Ils avaient quitté la salle de réception depuis cinq bonnes minutes et marchaient dans le jardin qui l'entourait. L'endroit rappelait Poudlard à Lily. Il ressemblait un peu au parc sans le lac, et la sensation de calme alors que tous les convives étaient encore en train de manger la rendait un peu nostalgique de tout ce qu'ils avaient eu et qu'ils n'avaient plus.

« Tu es vraiment certain que tu veux rester ici jusqu'à trois heures du matin ? demanda t-elle à James qui marchait à côté d'elle, les yeux rivés sur les arbres droit devant eux. »

Il tourna la tête vers elle juste pour lui lancer un sourire, et il acquiesça lentement tout en continuant à se promener à côté d'elle. Une fois ou deux, leurs mains se frôlèrent, rappelant à Lily la drôle d'histoire que James avait racontée à Vernon concernant leur rencontre, puis, il rangeait les siennes dans ses poches. Elle l'avait même vu rougir un peu, ce qui l'avait profondément étonnée.

« Je ne suis même pas sûr que tu me parleras encore une fois rentrés à la maison, je préfère en profiter maintenant, déclara t-il après s'être légèrement raclé la gorge. »

Elle replaça une mèche de ses cheveux roux derrière son oreille et lui jeta un regard interrogateur. L'expression de son visage avait changée. Il était beaucoup moins amusé et beaucoup plus sérieux, presque anxieux, et c'était étrange de le voir comme cela.

« Je sais pourquoi tu es distante, reprit-il alors que Lily sentait ses joues s'enflammer. Je ne sais juste pas pourquoi tu ne me le reproches pas directement. Tu n'as pourtant jamais hésité, avant. »

Elle retint un juron et se mordit légèrement la lèvre, les yeux rivés sur le sol. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait dire ou si elle devait même lui répondre. Il n'avait pas l'air d'attendre quoi que ce soit, il ne la regardait même pas. Il semblait tout simplement aussi gêné qu'elle. Il ne l'était pas, d'habitude. Jamais.

« Je pense que tu as changé d'avis sur moi... »

Il avait raison. Elle avait changé d'avis. Elle avait changé d'avis des dizaines et des dizaines de fois. La dernière en date étant ce midi là. Il n'était jamais là où elle l'attendait, imprévisible. Là encore, il la surprenait par sa franchise. Elle n'aurait pas dû en être étonnée, elle savait qu'il ne passait pas par quatre chemins quand il avait une idée en tête, mais le simple fait qu'il aborde leur relation montrait qu'il était tout simplement plus courageux qu'elle.

« ...Mais ces derniers temps, j'ai cru que tu allais venir ici avec Rémus, poursuivit-il.
- Rémus ne me l'a pas proposé, lui fit-elle remarquer en évitant soigneusement de lever les yeux.
- Et s'il l'avait fait ? »

Il s'était arrêté au milieu du petit chemin en terre et elle avait fait de même, se retrouvant devant lui, à lisser sa robe pour se donner une contenance pendant qu'elle sentait son regard sombre glisser sur elle, lui faisant perdre pied.

« Il ne l'a pas fait, répéta t-elle sur un ton plus dur, soucieuse de mettre une barrière entre eux.
- Lily, soupira t-il en lâchant un rire ironique et en passant sa main dans ses cheveux, détournant les yeux juste un instant avant de les reposer sur elle. Tu n'as pas besoin de faire semblant de me détester juste parce que tu en avais pris l'habitude. »

Cette fois, il y avait une étincelle de malice dans ses yeux, et elle se sentit presque incapable de retenir le sourire amusé qui commençait à s'étaler sur son propre visage.

« Je n'ai aucune idée de ce dont tu parles, Potter, mentit-elle avec une audace qui fit éclater de rire le jeune homme. »

Elle se remit à marcher, et il s'empressa de la suivre. Il était beaucoup plus près d'elle que la dernière fois, mais c'était comme s'il ne s'en rendait même pas compte. James Potter avait compris beaucoup de choses, mais elle doutait qu'il ait saisi l'essentiel. Elle n'était même pas sûre elle même de l'avoir fait.

