Auteur : Fire Serendipity
Bêta-Lecture : Lyly u
Rating : T.
Note: Un nouveau poll vous attend sur mon profil ^^ les résultats du poll précédent, pour ceux qui seraient intéressés et ne les auraient pas encore consultés, seront publiés avec le prochaine chapitre de « A Cœur Fendre ». *Esquive un jet de tomate pourrie* Oui, je sais, vous attendez depuis trop longtemps…
And burn we will, until the day we die
Where did he go ?
C'était la panique à Halloween. Notre prince de la nuit, notre Roi des Citrouilles, Axel Flurrington, la Rafale de Flammes Dansantes, avait disparu depuis une journée et une nuit. Le grimaçant soleil orange dardait ses rayons sur la Place de la Guillotine où nous nous trouvions pour ainsi dire tous rassemblés. Ne manquaient alors à l'appel qu'Axel lui-même, le professeur Vexenstein et Roxas, même nous autres vampires étions là, nous abritant de la lumière orange sous de larges parapluies noirs.
Marluxia était hystérique, sa figure grise affichant sa grimace la plus angoissée. Il courait dans tous les sens et soulevait des cailloux comme s'il avait été possible qu'Axel se soit caché dessous. Finalement, il grimpa sur l'estrade qui n'avait pas encore été démontée depuis la veille et se saisit de son porte-voix.
- Il faut absolument que nous retrouvions Axel ! S'écria-t-il, au désespoir. Il ne nous reste que trois cent soixante cinq jours avant le prochain Halloween !
Nous n'étions pas alors dans une année bissextile, aussi Saïx crût-il bon de faire remarquer, avec sa voix grondante :
- Trois cent soixante quatre !
Le maire sursauta, et s'il avait été physiologiquement capable de verser des larmes, il ne faisait aucun doute qu'il aurait éclaté en sanglots. Au lieu de quoi il s'empoigna les cheveux, se donnant au passage un coup de mégaphone. Finalement, il renonça à employer ses deux mains et se remit à parler à tors et à travers, sa perruque et son chapeau penchant vers la droite.
- C'est la première fois que ça arrive, remarqua laconiquement Demyx.
- C'est suspect, approuvai-je, et il me gratifia d'un coin de sourire mélancolique.
- C'est bizarre ! Insista Naminé de sa petite voix de crécelle.
- C'est effrayant ! Surenchérirent mes semblables.
- Nous devons faire quelque chose ! S'exclama le Maire. Nous ne pouvons pas rester sans rien faire, il est peut-être en danger ! Y a-t-il un endroit que nous ayons négligé de fouiller !
Sa peur commençait à s'étendre aux personnes présentes. Chacun y alla de ses propres résultats dans les recherches. Une chose avec une casquette à hélice et un costume déchiré dont s'échappait de la mousse blanche s'avançait péniblement depuis l'arrière, la jambe gauche enfoncée dans un énorme potiron.
- On a regardé partout, c'est certain ! S'exclama Larxène, et derrière elle Naminé hocha vigoureusement la tête.
- J'ai regardé dans tous les mausolées, et je suis sûr d'avoir soulevé toutes les pierres tombales, grogna Saïx.
- J'ai vérifié derrière l'œil du cyclope, annonça Luxord en posant sa main sur la tête de Xigbar qui était borgne. Je vous le jure ! Insista-t-il, mais il n'y était pas !
Xigbar fit la grimace, et je restai de marbre pendant que les autres continuaient de détailler tout ce qu'ils avaient entrepris d'infructueux pour tenter de remettre la main sur notre flamboyant squelette.
- Ta blague commence à sentir le réchauffé, Lux, dis-je.
Il fallait avouer que « l'œil du cyclope » avait été une plaisanterie à la mode pendant un moment, c'était une belle trouvaille. Tout le monde l'avait utilisée pendant quelques mois après qu'il l'eût inventée pour se moquer de Xigbar, qui en riait autant que les autres. Mais le moment était mal choisi pour faire de l'humour, même noir.
- Il n'est pas dans la salle du Sommeil, déclara Xemnas.
