« Ah, Evans ! Tu es en vie ! s'exclama Sirius Black. »

Lily venait d'émerger de sa chambre pour aller chercher un verre d'eau dans la cuisine quand elle entendit la voix du jeune maraudeur. Elle ne le vit pas immédiatement, mais en retournant dans le salon et en contournant le canapé, elle s'aperçut qu'il était allongé sur le canapé, la tête sur les genoux de James qui était assis, un journal déplié devant lui. Elle ravala un rire devant ce tableau.

Les pieds de Sirius dépassaient légèrement de l'autre extrémité du sofa, mais il ne s'en souciait guère. Il agitait la télécommande et semblait ne pas comprendre comment elle fonctionnait, appuyant sur tous les boutons à la fois comme s'il pensait qu'il fallait faire une combinaison spéciale pour réussir à allumer la télévision.

« James, est-ce que tu peux dire à ton petit-ami de ne pas s'allonger sur le canapé avec ses chaussures s'il te plaît ?
- Elles ne sont même pas en contact avec ! Protesta Sirius. »

Lily soupira et les lui retira tout de même d'un coup de baguette avant de tenter de lui prendre la télécommande des mains en roulant des yeux, dépitée lorsqu'il commença à la brandir en l'air en faisant un geste circulaire comme s'il s'était agi d'une baguette magique.

« Il faut d'abord allumer le poste, expliqua t-elle en faisant quelques pas jusqu'à l'écran et en appuyant sur le plus gros bouton qui s'y trouvait. Après, tu choisis la chaîne en appuyant là dessus.
- Super ! Comment tu as réussi à faire ça ?! s'exclama t-il en se redressant, voyant les images défiler dans la télé.
- Je viens de te l'expliquer... »

Il ne l'écoutait déjà plus. Il avait bondi juste devant le poste et essayait vainement de tenir une conversation avec les personnages d'un feuilleton romantique, faisant s'esclaffer Lily. James lâcha son journal seulement à ce moment là, le laissant reposer sur ses cuisses, et elle remarqua qu'il lisait quelque chose à propos des Harpies de Holyhead. Elle s'assit à côté de lui, repliant ses genoux contre elle, et arqua un sourcil en entendant Sirius commencer à s'énerver contre un homme à l'allure douteuse qui brandissait un index menaçant vers l'héroïne.

« Tu crois qu'il va finir par se rendre compte que personne ne lui répond ? lui chuchota James en se penchant légèrement vers elle.
- Je n'espère pas, répondit Lily en gloussant. »

Le jeune homme resta assis en tailleur devant la télévision pendant près de dix minutes avant de réaliser que les gens qu'il voyait dans l'écran ne se trouvaient pas à l'intérieur et qu'il était impossible d'interagir avec eux, puis il se retourna vers ses deux amis, hilares.

« Personne n'a jugé bon de m'expliquer que ça fonctionne comme les photos magiques ? les interrogea t-il, un peu bougon.
- Et se priver d'un tel spectacle ? se moqua James. Jamais.
- A quel moment est-ce que tu t'es aperçu qu'ils ne te répondaient pas ? lui demanda Lily en essayant de réprimer son fou rire.
- Quand je lui ai demandé si elle voulait sortir à Pré-au-lard et qu'elle a continué à parler à son ami comme si de rien n'était, répondit-il en pointant du doigt la jeune femme blonde à l'écran. Les femmes ne sont jamais insensibles à mon charme.
- Je suis insensible à ton charme, lui fit-elle remarquer.
- Tu n'es pas une femme, affirma t-il.
- Je suis une femme, réfuta t-elle. Peut-être que ça ne marche pas sur tout le monde, c'est tout.
- C'est impossible.
- Je te dis que si. Tu ne me fais absolument rien. Rien du tout. Ni chaud, ni froid. C'est comme si tu étais un membre de ma famille. Un vieil oncle ou...
- C'est bon ! Merlin, es-tu obligée d'être si blessante ? marmonna t-il en lui tournant le dos. »

Lily remarqua le sourire en coin sur le visage de James alors qu'il échangeait un regard complice avec son meilleur ami, comme s'ils savaient quelque chose qu'elle ne savait pas, et la conversation qu'elle avait eue avec Rémus lui revint aussitôt en tête, la faisant se sentir brutalement mal à l'aise.