« Je me pose une question...
- Hmmm ?
- Est-ce que tu m'apprécies plus ou moins que Rémus ? la questionna t-il avec un demi-sourire.
- C'est quel genre de question, ça ?! s'exclama t-elle en lui jetant un regard indigné.
- J'imagine que ça veut dire que je n'aurai pas de réponse.
- Bien sûr que non ! »

Même si elle avait voulu lui en donner une, elle n'aurait pas su quoi lui dire. Ils étaient tellement différents... leurs relations n'avaient rien à voir l'une avec l'autre.

« Bon. Je vais essayer d'obtenir une réponse moi-même dans ce cas là, déclara t-il.
- Comment est-ce que tu comptes faire ça ? l'interrogea t-elle après avoir laissé échapper un rire, curieuse.
- Je vais improviser, répondit-il après avoir haussé les épaules, la faisant sourire encore un peu plus. »

Cette réponse ne l'étonna pas, pour une fois, et lui rappela leurs rondes à Poudlard, quand il lui confiait qu'il n'avait pas du tout travaillé pour les devoirs du lendemain, et qu'elle lui demandait comment il allait s'en sortir. C'était à peu près les seules conversations courtoises qu'ils tenaient à cette époque là.

Elle fronça les sourcils quand elle le vit balayer rapidement le parc des yeux, aux aguets, avant de soupirer simplement et de continuer à marcher à côté d'elle sans rien dire.

« Personne ne va nous trouver ici, lui assura Lily.
- Je préfère rester méfiant. Surtout si tu n'as pas ta baguette sur toi.
- J'ai ma baguette, réfuta t-elle.
- Tu as ta baguette ? Répéta t-il, perplexe, en la regardant rapidement de haut en bas, lui faisant prendre conscience que ce n'était pas forcément évident à deviner. »

Elle portait une robe en dentelle rose pâle qui la moulait au niveau de la taille et descendait juste au dessus de ses genoux, et elle n'avait pas le moindre sac avec elle.

« Je l'ai toujours avec moi, lui confia t-elle.
- Je ne sais pas si je vais oser demander où elle se trouve... »

Elle se mit à rire tout en roulant les yeux, tapota un peu sa cuisse par dessus sa robe, et il la dévisagea, incrédule, avant de la rejoindre dans son hilarité.

« Merlin, j'espère presque que des mangemorts vont se ramener.
- Ne dis pas ça ! Le sermonna t-elle gentiment en lui donnant une petite tape sur l'épaule.
- Ils tomberaient tous raides à tes pieds sans que tu n'aies besoin de lancer le moindre sort.
- Ce serait la pire chose au monde, marmonna t-elle en rougissant légèrement.
- Pourquoi ? S'étonna t-il.
- Parce que je préférerais pouvoir les attaquer. »

Il la fixa quelques secondes, puis il l'attrapa un peu soudainement par la taille, et la rapprocha considérablement de lui avant de reprendre la parole.

« Tu es une vraie Potter. »

Un peu déboussolée, elle ne comprit ce qu'il voulait dire que lorsqu'il attrapa sa main et lui agita devant les yeux l'annulaire auquel elle portait sa bague.

« Oh, excuse-moi, c'est si soudain, j'ai encore du mal à me faire au nom, plaisanta t-elle.
- Tu t'y feras, crois-moi. »

Il avait prononcé la phrase en souriant très faiblement, mais il l'avait regardée d'une telle façon qu'elle s'était pris les pieds dans une motte de terre, avait trébuché, et avait failli s'étaler sur le sol juste devant lui. Fort heureusement, elle était parvenue à retrouver son équilibre et l'avait poussé quand il s'était délibérément moqué d'elle.

Ils s'arrêtèrent sur un banc après avoir fait le tour de la salle, et ils y restèrent une bonne partie de l'après-midi, discutant de tout et de rien et appréciant la présence de l'un et de l'autre comme ils ne l'avaient jamais fait jusqu'à présent. Lily se rendit compte, à ce moment là, que toute cette journée ressemblait étrangement à un rendez-vous.

