Bonjour !
Merci encore une fois pour vos reviews. Une réponse à Aventurine-san, à qui je ne peux pas envoyer mes remerciements par MP, mais je pense que la précision servira à tout le monde =) :
En fait, ce n'est pas un voyage temporel. C'est juste moi qui me suis dit que ca serait fun de les faire vivre à la même époque, mais donc pas de prophétie, pas de Voldemort... (Je ne sais pas si il y a des fic qui utilisent le même principe en français, mais en anglais, il y en a une très bien de whitedwarf, "Enduring Obsession", où Tom et Harry ont le même âge. J'ajoute pour ceux qui lisent l'anglais, que cette fic porte vraiment, vraiment très bien son nom. Je crois que c'est ma préférée !)
Bref, le chapitre !
Harry Potter appartient à JK Rowling.
Chapitre trois
Cassius observe discrètement l'autre côté de la table, où leur nouveau septième année s'est assis à côté d'Orion Black. Comme toute leur Maison, il est rongé par la curiosité face à cet être étrange. Trop fin, trop doux, et en même temps trop bruyant. Pourtant, le jeune homme aux allures de farfadet ne parle pas vraiment. Les rares fois où il l'a entendu, Cassius aurait pu jurer relever un accent allemand. Mais tout autour d'Harrison Flamel, une sorte de poche de chaos a éclaté, et s'est propagée à toute les Serpentards. Il y a quelque chose dans l'air, et seul Thomas semble ne pas être affecté, silencieux comme à son habitude.
Orion rit et parle, ce qui est une rareté en soi. Le grand brun regarde leur nouveau Serpent avec bienveillance, lui qui est pourtant si réservé dans ses affections. Sa loyauté n'allait jusqu'ici qu'à Walburga, et par extension à Thomas. Et pourtant, Flamel l'a conquis en quelques minutes. Face à lui, Abraxas Malfoy, aussi respectable que snob, s'est mis à parler d'un ton excité. Il a l'air de s'être attribuer le rôle de son guide. Le blond éructe des conseils plus mauvais les uns que les autres, des recommandations hautaines qui ont été ciselées pour à la fois le mettre en valeur lui-même sans offenser son interlocuteur. Malfoy cherche à impressionner cet inconnu, mais Cassius voit bien que l'aristocrate brûle d'en savoir plus. Un parent de Flamel, l'alchimiste, tout de même ! Il jette un coup d'œil à la table des professeurs, où l'homme roux essaie visiblement de dissuader Slughorn de lui resservir du vin.
Pourtant Abraxas ne veut pas demander, car la curiosité est un signe de faiblesse, et il tient absolument à garder le pouvoir dans la conversation. Les élèves autour d'eux suivent son exemple, et finalement personne ne pose de question à Harrison Flamel. Orion en a bien conscience, et fait exprès de dévier le sujet dès que le petit brun pourrait leur donner une réponse. Cassius n'arrive pas à dire si Harrison ne se rend compte de rien, trop naïf et trop proche des Griffondors, ou s'il les laisse mariner intentionnellement...
Alors qu'ils en sont au dessert, Orion se penche vers son voisin pour lui glisser quelque chose à l'oreille, et Flamel éclate de rire. Le son est incongru parmi les Verts et Argent, et on se fige quelques instants. Il a un rire franc, rauque et un peu essoufflé, qui lui fait ouvrir grand la bouche. D'ailleurs il s'étouffe maintenant, et Orion lui tape dans le dos. Harrison hoquète encore un peu.
Cassius remarque soudain Tom jeter des regards furtifs dans leur direction. Son visage est insondable, comme d'habitude, mais il pourrait jurer que leur chef est perplexe. Pas bon signe pour le nouveau. Ce qu'il ne comprend pas agace souvent Jedusor. Ou bien le captive, mais ça, c'est réservé aux obscures théories runiques et aux sortilèges les plus hermétiques, généralement. Jamais à un être humain.
Assis à sa nouvelle table, Harry n'a pratiquement rien avalé. Il peut encore entendre la voix de sa mère le gronder come lorsqu'il était enfant, et refusait de toucher à son assiette trois jours d'affilé. La bête n'avait pas faim, essayait-il de lui expliquer. Ils ne voulaient pas manger. Mais il ne faut pas écouter la bête, lui répondait sa mère, ses beaux yeux brillants de larmes. Il finissait par grignoter quelques bouchées d'Apfelstrudel pour lui faire plaisir, en attendant que cela passe.