« C'est quoi ton type, alors ? la questionna Sirius en se retournant, toujours assis par terre, les yeux brillants de malice.
- Quoi ?
- Si je ne te fais ni chaud, ni froid, c'est quoi ton style ? »

Elle s'efforça de ne pas tourner la tête vers le maraudeur qui était sagement installé sur le canapé à côté d'elle, et elle haussa les épaules.

« Je n'en sais rien.
- Tu n'en sais rien ? Comment c'est possible ?! s'exclama Sirius pendant que James écoutait la conversation sans intervenir.
- Je n'ai pas spécialement de type... Je... C'est juste... Il y a des gens qui m'attirent, et d'autres qui ne m'attirent pas.
- Mais il y a bien des choses qui te plaisent, non ? Tu es sortie avec Gaspard Shingleton, alors j'imagine que tu n'es pas très exigeante, mais tu...
- Gaspard a toujours été populaire, le coupa t-elle après avoir levé les yeux au ciel, ignorant le rire que James avait lâché à la remarque de son meilleur ami.
- Est-ce qu'on parle du même type ?
- Tu exagères, Sirius. Il avait toujours du monde autour de lui, tu es juste jaloux de sa popularité.
- Il avait du monde autour de lui seulement parce qu'on se demandait tous à quel moment ses énormes oreilles allaient lui permettre de s'envoler, rétorqua le jeune homme. »

Il évita habilement un coussin que Lily lança dans sa direction, et frappa dans la main de James, tous les deux hilares.

« Vous êtes des trolls, trancha t-elle avant de quitter la pièce. »

Les poings serrés le long de ses hanches, elle s'arrêta juste devant la porte de sa chambre et resta plantée là pendant une ou deux minutes, l'esprit embrumé. Sirius venait de lui tendre une perche sans même le savoir, et elle ne l'avait pas attrapée. Elle n'avait pas osé, et c'était souvent son problème. Elle n'osait pas. Elle n'osait jamais, et rien ne se passait. Elle n'avait pas de travail, pas de petit-ami, et elle avait même perdu son appartement.

Elle en eut soudainement marre, d'être toujours exactement celle que l'on attendait qu'elle soit, celle qu'elle même s'efforçait à être par crainte d'être déçue, celle qui était trop modeste et qui ne visait pas assez haut... Elle était dépitée que sa vie ne soit pas plus passionnante, et elle réalisa à ce moment là que c'était justement parce qu'elle ne faisait rien pour changer tout cela, alors elle fit demi-tour.

Les deux garçons furent surpris de la voir réapparaître. Sirius n'avait pas bougé, mais il avait la bouche pleine de chocogrenouilles. Elle n'avait jamais pensé que quelqu'un dans ce monde était capable d'en avaler autant d'un seul coup, et elle fut certaine qu'elle devait le fixer d'un air impressionné parce qu'il semblait parfaitement fier de sa prouesse.

James, lui, avait négligemment balancé ses pieds sur la table basse et avait probablement jeté un sort de lévitation sur son journal puisqu'il flottait devant lui. Ses bras étaient repliés derrière sa tête et ses deux mains étaient plongées dans ses cheveux. Quand ses yeux bruns se posèrent sur elle, elle se sentit perdre un peu de courage. Elle souffla un bon coup et essaya de se contenter de sa détermination pour reprendre la parole.

« Tu veux vraiment savoir quel est mon style ? demanda t-elle à Sirius.
- Hmgjf... Fut sa seule réponse alors qu'il essayait tant bien que mal d'engloutir ses confiseries.
- J'aime bien les garçons intelligents, commença t-elle prudemment avant de s'interrompre et de se mordre légèrement la lèvre. »

Elle n'osait plus regarder James, alors elle s'efforça de rester tournée vers Sirius. Sa bouche commençait à être sèche, et elle ne savait plus quoi faire de ses mains moites, mais elle continua.

