Auteur : Ariani Lee

Bêta-Lecture : Shangreela

Rating : T.

And burn we will, until the day we die

Something's Up

Le lever du soleil sur Halloween trouva Roxas bien éveillé, occupé à faire les cent pas dans le Cimetière du Chat. Agité, il ne cessait de triturer le chardon fané qui l'avait empêché toute la nuit de trouver le sommeil. Les visions n'étaient que des visions et la fleur n'avait changé d'aspect que pendant sa transe, pour revenir à la normale aussitôt qu'il en était sorti. Elle faisait grise mine, d'avoir été cueillie d'abord, et d'avoir été ainsi malmenée.

Il était terriblement anxieux. Il savait faire la différence entre les prémonitions et les rêves et il savait que ce qu'il avait vu était un présage, quelque chose de dangereusement réel. Debout avant le soleil, il avait pu voir dans la pénombre qui précède l'aube que les fenêtres d'Axel étaient toujours éclairées et il l'avait vu passer devant. Il n'avait pas dormi de la nuit, cela l'inquiétait. Bien sûr, l'épouvantail n'avait pas réellement besoin de dormir, mais Roxas trouvait ça alarmant, malgré tout. Le soir du rassemblement, Il lui avait semblé à la fois fébrile et un peu égaré, comme s'il ne parvenait pas lui-même à appréhender l'ampleur des évènements. L'homonculus se reprochait cette pensée, mais il se disait qu'avant, Axel était triste et qu'il s'ennuyait, mais qu'au moins il n'était pas en danger – lui ou les autres. Comment savoir si sa vision ne concernait que le Roi des Citrouilles, que la menace ne pesait pas sur toute la ville ? Quels malheurs cette découverte allait-elle entraîner ?

Excédé, il jeta par terre la fleur flétrie et soupira. Il n'était pas revenu sur sa décision de ne plus retourner au laboratoire, et ne comptait pas le faire. Ça signifiait qu'il allait devoir rester caché là un moment avant de retourner en ville, car le docteur Vexenstein allait le chercher absolument partout, une fois qu'il se serait aperçu de son absence. Ce qui, si ce n'était déjà fait, n'aurait su tarder...

Roxas ne se trompait pas. Un Peu plus tôt, à peu près au même moment où il s'était mis à faire les cent pas tout autour du petit cimetière, son érudit créateur manoeuvrait sa chaise jusqu'à la porte de la réserve qui lui servait de chambre, une lanterne à la main.

- Roxas ? Fit-il de sa voix grinçante, l'air accommodant. Allons-tu peux sortir maintenant. Si tu promets de te comporter...

Le docteur Vexenstein arrêta de parler en entrant dans la pièce. Levant sa lanterne, il regarda autour de lui : le lit était vide et n'avait pas été défait, et du matériel était disposé sur une table, mais il n'y avait personne en vue.

- Roxas ? Appela-t-il, incrédule. Roxas ?!

Puis il vit que la grande grille était ouverte et que la fenêtre béait vers l'extérieur, comme une immense gueule donnant sur le petit matin. Le savant en balança sa lanterne de rage, l'envoyant exploser sur le sol de pierre dans un flamboiement vif et bref, puis elle s'éteignit.

- RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! Hurla-t-il, si fort qu'on l'entendit jusqu'à l'hôtel de ville et que le maire en dégringola de son lit de surprise, avant de s'en aller à quatre pattes récupérer sa perruque qui avait roulé son un meuble. OU EST-IL ?!

Trois jours passèrent. Roxas ne quitta pas un fois le Cimetière du Chat, avec Skrik pour seule compagnie, la nuit, et ses inquiétudes et ses extrapolations le jour. Quand le soir tombait, il regardait en direction de la vie, plissant ses paupières en tissu pour mieux voir, et à chaque fois, il voyait que de la lumière brûlait chez Axel. Il finit par penser que c'était peut-être l'eau de feu qu'il lui avait offerte qui éclaira en permanence ses fenêtres, mais il voyait régulièrement sa silhouette se découper sur la lumière, passant et repassant, faisant les cent pas.

Le soir du deuxième jour, Roxas se demanda s'il était possible que le pensée qu'il n'était pas le seul à ne pas trouver le sommeil et à arpenter toute la surface praticable à sa disposition lui avait déjà traversé l'esprit.