« On devrait retourner à l'intérieur. »

Il acquiesça, se leva du banc, et quelques secondes plus tard, ils se retrouvèrent de nouveau en face de la tante Margaret qui dormait encore et était complètement avachie au fond de sa chaise. Lily vit James retenir un rire et elle garda les yeux rivés sur lui un moment. Il était vraiment beau, et elle n'en pouvait plus.

Elle s'était découvert des espèces de pulsions, comme l'envie de lui prendre la main, ou de toucher ses cheveux, ou d'effleurer son bras quand il retira sa veste et roula les manches de sa chemise sur ses coudes, et elle n'arrivait pas vraiment à se contenir. C'était comme si tous ses gestes n'avaient qu'un seul but : la charmer, et Merlin, c'était un succès, mais elle doutait qu'il le réalise.

« Potter ! Appela Vernon.
- Oui ? Avaient-ils répondu en choeur en se retournant simultanément vers le jeune marié. »

Elle ne comprit ce qu'il venait de se passer que quand les yeux de James se braquèrent sur elle, noirs, intenses, et elle n'écouta pas un mot qui sortit de la bouche de Vernon lorsqu'il s'arrêta devant eux pour dire quelque chose à James. Elle le suspecta de ne pas y prêter attention non plus.

Si elle avait pu disparaître sur le champ, elle l'aurait fait. Sa température corporelle avait grimpée en flèche et elle s'était empressée d'attraper son verre de vin qu'elle avala cul sec. Simultanément, James avait lâché un léger rire avant d'exploser totalement, laissant Vernon seul devant lui dans l'incompréhension la plus totale pendant que Lily était mortifiée.

« J'ai besoin d'hommes pour m'aider à porter une table !
- Vous devriez la... La faire... La faire léviter, articula James entre deux rires.
- Quoi ?! S'exclama Dursley, le visage pourpre et la moustache frétillante pendant que Lily ne savait plus si elle devait être plus horrifiée par sa propre gaffe ou par celle de James.
- Je disais... Vous n'avez qu'à... Qu'à la faire lévi... OUCH. »

James fut coupé dans sa phrase par un violent coup de pied donné sous la table, et il s'apprêta à demander à Lily ce qu'il lui prenait mais elle eut l'impression que son regard fixe et réprobateur fit son effet puisqu'il referma aussitôt la bouche, semblant prendre conscience de sa bévue.

« J'arrive tout de suite, dit-il alors à Vernon, cessant immédiatement de rire. »

Le gros bonhomme tourna les talons. Il n'avait plus du tout l'air d'avoir envie que James ne l'aide à quoi que ce soit, et Pétunia, à quelques mètres de là, ne cessait de jeter des regards mauvais dans leur direction. Lily la vit littéralement changer de couleur quand Vernon s'approcha pour lui glisser quelque chose à l'oreille, et elle eut l'impression qu'elle allait soit tomber dans les vapes, soit briser sa coupe de champagne sur son crâne ou celui de James.

« Tu t'y es faite beaucoup plus vite que je ne le pensais, lui chuchota le maraudeur avant de lui adresser un clin d'oeil et de se lever de sa chaise. »

Il ne lui laissa même pas le temps de rétorquer quoi que ce soit, et elle se retrouva seule à sa table, embarrassée comme jamais. Elle enfouit sa tête dans ses mains et n'émergea que quand elle sentit quelqu'un lui tapoter l'épaule. Sa sœur était devant elle, les bras croisés contre sa poitrine, et elle n'avait pas l'air très conciliante.

« Si toi et ton ami cherchez à gâcher mon mariage, tu devrais me le dire maintenant.
- Pétunia, je te jure que James ne l'a pas fait exprès. Il n'a pas l'habitude d'être avec des mold... Des gens qui sont comme nous et...
- Comme nous ? Laissa t-elle échapper avec fureur. Tu n'es pas comme nous. N'adressez la parole à personne. Personne, la coupa t-elle avant de lui tourner le dos une nouvelle fois. »

Lily n'avait pas l'impression que sa sœur ait écouté un seul mot qui fut sorti de sa bouche, mais elle avait été très claire et elle lui avait fait ressentir la même chose que quand elles vivaient sous le même toit, chez leurs parents : l'horrible sensation d'être mise à l'écart.

