Hello !

Merci pour toutes les reviews des gens non-inscrits, et je suis rassurée sur l'emploi du présent. Voilà la suite ! Les choses avancent lentement, mais j'ai eu pitié de vous et je vous ai rajouté un passage à la fin (sinon il se passait pas grand-chose dans ce chapitre quand même ^^) avec quelques réponses...

Bonne lecture


Cassius est confortablement installé dans un fauteuil, et fait semblant d'être absorbé dans son livre de potions. En réalité, il se rongerait les ongles s'il le pouvait, mais il dissimule son anxiété. Thomas n'est pas encore revenu, et il ne peut pas s'en empêcher, il s'inquiète. Si jamais, au détour d'un couloir, une embuscade, un piège... Si les Griffondors...

Pourtant, il sait que c'est idiot, Jedusor n'a besoin de l'inquiétude de personne. Les Lions, même réunis, ne poseraient aucun problème à l'Héritier. Quant aux Vert et Argents, son emprise sur sa maison est aussi complète que possible, mais considérant qu'ils sont à Serpentard, ils ne sont jamais à l'abri d'un traître. Il y en avait eu, des tentatives, au cours des années, et Cassius se rassure en se rappelant la manière toujours douloureuse et parfois sanglante dont elles avaient été réglées. Il a conscience de ressembler à une maman poule un peu tordue. Thomas le tuerait s'il prononçait un jour cette comparaison à voix haute. Celui-ci n'a pas de mère, ni père par ailleurs. Le ton sur lequel il le répète est suffisamment glaçant pour que Cassius ne s'approche jamais du sujet. Mais ça ne l'empêche pas de s'inquiéter pour son camarade, aussi ridicule que ça paraisse. Il faut bien que quelqu'un le fasse. Et même s'ils n'en parleront jamais, Cassius s'imagine parfois que c'est pour cela que Thomas le garde. Il n'est pas particulièrement puissant ou influent, en tant que benjamin de la famille Lestrange, pas non plus utile comme Walburga et Orion Black, mais il a sa forme de loyauté à lui. Il n'y a qu'Orion qui comprenne sa forme de dévotion, alors que les deux autres semblent entièrement imperméables à toute sorte d'émotion. Ni Thomas ni Walburga ne comprennent, mais ils tolèrent, et en soi c'est déjà respectueux de leur part envers Orion et lui.

Le temps passe lentement. Abraxas finit par faire le discours de bienvenue aux premières années en leur expliquant bien qui est le chef, tandis que leur reine manipule sa baguette derrière lui pour faire passer le message. Thomas n'arrive pas. Si ça se trouve, se dit Cassius, c'est le nouveau, Flamel, qui s'est retourné contre lui pour ses amis de Griffondors ? Il n'avait pas l'air comme ça, mais Cassius ne le connait pas, après tout. Ce qui le calme, c'est qu'à ses côtés, Walburga n'a pas l'air de s'en préoccuper, et il a appris à faire confiance à son sixième sens.

Les deux Black jouent aux échecs, où Orion bat sa fiancée, pourtant pas mauvaise, à plate couture. Celle-ci le prend étonnamment bien, et redemande toujours une partie, les yeux brillants et complètement surexcitée. L'infinité des combinaisons avec lesquelles elle perd depuis des années la fascine, et elle n'en a jamais assez. Elle ordonne de voir une combinaison inédite à chaque fois. Orion s'exécute avec grâce et un sourire bienveillant, et s'ingénie à la surprendre à nouveau.

Enfin, des pas approchent de l'autre côté du mur, et les gonds du panneau d'entrée grincent. Le silence se fait dans la salle commune, plus flagrant que n'importe quelle trompette pour marquer le retour de leur Prince.

Walburga se lève pour l'accueillir. Elle ne fait pas plus d'un pas avant de s'arrêter, bouche bée. A l'entrée, un fauteuil rouge miniaturisé entre d'abord en flottant dans les airs, et ensuite, avec un « pouf » sonore, reprend sa taille normale en touchant le sol. A sa suite, un spectacle miraculeux, du moins du point de vue des Serpentards, se dévoile sous leurs yeux. La vue est tellement surprenante que personne ne songe à aider Jedusor.

Celui-ci descend précautionneusement les marches qui mènent à leur salle commune, la tête penchée en avant pour voir par-dessus son fardeau. Il souffle pour écarter les mèches brunes qui lui sont tombées dans les yeux, puisque ses mains sont occupées. Dans ses bras, Harrison Flamel dort profondément. Leurs camarades accuseraient bien Jedusor d'être responsable de son état, si ce n'est la précaution avec laquelle il franchit la porte. Le visage de leur nouveau Serpent est orné d'un léger sourire, tourné dans le creux entre la nuque et l'épaule de son porteur. Il est totalement inconscient des difficultés que rencontre le préfet à le faire passer dans l'embrasure, sans le cogner nulle part. Jedusor se tourne à demi, dans la plus grande concentration, pour faire entrer les pieds d'abord. Puis la tête.