Le soir du troisième jour, il se mit à pleuvoir. Il tomba des trombes d'eau, au point que Roxas s'abrita à l'intérieur du cercueil car la violence de l'averse était telle que les gouttes d'eau l'éclaboussaient en s'écrasant sur le sol du mausolée. Cloîtré dans la boîte, seul toute la nuit, il lui sembla revoir encore et encore le joli arbre miniature qui tournait devant ses yeux, lentement, en étincelant, puis prendre feu et se ratatiner et noicir avant de reprendre son aspect brillant et coloré, et cela recommençait.

Le matin du quatrième jour, l'homonculus sortit du cercueil fermement décidé à se rendre en ville. Il ne pouvait qu'espérer que son créateur aurait renoncé à le retrouver pour le moment, car il fallait absolument qu'il parle avec Axel. Il se doutait que ça n'allait pas être facile, mais il ne trouverait certainement pas de solution en restant terré dans une tombe.

« Pas facile » était un euphémisme, il s'en rendit vite compte. En remontant la rue vers la Place de la Guillotine, il vit que l'endroit était noir de monde, à tel point qu'approcher la maison de l'épouvantail était tout simplement impossible, car ceux qui en étaient les plus proches se pressaient contre les grilles. Apparemment, il n'était pas le seul à s'inquiéter du comportement d'Axel, mais était-ce étonnant ? Il était l'âme et le coeur de la ville et le maire ne faisait rien sans lui demander d'abord son avis. Si Axel disparaissait, Halloween cessait de vivre, comme une fleur privée de soleil...

Il y avait trois jours qu'Axel tournait en rond dans son salon comme un lion en cage, sous le regard fantomatique de Mog dont le panier était la seule chose à ne pas être encombrée de décorations de Noël ou bien couverte – en partie du moins – de débris. Après son retour du laboratoire et la série d'expérience qui s'en était suivie, il n'avait pu admettre l'échec : il ne comprenait pas, et il voulait comprendre. Il y avait tant de choses qui lui échappaient, et ce malgré ses efforts incessants. Le tableau noir était blanc de craie, effacé et recouvert d'équations encore et encore, sans parvenir à trouver une conclusion logique : chaque fois qu'il lui semblait toucher du doigt une ébauche de solution, elle s'évaporait comme un flocon de neige tombant sur des braises.

Et pourtant, il ne pouvait penser à autre chose. Noël lui avait empli le crâne, bourdonnant comme un essaim mouvant d'abeilles furieuses. Tout allait trop vite, il n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce qui lui échappait, et pourtant il devait bien y avoir quelque chose ! C'était comme un souvenir oublié depuis longtemps, enfoui tout au fond de sa mémoire, qu'il parvenait à entrevoir une fraction de seconde avant qu'il ne disparassie à nouveau, plus loin hors de sa portée qu'avant. Des jours et des nuits entières à scruter les objets qu'il avait ramenés, à essayer de trouver la signification cachée dans tout ce bric-à-brac démantelé, pulvérisé, répandu à travers la pièce. Poupées, jouets, breloques et lumières, autant de pièces d'un puzzle dont il ne parvenait pas à deviner le motif et qu'il ne pouvait donc assembler. Le secret était trop bien dissimulé, enfoui et enfermé derrière une porte dont il n'avait pas la clé, et pourtant...

L'énigme avait beau le mettre au supplice, il ne pouvait s'empêcher d'adorer toutes ces choses ! Il était encore plus passionné qu'il ne l'avait été le premier jour. Sa chevelure rouge écarlate était poudrée de poussière blanche, son costume fripé, ses yeux fatigués de ne s'être pas fermé depuis tout ce temps, mais comment aurait-il pu ? Il y avait tant à regard, tant à lire ! Il avait appris par coeur tous les chants et les contes de Noël qu'il avait pu trouver et pouvait les réciter d'une traite sans faire la moindre erreur, il s'y était exercé avec soin, mais ça ne l'avait pas plus avancé que ça... Les livres étaient éparpillés un peu partout sur les meubles et sur le sol, certains encore ouverts et d'autres empilés à la va-vite, dans un désordre très similaire à celui qui régnait dans son crâne. Il avait l'impression que sa tête était trop pleine de mots, des pharses, d'images et d'idées qui ne voulaient pas s'assembler et qu'elle allait finir par éclater sous la pression.