« … Mais aussi complètement stupides. Tu vois, ce genre de type qui fait des blagues idiotes qui ne font rire que lui et ses copains... »

Sirius sembla avaler ses chocogrenouilles de travers. Il toussa bruyamment et quand il se retrouva à quatre pattes, elle se demanda s'il n'allait pas vomir sur le tapis, mais il lui fit signe de poursuivre. Le journal de James ne lévitait plus du tout. Du coin de l'oeil, elle l'avait vu tomber sur ses cuisses.

« … Chaleureux, mais étonnamment froid parfois... Confiant. Beaucoup trop confiant. Irresponsable. Imprudent, casse-cou, mais... Brave, d'une certaine façon... Et rassurant. Parfois. »

Son cœur battait fort, ses joues devaient être écarlates, et elle ne s'arrêtait que pour reprendre son souffle. James ne disait rien, mais Sirius ouvrit la bouche et elle le coupa aussitôt.

« Yeux foncés. Cheveux noirs. Mal coiffés. Très mal coiffés. Sportif et... Heu... Maraudeur, termina t-elle avant de déglutir, complètement tétanisée. »

Sirius avait fini par venir à bout de ses chocogrenouilles, et à la fin de la tirade de Lily, il avait la bouche à moitié ouverte. Son regard jonglait entre elle et James et il ne semblait pas savoir s'il devait hurler ou éclater de rire. Cependant, il n'eut le temps de faire ni l'un ni l'autre. Lily vit simplement son corps se suspendre en l'air par la cheville, avant qu'il ne passe la porte d'entrée à une allure folle et qu'elle ne se claque brutalement derrière lui.

Surprise, elle se tourna vers James. Il s'était levé et tenait fermement sa baguette dans sa main droite. Ses yeux étaient braqués sur elle comme deux énormes projecteurs mais son visage était inexpressif. Totalement inexpressif. C'était ce qu'elle redoutait.

Elle aurait voulu partir, mais elle en était incapable. Elle était là, devant lui, et ses pieds ne répondaient plus. Merlin, son cerveau ne répondait plus. Elle avait l'impression de ne pas arrêter de cligner des yeux comme une idiote et elle se haïssait de ne plus être en mesure de lui dire un seul mot.

Il ne sembla pas s'en formaliser, il fonça sur elle si rapidement qu'elle eut un mouvement de recul. Cela ne l'arrêta pas le moins du monde, et elle doutait d'ailleurs que quoi que ce soit ne le puisse. Elle sentit sa main sur sa nuque, et l'instant d'après, sa bouche sur la sienne, et puis elle bascula sur le canapé qu'il occupait une seconde plus tôt, et son corps s'écrasa contre le sien, et plus rien n'eut de sens pendant de longues minutes.

Elle profita du court instant pendant lequel il faisait passer son tee-shirt par dessus sa tête pour reprendre sa respiration, se délectant de ses doigts sur elle, et dès qu'elle retrouva ses lèvres, elle passa ses mains sous le sien. Elle ne l'avait jamais touché comme ça et c'était à la fois bizarre et complètement juste, et bon, et jubilatoire, et cela devint rapidement tellement, tellement inapproprié qu'elle ne put s'empêcher de sourire contre sa bouche.

Ses jambes étaient emmêlées aux les siennes mais il s'était redressé légèrement en appuyant une main sur l'accoudoir du canapé, juste à côté de la tête de Lily, et elle avait l'impression que l'autre était partout à la fois, et elle en avait la tête qui tournait. Elle aurait voulu lui dire de retirer ses vêtements mais elle n'avait vraiment pas envie d'arrêter de l'embrasser alors elle abandonna l'idée et laissa ses mains se perdre dans ses cheveux.

Elle entendit à peine les quelques coups frappés à la porte. Tout semblait si lointain... Et James était si proche... Elle n'avait aucune envie que Sirius ne les interrompe maintenant. Elle pensait qu'il avait saisi qu'il fallait les laisser quand James l'avait fait valser hors de Godric's Hollow, et il n'était pas si persistant d'habitude...

Elle laissa échapper un soupir quand la bouche de James descendit le long de sa gorge avant de parcourir chaque centimètre de peau qu'elle pouvait atteindre, comme s'il cherchait le minuscule endroit qui la faisait frissonner, et il le trouva juste sous son oreille, et elle abandonna instantanément le peu de retenue qu'il lui restait encore, se frottant contre lui, hors d'haleine.

