Epilogue
Lily poussa la porte et balança immédiatement ses chaussures dans l'entrée en soupirant. Ils venaient de revenir d'une réunion de l'Ordre, tous les deux épuisés. Ils s'étaient disputés avec Mondingus Fletcher pendant un moment. Ou du moins, elle lui avait fait passer un sale quart d'heure, car les autres s'étaient contentés de regarder le spectacle sans oser dire quoi que ce soit, éberlués de voir Lily hurler sur quelqu'un.
Elle ne s'en prenait pas souvent à qui que ce soit. Elle avait bien été agressive avec James lorsqu'ils se connaissaient à peine, mais elle n'en était jamais venue à déverser un tel flot de rage sur lui. Enfin lui, au moins, il n'avait pas quitté son poste en pleine mission de l'Ordre, laissant Mary MacDonald seule à couvrir l'allée des embrumes pendant qu'une demie douzaine de mangemorts se réunissaient chez Barjow et Beurk.
Fletcher avait eu beau s'excuser sans arrêt, elle n'était pas parvenue à l'écouter. Elle était persuadée qu'il recommencerait s'il en avait l'occasion, et elle en était dépitée. Si sa meilleure amie était tombée dans une embuscade, elle y serait restée pour sûr, et cette simple pensée avait mis Lily dans tous ses états.
C'était cela, ou ses hormones. Elle se laissa tomber sur le canapé de Godric's Hollow, les yeux dans le vague, ses mains trouvant instinctivement son ventre encore plat, et elle se demanda si elle n'avait pas été un peu trop loin. En y réfléchissant, elle avait honte d'avoir tant crié. Elle lui avait même jeté un maléfice de chauve-furie, et personne n'était intervenu. Personne n'avait rien dit. Ils l'avaient probablement tous regardée comme si elle était folle, mais pour être honnête, ils auraient tout aussi bien pu faire faire des claquettes à un hippogriffe à côté d'elle qu'elle n'en aurait eu aucune idée. Elle était trop occupée à se déchaîner sur cet abruti de crapule de Fletcher qui fuyait dès qu'il sentait un peu de danger ou que son regard était attiré par le moindre petit objet de valeur qui croisait son chemin.
Elle tourna les yeux vers James. Il était devant le buffet de l'entrée, en train de jeter un coup d'oeil à leur courrier. Elle le suspectait de se faire tout petit. Il n'avait pas prononcé un mot depuis qu'ils avaient quitté le quartier général. Ce n'était pas si rare. Ils avaient appris à se dire les choses autrement, mais il avait agi étrangement toute la journée, et celle de la veille, et la précédente aussi, et elle commençait à en être malade.
Son regard tomba sur ses propres mains sur son ventre. Son alliance brillait à son annulaire. Elle pouvait presque y voir son reflet triste. Ils étaient mariés depuis quelques mois, et elle se demandait s'il ne regrettait pas leur rapide engagement. Elle l'aurait refait mille fois si elle en avait eu l'occasion, mais l'humeur maussade de son mari lui laissait à penser qu'ils n'étaient plus sur la même longueur d'onde, et la peur qu'elle n'avait plus ressentie depuis longtemps revenait s'installer au creux de son ventre déjà habité par quelque chose d'autre, quelqu'un d'autre.
Elle n'avait pas pu lui avouer, n'avait pas trouvé les mots justes et ne s'était même pas faite à l'idée elle même qu'elle était enceinte. Ce n'était pas prévu. Ce n'était pas voulu. Elle avait pleuré quand elle l'avait appris, et les larmes qui avaient coulé sur ses joues ce jour là n'étaient pas des larmes de joie.
Elle avait pensé à stopper la grossesse, mais ne pas en parler à James lui avait semblé extrêmement égoïste alors elle avait attendu d'être capable de le lui dire, mais le moment n'était jamais venu, et elle était toujours là, avec cette petite personne qui grandissait au fond d'elle, et elle avait commencé à poser ses mains sur son ventre, à s'inquiéter de savoir si ses faits et gestes avaient la moindre influence sur lui... Ou elle, et à se détester de songer à le laisser partir.