Mais à présent, le monstre qui l'habite est calme, bien emprisonné au fond, tout au fond du gouffre qu'Harry visualise au plus profond de ses entrailles. La plaie ouverte n'émet qu'un grondement sourd, lointain, qui rougeoie en arrière-plan dans son esprit. Sa magie blanche la recouvre, la cache. Non, la négligence du jeune homme envers toute la nourriture étalée devant lui a une autre raison. Pourquoi perdre du temps à mastiquer quand la conversation autour de lui mérite son entière attention ?
Les foules l'ont toujours fasciné, mais là, c'est encore différent. Les paroles, à la table des Serpentards, sont un outil merveilleux et il ne peut se permettre d'en perdre une. Il observe et il écoute ce tourbillon de mots, incomparable à tout ce qu'il a jamais entendu auparavant. Les conversations intimes avec ses parents et avec son oncle n'ont jamais ressemblées à cela, ni les fêtes de familles, où la majorité des invités étaient des Griffondors.
Ici, les insultes croisent les compliments en plein air, les échanges de bon procédés et les sous-entendus se faufilent dessous, persuasion et menace passent main dans la main. Pour l'instant, il se retient de participer, et ne fait qu'écouter, et relancer de temps en temps le jeu avec une remarque ou d'une question innocente.
Apparemment, il est leur nouvelle curiosité, lui, le presque Griffondor. Ils ont l'air méfiants, mais ne peuvent pas s'empêcher de narguer la Maison d'en face en l'accueillant à bras ouverts. S'il avait eu des craintes sur ses capacités à s'intégrer en arrivant en dernière année, elles se sont envolées. Le problème ne se serait pas posé à Griffondor, bien sûr, il connait Charlus pratiquement depuis sa naissance. Son cousin, du côté paternel. Mais même les élèves qui l'entourent ont l'air d'être fiers de l'avoir parmi eux. Ou plutôt, ils sont fiers parce qu'ils pensent l'avoir volé aux Rouges et Or. S'ils savaient... Non, il ne veut pas penser aux mots du Choixpeau, aussi vrais soient-ils. Le vieil artefact ne lui a rien appris de nouveau, mais il évite de s'attarder sur ces vérités de sa personnalité. Cela ne fait que lui rappeler la déchirure entre ses organes, où se loge le parasite avec lequel il partage son existence depuis si longtemps.
La multitude dansante des sons et des lueurs des chandelles est merveilleuse, et Harry s'y perd un peu. Le chaos est son élément, même s'il en a été privé depuis longtemps. Il remarque et enregistre tous les détails de la vivacité ambiante. La foule est pleine de ces choses anodines, mais qui ne manqueront pas de faire sourire sa mère quand il lui racontera. Il entend presque son rire dans une cascade de cheveux roux. Par exemple, le fait qu'Abraxas, consciemment ou non, a assorti tous ses desserts dans des tons de blanc, de crème et de pâte à choux dorée de sorte que l'ensemble réponde à la couleur de ses cheveux platine. Harry voudrait prendre une photo de sa composition, si proprement et élégamment arrangée sur son assiette.
Ses amis voyaient les Serpents comme des animaux à sang-froid, presque des statues de cire, habitant un cachot glacial. Ce n'est pas le cas, et cela tombe bien. Il n'est pas entré à Poudlard pour le silence, les livres et l'immobilité d'un caveau. C'est tout le contraire qu'il cherche. Serpentard est un fouillis de tourbillons et de trous d'eau sous la surface d'un lac gelé.
Epuisé par les semaines de fuite et de voyage, il se laisse bercer par l'excitation autour de lui, en emmagasinant le plus possible comme une éponge. Il a toujours mieux dormi avec du bruit. Ce sont ses réserves pour la prochaine fois où la créature en lui se réveillera, et qu'il sera obligé de lutter contre lui-même pour ne pas se faire dévorer de l'intérieur. Leur appartement de Hambourg était situé en pleine ville, et les exclamations de la rue lui ont manqués.
Harry loupe presque Armando Dippet qui se lève, mais ses camarades se redressent tous d'un coup sur leur chaise. Le directeur se tourne pour présenter le nouveau professeur de défense contre les forces du mal, Nicolas Flamel. Les cheveux aussi roux que les siens sont noirs, ils ont les mêmes yeux verts. Son jeune oncle maternel, qui lui a donné son nom pour faciliter leur passage en Angleterre, a l'air horriblement mal à l'aise. Harry sait combien lui déteste la compagnie et le monde.
