Auteur : Ariani Lee
Bêta-Lecture : Lyly u
Rating : T.
And burn we will, until the day we die
skrik
Roxas était anxieux, tandis qu'il arpentait les sombres ruelles désertes de Halloween en direction de la tour-laboratoire. Avec le recul, il craignait que la dose de cheval de Nocturnaline qu'il avait versé dans la soupe du docteur ne lui attire de graves ennuis – plus graves que de coutume. Il avait beau ne pas sentir la douleur, il redoutait la punition qui l'attendait…
En chemin, la chauve-souris s'était bien réveillée et lui voletait tout autour en grinçant sans cesse. Ses petits cris avaient quelque chose de comique et de distrayant, comme si elle essayait de lui parler et s'excédait de son incompréhension, et Roxas la baptisa du sobriquet de Skrik. Finalement, cette dernière sembla se lasser de son petit manège et revint se poser sur son épaule, s'aidant de ses ailes pour maintenir son équilibre. La regardant de près, Roxas lui trouva un museau pointu tel celui d'un chien minuscule, des gros yeux noirs et brillants et une fourrure rousse et douce d'aspect qui couvrait son petit corps. Ses ailes membraneuses repliées faisaient comme des accordéons.
Skrik s'envola à tire d'ailes lorsque Roxas atteignit l'entrée de la tour et il y pénétra seul, pas fort rassuré.
Laissons un peu notre homonculus au sort peu enviable qui l'attend et allons voir ce qui se passe du côté d'Axel.
Le Roi des Citrouilles était, lui, rentré depuis un long moment déjà, puisque sa propre maison se trouvait au centre de la Place de la Guillotine. Il avait emporté une grande partie de son « butin » de Noël et celui-ci se trouvait maintenant disséminé un peu partout dans son salon. L'arbre se dressait au centre, là où le plafond formait une pointe et était assez haut pour qu'il puisse y tenir debout, ses lumières étincelant et ses boules reflétant les lumières du feu qui brûlait dans la cheminée. L'entablement de celle-ci croulait sous les décorations : boules à neige, petites figurines représentant un gros bonhomme tout de rouge et de blanc vêtu et de petits personnages tels les lutins de la ville de Noël qu'il avait vus, les fameuses chaussettes géantes étaient épinglées sur le manteau de pierre sombre. Allongé devant le feu, enroulé dans un plaid en patchwork de couleurs vives, Axel lisait un gros volume intitulé « Les Aventures de Rodolphe le Renne au Nez Rouge », d'imposantes piles d'ouvrages se dressant autour de lui en édifices improbables, un bonnet de nuit perché sur sa tête. La houppette qui en ornait le bout ne cessait de lui retomber en travers de la figure et il la rejeta d'un geste vif en laissant son livre tomber sur la pile de droite, l'air contrarié. Il en prit en autre dont la couverture en gros velours rouge annonçait mille et un contes de Noël mais le délaissa bien vite pour jeter un œil autour de lui à son intérieur transformé. Les guirlandes de rubans et de verdure frisaient la pièce entière, accrochées là où il avait trouvé moyen de le faire – sur un porte-torche crochu en fer forgé, dans la gueule d'une petite gargouille – et une araignée se tissait soigneusement une somptueuse toile en utilisant un fil lumineux qui traînait. Au pied de l'arbre, dans son panier nouvellement garni d'un large coussin à gros carreaux rouges et verts, Mog sommeillait, ses petits bras serrés autour d'une canne de Noël enrubannée de vert. Tout semblait… différent, mais il n'y avait aucune explication, et il n'arrivait pas à comprendre. Les sourcils froncés, il fouilla dans une des piles de livres.
- Il y a forcément une façon logique d'expliquer cette fête bizarre…
Il finit par extraire du tas un énorme volume noir d'aspect très rébarbatif. La couverture s'ornait d'un éclair et d'un titre peu engageant, « La Méthode Scientifique ». Axel ne l'en ouvrit pas moins avant de se plonger dans une lecture assidue, l'air très concentré, le bout de ses doigts osseux jouant distraitement avec le soyeux embrasse-pompon qui continuait de venir lui taquiner la joue…
Et passa la nuit.