Mais ce matin-là, alors qu'il se sentait parti pour une nouvelle journée à s'arracher les cheveux et à avoir envie de se taper la tête dans les murs pour essayer de caler tout ce qu'il y avait dedans, de l'immobiliser pour pouvoir l'examiner en paix, il se passa quelque chose.

Mog quitta son panier, abandonnant ses précieuses cannes en bonbon – seuls vestiges intacts de ce qu'Axel avait ramené de Noël – et vola jusqu'au bureau de son maître. Enfoui sous tous les napperons que ce dernier avait taillé, les feuilles de houx, les épines de sapins, les morceaux de papier cadeau et un verre de lait de poule, il y avait quelque chose d'oublié. Quelque chose qui comptait, pourtant, mais qu'Axel avait perdu de vue.

C'était un portait de lui dans un petit cadre en bois, il se tenait sur la crète du Mont Spirale, brandissant une citrouille taillée qui arborait le même sourire menaçant que le sien.

- Kupokupo ? Appela-t-il, et le roi des citrouilles se détourna du tableau noir pour le regarder.

- Qu'est-ce qu'il y a, Mog ? Demanda-t-il. Qu'est-ce que c'est ?

Il reçu le cadre et le regarda d'un air perplexe pendant que le petit fantôme voletait près de lui. Puis l'expression de son visage changea, lentement, un immense sourire venant étirer sa bouche.

- Mais oui... murmura-t-il. C'est évident !

Abandonnant là ses équations savantes et tout le reste, il se mit à fouiller frénétiquement les tiroirs de son bureau jusqu'à ce qu'il y trouve une feuille de papier très fin. S'asseyant, il plaqua la feuille contre le portait et se mit à dessiner.

Roxas avait repéré Demyx, perché sur un des murs qui enclosaient la Place de la Guillotine. Il s'y était hissé pour le rejoindre. Le lorialet l'avait salué d'un doux sourire.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Roxas.

- Axel s'est enfermé chez lui depuis la réunion, et plus personne ne l'a vu. Il ne répond pas à la porte et ils sont inquiets.

Il avait dit ça d'un air très détaché, comme si ça ne le concernait pas, mais ce n'était pas étonnant. Demyx ne se sentait jamais concerné par grand chose.

- Il y en a qui se demandent s'il va ressortir un jour, s'il n'est pas...

- Mort ?

L'usage d'un tel mot était étrange. Dans la ville de Halloween, tant de gens étaient morts ! Y compris Axel, d'ailleurs. Pouvait-il encore mourir ? Pour de bon ? Roxas était content d'avoir passé tout ce temps dans le Cimetière du Chat car les habitants, agglutinés sur la place, n'avaient pas pu voir qu'il passait devant ses fenêtres la nuit. Les avant-toits les leur cachaient.

Découragé, Roxas s'accouda à ses genoux et posa son menton dans ses mains, soupirant. Comment allait-il pouvoir parler à Axel s'il restait enfermé chez lui ? Il ne pouvait même pas approcher sa maison ! Peut-être pourrait-il lui envoyer un message grâce à Skrik, mais ce serait...

Soudain, le brouhaha qui s'élevait de la foule fut interrompu par le bruit d'un battant qui s'ouvrait à la volée, suivi d'un hurlement qui fit lever toutes les têtes.

- EURÊKA !

C'était la voix d'Axel. Il était hors de vue pour ceux qui étaient vraiment près de la maison, mais Roxas était Demyx le virent sortir la tête par la fenêtre ouverte.

- Cette année, c'est nous qui allons célébrer Noël !

Sa déclaration résonna un instant dans le silence, puis la foule éclata en vociférations de joie. Demyx n'exprima rien d'autre que son habituelle indifférence mélancolique, et Roxas, lui, se sentit horriblement seul. Au milieu de toute cette liesse, pourquoi fallait-il qu'il soit le seul à avoir cette impression qu'un pavé venait de lui tomber au fond de l'estomac ?

Sa vision allait se réaliser. Il allait falloir qu'il trouve un moyen de l'empêcher. Mais comment ?