Un silence ébahi se fait dans la salle. L'inventeur de la potion Tue-Loup et du Félix Felicis. L'homme qui a percé les secrets des runes égyptiennes pour comprendre comment transformer l'eau en or. On dit même qu'il est sur le point de trouver la pierre philosophale. Les élèves comme les professeurs sont honorés d'avoir un tel savant parmi eux, d'autant que Nicolas Flamel est connu pour son caractère d'ermite. L'admiration est étouffante, même si Harry sait qu'elle est méritée. Il ne peut pas se retenir d'accueillir son oncle comme il se doit...
Tout d'un coup, la table des professeurs se soulève, se secoue ou s'ébroue. Une petite queue d'hippopotame pousse à une extrémité, et vient chasser d'un geste impatient l'assiette du professeur de divination. La salle, confuse d'abord, se met à rire tandis que le cheval du Nil, une espèce magique voisine de l'hippopotame, commence à s'en aller. A la surprise d'Harry, un sort part discrètement, plus loin sur la table des Verts et Argent, et ajoute quelques petits oiseaux cramoisis pour être perfectionniste. Harry se retourne et adresse un grand sourire à la jeune fille qui s'est faite sa complice, aux cheveux aussi noirs que ses yeux. La fiancée d'Orion, si sa mémoire est bonne ? Elle ne lui retourne pas son sourire, le regardant avec une expression un peu étrange. Harry ne s'en formalise pas. Il peut déjà dire qu'elle ne sourit pas souvent.
A la table des professeurs, Nicolas Flamel soupire avec indulgence et retourne l'animal à sa forme première, démontrant sans efforts ses propres talents. Il savait pourtant bien que son neveu allait être impossible, mais il ne pouvait pas le laisser aller seul en Angleterre. Qui sait ce que l'orphelin aurait pu inventer pour se distraire de ses idées noires. Harry n'a jamais été connu pour sa modération, et Nicolas veut s'assurer qu'il ne perdra pas tout contrôle après l'attaque de Grindelwald sur sa famille.
Au milieu des Serpentards, pendant que le directeur leur parle à présent des règles, Harry a de nouveau les yeux perdus dans le vide. Un moment plus tard, on le tire de sa rêverie. Le préfet de tout à l'heure se tient à côté, et le silence semble s'être installé autour de lui. Thomas Jedusor. La main encore posée sur son épaule est plus pâle que la sienne, mais les doigts sont déjà plus long que les siens. Harry n'est pas voyant et n'a aucun talent en divination, mais il sent le flot d'émotions contradictoires dirigé vers son jeune propriétaire. Harry se demande si l'adolescent devant lui grandira pour correspondre à son aura, ou s'il gardera cette disproportion entre sa magie et son apparence physique – il fait la même taille qu'Harry, et il a conscience d'être petit lui-même. Harry a beau n'être là que depuis deux heures, l'importance démesurée que semble avoir Tom Jedusor pour tous ceux qu'il croise est immanquable. A peu près à la moitié du festin, il a même commencé à compter le nombre de fois où son nom était prononcé. Pourtant, il ne croit pas l'avoir entendu décrocher un mot.
Mais actuellement, c'est son nom qui est appelé par le préfet. Thomas Jedusor l'articule tout à fait à l'anglaise et en entier, Harrison Flamel. Il le répète même, agacé. Les syllabes s'enroulent dans l'air, mais la pointe d'accent est immanquable. Harry repense à son arrivée à Londres. Il s'était perdu dans le monde moldu, et s'était retrouvé dans le quartier du port. Il avait fini par suivre un agitateur communiste, qui haranguait la foule. Finalement, il avait été récupéré et nourrit par un ouvrier et sa femme, jusqu'à ce que Nicolas vienne le chercher.
« Tu as vécu dans l'East End ? »
Le coq à l'âne désarçonne Jedusor, et Harry est aux anges. Il s'assombrit aussitôt après : il sait que cette partie de Londres est la cible privilégiée des bombardements allemands, et s'en veut d'avoir posé la question. Le sujet est trop près de ses propres souvenirs, de Grindelvald faisant entrer les SS chez eux...
« L'East End ? C'est quoi ?, s'enquiert une jeune fille à côté d'eux. Jedusor, lui, a ouvert grand les yeux. Il fait plus son âge pendant un moment, la bouche un peu entrouverte sous la surprise. Mais il se reprend vite, et ses lèvres se referment sur un pli contrarié. Hary se demande comment quelqu'un qui visiblement fréquente le monde moldu peut avoir autant d'influence à Serpentard, qui n'est pas connu jusqu'ici pour sa tolérance.