C'était ainsi qu'il nommait la Crypte aux Chauve-souris dans laquelle nous dormons.
- Et moi, annonça la chose qui était finalement parvenue au pied de l'estrade, j'ai piétiné toutes les citrouilles !
Rattrapant de justesse sa perruque qui commençait à dégringoler, le Maire laissa échapper son mégaphone qui tomba au pied de l'estrade, sur le pavé. Il la rajusta tant bien que mal et déclara d'une voix désespérée :
- Il ne nous reste plus qu'à sonner l'alarme !
Naminé fila à l'autre bout de la Place de la Guillotine pour aller tourner la queue-manivelle de l'appareil en forme de chat noir à l'échine hérissée. L'animal métallique émit un long cri d'agonie qui se fit entendre dans toute la ville, jusque dans les fondations même de la tour laboratoire.
Laissons maintenant les habitants paniqués pour suivre ce cri jusque dans l'entresol de la tour où nous retrouvons Roxas. L'homonculus se tenait à l'une des ouvertures barrées qui tenaient lieu de fenêtres, une main posée sur une des tiges métalliques, l'autre tenant une louche. Son expression était inquiète.
Axel n'était pas revenu, c'était la seule raison pour laquelle le Maire aurait sonné l'alarme car en général, quand il y avait un problème à Halloween, la première réaction de Marluxia était de filer chez l'épouvantail pour lui demander quoi faire, et Axel savait toujours quoi faire. Roxas n'avait jamais entendu sonner l'alarme, sauf une fois où trois petits monstres, Sei, Rai et Fuu, l'avaient actionnée pour faire une blague (ça avait marché, Marluxia avait tellement paniqué qu'il était tombé dans la Fontaine Verte, sa perruque s'en souvient encore). Si elle résonnait maintenant, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : il n'était pas rentré.
Roxas se demandait s'il devait signaler qu'il l'avait vu partir dans la forêt avec Mog. Après tout, nul ne savait ce qu'il avait bien pu y rencontrer…Il n'avait et ne voulait parler à personne de ce qu'il avait vu et entendu car d'une part, cela aurait été trahir Axel et d'autre part, à l'insu de l'épouvantail lui-même, l'homonculus avait la sensation qu'ils partageaient un secret. Et ce sentiment faisait palpiter son cœur mécanique, et c'était une sensation délicieuse.
- ROXAS !
La voix grinçante du docteur Vexenstein le tira de sa rêverie. Il sursauta et faillit laisser échapper sa louche.
- Alors, cette soupe, ça vient ?
- Une minute ! Cria la poupée en direction de la porte.
Il déposa l'ustensile sur le buffet de guingois. Une marmite se trouvait au centre de la pièce, sur un feu, et le liquide vert pâle qu'elle contenait fumait doucement. Roxas ouvrit la porte d'une des armoires pour y prendre ce qu'il était allé chercher la veille au Cimetière. Le pot de nocturnaline n'était pas à moitié plein et il hésita brièvement sur la quantité à ajouter. Le professeur était toujours fâché de sa dernière escapade, rien qu'un petit somme lui vaudrait déjà un savon considérable. Peut-être même aurait-il mieux fait de s'abstenir complètement… ?
Le pot resta un suspens un instant immobile, puis Roxas repensa à Axel qui disparaissait dans les bois et à l'alarme qui résonnait, et il le retourna complètement. Les brins de nocturnaline qu'il avait ramenésla nuit précédentedégringolèrent dans la marmite, ainsi que les débris de quelques récoltes précédentes. L'odeur doucereuse des herbes soporifiques s'éleva de la soupe, aisément reconnaissable, et Roxas prit sur une table un bocal dans lequel se trouvait un gros batracien pustuleux qui lui jeta un regard torve quand il souleva le couvercle.
- L'haleine de crapaud peut dissimuler n'importe quelle odeur, murmura-t-il pour lui-même avant de brandir l'animal au-dessus du chaudron. Allez mon gros, souffle un bon coup !
