Bonjour ! Avec une régularité exemplaire, voilà le nouveau chapitre !
Bonne lecture
Quelque part en Europe, environ un an auparavant.
Au pied de la montagne, la plaine s'étendait à perte de vue, balayée par les vents descendus des montagnes. Les nuages s'amoncelaient toujours au pied des pics, et la région n'était pas connue pour son climat accueillant. Sec, presque brûlé en été, glacial et venteux l'hiver. Un seul village avait poussé là, à l'extrémité orientale de la plaine, appuyé contre le massif montagneux pour avoir de l'eau et être suffisamment abrité pour que les arbres se tiennent droits. Deux chemins partaient de la place du hameau. L'un allait droit à la ville la plus proche, tandis que l'autre serpentait dans l'herbe. Si on s'y avançait sur plusieurs kilomètres, jusqu'à ce que les autres habitations ait disparu de l'horizon, on pouvait, les jours de chance ou de malchance, apercevoir la maison. Le bâtiment de pierre, bas, bien accroché au sol, était la seule irrégularité à la ronde. Il était entouré d'une sorte de rosier aux épines menaçantes, puis d'une clôture, sur laquelle des chouettes et des hiboux se posaient. Une quantité affolante d'oiseaux, qui intriguait le bon peuple du coin. Le propriétaire sortait rarement. C'était un savant, disait-on. Les rares qui étaient entrés chez lui parlaient de livres et d'alambics, partout. De la fumée s'élevait tout le temps.
Nicolas était dans son laboratoire quand la cheminée sonna, et il n'y prêta pas plus d'attention que d'habitude. Le son se réverbéra sur les tubes des alambics, dans les chaudrons de cuivre et les fioles rangées en ligne, jusqu'à ce que la note stridente disparaisse. Andy, l'elfe de la maison, éconduirait l'importun. Il se reconcentra sur son expérience. Il frôlait l'illégalité, il en avait bien conscience. Si ce qu'il faisait n'était pas strictement de la magie noire, la nécromancie avait suffisamment mauvaise réputation pour y être amalgamée. Scientifiquement parlant, la mort était neutre, ni blanche ni noire, englobant l'un comme l'autre sans distinction, et la nécromancie aussi. Mais Nicolas lui-même comprenait pourquoi cette discipline était interdite. Les autorités ne pouvaient pas laisser n'importe qui se plonger dans les manipulations des âmes et enquêter sur l'au-delà. Il avait choisi de prendre le risque. Il pressentait que la solution s'y trouvait. Au fil des années, il avait cherché dans beaucoup d'autres arts magiques, mais à mesure que le temps passait et que l'échéance approchait, il avait commencé à flirter avec des choses de plus en plus sombres et de plus en plus... contestables.
La potion devant lui demande à présent toute son attention. Il dessine rapidement, d'une main exercée, les runes sur la pépite d'or qu'il doit jeter à l'intérieur. Ses lettres, tracées à la cendre de phénix, sont parfaitement calligraphiées. L'arithmancie est une base obligée de l'alchimie, comme les potions.
Il n'entend Andy qui l'appelle qu'en relevant la tête. La potion doit à présent reposer plusieurs heures. Il est sûrement l'heure de manger, ce qui expliquerait l'air agité de son elfe. A quand remonte son dernier repas ? La petite créature a vraiment l'air inquiet. Peut-être qu'il l'apaisera un peu en acceptant de sortir de la maison et d'aller prendre l'air. Marcher jusqu'au village d'à côté, par exemple.
« Maître Flamel, un visiteur dans le salon. L'Auror Kasper a une nouvelle, une terrible nouvelle... »
Andy éclate promptement en sanglot, et Nicolas monte vivement à l'étage. Une heure plus tard, il entre dans la ruine dévastée d'une maison d'Allemagne du nord.
Nicolas crie en découvrant le cadavre de son beau-frère. Leur elfe se trouvait encore dans le vestibule, son corps désarticulé jeté en travers du tapis sans merci. Il avait trouvé James dans le salon. La pièce était dévastée par les traces de combats, les murs noircis par des flammes, les meubles explosés. James avait perdu un bras, ses vêtements avaient été lacérés par un sort quelconque. Pourtant, il n'avait pas l'air d'avoir été torturé. Grindelwald l'avait tué rapidement, juste pour pouvoir passer. Pourquoi ? Que voulait-il atteindre ?
