmett tient beaucoup à toi. Je le sais. S'il ne peut pas te voir c'est parce qu'il ne peut pas et pas parce qu'il ne veut pas, tu peux en être sûre.
- Si tu le dis…
Elle n'est pas persuadée pourtant j'en mettrais ma main à couper.
- Il doit passer une sale période. La mère de Bella qui refait surface, la disparition de Bella…tout ça doit le faire cogiter sévère.
- Oui et ton départ aussi…
- Oui, j'avoue à contrecœur. Mon départ peut-être…
- Tu me manques Edward.
- Tu me manques aussi Rose. Je te donnerai bientôt des nouvelles.
- Fais vite…
Je raccroche avec un sentiment mitigé. Ma gorge se serre comme si j'allais pleurer mais les larmes ne viennent pas. Je crois que je ressens plutôt un profond dégout.
¤ Bella ¤
La journée est passée en une seconde, trop accaparée par mes pensées au sujet d'Emmett, je n'ai pas vu filer le temps.
La nuit a été pire que les autres, cauchemars et insomnies se sont succédés.
Mais aujourd'hui, si je n'ai pas pu cacher les cernes bleutés qui dessinent mes yeux, au moins j'affiche un visage serein et heureux pour sortir Emmett de cette torpeur qui lui va si mal.
Même si au fond je suis en ruines, je me force à faire des blagues, à dire des conneries juste pour le voir sourire, même un peu.
Il l'a remarqué et il n'a pas eu besoin de parler pour que je comprenne qu'il m'en était reconnaissant.
Mais ce soir, nous sommes au pied du mur.
Dans le salon déserté, sous les lumières tamisées, Jasper, Emmett et moi nous recueillons. Nous n'avons pas les mots ni les gestes. L'ambiance est tendue et personne n'arrive à la briser. Même si nous sommes tous les trois sans religion, nous prions une force imaginaire de veiller sur Emmett. Je ne peux pas menacer les chirurgiens, Jasper ne peut pas l'opérer lui-même, il n'y a rien que nous puissions faire. Et ce désœuvrement est lourd, extrême, angoissant…
- Qu'est-ce qu'on a l'air con ! sourit enfin Emmett.
C'est lui qui nous sort de l'angoisse, c'est toujours lui qui nous fait rire, qui détend l'atmosphère avec ses blagues à deux balles.
Je sors de mon mutisme la première.
- Comment tu te sens ?
- Eh bien… vous êtes là et j'en suis très heureux. Je sais que vous me soutenez et que je peux compter sur vous mais… je me sens atrocement seul. J'ai l'impression que je vais livrer une bataille contre moi-même. J'ai pas de mots pour expliquer comment je me sens.
Il frotte son front, signe évident qu'il est nerveux.
- Qui t'accompagne demain ? Rosalie ? je demande.
- Mes parents.
Le ton tranchant d'Emmett est étrange, trop étrange pour que je ne pose pas la question.
- Rosalie est au courant n'est-ce pas ? Tu lui en as parlé ?
Il met quelques secondes à réagir, quelques secondes de trop qui me font deviner sa réponse.
- Non, elle ne sait pas.
- Ah ? Mais…j'en perds mes mots. Je comprends pas là…Il y a deux semaines tu voulais l'épouser et aujourd'hui tu ne lui dis même pas que tu as une grave opération ?
Alors il lève les yeux vers moi. Je ne sais même pas définir le regard qu'il me lance. Il est sombre et torturé et ne ressemble en aucun cas à ce que je connais d'Emmett.
- C'était ridicule de vouloir l'épouser. Une idée à la con. Je suis en sursis je ne veux pas faire d'elle une garde malade ou pire. Ce serait pathétique et égoïste de l'acculer comme ça.
- Tu crois pas qu'elle devrait au moins savoir que tu as des problèmes de santé ?
- Non je crois pas non. On commence à peine une relation, pas la peine de la continuer si elle est déjà vouée à l'échec.
Je me suis contenue jusqu'à maintenant mais j'en peux plus, je craque !