« James ? »

Ce n'était pas sa propre voix, et elle ne le réalisa que quand la chaleur du corps de James disparut. Elle ouvrit brusquement les yeux pour constater qu'il était debout devant le canapé, une main crispée dans ses cheveux, semblant prêt à se les arracher. Il soufflait et semblait essayer ardemment de retrouver une contenance, ce qui rassura Lily qui pensait être la seule à être complètement chamboulée par ce qui venait de se passer.

« Il y a quelqu'un ? James, nous voyons le ministre ce soir et ton père pense qu'il serait préférable que tu sois là, que l'on montre un front uni, c'est important pour l'Ordre. Est-ce que tout va bien ? Ouvre s'il te plaît. »

La voix retentit de nouveau, et la jeune femme comprit immédiatement pourquoi James n'était plus en train de répondre à ses avances. Euphemia était derrière la porte, et visiblement, elle commençait à s'inquiéter. Lily s'empressa de récupérer son tee-shirt et l'enfila à la va vite en évitant soigneusement le regard du maraudeur, puis elle entama un mouvement pour se diriger vers la porte, mais il attrapa son poignet et l'arrêta.

« Je ne peux pas lui parler maintenant, dit-il à voix basse avant de se mettre à tourner en rond.
- Tu l'as entendue, c'est important pour l'Ordre, répondit Lily d'un air inquiet en lui jetant un regard curieux.
- Débrouille toi avec elle. Occupe la le temps que je... Me calme...
- Quoi ? »

Il n'avait pas répondu et avait déjà monté la moitié des marches de l'escalier quand elle comprit exactement où il voulait en venir. A la fois gênée et amusée, elle lâcha un « oh » à peine audible avant de se hâter d'aller ouvrir à sa mère qui patientait derrière la porte depuis déjà trop longtemps.

« Lily ! Merlin ! Je croyais que vous étiez tous les deux morts là dedans, j'étais prête à faire exploser la porte ! s'exclama Euphémia, baguette à la main. »

Lily retint un rire en songeant à la scène à laquelle la mère de James aurait assisté s'ils avaient continué de se peloter dans le salon une minute de plus, et puis elle s'effaça pour la laisser rentrer en lui adressant un sourire empreint de gêne quand elle la serra dans ses bras.

« Tout va bien ? Tu es toute chose. Où est James ?
- Très bien, je suis juste un peu... Fatiguée... mentit-elle avec un profond sentiment de culpabilité qui la dérangea aussitôt. Il doit être dans sa chambre.
- Avec ses cours ? Il ne les a pas touché pendant sept ans, et subitement, il s'y remet... Soupira t-elle. Je ne devrais pas m'en plaindre, il est si doué en magie sans même connaître ses leçons sur le bout des doigts qu'il ne pourra qu'accomplir des miracles après les avoir lu, s'empressa t-elle de rajouter en affichant un sourire radieux. »

La fierté que Lily put lire sur son visage l'attendrit. Euphémia était bien consciente que son fils pouvait être une vraie plaie quand il s'y mettait, mais elle était aussi parfaitement au courant qu'il avait de grandes capacités et quand elle parlait de lui, ses yeux s'illuminaient aussitôt, comme s'il était le seul sur lequel elle plaçait tous ses espoirs.

« Il ne devrait pas tarder à descendre, lui dit Lily en l'invitant dans la cuisine. »

Elle déposa une tasse de chaque côté de la table et sa théière sur le gaz avant d'aller s'asseoir en face d'elle.

« Alors c'est ce soir, le rendez-vous avec le ministre ? Reprit-elle.
- Oui. Les Minchums sont de vieux amis de la famille, mais je doute que le dîner soit très agréable... Fleamont est remonté contre lui... Et je dois dire que je le suis aussi. Avoir James avec nous a tendance à nous empêcher de nous énerver un peu trop...
- Oh... C'est marrant, pour moi, c'est plutôt l'inverse, plaisanta Lily. »

Euphemia éclata de rire et lui tapota affectueusement la main avant que son regard ne se bloque quelque part au niveau de son cou. Lily baissa légèrement la tête et s'aperçut avec horreur que l'étiquette de son tee-shirt baillait devant elle. Dans la hâte, elle l'avait enfilé à l'envers.