Elle jeta un coup d'oeil vers l'endroit où James, Vernon, et deux autres hommes se tenaient, et elle se rendit compte à l'expression totalement neutre de son ancien camarade de classe qu'il n'écoutait absolument pas ce qu'on lui disait et qu'il avait juste envie d'en finir une bonne fois pour toutes. Elle connaissait cette expression pour l'avoir vue lors de leurs réunions de préfets, en septième année.

Regardant les trois autres se disputer sur l'endroit où ils devraient poser la table, il passa sa main dans ses cheveux et Lily lâcha un pathétique soupir avant de se gifler mentalement. Elle ne voulait pas que ses yeux traînent sur lui comme ils le faisaient, mais il était vraiment divin et elle était accro à son physique depuis bien trop longtemps pour pouvoir y remédier. C'était encore maîtrisable quand il ne se montrait à elle que sous son mauvais jour, mais à cet instant précis, Lily était bien loin de le détester.

Elle n'avait jamais pensé qu'il était mignon jusque là, mais alors qu'elle le voyait véritablement ennuyé par la conversation dans laquelle il avait été pris, elle se surprit à être attendrie par la façon qu'il avait de rester calme, même quand elle était sûre qu'elle aurait déjà envoyé paître Vernon si elle avait été à sa place. Il faisait cela pour elle. Elle en était bien consciente, et c'était probablement ce qui la surprenait le plus.

Il avait tendance, ces derniers temps, à ramollir son cerveau. La cohabitation n'était pas toujours simple, mais il avait des gestes, des mots vers elle qui faisaient toujours leur petit effet. Ce n'était pas grand chose. Il avait probablement le même comportement avec toutes les filles, mais elle avait tendance à espérer que ce n'était pas le cas, et c'était dans ces moments là qu'elle se demandait ce qu'il lui arrivait. Ses pensées envers James Potter devenaient bien ambiguës pour être innocentes...

« Qu'est-ce qu'une si jolie jeune femme comme vous fait, toute seule à sa table ? »

Elle leva les yeux vers un homme qui devait avoir une dizaine d'années de plus qu'elle, ébahie par l'audace qu'il avait eue d'utiliser une phrase d'accroche digne des plus mauvaises comédies romantiques. Avant même qu'elle n'ait le temps de lui répondre, il s'assit sur la chaise qu'occupait James quelques minutes plus tôt.

« Je ne suis pas seule. Ma tante Margaret est là, dit-elle en faisant un signe de tête vers l'autre côté de la table.
- Oh, vous êtes donc Lily ? Pétunia a parlé de vous à Marge... Je dois dire que je ne vous voyais pas du tout comme cela... »

Marge était la sœur de Vernon, et elle était tout aussi horrible que son frère, dans tous les sens du terme. C'était à peu près tout ce que Lily savait sur la famille du mari de sa sœur.

« William Courtepatt, enchanté, se présenta l'homme en lui tendant la main. »

Elle tendit la sienne aussi et fut décontenancée quand il la prit et déposa un baiser dessus. Elle retint une grimace, se racla légèrement la gorge, et se repositionna sur sa chaise, un peu mal à l'aise. Son regard beaucoup trop insistant était rivé sur ses cuisses et la gênait. Elle eut soudainement une brillante idée, et elle laissa sa main reposer sur ses jambes, espérant qu'il saisirait rapidement le message en voyant l'alliance à son annulaire.

« Le jeune homme qui se fait passer pour votre fiancé s'est évaporé dans la nature ? lui demanda t-il en lui lançant un sourire qui indiqua clairement à Lily qu'il avait compris son manège.
- De quoi parlez-vous ? Tenta t-elle tout de même.
- Je sais, de Marge, que vous étiez supposée être à la table des gens seuls et que vous avez envoyé une lettre pour demander à votre sœur de vous changer de place, expliqua t-il.
- Je ne vois pas en quoi...
- Vous n'aviez pas votre alliance en arrivant. Je vous ai remarquée dès que vous êtes entrée ici, la coupa t-il, la laissant muette quelques secondes.
- Vous ne saviez même pas qui j'étais il y a encore cinq minutes, réfuta t-elle.
- Non, en effet, mais ça ne m'a pas empêché de vous regarder. Et maintenant que je sais, je fais le lien. »

Il la scrutait avec attention et Lily ne savait pas vraiment comment le faire déguerpir sans créer de scène. Il était assez insistant, et plutôt intelligent d'après ce qu'il lui avait démontré jusque là, mais c'était sacrément paradoxal qu'il ne comprenne pas qu'elle n'avait qu'une envie : qu'il la laisse.