- Emmett, dis-je en me levant. Tu n'es pas en sursis ! Tu vas aller poser ton cul dans ce bloc, te faire enlever cette merde et nous revenir tout beau tout propre dans quelques jours mais surtout, tu vas arrêter de dire ce genre de conneries !
Mes mains tremblent. Il n'a pas le droit de baisser les bras, pas le droit de ne pas y croire.
- On a besoin de toi ici ! Tout le monde a besoin de toi ! Motive-toi ! Tu vas t'en sortir, tu vas y arriver !
Une boule se forme dans ma gorge et me force à baisser le ton.
- Tu ne peux pas nous laisser, t'as pas le droit de nous faire ça.
Je dis « nous » mais très égoïstement je pense à moi. Un monde sans Emmett n'est définitivement pas un monde dans lequel je veux vivre.
- Viens-là beauté.
Il se lève et m'enlace.
- Je ne vais nulle part…je vais botter le cul de cette tumeur et je m'en reviens le plus tôt possible.
Un sanglot menace de m'étrangler mais je le retiens de toutes mes forces. Je n'ai pas le droit de pleurer.
Jasper vient lui aussi se coller contre nous et pendant plusieurs minutes nous ne bougeons plus.
Puis Emmett le premier se retire et prend la parole.
- Allez foutez le camp, faut vraiment que j'aille dormir.
Il se dirige vers la porte et la tient ouverte pour vraiment nous mettre dehors.
Je vois bien ses yeux briller, je vois bien qu'il n'est pas tranquille mais je vois aussi qu'il a besoin d'être seul.
Je l'embrasse en lui chuchotant avec conviction que je serais avec lui. Jasper le frappe dans le dos comme pour lui donner du courage. Et nous sortons le cœur lourd.
Nous marchons un moment. Le bras de Jasper est sur mon épaule, le mien sur sa taille, j'ai besoin de ça.
Et bien sûr je pense à Edward. Je voudrais tellement qu'il soit là, je suis sûre qu'il saurait quoi dire, quoi faire. Je me sens tellement seule, tellement amoindrie sans lui.
- Est-ce qu'Alice est au courant ?
Si Alice le sait peut-être en a-t-elle parlé à Edward et peut-être voudrait-il être auprès d'Emmett puisqu'il ne veut pas être près de moi. Mon raisonnement est idiot, je ne sais même pas si Edward et sa sœur sont en contact.
- Emmett m'a fait promettre de ne pas lui en parler. Il ne voulait pas qu'Alice puisse le dire à Rose.
- Putain il a vraiment pensé à tout… je soupire de dépit.
- Bien sûr. C'est Emmett.
- Et quelle idée de ne pas en parler à Rose ! Elle l'aurait soutenu, comme nous !
- Il ne voulait pas l'inquiéter. Il veut qu'elle se détache de lui au cas où…
Au lieu de finir sa phrase, il me serre un peu plus contre lui.
- C'est n'importe quoi, je m'emporte. On guérit de ce genre de chose, Emmett va guérir.
Je n'en sais rien bien sûr et je ne connais rien au cancer mais je dois m'en persuader.
- Bien sûr, lâche Jasper sans conviction.
Arrivés à son appartement, Jasper m'enlace en murmurant : « tout va bien aller ». Il essaie autant de s'en convaincre que moi.
Rentrée chez moi je ne trouve pas le sommeil. Je reste allongée, les bras en croix à regarder le plafond parce que je sais que rien de ce que je pourrais faire ne m'aidera à dormir.
Je ne veux pas trop penser à l'avenir et imaginer une série de probabilités invraisemblables alors je pense au passé. A cette sensation de bien-être quand toute petite je rejoignais Emmett dans son lit après un cauchemar, quand je dessinais à ses côtés dans sa chambre, quand il venait me chercher à la sortie de l'école ou du collège, quand je me baladais près de lui qui était si grand, beau, qui en imposait tant, à toutes nos prises de tête, tous nos fous rires.