La bestiole s'exécuta complaisamment, crachant un nuage acide qui s'ajouta à la soupe. La mixture siffla et émit une bouffée de fumée qui donna le tournis à l'homonculus, ou point de manquer le faire tomber à la renverse. Il se raccrocha aux meubles, laissant tomber le bocal du crapaud qui poussa un croassement indigné en heurtant le sol.
- Ouuuuuuh, c'est amer ! Toussa-t-il.
Puis il ouvrit le placard et commença à fouiller fébrilement, toussant encore.
- Des verrues de varan ! Crachota-t-il. Où est ce concentré de verrues de varan ? Ah ! S'exclama-t-il en trouvant enfin ce qu'il cherchait.
Se pinçant le nez, il renversa le contenu d'un autre bocal dans la casserole et posa le conteneur vide. De sa main libre, il prit sa louche et mélangea la soupe, et l'atmosphère changea. Cela cessa de lui piquer les yeux et il retira la main de son visage. Ça sentait bon, maintenant.
- Elle est prête ! Cria-t-il joyeusement.
Il servit un grand bol de potage, le déposa sur une assiette avec une serviette et une cuillère et monta l'escalier pour rejoindre le laboratoire.
Le docteur Vexenstein était penché sur des schémas compliqués, occupé à se gratter le bulbe rachidien, le crâne ouvert. Le couvercle se rabattit avec un claquement quand Roxas posa son déjeuner devant lui.
- À table ! Annonça-t-il en souriant.
Le docteur tira le bol vers lui.
- Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il en reniflant le plat. Aaaaaah, des verrues de varan ! S'exclama-t-il avec une moue satisfaite.
Il prit une cuillère de soupe et la porta à sa bouche. Roxas serra les poings d'anticipation, mais la cuillère s'arrêta à mi-chemin de sa destination et le scientifique renifla encore. Puis il se tourna vers lui, le regardant d'un air suspicieux. L'homonculus prit son air le plus innocent.
- Et de l'haleine de crapaud ? Questionna le savant et reposant la cuillère dans le bol. Roxas réprima un geste de dépit et se défendit.
- Pourquoi pas ? Demanda-t-il. Je croyais que vous aimiez l'haleine de crapaud ?
Le vieil homme plissa les yeux et le fixa comme s'il essayait de voir à travers son crâne et de lire dans ses pensées.
- Je me méfie par-dessus tout de l'haleine de crapaud, finit-il par déclarer en poussant le bol vers sa création. Je refuse d'y goûter tant que tu n'en as pas avalé une cuillerée.
Roxas dû réprimer un rire quand le professeur prit une cuillère de soupe et la lui tendit.
Pour votre compréhension, une petite explication s'impose. Une telle assertion, de la part d'un être d'une intelligence telle que celle du docteur Vexenstein, était à la fois loufoque et très surprenante. Car Roxas était un homonculus, et malgré tous ses aspects les plus humains – son apparence, sa pudeur, sa capacité à ressentir des sentiments et à sentir tout court, comme quand les vapeurs de l'haleine de crapaud lui avaient piqué les yeux et donné le vertige – il n'était jamais qu'une poupée dont le corps ne contenait qu'un cœur mécanique, du rembourrage et des feuilles mortes. Il n'avait pas de système digestif, aucun organe qui lui aurait permis de digérer un aliment, de l'assimiler et par conséquent d'en ressentir les effets. Ça arrivait parfois quand il était très absorbé dans un travail, les autres choses passaient au second plan et ne bénéficiaient que d'une attention restreinte.
- Tu veux donc me faire mourir de faim ? Demanda le scientifique devant le manque de réaction de sa créature. Moi qui ne suis qu'un vieillard que ses forces abandonnent, moi, le saint homme à qui tu dois la vie !
Aussi Roxas prit-il la cuillère et avala son contenu. Le liquide – dont il percevait la chaleur mais ne sentait pas le goût – lui mouilla la bouche et humidifia le rembourrage de son cou. Cela mettrait sans doute un peu de temps à sécher mais ça n'avait aucune importance.
- Mmmmmmmh, dit-il. C'est… sublimissime !