« Et juste parce que je ne portais pas mon alliance tout à l'heure, vous en déduisez que je suis venue ici avec quelqu'un qui n'est pas vraiment mon fiancé ? Reprit-elle.
- Ce n'est pas l'unique raison, commença t-il avant de faire une pause. »

Il jeta un coup d'oeil derrière son épaule et elle suivit son regard jusqu'à une autre table, plus loin, à laquelle une jeune femme ronde était assise, une tasse de thé à la main. Elle était blonde et semblait un peu à l'étroit dans sa robe rouge. Un gros bouledogue ronflait à ses pieds. Lily se serait précipitée pour aller le caresser si sa maîtresse ne lui lançait pas un regard aussi assassin qu'elle le faisait. Marjorie Dursley semblait foncièrement jalouse, et l'ancienne gryffondor devina rapidement qu'elle s'était entichée de Courtepatt.

« Il ne vous regarde pas comme Marge me regarde, ajouta t-il, bien conscient que la sœur de Vernon en pinçait pour lui. »

Lily songea que c'était une véritable bénédiction que James ne lui accorde pas ce genre de regard, car elle n'en aurait voulu pour rien au monde. Ce n'était pas de l'affection. C'était tout, sauf de l'affection.

« Et puis... Pétunia a dit à Marge qu'elle était certaine que vous n'aviez personne dans votre vie, et que vous mentiez.
- Pétunia ne sait plus rien de ma vie depuis bien longtemps, le contra Lily.
- Il paraît pourtant que vous lui écrivez régulièrement, et que jamais le nom d'un garçon n'est sorti avant qu'elle ne vous invite à son mariage.
- Il n'y a pas de loi qui m'oblige à parler de ma vie amoureuse avec ma sœur, à ma connaissance.
- Lily... Enfin... Soyons sérieux, je vous regarde depuis que vous êtes arrivée, et il ne vous a presque pas touchée. »

Cette fois, le rouge lui monta aux joues. Pas parce qu'elle était embarrassée, mais parce que ce William Courtepatt, qui qu'il soit, commençait sérieusement à lui taper sur le système. Elle regretta presque que la bonne éducation que Fleamont et Euphémia avaient inculqué à leur fils ait empêché James d'avoir les mains baladeuses. Merlin, si cela avait été le cas, elle aurait passé la majeure partie de leur adolescence à le gifler, mais à cet instant là, elle le maudissait juste de ne pas avoir flirté avec elle.

Elle le chercha des yeux et le trouva, toujours avec Vernon. Ils avaient enfin déplacé la table vers le fond de la salle, mais pour une raison ou une autre, ils semblaient toujours être en train de chercher une place où la mettre. La main droite de James était figée dans ses cheveux, la gauche était dans sa poche, et quand elle le vit prendre une profonde inspiration, elle sut que si cela n'avait tenu qu'à lui, cette table aurait déjà pris feu depuis un moment, réglant définitivement le problème.

« Vous semblez obsédé par ma vie privée, n'avez-vous rien de plus intéressant à faire ? Demanda t-elle finalement à Courtepatt sur un ton froid.
- Vous me paraissez être la personne la plus intéressante ici, répondit-il aussitôt.
- Vous me surestimez clairement.
- Je ne pense pas.
- Je suis désolée, je viens de me souvenir que j'ai oublié ma veste dans la voiture et c'est mon fiancé qui a les clés, mentit-elle en se levant rapidement, avide d'en finir avec son interlocuteur.
- Votre fiancé... Souffla t-il en secouant la tête et en lui adressant une moue moqueuse. Vous n'en démordez pas, n'est-ce pas ? »

Elle ne répondit rien mais traversa la salle à grandes enjambées jusqu'à se retrouver devant James qui lui lança un regard interrogateur. Les autres hommes qui l'entouraient un peu plus tôt avaient repris la table avec eux et semblaient l'emmener à l'endroit même où elle était avant qu'ils ne la déplacent pendant que Vernon leur vociférait de se dépêcher.