Je souris. Emmett n'est que bons souvenirs et je m'endors en me persuadant que tout ira bien.
¤ Edward ¤
Bella
Il est 5h du matin, je suis en sueur et j'ai l'impression prégnante qu'Edward est quelque part près de moi. Bien sûr ce n'est qu'un putain de rêve.
4h30 du matin, je me réveille en sueur. Je vois encore Bella danser devant moi, un demi sourire aux lèvres, ses cheveux qui ondulent avec grâce sur ses épaules et ses yeux qui me désirent avec ardeur.
Putain de réveil qui transforme mon rêve en cauchemar !
Je suis agitée, forcément. J'ai envie d'appeler Emmett pour savoir comment il se sent mais je suis ridicule, je connais la réponse.
J'envoie quand même un sms : « Courage ! Tu es le plus fort ! Je t'aime. »
Je ne sais même plus si je lui ai déjà dit que je l'aimais et d'ailleurs ça ne me ressemble pas mais il me semble indispensable de le faire même si je sais que tout va bien se passer. Tout va bien se passer n'est-ce pas ?
Mon téléphone sonne dans la seconde : « Je t'aime aussi beauté. A très bientôt. »
Je serre l'appareil contre ma poitrine et je souffle profondément.
Je me prépare en prenant le plus de temps possible. Je ne suis pas très motivée pour aller au salon sachant que je n'y trouverai pas Emmett.
Je suis agité. J'essaie de me recoucher de me rendormir mais rien n'y fait.
Je pense à elle, à Ma Bella.
Rosalie prétend qu'elle ne va pas bien. C'est à cause de moi. Comment puis-je être aussi débile pour la laisser aller mal si je peux l'aider à se sentir mieux ?
Soudain tout s'éclaire. J'ai besoin d'elle !
J'ai tellement besoin d'être près d'elle, de la regarder se lever le matin, de la voir préparer ses affaires avec minutie, de son regard noir quand je laisse trainer mes chaussettes, de ses manies, de ses sourires, de ses mains, ses rires…
Putain j'ai tellement besoin d'elle que c'en est douloureux !
Une sorte de transe s'empare de moi.
Je dois rentrer je ne peux plus rester ici à me triturer le cerveau. Il n'y a pas de doute possible, ma place est auprès d'elle et nulle part ailleurs.
J'arrive à la boutique bien trop tôt malgré une course de près d'une heure et demi.
Je regarde la clé d'Emmett dans ma main, je souffle un bon coup et je me décide à entrer.
Lorsque je pénètre dans son appartement, son odeur familière m'interpelle. Tout est comme si Emmett était toujours là en train de dormir tranquillement dans son lit.
Je sais que ce n'est pas le cas mais je dois quand même m'en assurer. J'ouvre doucement la porte de sa chambre. La lumière du couloir est suffisante, je vois bien que son lit est vide mais je dois quand même allumer la pièce pour m'en persuader.
Ma poitrine se brise, comme si une décharge électrique l'avait traversée.
Tant bien que mal je me fais un café à contrecœur, incapable de me défaire de ce rituel et je vais me préparer.
Alentour le vide est partout et s'insinue en moi. De sales questions qui commencent toutes par « et si… » viennent me bousculer.
Une seule s'impose :
Que ferais-je sans lui ?
Bientôt l'heure de descendre arrive et c'est le cœur lourd que je rejoins le salon pour attendre mon premier client de la journée.
Je me prépare avec minutie.
Je ne veux pas que Bella me revoie après tout ce temps avec une barbe d'une semaine et une puanteur digne d'un homme des cavernes.
Je prends plaisir à me raser et à me coiffer parce que je le fais pour elle. J'essaie d'imaginer nos retrouvailles mais avec Bella, le pire comme le meilleur peuvent arriver.
Je le sais, et même si ce n'est pas la partie de sa personnalité que je préfère, je choisis de faire avec.
Je l'aime, je ne peux pas me défaire de ce sentiment, je ne peux pas me défaire de cette nana, je l'ai dans la peau.
Il n'est pas loin de neuf heures quand je prends la route.
