1. Une journée dans une famille pas comme les autres
Le plus dur était la panique – où suis-je ? En quelle année ? – il avait encore du mal à accepter de se sentir aussi terrifié. Il suffoquait dans ses draps, ils lui collaient à la peau, haletant il les écarta d'un geste rageur le tissu qui le couvrait. La lune, encore levée faisait luire la transpiration sur ses omoplates et son dos musclé. Il reprit sa respiration et effaça les derniers restes de sommeil en passant la main sur son visage, se pinçant légèrement l'arête du nez au niveau des yeux.
Son réveil radio affichait 5H, la nuit aura été courte ! Il se leva, seulement vêtu d'un boxer et se dirigea vers la cuisine, là, il but un verre d'eau fraiche et démarra la cafetière qu'il avait rempli la veille avant de se coucher. Retournant dans la chambre, il enfila un pantalon de jogging gris. Il prit aussi un t-shirt rouge qui trainait sur la chaise près de la fenêtre. Une fois dans l'entrée il mit une bonne paire de basket de course, alors qu'il entendait le bruit rassurant de la cafetière coulant sa boisson chaude préféré, il ferma la porte et partit pour son jogging matinal.
De retour à l'appartement après un peu plus d'une heure de course où il pensait, très franchement, avoir battu son propre record de kilomètre en si peu de temps, il se versa son tant espéré breuvage. Après un copieux petit-déjeuner et une longue douche qui avait délayé ses muscles tendus par le sport, il prit le chemin pour les quartiers généraux des Avengers.
Il était l'un des seuls membres à avoir son propre appartement. Depuis qu'il avait repris connaissance dans les quartiers du SHIELD, il avait cherché à retrouver une vie aussi normale que possible. Il avait besoin d'un endroit où il pouvait se ressourcer loin des gadgets de Stark et de se sentiment de vivre au travail en permanence. Il avait besoin de décrocher de tout ce "bazar" de temps en temps.
Personne ne semblait levé quand il entra dans la pièce principale, il passa dans la cuisine qui était ouverte sur une large salle à manger et ne trouva même pas Vision. Il ouvrit alors le frigo et prit de quoi faire un petit-déjeuner pour tout le monde – deux œufs chacun, le café moulu, du lait, du jus de fruit, dans les placards du muesli, des fruits frais, du pain, et des yaourts. – Il arrivait souvent le premier et préparait ce que Natasha appelait « les fameux déjeuner de Rogers ». Sous son sarcasme, elle adorait ça, se lever et n'avoir qu'à s'asseoir pour savourer son petit-déjeuner.
Assit à la table, lisant les nouvelles sur le journal du matin, il vit arriver ses coéquipiers l'un après l'autre. Natasha fut la première, elle l'embrassa sur la joue, leur complicité s'était peu à peu transformée en véritable amitié. Elle était sa confidente pour nombre de ses secrets mais le plus important et lourd à porter était resté bien enfoui. Vision arriva par la suite et resta simplement près de la table. Il n'avait jamais besoin de dormir ou de manger mais, Tony lui ayant donné un espace à lui, il y passait le plus clair de la nuit à faire on ne sait quoi et n'arrivait jamais le premier dans les pièces communes. Wanda lui avait appris quelques règles et donné quelques conseils pour lui donner des côtés plus humains et paraitre moins effrayant sous certains angles. La jeune sorcière fut la suivante à arriver et elle s'affala sur la chaise près de Steve encore dans un demi-sommeil, elle le considérait un peu comme un grand frère. Il avait toujours de bons conseils à lui prodiguer depuis qu'elle faisait partie intégrante de l'équipe et que son frère avait disparu au cours de la guerre contre Ultron.
Bruce arriva par la suite mais il entra par l'ascenseur qui menait au labo suivit de près par Tony. Ils semblaient avoir une fois de plus passé la nuit à faire des recherches, des équations et à assembler des morceaux de ferraille ensembles. En arrivant dans la cuisine Bruce se pencha vers Natasha puis se ravisa au dernier moment, deux gestes presque imperceptibles si on ne faisait pas attention, ce qui fit sourire Steve. Tony lui se versa un grand mug de café et attrapa deux-trois tartines avant de s'effondrer sur une des chaises.