Elle était jeune et la perspective d'élever un enfant dans un monde aussi chaotique que celui dans lequel ils vivaient lui paraissait hautement invraisemblable, d'autant qu'ils étaient coincés à Godric's Hollow et qu'elle ne voulait pas avoir à priver un petit être de la joie de pouvoir sortir avec ses amis et s'amuser comme n'importe quel enfant le faisait, mais plus les jours passaient, plus elle redoutait d'avoir à se séparer de lui.
Elle aurait voulu pouvoir parler à ses parents. Elle aurait voulu leur expliquer la situation, avoir leurs avis, et peut-être même celui de Pétunia, mais elle n'avait plus personne à part James, et il ne semblait même pas avoir envie de discuter avec elle. Elle songea que c'était une bénédiction qu'il n'ait remarqué aucun changement chez elle. Elle savait qu'elle était enceinte depuis deux semaines, et elle avait vraiment la sensation que plus rien n'était pareil.
« James...
- Hmmm ? marmonna t-il sans même se tourner vers elle, parcourant avec sérieux une lettre de Peter.
- Est-ce que tu trouves que j'ai été trop loin avec Mondingus ? »
Cette fois, il lâcha la missive, plongea ses mains dans ses poches et fit quelques pas dans sa direction, braquant ses yeux noirs sur elle. Il haussa les épaules.
« C'était impressionnant, c'est sûr... Mais il l'a mérité. »
Elle baissa la tête et grimaça. Il devait regretter d'avoir épousé une folle furieuse. Il savait un peu à quoi il s'engageait, mais elle ne pouvait s'empêcher de se demander s'il s'était rendu compte qu'elle était trop intense pour lui. Elle l'aimait vraiment et elle avait toujours besoin de le sentir près d'elle, elle ne s'habituait pas à lui, et elle se félicita de ne l'avoir jamais fait lorsqu'il reprit la parole.
« Lily, il faut que je t'avoue quelque chose... »
Il avait retiré ses mains de ses poches et s'était assis sur la table basse en face d'elle. Elle avait senti son cœur tambouriner dans sa poitrine quand il avait fui son regard et elle s'était mise à imaginer le pire, et le pire était arrivé.
« Je veux divorcer. »
Trois mots. Trois horribles mots qui l'avaient clouée au canapé. Elle avait ouvert la bouche pour lui demander pourquoi, mais une centaine de questions s'étaient bousculées en même temps et elle n'avait été capable d'en prononcer aucune. Elle ne s'était pas attendue à cela. Ils avaient été si complices, si amoureux qu'elle avait pensé que leur futur était tout tracé, mais elle savait maintenant à quel point cela faisait mal, de tomber de haut.
Elle se rappelait de leur première nuit, de la discussion qui avait suivi ce moment si particulier pendant lequel elle avait eu l'impression d'être autre chose que Lily Evans, quelqu'un de beaucoup plus important, quelqu'un de spécial, quelqu'un de moins normal que ce qu'elle avait toujours été...
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« Qu'est-ce qu'on fait ? lui demanda t-elle.
_ Comment ça, qu'est-ce qu'on fait ? Tu veux que je te fasse un dessin ? répliqua t-il, un sourire amusé figé sur le visage. »
Elle ne put réprimer un rire avant de reprendre son sérieux. Il venait de s'effondrer d'épuisement à côté d'elle, et elle devait avouer qu'elle n'en menait pas large. Si elle n'avait pas réussi à trouver le sommeil quand il était chez ses parents, elle savait que dès qu'elle fermerait les yeux, elle s'endormirait maintenant qu'il était là et qu'il lui avait fait l'amour comme personne ne lui avait fait avant.
« On ne fait plus rien maintenant, lui fit-elle remarquer.
- Est-ce que c'est une façon détournée de me dire que tu veux recommencer ? »
Allongée sur le côté, elle étudia une minute son visage. L'adorable façon qu'il avait de la regarder lui donnait envie de hocher frénétiquement la tête, mais il avait l'air aussi exténué qu'elle et elle doutait qu'ils puissent atteindre une deuxième fois à la suite un tel niveau de perfection.
« Pas maintenant, répondit-elle alors. Il faut que je dorme.
- Alors ça me laisse de l'espoir pour plus tard ? »
Sa question la fit sourire, et elle laissa sa tête retomber sur son oreiller sans pour autant le quitter des yeux. Il était appuyé sur son coude et la détaillait tout aussi attentivement qu'elle le faisait. Ils avaient pourtant eu tout le loisir de se regarder pendant l'heure qui s'était écoulée, mais il sembla à Lily qu'aucun d'eux n'en avait eu assez.