L'aube trouva le docteur Vextenstein réveillé et d'une humeur exécrable. Roxas avait patiemment attendu qu'il revienne à lui, appréhendant sa réaction. Le docteur avait semblé parti pour lui passer le savon le plus mémorable de sa courte existence mais l'homonculus en avait été sauvé par la même chose qui le lui aurait valu : la dose de Nocturnaline versée dans la soupe de son créateur. Ce dernier s'était réveillé atteint d'une migraine si atroce que le moindre bruit le faisait grimacer. Il avait donc ordonné sèchement à Roxas de lui préparer une poche de glaçons qui appuya contre son crâne avant d'escorter la poupée dans sa chambre.
La chambre de Roxas était en fait la plus grande pièce de la tour, car elle servait également de réserve. Une immense fenêtre barrée donnait sur l'extérieur, à une hauteur effrayante. Un lit occupait le pan de mur à droite de l'ouverture mais la plus grande partie de l'espace était occupé par les stocks du scientifique. Matières premières et produits chimiques s'alignaient sur des rayonnages dans des boîtes et des bocaux étiquetés avec soin.
L'homonculus regarda d'un air boudeur son créateur refermer sur lui la grande porte.
- Tu m'as empoisonné pour la dernière fois, ingrate créature, déclara-t-il en disparaissant derrière l'épais panneau de métal.
La barre qui le fermait tomba lourdement en place, le condamnant dans un fracas qui retentit dans toute la tour, arrachant au docteur une grimace de douleur. Il rajustait la poche de glaçons sur son crâne quand on sonna à la porte.
- Oooohhhhhhhhhhh, ma tête, gémit-il en s'approchant de la balustrade. Entrez, voyons c'est ouvert.
Pendant ce temps-là, de l'autre côté de la porte, Roxas râlait sur son lit en écoutant d'une oreille distraite son maître pester. Un sourire vint occuper son visage lorsqu'il entendit soudain un grincement à présent familier.
Skrik venait d'entrer en passant entre le barrant qui fermaient la fenêtre et voletait tout autour de la pièce. Roxas lui tendit son bras et elle vint s'y percher, s'aidant de ses ailes repliées pour maintenir son équilibre.
Roxas caressa sa petite tête couverte de fourrure.
- Tu vas rester avec moi maintenant, copine ? Lui demanda-t-il doucement.
Skrik grinça doucement en le regardant, la tête un peu penchée. Elle semblait s'excuser de ne pas comprendre ce qu'il disait et de ne pouvoir répondre.
La sonnerie à la porte d'entrée la fit dégringoler de surprise. Roxas la rattrapa mais elle s'envola et se mit à tourner au plafond, manifestement à la recherche d'un perchoir plus adapté à ses besoins. Finalement elle fixa son choix sur un tuyau qui semblait lui convenir et entreprit de s'envelopper confortablement dans ses ailes, regardant distraitement Roxas bondir de son lit en entendant le docteur s'adresser à leur invité.
- Axel Flurrington. Je suis en haut, mon garçon !
La poupée avait déjà l'oreille collée à la porte, et son cœur se mit à battre une chamade saccadée lorsqu'il entendit la voix du Roi des Citrouilles qui répondait :
- Docteur ! J'ai besoin de vous emprunter votre équipement !
Roxas entendit le bruit du fauteuil roulant qui s'éloignait de sa porte.
- Mon équipement ? Vraiment, et pour quoi faire ?
- J'ai l'intention de me livrer à toute une série d'expériences.
Axel semblait très excité par cette perspective. Roxas pressa davantage son oreille contre la porte.
- Des expériences ? Répéta le scientifique.
L'idée l'enchantait manifestement, songea Roxas par devers lui, et sans surprise.
- Sais-tu que la curiosité est un vilain défaut ? Continuait son créateur.
- Bien sûr, répondit docilement la voix de l'épouvantail.
- Suis-moi dans mon laboratoire, tu y trouveras tout ce qu'il te faut…
Les pas et les voix allèrent en diminuant jusqu'à ce que Roxas entende la porte du laboratoire se refermer sur eux.
- Mmmmmh, musa-t-il. Des expériences ?
Il adressa un regard interrogateur mais celle-ci, confortablement blottie dans ses ailes, suspendue à son tuyau, ne lui répondit que d'un grincement ensommeillé. Roxas la laissa s'endormir en paix et se tourna plutôt vers les fournitures de secours du Docteur Vexenstein.