« Maintenant que j'y pense... Tu pourrais venir aussi, ajouta Euphémia, un discret sourire sur les lèvres. On ne t'a jamais eue à dîner à la maison, Fleamont serait ravi, et le ministre ne pourrait qu'apprécier discuter avec quelqu'un d'aussi clairvoyant que toi.
- Euphémia, c'est... J'adorerais dîner avec vous, vraiment, mais... »

Lily se voyait très mal accepter la proposition. Que penserait James ? Ils ne s'étaient même pas parlés, il lui avait juste sauté dessus, et voilà qu'elle allait se retrouver à un dîner familial chez ses parents avec le ministre... C'était trop bizarre. Beaucoup trop bizarre.

« J'avais prévu de me pencher un peu plus sur les potions que nous pourrions utiliser avec l'Ordre... Il ne me reste presque plus de bases de polynectar... Reprit-elle. »

Elle ne s'était jamais sentie aussi honteuse de toute sa vie. Mentir à Euphémia Potter était pire que tout, et elle le découvrit ce jour là. Elle la sondait tant que Lily était persuadée qu'elle savait qu'elle venait d'inventer un bobard au dernier moment, mais elle lui adressa un sourire chaleureux qui la détendit aussitôt, puis lui assura qu'elle comprenait et qu'il n'y avait aucun problème.

« Je vais aller chercher James. »

Elle s'empara de la théière et servit Euphémia avant de disparaître dans les escaliers pour retrouver le jeune homme dans sa chambre. Il devait s'apprêter à sortir puisqu'il ouvrit la porte juste devant elle et qu'elle sursauta légèrement, surprise de se retrouver nez à nez avec lui.

« Ta mère sait tout, lâcha t-elle.
- De quoi tu parles ?
- Mon tee-shirt est à l'envers et elle s'en est aperçue ! s'exclama Lily en enfonçant sa tête dans ses mains. »

James resta silencieux pendant une minute, la main toujours serrée sur la poignée de la porte, et les yeux rivés sur elle.

« Peut-être qu'elle croit juste que tu ne sais pas t'habiller, lâcha t-il en haussant les épaules. »

Lily leva la tête vers lui, arqua un sourcil, et lui donna un violent coup sur l'épaule alors qu'il étouffait un rire.

« La dernière fois, elle m'a vu dans ton tee-shirt et maintenant, comme ça... Ta mère n'est pas aussi stupide que toi, elle sait.
- Ca fait deux fois aujourd'hui que tu dis que je suis stupide, lui rappela t-il, ses yeux noirs fixés aux siens, à la fois menaçants et tendres. Peut-être que je ne devrais plus te toucher... J'ai stupidement pensé que tu aimais ça tout à l'heure, mais j'ai dû me tromper.
- Je... Ce n'est pas... »

Elle perdit ses mots dans sa gorge, et le sourire en coin sur son visage l'empêcha de les retrouver. Il lui tourna le dos et elle le vit disparaître dans l'escalier avant de l'entendre saluer sa mère. Troublée, elle déambula quelques secondes dans sa chambre et se laissa tomber sur son lit. Il avait laissé traîner ses cours un peu partout et plusieurs parchemins se froissèrent sous son corps lorsqu'elle s'allongea sur le dos, les bras écartés de chaque côté, les pieds toujours sur le sol.

Elle soupira, les yeux rivés sur le plafond. Elle pouvait très faiblement entendre les voix de James et Euphémia en bas, mais aucun mot n'était distinct. Elle aurait certainement dû les rejoindre mais elle était tellement ailleurs... Elle avait du mal à penser à autre chose qu'à ce qu'il s'était passé sur le canapé un peu plus tôt, et le simple fait que James la taquine sur le fait de ne pas recommencer lui laissait à penser qu'il regrettait d'avoir dû s'arrêter.

Ses mains se crispèrent sur les cours à côté d'elle, et elle se redressa, ses yeux parcourant le bazar monstre qu'il avait mis dans sa chambre. Il avait des qualités, mais il n'était certainement pas doué en sortilèges de rangement. Parfois, cela l'exaspérait. La plupart du temps, elle en était amusée. Il faisait des efforts dans les parties communes, elle ne pouvait pas lui en vouloir de transformer sa chambre en champ de bataille.