Si j'en crois mon GPS, il me faudra plus de douze heures pour la rejoindre.
Les clients se succèdent et me laissent indifférente. Je ne parviens pas à sourire, pas à faire la discussion, pas à manger et à peine à me concentrer pour tatouer.
Vers treize heures j'appelle la mère d'Emmett pour avoir des nouvelles. Pas de réponse. Je laisse un message et guette mon téléphone tout l'après-midi mais toujours rien.
Il est vingt heures et je prends tout mon temps pour ranger les moindres recoins de ma cabine. Je ne suis pas pressée de quitter le salon parce que même si Emmett n'y est pas, il y a quelque chose de lui ici. Sa présence flotte dans l'air comme un fantôme bienveillant.
Dans l'entrée, je suis surprise de trouver Jasper.
Il est assis sur un des fauteuils, ses coudes sur les genoux, sa tête dans ses mains. J'hésite une seconde à le rejoindre, il parait absorbé par quelque pensée et j'ai l'impression de le déranger.
Je m'avance doucement. Il lève la tête comme il perçoit les pas pourtant feutrés de mes basquets sur le sol.
- Hey Bella… souffle-t-il d'une voix rauque.
Il semble à la fois tendu et complètement épuisé. Ses yeux sont bouffis et ses traits tirés.
Il vient m'enlacer tendrement. Je me laisse aller dans son étreinte moi aussi sans force.
- Tu as des nouvelles ? je demande après de longues minutes.
- Pas une seule.
Il baisse la tête pour tenter de me cacher son inquiétude.
- Ce n'est peut-être pas si mauvais…je tente.
- Non peut-être pas.
Nous voilà encore dans l'impuissance la plus complète. Nous n'avons même plus la force de nous en indigner, nous nous résignons puisqu'il n'y a rien d'autre à faire.
Nous avons l'air de deux âmes en peine rongées par l'inquiétude.
- Viens je te raccompagne... dit-il en prenant ma main.
J'ai d'autres plans.
- Non, je vais rester ici ce soir.
Il me lance un regard interrogateur.
- Je vais veiller sur son appartement puisque je ne peux pas veiller sur lui. Je ne sais pas…il me semble que ma place est ici. Je n'ai pas envie de rester seule.
Oui, c'est rare, le plus souvent j'apprécie la solitude.
Je veux garder Emmett auprès de moi et dormir dans son appartement me semble une bonne option.
- Tu veux que je reste ?
Le ton de sa question me fait penser qu'Alice va sûrement le rejoindre.
- Non, retrouve Alice, je souris.
Il me donne un sourire fade en retour et me quitte.
Je rejoins l'appartement d'Emmett. Comme ce matin le vide et le silence me frappent. Je prends ma douche en oubliant de manger. Je tente un dernier appel à sa mère sans succès.
Alors sans vraiment avoir envie de dormir, je me couche dans les draps de mon frère, dans son odeur qui m'enveloppe et qui, d'une certaine façon, me rassure.
Pour la première fois depuis que je connais l'état d'Emmett je me laisse aller.
Je pense aussi à Edward et je me dis qu'il ne reviendra pas, que j'ai merdé pour la dernière fois avec lui et que je ne mérite que ça.
Les larmes coulent d'elles-mêmes sur mes joues, je m'accroche au drap, je serre l'oreiller contre moi et encore une fois je prie.
Pitié Emmett, ne meurs pas.
Il est plus de vingt-deux heures quand j'arrive enfin sur San Francisco. Je suis ravi de retrouver ses rues familières.
Le trajet était très long, j'avais tout le temps de réfléchir mais mes pensées étaient trop embrouillées. Je n'ai qu'un but, retrouver Bella le plus vite possible.
Je me dirige directement chez elle. Je ne sais pas vraiment ce que je dois dire ou faire, je n'ai pas voulu y penser. Je me dis que l'inspiration viendra quand elle sera en face de moi.
Je bouillonne ! De joie, d'excitation, d'appréhension…
Je suis à la fois noué et heureux.