Roxas était loin d'être ignorant des questions scientifiques, et plus précisément en matière de chimie. Si le Docteur l'avait avant tout créé pour être une paire de mains et de jambes à tout faire, il n'avait jamais perdu de vue les bénéfices qu'il pouvait tirer de l'intelligence qui lui était survenue. Roxas lui servait d'assistant depuis des mois, et c'était lui qui avait fait la plupart du rangement de la pièce dans laquelle il se trouvait. Il avait observé avec attention les expériences de son créateur et puisqu'il avait du temps devant lui et tout le matériel nécessaire, il décida de tenter quelque chose. Il commença par trier les alambics, les pieds et les creusets et nettoya soigneusement ceux dont il allait se servir. Puis il sélectionna scrupuleusement ses ingrédients, étudiant longuement chaque étiquette. L'après-midi était déjà bien entamée quand il commença les premiers tests, s'arrêtant toutes les deux minutes pour prendre des notes, recommençant cent fois.
Vers la fin de la journée, il commença à jeter des coups d'œil vers la maison d'Axel, perchée si haut qu'elle se voyait même de là. La lumière s'y alluma et de temps en temps, une ombre passait devant la fenêtre. Il faisait nuit noire quand l'homonculus, satisfait des résultats obtenus sur base de ses tests, entama la création de ce qui devait être le produit final. Skrik s'était réveillée depuis un moment déjà mais elle restait suspendue à son tuyau sans bouger ni grincer, comme si elle avait compris qu'il avait besoin de se concentrer.
Malgré le soin de sa compagne pour ne pas le déranger, l'homonculus dut s'y reprendre à trois fois avant de parvenir au résultat escompté. Il versa le liquide rouge sombre dans une bouteille qu'il scella aussitôt, puis l'observa avec une attention passionnée. Quelques secondes après, le liquide vira au rouge vif, un peu luminescent. La luminosité du produit s'évanouit puis revint, encore et encore, comme un battement de cœur et Roxas réprima un cri de triomphe. Il avait réussi ! Skrik émit un petit grincement comme pour rappeler sa présence. Roxas s'épanouit.
- Bon, il ne me reste plus qu'à…
Il arracha une feuille à son bloc-notes, prit son crayon et…
… resta suspendu au dessus du papier vierge un long moment sans trouver quoi écrire. Eût-il eut le sang nécessaire à cela qu'il se serait empourpré du coup au front. Que pourrait-il bien lui écrire ? Finalement, il coucha quelques mots, puis une ligne puis deux et plia le message. Il le déposa avec la bouteille dans un petit panier et se tourna vers la chauve-souris qui l'observait toujours, l'air intrigué.
- Tu veux m'aider ? Demanda-t-il
Il alla ouvrir la grille qui fermait sa fenêtre et celle-ci s'ouvrit largement, comme une immense gueule sur la nuit noire. Au loin, la lumière brillait toujours à la fenêtre d'Axel. Roxas tendit le panier à Skrik et lui montra l'extérieur. Elle grinça et déploya ses ailes, s'en allant voleter à l'extérieur. Il lui tendit le panier et elle attrapa son anse entre ses pattes puis resta là à l'observer, dans l'expectative.
Roxas regarda le gouffre noir qui s'ouvrait sous l'ouverture. Il n'avait pas peur, puisqu'il n'aurait pas mal, et son abdomen était suffisamment rembourré pour que son cœur ne prenne aucun choc. Il craignait par contre de ne pas retrouver tous ses membres dans le noir. Finalement, il jeta un dernier coup d'œil à la fenêtre d'Axel et vit sa silhouette se découper en ombre chinoise sur la lumière – sans doute faisait-il les cent pas.
Roxas baissa les paupières et se jeta dans le vide.
La chute fut dure. Il sentit ses coutures craquer sous le choc et la plupart de ses membres se disloquèrent mais heureusement, lorsqu'il ouvrit les yeux et regarda autour de lui, rien ne manquait à l'appel. Skrik descendit le rejoindre avec le panier, l'air inquiète, mais Roxas la rassura d'un sourire avant de commencer à se rassembler. Il lui fallût un quart d'heure pour se recoudre entièrement, mais il perdit quelques minutes à défaire et refaire des points après s'être rendu compte qu'il avait recousu sa jambe droite à la place de la gauche. Après quoi il reprit le panier à la chauve-souris et se mit en route vers la Place de la Guillotine, suivi de Skrik.