« Je suis à deux doigts de me lancer un avada, lâcha t-elle à James en poussant un soupir profondément irrité.
- Bienvenue au club. Ça fait un quart d'heure que je suis planté là, à les écouter se disputer à propos d'une table. Ce type là m'a même hurlé dessus parce que j'ai émis l'hypothèse qu'on pourrait peut-être simplement la laisser où elle était et profiter de la fête, répondit-il en jetant un regard en biais vers un vieux monsieur qui ressemblait beaucoup à Vernon, assez pour être son père.
- Je suis tellement désolée, admit-elle avec sincérité pendant qu'il haussait les épaules. Tu vois ce type, là bas, à l'allure militaire ?
- Celui qui nous regarde ?
- Oui. Il a passé les dix dernières minutes à... Je ne sais pas trop... Vouloir m'énerver... Ou à me draguer. »

James haussa les sourcils, puis il braqua son regard sur William Courtepatt, à plusieurs dizaines de mètres d'eux, et Lily songea qu'il n'aurait pas pu être plus insolent s'il lui avait adressé la parole.

« Comment est-ce qu'il s'en est sorti ? la questionna James en croisant les bras, reportant son regard sur elle.
- Une minute de plus, et la trace de mes doigts était incrustée sur sa joue.
- Si mal que ça ? s'étonna t-il en poussant un rire sonore. »

Il s'était détendu immédiatement et l'une de ses mains avaient plongé dans ses cheveux. Lily, elle, avait acquiescé et détourné le regard, toujours profondément agacée par Courtepatt.

« Tu ne lui as pas dit que ton fiancé risquait de lui refaire le portrait s'il continuait ? S'enquit-il avec un sourire taquin.
- Il ne croit pas une seule seconde que nous sommes ensemble. Je me suis échappée en inventant une excuse bidon, je suis sûre qu'il reviendra à la charge au moment même où je retournerai m'asseoir. »

James se gratta légèrement l'arrière de la tête, ses yeux dévièrent une nouvelle fois vers Courtepatt qui était retourné à la table de Marge mais qui n'avait cessé de les fixer, et Lily manqua de s'étouffer avec sa propre salive quand le jeune maraudeur reprit la parole.

« On peut peut-être se rendre plus crédibles. »

Elle le dévisagea un instant, peu sûre de ce qu'il voulait dire par là. Elle sentait que quelque chose venait de changer entre eux, mais elle ne savait pas quoi. James était juste différent. Il n'eut qu'à lui adresser un signe de tête suggestif pour qu'elle n'ait plus aucun doute. Ils ne s'étaient pas embrassés pendant la mission, mais il venait d'insinuer qu'elle pouvait le faire, là.

Il n'avait même pas entamé un geste vers elle. Il était resté parfaitement immobile et elle devait avouer qu'elle en était un peu troublée. Il lui avait toujours semblé que James Potter prenait exactement tout ce qu'il voulait quand il le voulait, et elle ne l'avait jamais vu aussi docile. Peut-être était-ce simplement qu'il considérait juste qu'il lui rendrait service. Il n'avait pas tort. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle pourrait finir par faire à Courtepatt s'il revenait lui tourner autour, et elle craignait fortement de devoir le gifler pour que le message soit clair. Or, elle avait promis à sa sœur qu'elle ne causerait pas de scène.

Elle tourna légèrement la tête vers l'homme en question. Marjorie Dursley était inclinée sur lui et semblait essayer d'obtenir son attention mais elle ne l'avait pas du tout. Il adressait à Lily un large sourire narquois qui ne lui plaisait pas du tout. Il semblait tellement sûr de lui... Elle savait déjà qu'elle ne pourrait pas tolérer cela tout le reste de la journée et de la soirée, alors elle se retourna vers James.

Il la fixait avec des yeux ronds, comme s'il attendait de voir ce qu'elle allait décider, et quand elle se hissa sur la pointe des pieds après avoir posé sa main sur sa joue, il se pencha légèrement vers elle, et elle l'embrassa.