Je ne sais pas à quoi m'attendre de sa part. Elle pourrait me repousser. Mais tant pis, je prends le risque.
Devant la porte de son immeuble je n'en mène pas large. La fatigue se fait sentir dans tous mes muscles, mes épaules sont raides et mon dos un peu douloureux d'avoir conduit toute la journée.
J'appuie sur l'interphone en retenant mon souffle. Les secondes sont des heures… J'appuie une nouvelle fois, très surpris de ne pas la trouver chez elle. Je n'avais même pas envisagé cette éventualité.
Pas de réponse.
J'envisage rapidement deux options, Jasper et Emmett.
Si j'ai tort, je n'aurais plus qu'à rentrer chez moi et ronger mon frein en attendant demain matin.
Je passe chez Jasper en premier puisqu'il habite sur le chemin qui mène chez Emmett.
Une foule de questions m'envahissent. Il pourrait être furieux contre moi, c'est une possibilité.
J'élude.
Je suis dans l'action, ça m'empêche de me prendre la tête.
Je sonne sans attendre. Je suis comme un lion en cage, qu'on en finisse ! Je veux la voir, je dois la voir et m'excuser, lécher ses bottes si elle le demande, me trainer à ses pieds mais il le faut, tout mon être la réclame et je commence même à paniquer.
Un mauvais pressentiment s'insinue en moi et une sorte d'urgence vive m'exhorte à la retrouver rapidement.
- C'est qui ?
Jasper n'a pas l'air d'être d'humeur jouasse.
- Salut Jasper, c'est Edward.
Je suis dans mes petits souliers, incertain de l'attitude à adopter et de l'accueil que me réservera Jasper.
- Edward ?! C'est toi mon pote ?
Son ton est jovial.
- C'est moi ouais, je souris.
Je suis soulagé, Jasper ne m'en veut pas.
- Viens monte !
Le grésillement de l'ouverture résonne mais je ne bouge pas.
Je sonne de nouveau.
- Y a un problème ? Ça marche pas ?
- Jasper, est-ce qu'elle est avec toi ?
Pas besoin de préciser son prénom, il sait de qui je parle.
- Non…elle est allée dormir chez Emmett ce soir.
- Merci mon pote, à très bientôt !
Je fonce jusqu'à ma voiture et démarre en trombe. Je ne prends pas le temps de me demander pourquoi Bella a dormi chez Emmett, je ne réfléchis à rien, je veux juste la retrouver.
Plus que quelques minutes et je serai en face d'elle. Je n'ai pas la prétention de croire que je serai dans ses bras, mais juste la voir sera déjà fantastique.
Du bout de la rue, j'aperçois au loin des lumières qui tournoient, des gyrophares…
Ce pressentiment et cette inquiétude imbécile refont surface.
Plus j'avance plus je panique. Des badauds sont sur le trottoir et regardent dans la direction où je me rends.
J'observe plus attentivement et j'aperçois de la fumée, un gros nuage noir.
Putain de bordel ! Ne me dites pas que…
La rue est barrée et mon cœur accélère.
J'arrête la voiture sans prendre la peine de la garer et je fonce sur un des policiers.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Un feu s'est déclaré il y a peu de temps. Vous ne pouvez pas laisser votre voiture ici monsieur.
- Où ça ? Dans quel immeuble ? je demande sans prendre en compte sa deuxième phrase.
Je me tords le cou pour apercevoir le nid du feu mais tout ce que je vois c'est ce putain de camion de pompier et des voitures de police.
- Plus haut dans la rue. Veuillez circuler et garer votre voiture ailleurs.
Je passe sur le ton menaçant du policier. Je dois passer, je dois absolument aller voir, je suis comme un fou !
J'enjambe la rubalise et me lance dans un sprint effréné.
La peur s'insinue dans chacune de mes veines, mon cœur va exploser et mes jambes semblent se ramollir.
Plus j'avance plus la réalité devient implacable.
Le salon de tatouage et l'appartement d'Emmett sont en feu !