— Pour qui est la dernière assiette Rogers ? demanda Tony goguenard
— Je pensais que Thor était peut-être là, comme hier.
— Il a rejoint le désert pour être avec Jane quelques temps, nous n'avons pas eu d'attaque ou d'invasion extraterrestre depuis un moment. Je suppose qu'il ne va pas tarder à rentrer à Asgard, répondit Natasha.
— Il doit sûrement y avoir plus d'action là-haut qu'ici-bas en ce moment, railla Wanda.
Depuis quelques temps la terre ne semblait plus en danger et pour les Avengers le calme semblait comme quelque chose de déplacé.
Après que tout le monde est pris son petit-déjeuner et que la cuisine fût rangée, chacun repartit à ses occupations. Steve resta encore un moment pour finir de lire le journal, Wanda, le nommait souvent le grand-père, pour tous ces petits détails, ces petites habitudes qui dataient d'avant son coma de 70 ans dans la glace.
Suite à une courte douche les deux scientifiques étaient retournés aux labos, ils avaient un grand projet disaient-ils. « Ne faites pas tout exploser ! » les avaient avertis 'Tasha.
L'horloge sonna 9h00, Steve avait rejoint le salon où il s'était installé sur le canapé en attendant sa plus jeune coéquipière qui lui avait proposé de s'entrainer. Perdu dans ses pensées, Steve ne se rendit pas tout de suite compte que Natasha s'était assise près de lui. Il se passa les mains sur le visage, quelque chose le préoccupé, il semblait quelque peu éteint, se fit-elle la réflexion. Le visage du garçon était pratiquement posé sur ses genoux quand elle osa poser sa main sur une de ses omoplates, il se redressa d'un coup. Un sourire s'afficha instinctivement sur son visage et tout à coup il sembla être redevenu lui-même, mais la Veuve Noire se rendait bien compte qu'une petite lumière demeurait éteinte au fond de son regard.
— Quelque chose te préoccupe cap' ! ce n'était pas vraiment une question, il la regarda un instant avant de répondre. Elle semblait si détendue à côté de lui, elle portait un simple jean un peu déchiré au genou, un t-shirt noir avec un dessin représentant une Shiva bleu turquoise et elle avait attaché ses mèches rousses en un chignon lâche.
— Je suis un peu tendu ces derniers temps mais ça va passer.
— Si tu te sens seul tu peux revenir quelques temps ici !
— Je ne me sens pas seul. J'ai Crapule à la maison.
— Ce n'est pas d'un chat dont tu as besoin ! C'est de quelqu'un Steve !
— Et tu connais bien ça parce que tu as tellement d'histoire d'amour à ton actif, surtout avec … ?
— Personne.
— Tu n'es pas la seule à faire attention au moindre détail de ce qu'il se passe dans cette maison !
Ne voulant pas que la discussion se retourne contre elle, Natasha préféra la fuite. C'est le moment que choisie la Sorcière Rouge pour enfin revenir.
Wanda devenait de plus en plus douée au combat en face à face. Elle parait bon nombre des coups du Captain. Elle n'était pas encore assez dans l'attaque mais connaissant les pouvoirs de la jeune fille, il ne préféra pas les déclencher. Avec lui, elle ne s'entrainait qu'au combat au corps à corps, pour les duels de magie elle faisait appel à Vision qui était dans la capacité de la maitriser, un minimum.
Après un déjeuner en fanfare où Tony avait tenu à cuisiner – la cuisine étant devenu une reconstruction de New York après le passage des Chitauris – Bruce avait quant à lui décidé de renâcler à manger. Il marmonnait à propos des affaires sur lesquels était en train de travailler au labo et sur le fait qu'il allait oublier une partie de son équation s'il n'y retournait pas tout de suite. Steve s'était quant à lui branché sur la station de la police et suivait en direct ce qu'il se disait. Il semblait demander du renfort pour aller arrêter un homme qui avait tué un certain nombre de femmes. Steve se redressa et Natasha lui posa une main sur l'épaule pour le retenir de se lever plus.
— Ce n'est pas de nôtre ressort Steve.