Elle s'apprêtait à quitter son lit lorsqu'un morceau de parchemin attira son attention. Partiellement dissimulé sous un autre, il semblait contenir un dessin. Elle ne voyait qu'un petit bout d'aile s'agiter, et quand elle l'attrapa, elle découvrit un croquis représentant un vif d'or. Ses yeux se posèrent immédiatement sur les deux lettres qui étaient griffonnées à l'intérieur « L.E », ses propres initiales.

Elle le fixa un long moment. L'écriture était assez brouillonne, beaucoup moins précise que celle que James avait maintenant, mais c'était la sienne, elle n'avait aucun doute. Elle repensa aux paroles de Rémus : « James est amoureux de toi depuis nos quinze ans... », et elle resta pétrifiée devant le petit dessin, le cœur à la fois léger, et si lourd...

C'était un peu perturbant de ne comprendre que plusieurs années plus tard après qu'elle était totalement passée à côté de ses sentiments. Il ne les avait certainement pas exprimé de la bonne façon, mais on lui avait toujours répété qu'elle était une brillante sorcière... Quelle genre de brillante sorcière était si ignorante ?

Elle soupira et sursauta lorsqu'elle l'entendit monter les escaliers une nouvelle fois. Elle reconnaissait le bruit caractéristique de ses pas, comme s'il ne posait le pied que sur trois marches et survolait les autres. Il poussa doucement la porte de sa chambre qui grinça mais resta dans l'entrée, alors elle se tourna vers lui, et elle vit ses yeux se bloquer sur le morceau de parchemin qu'elle tenait. Il lui sembla apercevoir une vague de panique sur son visage pendant une demie-seconde avant qu'il ne lui montre plus rien qu'une étonnante indifférence.

« Je dois aller chez mes parents, lui dit-il alors qu'elle acquiesçait. »

Il jeta un coup d'oeil rapide vers les escaliers, comme s'il ne savait pas vraiment s'il devait s'en aller immédiatement ou rester, dire quelque chose à propos de ce dessin, s'expliquer au moins, et Lily décida de prendre la parole.

« Je t'attendrai.
- Non, répliqua t-il presque aussitôt. Je risque de rentrer tard. Nous avons besoin d'en savoir plus sur les intentions du ministre et je ne compte pas quitter la maison avant d'avoir eu des réponses satisfaisantes, s'empressa t-il d'ajouter en voyant la mine défaite de Lily.
- Très bien... Je comprends. »

Elle aurait voulu qu'il lui dise quelque chose de plus, quelque chose qui lui indiquerait qu'il se souciait de ce qu'elle avait avoué un peu plus tôt, devant son meilleur ami, mais il n'avait rien dit et était parti, la laissant seule dans sa chambre, à se poser mille questions.

Elle regardait le morceau de parchemin qui était toujours dans sa main, ses initiales dans la petite balle dorée, et tout paraissait clair, mais quand il était en face d'elle, quand il ne lui disait rien, elle se demandait s'il ressentait vraiment ce que ce croquis laissait à penser.

Elle ne descendit que pour se faire à manger, et elle lambina devant la télévision pendant quelques heures, essayant de se vider la tête, mais ne parvenant à penser qu'à la façon dont il l'avait touchée. Elle se demanda pendant un instant s'il avait été le même avec Dorcas Meadowes. Que dirait-il à Sirius, à leur propos ? Est-ce qu'il aurait les mêmes mots qu'il avait eus après sa nuit avec Dorcas ?

Lassée de se poser beaucoup trop de questions pendant qu'il était probablement en train de vivre un moment d'Histoire avec Harold Minchum, elle décida d'aller se coucher. Son premier réflexe fut d'aller dans sa propre chambre, et puis elle s'arrêta net et changea d'avis. Elle voulait le savoir près d'elle. Alors elle grimpa les escaliers et se glissa de nouveau entre ses draps, non sans avoir donné un coup de baguette en direction de ses cours pour qu'ils se rangent et forment une pile impeccable sur son bureau.