Elle tendit le bras jusqu'à ce que sa main atteigne sa joue, et elle la lui caressa un moment avant de dégager une mèche de cheveux noir de son front. Il avait fermé les yeux, et elle était certaine qu'il appréciait le contact autant, sinon plus qu'elle.
« C'est ce que je voulais savoir, quand je te demandais ce que l'on faisait, reprit-elle d'une voix douce.
- Tu as trouvé mon dessin, Lily. Tu sais que ça ne tient qu'à toi, marmonna t-il d'une voix indistincte. »
Le croquis du vif d'or était posé sur la table de chevet la plus proche de Lily, et elle aurait voulu qu'il lui en dise plus, mais James Potter semblait déterminé à être muet comme une tombe quand il aurait dû parler, et extrêmement bavard quand il aurait dû se taire.
« Non, je ne sais pas. C'est peut-être juste un stupide truc que tu as gribouillé quand tu avais quinze ans parce que tu t'ennuyais pendant les BUSE.
- Tu as raison. »
Elle se figea, stupéfaite. Sa main resta suspendue au dessus du visage de James pendant quelques secondes avant qu'il ne rouvre les yeux et les plonge droit dans les siens.
« J'avais quinze ans et c'était pendant les BUSE, mais ça n'a jamais été stupide, et si tu regardes bien, je me suis plutôt appliqué, ajouta t-il avec un sourire malin, semblant se réjouir de lui avoir fait peur.
- Est-ce que c'est normal que je ressente une envie incroyable de te tuer ?
- Si elle est accompagnée d'un redoutable désir de m'avoir sur toi, oui, c'est normal. »
Elle roula les yeux, ignora son rire éclatant, et profita que sa main traîne toujours le long de son visage pour lui pincer la joue, lui octroyant une grimace.
« James, sérieusement...
- Est-ce que c'est vraiment indispensable d'avoir cette discussion cette nuit ? l'interrogea t-il après avoir soupiré.
- Non, pas forcément, mais je... C'est juste que... Je préfère savoir maintenant si je suis une Dorcas Meadowes ou si je...
- Tu es une Lily Evans, la coupa t-il d'un air satisfait.
- Merci, ironisa t-elle. »
Il se laissa tomber sur le dos et fixa le plafond. Il n'avait visiblement aucune envie de lui donner la moindre indication sur ses sentiments maintenant, mais au moment où elle retira sa main de ses cheveux, il l'attrapa habilement et en profita pour l'attirer contre lui et passer son bras autour d'elle.
« Tu n'as pas besoin de te protéger autant, lui dit-il.
- Comment est-ce que je pourrais le savoir ? Je te connais à peine.
- On se connaît depuis des années, pointa t-il en lâchant un rire stupéfait.
- Je sais, mais... Je ne connais rien sur toi.
- Tu sais des choses, réfuta t-il. Tu sais le plus important.
- Je ne suis même pas capable de citer ta couleur préférée.
- Rouge, répondit-il aussitôt.
- Mais...
- Lily, trancha t-il. Tu connais l'essentiel. On s'en fiche de ma couleur préférée, du thé que je bois, ou de la musique que j'aime écouter, franchement. Je ne sais même pas comment tu peux dire que tu ne me connais pas après ce qu'il vient de se passer. »
Cette fois, il avait l'air très contrarié, et elle déglutit difficilement en baissant les yeux. Il la tenait toujours étroitement serrée contre lui, mais elle n'osait plus bouger de peur qu'il la lâche aussitôt.
« Je pourrais mourir maintenant, rajouta t-il sans cesser de fixer le plafond. »
Sa main avait commencé à masser sa nuque, et Lily comprit immédiatement ce qu'il voulait dire par là car c'était cela même qu'elle ressentait. Elle venait de vivre en une heure plus que ce qu'elle n'avait vécu en dix huit ans et c'était tout ce qui comptait, et à présent, les choses étaient claires. Il ressentait pour elle ce qu'elle ressentait pour lui, qu'il l'avoue ou non.