— Ils appellent des renforts et …
— Nous devons faire profil bas suite aux dernières batailles ... C'est ce qu'on nous a demandé de faire et c'est ce que nous allons faire. Ils ne nous sortiront pas du placard avant qu'une vrai boucherie s'opère là en bas. Il faudrait pour ça que soit Loki soit encore en vie ou que Thanos se remette à la recherche de quelque chose sur terre et pour l'instant nous ne sommes au courant ni de l'un ni de l'autre.
— J'ai besoin de bouger … Je sors, à tout à l'heure. Non, je ne vais pas aller me mêler des affaires de la police, promit Nat'.
Il marcha sans trop faire attention où il allait mais quand il décida à faire attention à ce qu'il se passé autours de lui il vit qu'il était arrivé dans la rue où l'arrestation était en cours. Un attroupement c'était déjà constitué autour des barrières de la police. Il voulut s'approcher mais repensa à ce qu'il avait promis à son amie. Alors qu'il baissait à nouveau le nez et passait au milieu de la foule qui prenait de plus en plus d'ampleur, il entendit des coups de feu provenant de l'immeuble. Il serra les poings, comment pouvait-il être là à entendre ce qu'il se passait et ne pas intervenir. Comment pouvait-il se retrouver dans cette position, totalement impuissant face à ce qu'il se passait juste à côté de lui. Il avait l'impression d'être revenu au moment de la guerre, lui le super soldat créer pour se battre et relayé au second plan, l'image fausse d'une horreur bien réelle. Il serra les poings et les dents et avança encore un peu, des larmes de rage coulait le long de ses joues. Pourquoi se retrouvait-il encore une fois dans ce cas de figure ?
De retour à la tour il rongeait son frein pour ne pas exploser. Ce tour dans la ville l'avait encore plus mis à cran. Il ne comprenait même pas comment, lui, le grand sauveur de l'Amérique avait pu passer devant cet immeuble et ne rien faire. Maintenant en plus de se sentir inutile, il avait du mal à soutenir son propre regard dans le miroir. Sans un mot pour les autres il alla directement dans la salle d'entrainement et se défoula tellement sur le punchingball qu'il l'en décrocha du plafond plusieurs fois. Natasha le rejoignit au bout d'un peu plus d'une heure, elle s'installa dans le coin des cibles et s'entraina un certain temps à son lancer de couteau. Elle fit comme-ci elle ne se préoccupait pas de Steve. Elle continua à le regarder s'énerver dans son coin et quand il commença à s'arrêter et à s'essouffler un peu elle ralentit elle-même ses lancers pour se tourner petit à petit vers lui.
— ça y est tu t'es calmé ?
— Je ne peux pas ne rien faire Nat', c'est au-dessus de mes forces. Si je vois qu'on a besoin d'aide je dois aider ! Je ne veux plus jamais me retrouver dans la même situation qu'au moment où on m'a donné ces capacités ! Je me sens lâche !
— Je ne te dis pas de ne rien faire mais … ce qui est de l'ordre de la police ou de l'armée … On ne peut pas s'en occuper Steve ! Moi aussi j'ai envie de me battre et de sortir de cette fichue tour mais même si je le voulais je ne pense pas qu'on nous laisserait faire. Nous sommes des parias ! On a détruit deux villes … et même si c'était contre notre volonté ils nous mettent ça sur le dos. C'est comme ça on doit laisser leur colère retomber. Pour l'instant si la police peut s'en occuper, s'ils ne sont pas en danger, on ne bouge pas.
— Je ne sais pas si je vais encore réussir à supporter ça longtemps. Et je ne sais pas si je vais encore beaucoup venir non plus, regarder Banner et Stark jouer aux savants fous et Wanda qui n'ose même plus utiliser ses pouvoirs, ça me rend dingue. Vision reste en majeur partie enfermé dans sa chambre, les autres ont déserté et je crois que je vais faire de même. Je crois que je vais essayer de me construire une vie cette fois, pas celle qu'un organisme a décidé pour moi.
— Si c'est ce que tu ressens c'est sûrement ce que tu devrais faire, nous n'avons personne contre qui nous battre pour l'instant alors vas-y, essaye de vivre pour toi, pour une fois.