Lily n'est pas aux côtés de son mari, et Nicolas ne sait pas s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise nouvelle. Il avance lentement, et redoute le moment où il découvrira le corps de sa sœur et de son neveu. La maison est silencieuse, les mouettes du port s'entendent juste à l'extérieur. Le drame a eu lieu il y a déjà deux semaines, mais la scène de crime a été préservée par un sortilège jusqu'à ce que l'alchimiste arrive pour identifier les corps. Les Aurors allemands sont débordés, et ont mis du temps à le prévenir. La famille Potter n'était pas d'Hambourg, et le dossier n'est pas une priorité. L'ambassade magique anglaise ne s'est pas impliquée non plus, James n'était qu'une branche secondaire de la lignée Potter, et avait quitté l'Angleterre avec sa famille alors qu'Harry était tout petit.
Les larmes roulent sur ses joues alors qu'il arrive au deuxième étage et trouve Lily. Sa grande sœur repose, le visage entouré par ses longs cheveux roux, de la même couleur que les siens. Sa baguette est encore dans sa main. Elle est tombée sur le pas d'une porte, grande ouverte derrière elle. La porte de la chambre de son fils. Nicolas n'est pas prêt à entrer. C'était la seule famille qui lui restait, à lui, l'alchimiste reclus. Il s'attarde, caresse les cheveux de Lily pour les ordonner un peu en sanglotant bruyamment. L'Auror Kasper le rejoint et lui pose une main sur l'épaule.
« Je suis désolé de vous demander ça, mais vous confirmez qu'il s'agit bien de James et Lily Potter ? »
Nicolas hoche la tête.
« Très bien, je vous remercie. J'ai autre chose à vous demander... Voulez-vous nous accompagner pour informer leur fils de la nouvelle ? Ce serait mieux si de la famille était présente... »
« Informer Harry ? Où est-il ? »
Une immense vague d'espoir le submerge. Harry a survécu ! L'inquiétude revient. Sans doute est-il à l'hôpital, peut-être a-t-il été blessé gravement. Il se relève, il doit le voir. Harrison était tout pour ses parents, et maintenant, il est tout ce qu'il lui reste. L'Auror a l'air peiné.
« Nous supposons qu'il est encore à l'école... Nous n'avons trouvé aucune indication, et nous ne savions pas s'il fallait contacter Durmstrang, Poudlard ou Beaux-bâtons...
Son monde s'écroule à nouveau.
- Harry n'allait pas à l'école. Il vivait ici. »
Kasper écarquille les yeux devant lui. Il n'y a pas de troisième corps, mais qu'est-ce que cela veut dire quand on a affaire à un mage noir ? Un rapide tour de la maison confirme : le garçon n'est nulle part, et il n'y a aucune trace non plus de son oiseau ou de sa baguette. Il s'est évanoui dans la nature. Nicolas jette un regard sur la rue, pourtant calme et ensoleillé. Pourtant, il lui semble d'un coup que le soleil d'été a pris une teinte menaçante. La brise caresse une affiche de propagande, et continue son chemin, discrète et fourbe comme une délation. Ces temps-ci, il ne fait pas bon d'être un inconnu un peu excentrique dans ces contrées. C'est suspect. Que peut faire un jeune homme, orphelin, à l'accent anglais, au milieu d'un pays appauvri par la guerre, rationné et partagé entre les nazis et les serviteurs de Grindelwald ? Et cela, c'est le meilleur des cas. Et s'il avait une crise ? Les possibilités sont bien trop nombreuses, autant que les raisons d'arrêter un jeune homme seul, orphelin, à l'accent anglais et sans papiers d'identité, de mère inconnue, dans le Reich de 1941. Les espions de Grindelwald sont partout. Harrison est peut-être en ce moment entre les mains du Seigneur des ténèbres, qui va sans doute l'envoyer sous peu rejoindre ses parents. On dit qu'on entend les cris de la tour de Nurmengard à trois kilomètres à la ronde. Ou bien même entre celles des moldus, et d'après les rumeurs, c'est peut-être encore pire.
Poudlard, 7 septembre 1942.