- C'est moldu. Je disais, Flamel, que j'allais montrer le chemin aux premières années, et leur faire la présentation générale du château et de Serpentard. Tu veux nous accompagner ? Je suis sûr qu'on t'en a déjà beaucoup dit, mais je ne ferais pas confiance à un Griffondor pour ne pas oublier de parler des aspects plus pratiques, comme les retenues ou le couvre-feu...
Jedusor est tout aussi plaisant que lors de leur première rencontre. Harry s'y laisserait prendre. Mais il y a quelque chose... La bête remue au fond de lui, comme en accord avec ses pensées. Quelque chose qui le dérange. L'adolescent est pâle et calme devant lui, trop calme. La mort l'entoure, mais pas une mort silencieuse. Non, Jedusor sent le feu, il sent la mort mais en même temps il est plus vivant que n'importe qui. Il a des yeux de phénix, se dit Harry. Fascinant.
Comme il tarde à répondre à la question du préfet, c'est Malfoy qui s'en charge à sa place :
- Ne t'en fait pas Harry, on t'attendra dans la salle commune pour te montrer ton lit ! A tout à l'heure. »
Le blond entraine Orion par le bras, et l'autre septième année suit paisiblement, mais pas sans prendre le temps de lui jeter un regard, du genre qu'Harry a appris à reconnaitre seulement pour mieux les ignorer : Fais attention. On dirait qu'il sait déjà qui est digne de confiance et qui ne l'est pas, entre le Black stoïque et le blond pincé qui vient apparemment de le jeter dans la fosse aux serpents.
Dommage qu'il ne se doute pas qu'Harry trouve ça plus amusant qu'autre chose.
Derrière Jedusor, avec l'autre préfet, une délicate poupée de porcelaine aux anglaises blondes, les attendent les premières années. Il en reconnait un et lui fait un signe de la main avant de se lever. Il s'attendait à ce que le brun fasse un pas en arrière, mais il n'a pas l'air décidé à lui rendre son espace vital, la main toujours sur son épaule. Harrison lui sourit innocemment avant de le contourner et de rejoindre les plus jeunes.
Jedusor fait un signe et la jeune fille commence un discours incertain, elle ne devait pas avoir prévu que ce serait elle qui parlerait, ou bien le programme a changé. A côté, le cinquième année sourit d'un air rassurant, et il les fait naviguer jusqu'aux portes aux milieux des élèves qui se lèvent de table. Harry reste à l'arrière du groupe – malgré sa petite taille, il reste plus grand que les enfants de onze ans autour de lui.
Il va pour les suivre, quand quelqu'un (Charlus) lui pose une main sur les yeux, et il sent qu'on le ligote par magie et que ses pieds quittent le sol. Il trouvait aussi qu'ils le prenaient trop bien.
« Tu cries et t'es mort », Flamel, lui souffle Prewett en faisant rouler des muscles inexistants : Harry lui lance un regard qui le lui fait savoir. Il a vu des élèves de Durmstrang qui imitaient bien mieux les mafieux russes.
Il sent la cape d'invisibilité de Charlus glisser sur eux.
« Tu sais que personne ne va payer de rançon ?
- Tu me blesse, Harry, lui répond son cousin. Tu crois qu'on agit pour l'argent ?
- Toi non, t'es riche, mais j'ai toujours su que Prewett était vénal au fond.
- Je ne vous permets pas ! » s'exclame le concerné. Il lance sa main dans le vide en espérant donner un coup sur la tête désormais invisible d'Harry, mais manque et touche Charlus à la place.
- Aïe ! Attends qu'on soit dans la salle commune pour commencer la torture.
- Ah, je crois que j'ai compris ! Vous allez me garder captif jusqu'à la fin de la saison de Quidditch ?
- Tout à fait, Flamel. Et n'essaie même pas de t'échapper, Minnie est de notre côté.
- Si Minnie est derrière tout ça, je capitule. Si ca avait été vous les cerveaux, j'aurai peut-être tenté une évasion.
- Nan, tu penses bien qu'on est bon qu'à faire les gros bras. »
Cela tombe bien, après tout ce qu'ils lui ont raconté pendant l'été, il a bien envie de voir la tour de Griffondor aussi. Faire un premier repérage des lieux est toujours utile. Dommage, Jedusor devra attendre.
Et voilà, l'arrivée d'Harry dans la danse !