Vers 19H, Steve était de retour chez lui, il ne savait plus vraiment où il en était. Trop de chose c'était succédé depuis peu et il lui devenait difficile de tout garder pour lui. Seulement il se voyait mal parler à Natasha de ses sentiments ou de ce qu'il ressentait pour certaine chose ou personne. Elle avait beau être ce qui se rapprochait le plus de sa meilleure amie il ne voyait pas comment aborder ces sujets.
De son ongle de pouce, il grattait un petit bout de peau qui se détaché de son index dans un tic nerveux. Chaque fois qu'il sombrait dans sa mélancolie il voulait en parler à quelqu'un mais il ne savait pas vers qui se tourner. Il entendit une porte s'ouvrir et se claquer dans le couloir de l'immeuble et il pensa alors à Sharon qui vivait juste à côté de chez lui, sous couverture. Ils avaient sympathisé à une époque, il se demandait si elle habitait toujours là ou si l'appartement avait été reloué à quelqu'un d'autre. Il attrapa ses clés et se décida alors à aller chercher le courrier dans sa boite aux lettres peut-être pourrait-il regarder si mademoiselle Carter était toujours affichait sur sa boite. Arrivé dans le hall d'entrée il se dirigea vers les boites et ouvrit la sienne, il n'y trouva pratiquement que des prospectus des magasins alentours, quelques menus des restaurants qui livraient, deux factures et une lettre qui provenait d'Afrique. T'challa avait peut-être de bonne nouvelle qui sait … Il inspecta alors les autres boites aux lettres et se rendit à l'évidence que la jeune Carter n'habitait bien dans l'appartement voisin que pour le surveiller et maintenant elle n'était plus là. De retour dans son appartement il ouvrit l'enveloppe qu'il espérait encourageante et pleine d'espoir à l'aide d'un coupe papier. T'challa avait une écriture fine avec peu de délier, il grattait le papier plus qu'il ne semblait véritablement écrire. Malgré sa difficulté à déchiffrer les lettres tordues inscrites sur le papier il se rendit rapidement à l'évidence que les progrès de son ami n'étaient pour l'instant pas très concluant et que le seul homme qui aurait pu l'aider en ce moment allait rester encore enfermé dans son sarcophage de glace pour un certain temps.
La journée que Tony venait de vivre lui avait bien fait comprendre qu'il était temps pour lui d'aller se coucher, une nuit blanche à la fois. Des picotements dans les membres lui avaient rappelés que parfois il faut savoir dire stop et aller retrouver son lit, son matelas moelleux et la douceur de ses draps de lin. En remontant dans sa chambre il prit une douche bien chaude et se glissa dans son lit, il ne s'installa que d'un côté mais empila les deux oreillers sous sa tête. Minuit venait à peine de sonner quand il sentit le côté droit du lui s'affaisser légèrement, il se tourna doucement par-là et laissa son bras venir reposer sur le torse de l'homme qui venait de se coucher à côté de lui. Alors que ce dernier attrapait l'un des oreillers sous la tête de Tony, celui- ci le tira plutôt vers lui et de sa main posa la tête de son compagnon au creux de son épaule. Là, il laissa la liberté à ses doigts pour s'enrouler dans quelques mèches de cheveux avant de laisser finalement sa main reposer sur la nuque de l'homme qu'elle massa quelques instants avant de s'arrêter. Tony avait définitivement sombré dans le sommeil. Son compagnon resta lui éveillé encore quelques temps, il le regarda dormir, murmurant dans une langue complètement inconnue. Les longs doigts fins et pâles de l'arrivant se posèrent sur la joue de Tony parcourant les sillons de son visage, caressant ses cernes sous ses yeux, le creux de ses joues et le pli de son menton. Cette main descendit peu à peu pour rejoindre le torse nu du super-héros, il la laissa là au creux de ses deux pectoraux de façon à sentir en permanence le battement de son cœur. Un petit sourire étira alors ses lèvres et il chercha une meilleure position dans le creux de l'épaule de Tony. Après quoi il embrassa cette peau chaude et dénudée avant de sombrer, lui- aussi, dans un sommeil réparateur.