Thomas dort peu, et cette nuit-là n'est pas une exception. Il déteste perdre du temps, il déteste le sommeil en lui-même, et la nature qui fait bien les choses lui a donné un organisme qui vit très bien avec quatre heures de repos par nuit. Ces trois choses s'accordent au mieux. A présent, à quatre heures du matin, il ouvre ses paupières sur la vision de son dortoir habituel. Il est rentré chez lui. Le bruit fantôme des bombes ne l'a pas accompagné jusqu'ici. Les bombardements de Londres sont terminés depuis deux ans déjà, mais dès qu'il retourne à l'orphelinat, il ne peut pas s'empêcher d'entendre l'alarme générale résonner entre les murs de sa misérable chambre. Le silence de Poudlard le calme. Malgré tout, il ne peut s'empêcher de tendre l'oreille. C'est la faute de Flamel. Comment connait-il le nom d'un quartier moldu ? C'est un cousin de Potter, même s'il était un sang-mêlé, il n'aurait jamais vécu dans une partie aussi pauvre de Londres. En plus, on dit qu'il a passé sa vie à l'étranger. Un sympathisant moldu, sans doute, parti s'encanailler quelques soirs dans les bars avec les filles des docks. Cela ne l'étonnerait pas. Lui et son oncle n'ont pas l'air d'avoir beaucoup de points communs, se dit-il en repensant à la réputation d'ermite du savant.
Tom se lève sans bruit, et marche vers la salle de bain en attrapant ses vêtements au passage. Ses camarades de dortoir dorment comme des loirs. Il confirme en jetant un coup d'œil à Cassius. Comme d'habitude, le garçon a tiré trois des rideaux de son baldaquin, mais il a toujours laissé le quatrième, face au lit de Tom, grand ouvert. Lui-même préfère ne pas se pencher sur la question.
Quelques minutes plus tard, il sent l'épais tapis de sa salle commune sous ses pieds. En chaussettes, il marche jusqu'à l'angle entre la cheminée et la fenêtre, et attire à lui son fauteuil favori. Il s'installe, et son regard s'arrête sur le siège rouge, rapporté de chez les Griffondors il y a plusieurs jours. Il n'a pas eu l'occasion de parler à Flamel depuis, débordé par le retour à Poudlard, des élèves à saluer, des professeurs à flatter, et de nouveaux livres. Il a trouvé une nouvelle piste pour identifier le nom de ses ancêtres. Tom se dit qu'il ne cherche rien à propos de ses parents, et que ses recherches généalogiques n'ont qu'un but : en découvrir davantage sur la chambre des secrets. Prouver qu'il est l'héritier de Serpentard lui assurerait une légitimité et un pouvoir plus permanent que les vagues rumeurs qu'il a jusqu'à maintenant. Il ne ment pas tout à fait mais il réussit à se convaincre lui-même qu'il ne veut rien savoir de ceux qui l'ont abandonné.
Le cinquième année regarde sa montre, un cadeau de Walburga. Il se perd dans la contemplation du mécanisme argenté, d'origine gobeline, et qui se remonte par magie. Il a trois heures devant lui avant le petit déjeuner. Il envoie une demande pour une tasse d'Earl Grey aux cuisines, et son thé arrive dans l'instant. La vapeur blanche s'élève de la porcelaine, et l'odeur se diffuse dans la pièce, éclairée par des lampes. Le lac est d'un noir d'encre par la fenêtre. La salle commune est entièrement à lui. Il sait que Serpentard est son domaine à toute heure de la journée, mais la sensation de propriété est différente au petit matin, alors qu'il est le seul debout. Il s'absorbe dans son livre, un journal de voyage d'un noble du XVIIème siècle, empoisonneur de profession et qui clamait avoir vu un basilisk.