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« Je veux divorcer... Reprit-il. »
Elle avait entendu la première fois. Elle songea à le lui faire remarquer, mais elle resta immobile, comme si quelque chose en elle refusait de comprendre les mots qu'il avait prononcés et répétés, et puis il poursuivit.
« … Pour pouvoir t'épouser encore une fois. »
Elle eut l'impression que son cœur venait de faire une chute vertigineuse. Elle cligna des yeux plusieurs fois, ceux de James étaient revenus se poser sur son visage, et il arborait un sourire en coin qui lui confirma qu'elle avait bien entendu.
« L'honnêteté dont tu as fait preuve vis à vis de Fletcher... Comment tu as défendu Mary... Et puis ce maléfice de chauve-furie... Merlin, je n'en avais jamais vu de si puissant. J'ai bien cru que j'allais t'étaler sur la table de réunion et te...
- Espèce d'énorme TROLL ! le coupa t-elle en hurlant le dernier mot et en lui donnant une violente tape sur le torse, le faisant presque tomber à la renverse. »
Elle se leva d'un bond, et il n'eut pas le temps de faire le moindre geste pour l'empêcher de lui tourner le dos, trop surpris par sa subite agressivité. Pourtant, elle se retourna juste devant les escaliers et brandit un index accusateur dans sa direction.
« Ne m'adresse plus la parole, ne me touche plus, ne t'avise même pas de monter ces escaliers ! s'écria t-elle. »
De grosses larmes s'agglutinaient dans ses yeux et elle tourna les talons avant qu'elles ne dévalent ses joues. Ce triple idiot venait de lui faire la frayeur de sa vie. C'était le pire ascenseur émotionnel qu'elle ait connu. Même maintenant qu'ils étaient mariés, il arrivait à lui rendre la vie dure. Ses stupides blagues lui tapaient sur le système. Elle était certaine que si Sirius s'était trouvé avec eux, il aurait été en train de se tordre de rire, mais vraiment, elle ne trouvait pas cela très drôle ce jour là. Pas maintenant qu'elle était enceinte.
En général, elle finissait toujours par s'amuser de leurs bêtises, mais celle-ci la mit dans une fureur telle qu'elle fit des allés-retours rageurs dans leur chambre pendant près d'une demie heure, pestant contre lui et l'insultant à voix haute en espérant qu'il l'entendait. Oh bien sûr elle l'aimait, mais elle aurait testé tous ses sorts les plus redoutables sur lui à ce moment là s'il avait été dans la pièce, et c'était pour cette raison précise qu'elle lui avait défendu de s'y trouver.
Il avait dû comprendre le message puisqu'il n'avait même pas essayé de la rejoindre. Elle l'avait bien entendu l'appeler, du bas des escaliers, mais la seule réponse qu'elle lui avait donnée avait été de lui lancer ses stupides balais de quidditch à la figure comme s'ils avaient été des javelots qu'elle aurait tenté de lui planter entre les deux sourcils.
Elle ne l'avait plus entendu pendant près d'une heure après cela, et puis la voix de Sirius lui était parvenue aux oreilles, accompagnée de son rire tonitruant. Elle se doutait que James devait lui avoir raconté sa dernière blague en date, celle qui lui avait causée d'être banni de l'étage, et visiblement, son meilleur ami la trouvait très drôle.
Elle n'avait vraiment pas envie de descendre les escaliers et de se retrouver entre eux deux, mais elle commença bientôt à avoir faim et à sentir l'odeur caractéristique du lard grillé et Merlin, elle aurait tué pour en manger. James le savait, et elle était persuadée qu'il l'avait fait exprès pour la faire sortir de son trou. Elle pesta une dernière fois contre lui avant de descendre paresseusement les escaliers, pesant de tout son poids sur chaque marche.
« Mais... Serait-ce la magnifique Madame Cornedrue ?! s'exclama Sirius en voyant ses pieds apparaître.
_ Tais-toi, Black. Je t'ai entendu rire, marmonna t-elle quand elle arriva en bas des marches. »
Son air boudeur fit sourire le jeune homme qui s'empressa de lui faire signe de venir s'asseoir avec eux. Contrairement à ce qu'elle pensait, James n'avait pas l'air très fier... Ses yeux étaient rivés sur son assiette et il faisait nerveusement rouler ses couverts entre ses doigts.
