Alice au pays des merveilles
Chuck entra en trombe dans le hall et ralentit l'allure en s'approchant du comptoir des réservations. Oscar lui fit un petit signe discret de la tête alors qu'il s'entretenait avec la jeune artiste.
- Je sais qu'il est tard, s'excusait-elle, mais comme j'ai vu qu'il y avait une réception. Je veux juste récupérer les affaires que j'ai oubliées la semaine passée, je n'ai pas pu venir avant, vous ne les avez pas jetées au moins ?
- C'est moi qui les aies, dit une voix grave dans son dos.
Elle se crispa, elle s'était préparée à cette éventualité cette fois.
Chuck congédia Oscar du regard qui se retira sans attendre.
- Je ne connais même pas ton nom, dit-il amicalement à l'adresse de sa « sœur »
- Lisa …. Elisabeth, se reprit-elle, Elisabeth Nakamura. Je sais, c'est un peu bizarre, continua la jeune asiatique devant l'air circonspect de son interlocuteur. Je me demande bien ce qui s'est passé dans la tête de ma mère le jour où elle a choisi mon prénom, mais elle a toujours aimé les trucs insolites.
Chuck la dévisagea un instant en silence, perturbé par le fait qu'elle porte le même prénom que sa propre mère. Ce ne pouvait pas être une autre coïncidence.
- Je peux récupérer mes affaires alors ?
Elle avait hâte de quitter cet endroit, elle n'aurait jamais dû y mettre les pieds.
- Elles sont chez moi. Mais j'aimerais qu'on discute un peu si tu veux bien. Tu es partie tellement vite la dernière fois.
- Tu as ouvert le carton ? demanda-t-elle en plantant ses yeux dans les siens, le cœur battant.
Il fit signe que oui de la tête, sa gorge lui faisait mal tant elle était serrée.
- Je suis désolée, je ne veux pas faire d'histoire, je voulais juste…. J'aurais dû mieux m'informer avant de venir. Hanck a raison, je suis vraiment trop stupide.
Chuck fronça les sourcils et déglutit.
- Qui est Hanck ?
- Personne, répondit-elle sur la défensive. Alors mes affaires, tu me les donnes ?!
- Je ne les aies pas ici, je te l'ai dit, elles sont chez moi. Mais on peut aller les chercher ensemble si tu veux, on pourra discuter en route.
Elle le suivit sur le trottoir et regarda, éberluée, une limousine s'avancer lorsqu'il fit un petit signe de la main. Elle hésita à monter dans le véhicule quand il lui ouvrit la portière. L'instant d'après, elle y grimpait avec un petit sourire en coin, ce monde là existait donc pour de vrai !
Elle s'installa sur le siège en cuir et écarquilla les yeux, l'espace intérieur était plus grand que la salle de bain commune du premier étage où elle logeait.
- A l'Empire, commanda Chuck au chauffeur avant de remonter la séparation intérieure.
Il observa Lisa, qui regardait tout autour d'elle. Elle était ébahie et son visage trahissait la consternation. Elle se reprit en voyant qu'il l'observait et se ferma aussitôt. Il en fut peiné mais pas surpris.
- Si tu as des questions…, commença-t-il.
- Non, ça va aller, depuis la semaine dernière j'ai eu le temps de me renseigner. Je te l'ai dit, je ne veux pas d'histoire, je veux juste récupérer mon carton.
Un nouveau post de GG fit résonner son gsm dans l'habitacle. C'était déjà la deuxième depuis tout à l'heure. Il fit coulisser le clapet et grimaça.
« On dirait bien que le roi a définitivement tirer un trait sur sa reine après tout. On sait qu'il a l'habitude de faire n'importe quoi dans ce cas là mais, cette fois, il touche le fond. C'est encore pire que de coucher avec Jenny Humphrey. Depuis quand s'intéresse-t-il aux démunies ? A moins qu'il n'ai décidé de contribuer à sa façon à des œuvres caritatives »
Une photo de Lisa embarquant dans se limo illustrait le post.
Cette sale garce ne grandirait donc jamais ? Ils n'étaient plus au lycée, ils avaient passé l'âge de ces stupidités.
Il releva la tête et s'aperçut que sa sœur consultait son téléphone elle aussi. Ainsi, elle s'était inscrite au blog de GG. Elle n'avait pas mis longtemps à s'adapter !
Elle reclaqua son téléphone et le rangea dans la poche de sa veste en jean, la tête haute, le défiant du regard. Il eut un instant l'impression de se retrouver devant un miroir.
- Tu comptes rester à New York ? s'enquit-il.
Elle haussa les épaules avant de répondre.
- Ici ou ailleurs ! De toute manière je n'ai pas les moyens de partir pour l'instant et puis j'attends une réponse pour les auditions de Julliard.
Il ouvrit de grands yeux. Julliard était une école de musique privée très réputée et très chère. Comment pouvait-elle se payer l'inscription vu son accoutrement ?
- Je suis sur liste d'attente pour l'octroi d'une bourse, répondit-elle comme si elle lisait dans ses pensées.