Finalement, il arrive devant eux, et s'arrête un moment. Les Verts et Argents ne savent pas comment réagir. Visiblement, Thomas non plus, se dit Cassius, même s'il ne montre rien. Son visage et redevenu impassible. Pourtant il reste immobile. Il regarde alternativement Flamel dans ses bras et les murs de la salle commune, comme pour confirmer qu'il est bien dans la réalité, dans un endroit familier malgré la bizarrerie qu'il transporte. Ils restent tous là un moment, à attendre que le brun se réveille comme par magie. Peut-être qu'un instinct caché lui dira la position périlleuse dans laquelle il se trouve, à la merci de l'héritier de Serpentard et de ses adeptes ? Ou peut-être que les relents de magie noire qui baignent la pièce le pousseront à ouvrir les yeux ?

Mais non. Flamel dort toujours, le corps entièrement relâché entre les mains de Jedusor, la tête en arrière et la gorge découverte. Sa jugulaire les nargue presque, les mettant au défi de faire quoique ce soit. Leur Maison n'est pas prête à faire face à ce genre soit de confiance aveugle, soit d'audace sans aucune peur. Un Serpentard sans peur, après tout, c'est un Serpentard sans faiblesse, ni point de pression. Cela ne s'est jamais vu.

Walburga le contemple en même temps qu'eux, et murmure d'un air prémonitoire :

« Il aurait certainement été plus simple de le laisser aux Griffondors... »

Jédusor finit par faire quelques pas brusques et dépose l'autre adolescent dans le fauteuil qu'il a apporté avec lui. Le septième année n'ouvre même pas les paupières, sa tête glissant contre le bras du préfet qui se dégage lentement.


Thomas n'arrive pas non plus à croire à l'existence d'une créature aussi étrange. Il ne sait pas quoi faire de ce garçon qui s'est endormi sous ses yeux, sans la moindre hésitation et en pleine confiance. A l'orphelinat, même les chiots n'osaient pas se reposer devant lui alors qu'il n'avait pas encore dix ans. Flamel, lui, s'en fiche. Cela l'énerve autant que ça l'intrigue.

Lorsqu'il avait constaté que le fauteuil ne passerait jamais pas la porte, il avait hésité à le réveiller de force. Il ne sait pas lui-même pourquoi il ne l'a pas fait. Cela dit, il a peut-être bien fait de ne pas essayer. Il n'aurait fait que perdre son temps. Flamel n'a pas bronché, même quand il l'a soulevé un peu maladroitement, ni quand il a commencé à marcher. Il dort comme une pierre, d'un sommeil écrasant qui fait froid dans le dos. Cela le met mal à l'aise. Il y a quelque chose. Thomas sait qu'il dégage lui-même une magie oppressante et tellement, tellement noire. Sa salle commune est à son image. Peu de gens s'y habituent, et personne n'en est jamais assez familier pour s'y abandonner complètement comme vient de le faire Harry. Même Thomas, quand il s'immerge trop dans ses pouvoirs, arrive toujours à un tournant. C'est la ligne où la sensation grisante de la magie noire devient un pouvoir implacable, sans merci ni maître. La frontière entre la magie des vivants, aussi puissants soient-ils, comme lui, et quelque chose d'autre qui l'effraie plus que tout. Au plus profond de sa propre magie, alors qu'il approche du point de non-retour, il sent l'odeur des bombes et des rues éventrées de Londres, et celles des épidémies de l'orphelinat, ou encore de l'eau de la Tamise dans laquelle on repêche les corps des suicidés sur les quais.

Il considère cela comme son défi et sa limite personnelle. Sa propre magie l'angoisse parfois, et c'est sans parler de l'effet qu'elle a sur les autres quand ils sont trop proches, trop longtemps. Mais Flamel, lui, s'enroule autour de ce trou noir pour dormir.

Thomas repense subitement à la couleur verte de ses yeux, et se demande à quel point ces iris reflètent ce que leur propriétaire cache à l'intérieur.


Cassius continue d'observer Thomas, qui reste penché sur Harrison, un air contemplatif et contrarié sur le visage. Autour d'eux, les autres élèves, satisfaits d'avoir pu s'assurer du retour de leur Prince, rangent leurs affaires et montent à leurs dortoirs les uns après les autres. Walburga hoche la tête en direction d'Orion, et couche le roi de celui-ci sur l'échiquier. Le grand brun s'approche du fauteuil rouge, et, de sa voix calme, demande en faisant un geste en direction d'Harrison Flamel :

« Je peux ? »

Jedusor s'arrache à sa contemplation et fait un mouvement sec du menton avant de se détourner complètement et de s'asseoir devant le feu, où Walburga commence son compte rendu des vacances et des nouveaux arrivants.