« J'ai ri à ses dépends, lui apprit Sirius en pointant James du doigt. Je ne pensais pas qu'il serait encore capable de te faire ce genre de vanne après s'être casé avec toi.
- Je ne pensais pas qu'elle n'aurait pas l'humour nécessaire pour la comprendre, grinça James. »
Elle remarqua à cet instant précis l'énorme bouquet de fleurs sur la table, et elle se demanda une minute pourquoi il avait fait l'effort de se le procurer s'il lançait ce genre de remarque une fois qu'elle réapparaissait. D'un geste de baguette, elle l'envoya à la poubelle, lui faisant froncer les sourcils.
« Pourquoi est-ce que tu jettes mes fleurs à la poubelle ? l'interrogea Sirius l'air vexé.
- Ce sont tes fleurs ? Je croyais que...
- Je les ai ramenées pour ton imbécile de mari.
- Depuis quand est-ce que vous vous offrez des fleurs ? lui demanda t-elle, perplexe, pendant que James bougonnait.
- Est-ce qu'un homme n'a pas le droit d'offrir des fleurs à un autre homme ?
- Non, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire, enfin... Vous faites vraiment ce que vous voulez, ça fait longtemps que j'aurais dû arrêter de poser des questions.
- Est-ce qu'un homme n'a pas le droit d'embrasser un autre homme ? Poursuivit-il en attrapant la main de James sur la table, ignorant sa remarque. »
Cette fois, elle ne put réprimer un léger sourire. Sirius était probablement la seule personne au monde capable de désamorcer toute sa rancoeur en une seconde chrono.
« Notre mariage ne serait donc qu'une supercherie ?
- Ecoute, femelle Cornedrue... Ce n'est pas parce que ton mari et moi avons des relations sexuelles régulières que votre mariage ne vaut rien. Ne le prends pas comme ça, s'il te plaît. Il a besoin de toi, pour... Je n'en sais rien... Agir comme un idiot une fois de temps en temps.
- Wow, c'est allé très vite. Tu ne parlais que d'embrasser, tout à l'heure, répondit-elle en retenant un rire aux dépends de James qui avait lancé un regard noir à son meilleur ami dès qu'il avait entendu la fin de sa phrase.
- Et à quoi crois-tu que cela mène ? répliqua Sirius avant d'enfourner une demie tranche de lard dans sa bouche. »
Elle se mit à rire franchement et se laissa tomber à côté de lui alors qu'il la servait généreusement. Elle ne fut pas surprise de le voir balancer son bras sur ses épaules après coup. Ils étaient devenus complices, et elle savait exactement ce qu'il faisait. Il était en train d'essayer de détendre James.
« Peu importe. Je te le laisse si tu le veux, reprit-elle en faisant un geste de main désinvolte vers James.
- A quoi bon ? Tu n'arriverais pas à t'en passer pendant vingt quatre heures.
- Oh crois-moi, là, je sens que j'en serais capable, répondit-elle amèrement.
- J'ai dit que je voulais me re-marrier avec toi ! Comment peux-tu prendre ça mal ?! s'exclama James, sortant finalement de son silence.
- Il m'a laissé croire qu'il voulait divorcer, ajouta t-elle en se tournant délibérément vers Sirius.
- Ce n'était pas très futé, je te l'accorde, mais...
- Tu vas le défendre, n'est-ce pas ? le coupa t-elle en arquant un sourcil pendant que James détaillait attentivement son meilleur ami.
- Je dis juste que c'était maladroit, mais plutôt mignon, quand on y pense... lui répondit Sirius avec un sourire.
- Plutôt mignon ?! répéta t-elle, outrée. J'ai eu la peur de ma vie ! Je suis enceinte et mon mari juge bon de me faire croire qu'il veut divorcer ! Comment veux-tu que je...
- Tu es quoi... ?! »
C'était Sirius qui avait parlé, et Lily s'était arrêtée aussitôt. Elle était restée figée, les yeux grands ouverts en réalisant ce qu'elle venait de laisser échapper. Les trois camarades semblaient tous avoir subi un sortilège de pétrifiction. Les yeux de deux maraudeurs étaient vissés sur Lily, attendant qu'elle parle, et elle ne parvenait qu'à ouvrir et refermer frénétiquement la bouche.