Remontons le temps de quelquesd'un après-midi et allons voir ce qui tenait Axel occupé depuis de si longues heures. Il était rentré de chez le professeur avec une lourde sacoche noire et une petite caisse remplie de substances chimiques. Il avait installé son petit laboratoire d'appoint sur une table, sortant de la sacoche tout un assortiment d'instruments compliqués – microscope, bec Benson, alambic, etc. il avait ensuite commencé à faire une foule de tests sur ce qu'il avait ramené de la ville de Noël, et rapidement, jouets et décorations avaient perdu leur caractère joyeux ou leurs jolies couleurs.
Plusieurs des boules étincelantes finirent réduites en poussière pour êtres passées au microscope ou mélangées à des liquides censés révéler des propriétés cachées. Ces mêmes produits transformèrent en une espèce de lacets blancs et tout mous plusieurs cannes en bonbon avant qu'il n'arrête, car Mog semblait s'être pris de passion pour ces petits objets et il ne voulait pas l'en priver. Il disséqua animaux et peluches et jouets, brisa deux boules à neige pour en étudier les composantes séparément, et des napperons en papiers aux motifs inquiétants, des baies de houx, des miettes des pains d'épices et des aguilles de pin jonchaient toute la table et un peu la pièce, aussi.
Axel obtenait beaucoup de résultats, tous très intéressants, mais il n'y voyait qu'encore moins clair.
Pour l'heure, debout devant un immense tableau noir, il se livrait à une série d'interminables calculs très complexes basés sur les notes qu'il avait gribouillées sur une demi-douzaine de feuilles.
- Alors, voyons… La racine carrée du vingt-cinq décembre multipliée par douze marrons chauds plus un Perce-oreille égale… Noël ?
Il se gratta l'arrière du crâne, dubitatif, tâchant un peu plus de craie ses cheveux rouges qui semblaient déjà comme saupoudrés de farine. Il fut tiré de son marasme par du bruit à sa fenêtre.
Il eut la surprise d'y découvrir une chauve-souris chargée d'un panier. Étonné et curieux, il alla ouvrir et prit le colis. La chauve-souris s'en fut aussitôt, descendant en piqué vers le sol. La suivant du regard, Axel eut la surprise de découvrir au pied de la façade de sa maison l'homonculus du docteur Vexenstein, Roxas.
La poupée sembla très embarrassée d'être vue. Elle lui fit un petit signe de la main auquel Axel répondit, toujours étonné. Il se détourna un instant pour regarder le contenu de la corbeille. Une bouteille remplie d'un liquide rougeoyant et un papier plié en quatre.
Axel se pencha à la fenêtre pour remercier l'homonculus de son attention, mais Roxas n'y était plus. Déçu plus qu'il ne s'y serait attendu, l'épouvantail se détourna et s'intéressa au panier. Il ignorait ce que contenait la bouteille, aussi déplia-t-il d'abord le papier.
C'est de l'eau de feu perpétuel. Je l'ai faite pour toi en espérant qu'elle puisse t'être utile de quelque façon que ce soit. Bonne chance avec Noël.
Roxas
Axel regarda la bouteille avec un étonnement redoublé. De l'eau de feu perpétuel ?
Il farfouilla dans un meuble et en sortit une vasque de pierre. Il brisa le scellé en cire de la bouteille et ôta le bouchon pour en déverser le contenu dans le récipient. Aussitôt qu'il entra en contact avec l'air, ce dernier s'enflamma. L'épouvantail dégagea un peu de place afin de pouvoir placer le brasier au milieu de la table, et s'assit en face pour le regarder, le menton appuyé dans ses mains. Si c'était vraiment de l'eau de feu perpétuel, ces flammes-là ne s'éteindraient tant qu'elles auraient de l'oxygène à brûler. Il songea que pendant des siècles il s'était vu de cette façon, comme un feu qui ne s'éteindrait jamais, mais il ne s'en était pas moins retrouvé à l'état de simple braise pendant longtemps. La vue du petit foyer le réchauffa agréablement. C'était différent de ce qu'il avait ressenti et découvrant Noël, mais c'était bon quand même.
Roxas avait prix la poudre d'escampette après qu'Axel l'eut vu, mortifié de s'être fait surprendre. Mais il lui avait fait signe et souri. Son cœur s'était lancé dans une course folle et il s'était purement et simplement enfui dès qu'Axel avait disparu. Il avait couru pour sortir de la ville, jusqu'au Mont Spirale, Skrik à sa suite.