Elle se tourna et se retourna pendant plusieurs heures. C'était la première fois qu'elle n'arrivait pas à trouver le sommeil dans son lit à lui. Elle ne savait pas quand il allait rentrer et elle ne savait pas si elle devait s'alarmer à chaque heure qui passait. Un dîner avec le ministre représentait un risque. Il était une cible de choix, et la famille Potter toute entière aussi. Elle n'aimait pas beaucoup cela et elle se maudit longuement d'avoir refusé la proposition d'Euphémia.

Il lui sembla qu'elle n'avait fermé les yeux qu'une seconde lorsqu'elle se réveilla au milieu de la nuit et qu'elle sentit quelque chose bouger à côté d'elle. Somnolente, elle resta tournée vers le mur et
cligna lentement des yeux en inspirant légèrement lorsqu'elle sentit le parfum de James autour d'elle.

« Lily ? Tu dors ? »

Son souffle s'échoua contre sa nuque et la fit trembler un peu. Il dut le remarquer puisqu'elle sentit ses lèvres au même endroit une seconde après. L'esprit brumeux, elle bougea légèrement jusqu'à se caler contre lui pour toute réponse et se délecta de la sensation de soulagement qui la prit quand la main de James se posa sur sa taille.

Il était là. Il était revenu et tout allait bien. Il n'avait pas oublié ce qu'il s'était passé plus tôt et il semblait avoir envie de reprendre où ils s'étaient arrêtés. Elle ne pouvait pas l'en blâmer. Elle n'avait fait que penser à lui depuis qu'il avait quitté Godric's Hollow et elle avait un peu espéré qu'il la réveillerait de cette manière...

Ses lèvres s'attardèrent sous son oreille, exactement là où il avait été interrompu, et elle laissa échapper un soupir d'aise. Elle sentit son sourire contre sa peau, et elle serra un peu plus son poing autour d'un pan de son oreiller. Elle ne se retourna pas. Elle demeura immobile pendant un certain temps, se contentant des quelques baisers qu'il plantait par ci, par là, et puis elle attrapa sa main qui était restée posée sur ses hanches beaucoup trop longtemps à son goût, et elle la guida entre ses cuisses avec une audace qu'elle n'aurait pas pensé avoir en elle.

Il dut en être profondément surpris puisque sa bouche quitta sa peau pendant une minute avant de retrouver son oreille. Il avait vite compris ce qu'elle voulait et n'avait pas attendu qu'elle formule le moindre mot avant de la toucher comme il n'avait pas eu le temps de la toucher avant. Elle songea qu'elle n'aurait jamais été capable de parler, de toutes façons. Il y avait probablement autant d'étoiles dans la nuit qu'il y en avait dans ses yeux.

Il n'avait pas besoin de plus d'encouragement. Elle le sentit bientôt partout sur elle et en elle, et elle comprenait maintenant pourquoi Marlène McKinnon faisait tout un plat du sexe. C'était bon. C'était bon quand on choisissait la personne qui en valait la peine, la personne qu'on voulait plus que tout, et à cet instant précis, c'était lui, et Lily doutait que qui que ce soit puisse se hisser à sa hauteur.

Elle avait cru, quand elle sortait avec Gaspard Shingleton, qu'elle ne pouvait pas espérer mieux. Il avait été gentil et doux avec elle, et le moment n'avait pas été aussi désagréable qu'elle l'aurait cru quand elle lui avait offert sa virginité, mais James... Elle n'avait même pas besoin de lui parler, de lui dire ce qu'elle ne voulait pas et ce qu'elle voulait, il avait l'air de savoir. Il posait ses mains et sa bouche là où elle les voulait, et elle ne ressentait pas ce malaise caractéristique qu'elle avait toujours ressenti avec Gaspard, cette impression bizarre de devoir se forcer à lui faire croire qu'elle aimait ce qu'il faisait. Non. Elle n'avait pas besoin de se forcer.

Elle n'aurait jamais cru que ce serait lui qui lui ferait découvrir les relations humaines sous cet angle là. Elle n'aurait jamais cru qu'elle tomberait amoureuse de lui. Pas comme ça. Pas à ce point là. C'était comme si son corps tout entier était constellé d'amour. La sensation était étrange. Brillamment étrange. Merveilleuse, et pour la première fois depuis longtemps, Lily Evans n'eut plus peur de rien.