Orion, lui, attrape délicatement Harrison, et l'emporte tranquillement vers le dortoir des septièmes années. Il croise Malfoy dans les escaliers qui veut lui dire quelque chose. Orion lui intime le silence en découvrant ses dents et Abraxas se détourne, vexé. Il dépose Flamel sur son lit en écartant les couvertures, lui retire sa robe, ses chaussures et sa cravate d'un coup de baguette, et le borde soigneusement. Walburga avait raison, comme toujours. Flamel va compter. Ce gamin fluet, qui n'a vraiment pas l'air d'avoir le même âge que lui, et qu'il pourrait bien briser en deux à mains nues...

Orion soupire, et va se brosser les dents. Dans le dortoir des septièmes années, cette nuit-là, les habitants rêveront tous, sans s'en souvenir le lendemain, d'une couleur verte, sans pouvoir dire s'il s'agissait d'un sort bien connu, d'une paire d'yeux, ou bien d'autre chose entièrement.


Hambourg, quatorze mois auparavant.

La nuit est encore chaude dehors, malgré l'humidité et le frais apporté par la mer. Toutes les fenêtres de leur maison particulière, au nord-est du port, ont été ouvertes. Assis sur le bord d'une fenêtre à l'étage, Harry s'amuse à laisser les voilages agités par la brise lui caresser la figure et le cacher aux autres habitants du lieu. La journée a été particulièrement mauvaise, malgré la météo estivale et la tranquillité habituelle du quartier. L'autre a encore fait des siennes. Il grandit, et Harry a de plus en plus de mal à le dissimuler. Sa mère a encore écrit à Nicolas, pour le tenir au courant... Elle s'inquiète, cela fais des années qu'elle s'inquiète. Les fois d'avant, quand elle atteignait ce stade et que James était incapable de la rassurer davantage, ils déménageaient. Harry aime les déménagements, le désordre qui les suit, la sensation de tout quitter sans savoir où il va repartir. Petit, il avait exigé que ses parents cessent de lui dire où ils allaient ensuite, pour ne le découvrir qu'à l'arrivée. Ils sont déjà restés longtemps à Hambourg. Ses parents aiment cette ville. Lily et James y retourneront sans doute.

Un spasme le fait gémir de douleur, et il étouffe aussitôt le bruit dans sa main. Il inspire profondément, et s'absorbe en lui-même. Les lueurs de lampadaires s'éloignent avec les bruits du voisinage et les odeurs de la mer Baltique. Bientôt la nuit s'assombrit complètement, et il marche vers le fond. Toujours plus profond, il arrive à l'endroit où il a enfermé la Chose. Elle est recouverte par des filaments de sa propre magie, qui brillent comme d'étranges formes en néons dans le noir. Des étincelles s'en échappent, cependant, et ils grillent les un après les autres. La Chose pulse en dessous, et l'une des traces lumineuses explose. Harry sent son corps se recroqueviller à l'extérieur. Sous la parcelle de magie qui vient de céder et d'être absorbée, la faille se dévoile. C'est une fosse sans fin, sans nom, sans issue, qui mène Dieu seul sait où. Mais elle a une sorte de conscience, Harry en est certain. En le voyant arriver, des éclairs verts zèbrent l'espace. Il passe sous les faibles bandages de magie qui tiennent toujours, en pensant distraitement qu'il faudra les remplacer. Il s'arrête, les pieds au bord du précipice, et l'adrénaline l'envahit en contemplant l'étendue offerte à lui. La curiosité le ronge, et l'impatience de voler sans entrave vers des contrées inconnues. Il serait si simple de partir tout de suite. Il avance la main et effleure les contours du passage, des volants déchiquetés et satinés qui flottent dans l'air. Il pourrait presque passer au travers... Mais la densité de son corps et de sa magie est encore trop forte, et une onde de choc le repousse en arrière. Pas tout de suite. Il est brutalement expulsé, rendu à sa place dans la salle à manger, et la Chose est à nouveau calme.

Mais le jour J se rapproche inexorablement, malgré le déni de son père. Il se perd dans ses pensées et bientôt, ce n'est plus le léger rideau choisi par sa mère qu'il sent contre sa peau, ni le bois de la fenêtre qui soutient son dos. Il sent la pierre glaciale d'une arcade entre ses omoplates, et en levant les yeux il peut en voir le sommet, taillé en arc roman dans un grès grossier et funéraire. L'étoffe noire et translucide s'agite sous ses yeux et il voit la réalité de la ville allemande à travers. La lumière verte déchire à nouveau l'atmosphère, et Harry ne sait où la situer. Puis on sonne à la porte, et il se penche par la fenêtre, juste assez pour voir trois silhouettes encapuchonnées sonner à leur porte. L'elfe a ouvert et il est trop tard.