La chauve-souris s'accrocha à une branche rachitique tandis qu'il s'asseyait au pied d'une pierre tombale.
Roxas ne voulait plus retourner au laboratoire. Sa décision était prise, même s'il savait qu'elle serait difficile à tenir. Il n'était pas aisé de se cacher de qui que ce fut à Halloween, qui était une petite ville, et il ne pouvait attendre d'aide de personne puisqu'il appartenait réellement au docteur Vexenstein. Bien sûr il pourrait dormir dehors, mais pas indéfiniment. Les nuits tendaient à être glaciales à cette époque de l'année, mais il ne craignait pas le froid puisqu'il ne pouvait ni le sentir ni tomber malade. Le problème venait plutôt de l'humidité nocturne. Que se passerait-il s'il se mettait à pourrir ? Si son cœur rouillait ?
Soupirant, il se réconforta en évoquant le souvenir du sourire d'Axel. Il cueillit un chardon qui poussait là et commença à en arracher les feuilles. Il n'avait jamais cette expression sur le visage de l'épouvantail avant. Se serait-il pu que… ?
Une torpeur soudaine le saisit, familière, et il n'y résista pas. Il s'adossa plus confortablement à la sépulture et s'efforça de se vider l'esprit, laissant venir la vision. Un instant plus tard, le chardon effeuillé se mit à tourner et à se transformer dans sa main.
De verte, la tige devint brune et des petites branches poussèrent. La fleur se mua en une brillante étoile jaune, les ramures se couvrirent d'aiguilles minuscules et de petites lumières colorées, puis cela arrêta de tourner.
L'homonculus admira l'arbre de Noël miniature. C'était une réplique parfaite de celui qu'Axel leur avait montré, avec ses décorations et ses couleurs vives. Un présage en rapport avec Noël ? Mais pourquoi ? Ce n'était pas leur fête, et mis à part la lubie d'Axel elle n'avait rien à voir avec Halloween alors où était l'utilité d'une prémonition qui ne les concernait en rien ?
Il en était là de ses réflexions quand l'arbre se remit à tourner derechef et prit brusquement feu. Roxas était suffisamment habitué à ses visions pour ne pas craindre de se brûler mais il s'écarquilla néanmoins d'horreur. Les flammes lui léchèrent les doigts sans y causer le moindre dégât, jusqu'à ce que le joli rameau soit totalement calciné et réduit à un bout de bois tordu et tout noir.
Roxas le laissa tomber, le cœur battant d'angoisse. Qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ? Il tourna la tête en direction de la Place de la Guillotine. Dominant le reste de la ville, la maison du Roi des Citrouilles se voyait jusque là et il pouvait constater que les fenêtres étaient toujours éclairées.
À cet instant, Roxas commença à craindre qu'Axel ne fasse une bêtise en se passionnant pour cette fête. Quelque chose qui pourrait avoir de lourdes conséquences si on le laissait faire. Le mauvais pressentiment qui pesait sur sa poitrine semblait aller bien au-delà de ce qu'il venait de voir.
Finalement, il se leva et se dirigea vers les grilles qui encerclaient la plaine. Il les longea, observant plusieurs des petits mausolées qui s'y trouvaient, et s'arrêta devant l'un d'eux, en ouvrit les portes et s'y faufila.
Cette tombe-là n'en était pas vraiment une. Elle servait en réalité de passage vers le Cimetière du Chat. C'était un endroit presqu'à l'abandon, et relativement bien caché. Skrik se pendit à une nouvelle branche et le regarda examiner les tombes pendant un moment. Enfin, il trouva ce qu'il cherchait.
Pour des raisons évidentes, peu de sépultures étaient occupées à Halloween, vu que la plupart de ses occupants étaient soit morts, soit mort-vivants, soit pas vraiment vivants ou enfin immortels. Roxas s'introduisit dans un des petits caveaux et examina le cercueil qui s'y trouvait. Il était en bon état et sa garniture à peine moisie. Il se tourna une dernière fois vers les fenêtres éclairées de la maison d'Axel puis, avec un soupir, entra dans le cercueil et tira le couvercle sur lui.
Il craignait que quelque chose n'arrive, et il n'était pas sûr de vouloir en savoir plus…
Merci à Epsylon pour son idée de nom. Le mot « Skrik » signifie "cris" en Norvégien. Bien trouvé.