Un craquement lui fait lever les yeux. Un Harrison Flamel a l'air épuisé descend les escaliers en se cognant aux murs. Son sens de l'équilibre ne s'est visiblement pas réveillé avec lui. Le septième année ne l'a pas encore vu. Il s'effondre dans son fauteuil et fixe les braises qui rougeoient dans la cheminée. Thomas, caché dans l'ombre, ne fait pas un mouvement. Il l'observe avec curiosité, tandis que Flamel remonte ses genoux contre lui et les serrent de ses bras. Il inspire et expire lentement, et lentement, son corps se déroule à nouveau. Des cauchemars ? C'est la solution la plus simple, se dit Tom. Personne ne sait encore d'où vient Flamel, mais selon ce qu'il a entendu, il ne porte ce nom que depuis son arrivée en Angleterre avec son oncle. On dit qu'ils ont fuient Grindelwald, ce qui ne laisse présager rien de bon pour les parents. Harrison Flamel a l'air trop heureux pour un orphelin, mais qui sait ce qu'il cache ?
« Déjà debout ? »
La voix de Tom se coule autour des meubles, velouté et infusé de magie. Le brun se fige, mais se détend presque instantanément.
« Ah, c'est toi.
Un sourire fatigué mais heureux défroisse un peu ses traits, et Tom ne sait quoi penser. L'autre se rappelle de son nom, au moins, mais il n'a pas l'air inquiet pour deux mornilles. Il s'étire félinement devant lui, les yeux à demi fermés.
- Je peux te prendre du thé ?
Jedusor acquiesce silencieusement en direction de la théière et agite négligemment la main. Le coussin le plus proche se change en tasse et se place aussitôt sous le filet de thé et se met à déverser la théière, avant de flotter vers Harry. Celui-ci le contemple avec un air ravi, qui le rajeunit énormément. C'est différent du respect de ses camarades envers son pouvoir. Thomas peut le dire tout de suite, ce nouvel élève qui s'émerveille de tout et ne prend rien au sérieux, en réalité, adore la magie. Il se surprend à lui faire un sourire qui n'était pas seulement manipulateur.
Harrison sirote son thé en l'observant sans pudeur, enfoncé dans son fauteuil rouge. Thomas retourne à son livre, mais il sent ces prunelles vertes le parcourir de la tête aux pieds. Ce sont ses heures de travail, après tout, et c'est bien parce que Flamel est nouveau qu'il ne l'a pas renvoyé dans sa tour.
« Tu n'es pas né-moldu ?
La question est osée parce qu'elle l'interrompt, et plus osée encore parce que dans cette partie du château, beaucoup l'utiliseraient comme une insulte. La température tombe dans la pièce et les ombres derrière Thomas s'allongent. La seule chose qui sauve Flamel, c'est son association avec les Griffondors. Le cinquième année lève lentement le menton et roule onctueusement ses r sur sa langue :
- Pourquoi, Harry ?
Un air appréciateur traverse le visage de l'impudent.
- Un roi de Serpentard qui n'est pas connu comme un Sang-pur... C'est assez fascinant, non ?
- Je suis heureux que tu trouves de quoi te distraire à Poudlard, alors.
- Ne sois pas modeste, Jedusor, je sais ce que j'ai dit : fascinant, pas juste distrayant. Je me demande comment tu as fait... j'aurais aimé être là, ça a dû être quelque chose de spectaculaire.
Harry s'est encore perdu dans ses pensées, il regarde juste au travers de Tom. Celui-ci a toujours aimé la flatterie, et il ne peut s'empêcher de s'adoucir un peu. Il décide de récompenser le compliment et de lui accorder sa réponse. Il regarde Flamel de près, attendant sa réaction, et murmure...
- Comment j'ai obtenu le pouvoir, n'est-ce pas... Sssi tu ssssavais, Harrissson.
Face à lui, Harry s'immobilise une seconde. Thomas connait pertinemment le frisson produit par le Fourchelangue, et contrôle son sourire. Il se demande brièvement si le désir ferait une bonne arme contre cet intrus, puis chasse l'idée. Flamel est loin d'être repoussant, mais pour l'instant ce n'est pas nécessaire. Il ne s'attend pas à ce que le septième année, encore une fois, lui coupe l'herbe sous le pied.
- Ah, un Gaunt, n'est-ce pas ? Tout s'explique !"
Thomas a envie de l'étrangler. L'étincelle joyeuse dans les yeux verts l'informe que leur chaotique propriétaire l'a fait exprès.
Et voilà un peu plus d'info sur le passé d'Harry. A peine ^^. (Et oui, Aventurine-san, Grindelwald est certainement une menace... Merci pour la review !)