Il rendit le couvert à son créateur qui l'observa comme s'il s'attendait à ce qu'il s'endorme debout. Roxas lui sourit ingénument et le scientifique, finalement, haussa les épaules, reposa la cuillère et but la soupe directement au bol.
Puis Roxas alla s'installer dans un coin du laboratoire et attendit patiemment que la nocturnaline fasse effet en se livrant à son activité favorite : la couture. Il avait trouvé un morceau de soie rouge-orangé qu'il découpa pour lui donner la forme d'une flamme avant de le coudre avec le plus grand soin sur sa poitrine, au-dessus de son cœur. Le docteur piquait lentement du nez sans vraiment s'en rendre compte et l'après-midi passa tranquillement.
Pendant ce temps, le reste de la ville, qui n'avait cessé de rechercher activement notre Roi des Citrouilles, s'était à nouveau rassemblé sur la Place de la Guillotine. Le Maire, qui s'était servi de sa voiture de fonction pour sillonner les rues, était vautré sur le toit de celle-ci, à l'agonie, sa perruque gisant à côté de lui. Tous les autres le regardaient avec appréhension.
- Il fait presque nuit, remarqua Saïx.
- Mais où peut-il bien être ? Se demanda Xion qui oscillait, pendue à sa branche.
- Est-ce que quelqu'un a pensé à sonder le lac ? Demanda Marluxia d'une voix d'outre-tombe.
Il y eut un léger mouvement dans la foule mais Xigbar répondit :
- Ouais, on l'a fait ce matin.
Et le Maire laissa échapper un gémissement d'homme blessé à mort.
Et tout à coup, un miracle se produisit, il apparut sous les traits d'un petit fantôme de peluche aux oreilles pointues et pourvu d'une antenne au bout de laquelle luisait un pompon-citrouille.
- Mog ! S'exclama soudain Naminé en pointant d'un doigt frénétique le petit spectre qui passait la porte de la ville. Regardez, c'est Mog !
Tout le monde s'agita, même le Maire qui se redressa assis sur le toit de sa voiture pour regarder. Ainsi put-il voir Axel qui revenait, juché sur une voiture-traîneau roulant sur des chenilles. Il portait une paire de lunettes de protection et arborait le plus immense des sourires, au point qu'on ne distinguait plus où s'arrêtait sa bouche et où commençaient ses cicatrices. Tout le monde se rua vers lui en poussant des cris de joie alors que Marluxia se remettait debout et ajustait sa perruque. Puis il resta debout sur le toit de la voiture, visage souriant à l'avenant, et attendit qu'Axel arrive devant lui.
- Axel ! S'exclama-t-il avec emphase. Où étais-tu donc passé ?
Nul n'aurait cru en le voyant qu'il se fanait comme une fleur sans eau quelques minutes plus tôt. L'épouvantail jaillit de sa voiture et enleva ses lunettes.
- Marluxia ! Convoque une assemblée générale, j'ai des choses extraordinaires à vous dire ! s'écria-t-il.
- Mais quand ? Demanda le Maire, déstabilisé par une telle exubérance après cette journée passée à dépérir.
- IMMEDIATEMENT !
Le Maire dégringola plus qu'il ne descendit du toit et grimpa dans sa voiture, qu'il démarra. Pendant ce temps, Axel transportait son butin bien enveloppé dans la salle de réunion de l'Hôtel de Ville.
La voiture traversa Halloween, lentement, pendant que Marluxia s'époumonait dans son mégaphone :
- REUNION AU SOMMET ! REUNION AU SOMMET ! REUNION AU SOMMET CE SOIR !
Roxas entendit l'appel depuis le laboratoire de la tour où il était en train de recouvrir son maître endormi d'une couverture. Le docteur ronflait bruyamment, ses cheveux lui pendant dans la bouche. L'homonculus les dégagea de son visage et les ramena dans son dos. Puis il lissa une dernière fois la couverture et sortit discrètement.
Une fois dans la rue, il prit le chemin de l'Hôtel de Ville, enveloppé dans la nuit tombante…