« Je... Je... »
Elle remarqua rapidement l'expression enjouée sur le visage de Sirius, et celle, plus grave, sur celui de James. Elle avait envie de se jeter un sort de disparition. Ou de se laisser glisser sous la table pour ne plus avoir à affronter leurs regards, mais c'était trop tard.
« Ce n'est pas trop tôt, lâcha James.
- Quoi ? qu... Vous vouliez... Tu ne m'avais pas dit que... Cornedrue ? bégaya Sirius en se tournant vers son meilleur ami.
- Ce n'était pas prévu, répondit-il. Je l'ai deviné il y a quelques jours. Je pensais simplement qu'elle me le dirait avant. »
Lily, surprise, commença à comprendre qu'elle s'était trompée quand elle avait songé que James n'avait vu aucun changement dans son attitude. Elle était celle qui n'avait pas été très attentive, et elle commençait à mieux comprendre pourquoi il avait été si étrange avec elle ces derniers jours.
« Alors c'est vrai ? lança Sirius avec l'air d'un enfant qui apprend qu'il va recevoir une licorne à Noël. »
Lily déglutit et acquiesça simplement, et elle sentit bientôt deux grands bras s'envelopper autour d'elle, mais ce n'était pas ceux de son mari et ce simple fait lui tira les larmes aux yeux. Sirius dut s'en apercevoir puisqu'il la fixa pendant quelques secondes d'un air perplexe avant de prétexter devoir rejoindre Rémus et Peter aux Trois Balais et de s'en aller sans même avoir terminé son assiette, ce qui était plutôt rare chez lui.
« Je ne le sais que depuis deux semaines... dit-elle d'une voix faible, toujours assise en face de James.
- Pourquoi est-ce que tu n'as rien dit ? lui reprocha t-il immédiatement, ses yeux noirs solidement fixés aux siens.
- Je... Je n'en sais rien. Je n'arrivais pas à... Je ne voulais pas...
- Tu n'en voulais pas ? la coupa t-il aussitôt avant de rajouter d'un air inquiet. Tu n'en veux pas ? »
C'était la question qu'elle redoutait. Celle pour laquelle elle avait eu une réponse dès qu'elle avait su qu'elle était enceinte, et celle pour laquelle elle en avait une toute autre maintenant, deux semaines plus tard.
« Qui voudrait donner naissance à un enfant maintenant ?
_ Moi, répondit aussitôt James. »
Elle ne s'attendait pas à une réponse aussi rapide, aussi sûre, aussi rassurante. Elle voulait fonder une famille avec James, elle en était sûre, elle le savait jusque dans ses tripes, mais ils étaient tellement jeunes... Elle s'était projetée dix ans plus loin sans penser qu'ils auraient un choix à faire aussi tôt.
« Vraiment ?
- Vraiment, confirma t-il. »
Il s'était levé de sa chaise et avait contourné la table seulement pour aller la prendre dans ses bras, et là, seulement là, elle se sentit pleinement rassurée. La peur qu'elle avait ressentie plus tôt s'évapora doucement, en même temps que la colère.
« Comment tu as deviné ? l'interrogea t-elle sans quitter ses bras.
_ Je t'ai vue pleurer et tu n'as pas arrêté de toucher ton ventre ces derniers temps... Cette blague que j'ai faite, c'est juste parce que... Je pensais que tu me dirais tout si je te laissais croire ne serait-ce qu'une seconde que je voulais divorcer.
- Je n'aurais jamais essayé de te retenir comme ça, protesta t-elle avec indignation.
- Je m'en suis rendu compte... C'était stupide. Je suis désolé Lily. »
Elle ne prononça pas un mot, se contentant de s'écarter juste assez pour trouver sa bouche. Il l'embrassa avec une telle douceur qu'elle se sentit rapidement un peu désorientée, un peu ivre. Ils allaient commencé autre chose ensemble, quelque chose de nouveau, quelque chose qu'elle n'aurait jamais pensé avoir avec lui, et quelque chose qu'elle n'aurait voulu partager avec quelqu'un d'autre pour rien au monde. C'était lui, cent fois lui, comme il le lui avait dit, et elle était à présent certaine que dans quelques mois, ce serait eux, et qu'il y aurait encore plus d'affection.
