Si seulement…
- Monsieur Bass, cria Oscar, heureusement que vous êtes encore là ! Il y a un souci avec le fils du Gouverneur, il a saccagé sa chambre et il est plutôt mal en point d'après Tony. Nous avons appelé le Docteur Talbot mais je suppose que vous souhaiterez traiter cette affaire en personne.
Chuck reporta son attention sur son employé une seconde.
- Pas maintenant Oscar, lui intima-t-il. Venez me prévenir dés que le médecin aura terminé son diagnostic.
Il se retourna vers la jeune fille, mais elle n'était plus là. Il la vit franchir la grande porte et courut à sa poursuite mais un groupe entra à ce moment là, l'obligeant à les laisser passer. Lorsqu'il se retrouva sur le trottoir, elle avait disparue.
Il regarda tout autour de lui mais il n'y avait aucune trace d'elle, un taxi s'éloignait. Il jura et fit demi-tour.
- Monsieur Bass, je suis désolé, s'excusa Oscar, quand il pénétra à nouveau dans le hall du Palace, mais apparemment le fils du Gouverneur va vraiment très mal. Le docteur Talbot à parlé d'une ambulance.
- Dites à Julio de se poster à la porte de derrière pour attendre les secours, aboya Chuck.
Il soupira et décrocha son portable pour appeler le Gouverneur Philips. Celui-ci n'avait sûrement pas envie que la rumeur se répande à propos de son crétin de fils qui avait fait une overdose dans une chambre d'hôtel. Et Chuck non plus étant donné qu'il s'agissait de son hôtel !
La conversation avec le Gouverneur dura plus d'une demi-heure. Comme il l'avait prévu, il importait plus au père que personne ne soit au courant que de savoir comment allait son fils. Il donna des instructions bien précises pour que les urgentistes se rendent dans une clinique privée où il était certain que la discrétion serait assurée.
- Monsieur Bass ? demanda Oscar d'une voix un peu tremblante alors qu'il raccrochait.
Chuck lui décocha un regard noir, il en avait viré pour moins que ça et Oscar le savait.
- Je …. Je m'excuse de vous déranger encore mais … il baissa les yeux, laissant sa phrase en suspend
- Quoi ? tonna le prince des ténèbres.
- La demoiselle de tout à l'heure… celle qui vous attendait assise dans le hall… elle a laissé ça, dit-il en lui tendant un carton à dessin et un MP4.
Chuck prit ce qu'Oscar lui tendait sans un mot et quitta le Palace excédé.
Dans la limo qui le ramenait à l'Empire il entreprit d'exploiter les infos qu'il avait sous la main. Sa curiosité était piquée au vif, ainsi qu'autre chose d'indéfinissable.
Il ouvrit le carton à dessin, ce dernier était rempli de pages noircies de notes de musique et de textes, les mêmes pages que celles du carnet de la jeune fille. Mademoiselle se prenait pour une artiste ! Pas étonnant qu'elle soit habillée comme une pouilleuse !
Une feuille de format différent tomba sur le siège en cuir. Une date manuscrite y était indiquée « janvier 1990 » mais ce n'était pas la même écriture que sur les autres pages. Chuck retourna la feuille et son cœur rata un battement. C'était un dessin au fusain de son père encore jeune.
Il se remémora la scène qui s'était déroulé à peine une heure plutôt, l'estomac noué.
Il avait eu une étrange sensation dés l'instant où leurs regards s'étaient croisés. Pourquoi cette fille cherchait-elle son père ? Qu'est-ce qu'elle pouvait bien lui vouloir ? Ne vivait-elle donc pas dans le monde civilisé pour ignorer que Bart Bass était mort ?
Elle ne vivait pas dans le même monde que lui en tout cas, c'était une évidence. Et il aurait parié que c'était la première fois qu'elle mettait les pieds à New York. Se pouvait-il qu'elle y soit venue pour voir Bart ? Qu'ignorait-il d'autre à propos de son père ? Combien de chose lui avait-il encore cachées ?
Il lui avait tellement mentit ! Jamais cependant il n'avait envisagé la possibilité qu'il puisse avoir d'autres enfants que lui. D'ailleurs aucun ne s'était présenté pour prétendre à sa part d'héritage. Encore heureux ! Il avait déjà assez à faire avec Jack.
Mais Bart l'avait bien laissé croire qu'il était responsable de la mort de sa propre mère. Et après l'épisode avec les Thorpes, il savait que rien n'était impossible finalement.
Il regarda à nouveau la feuille marquée par l'usure du temps qui avait dû être pliée et dépliée des milliers de fois avant de la remettre à sa place, derrière toutes les autres.
Une autre page aussi était de format différent, et toute chiffonnée. Il lut le texte et en eut le souffle coupé. Il sentit quelque chose se briser en lui à mesure qu'il découvrait les mots couchés à l'encre bleue par la jeune fille qui s'était enfuie.
Il suffirait simplement (1)
Qu'il m'appelle,
Qu'il m'appelle,
D'où vient ma vie
Certainement pas du ciel
Lui raconter mon enfance
Son absence,
Tous les jours,
Comment briser le silence
Qui l'entoure...
[Refrain] x1
Aussi vrai que de loin
Je lui parle,
J'apprends tout seul
A faire mes armes,
Aussi vrai qu' j'arrête pas
D'y penser
Si seulement
Je pouvais lui manquer
[Refrain] x1
Est-ce qu'il va me faire un signe
Manquer d'amour
N'est pas un crime,
J'ai qu'une prière à lui adresser
Si seulement
Je pouvais lui manquer
Je vous dirais simplement,
Qu'à part ça,
Tout va bien,
A part d'un père
Je ne manque de rien
Je vis dans un autre monde,
Je m'accroche tous les jours
Je briserai le silence
Qui m'entoure
[Refrain]x1
Aussi vrai que de loin
Je lui parle,
J'apprends tout seul
A faire mes armes,
Aussi vrai qu' j'arrête pas
D'y penser
Si seulement
Je pouvais lui manquer
[Refrain]2 x2
Est ce qu'il va me faire un signe
Manquer d'un père
N'est pas un crime,
J'ai qu'une prière à lui adresser
Si seulement
Je pouvais lui manquer
(1) Chanson de Calogero « Si seulement je pouvais lui manquer »
