Miroir, mon beau miroir
La limousine s'arrêta devant l'Empire, Chuck et Lisa pénétrèrent dans le hall de l'hôtel. Il se dirigea vers l'ascenseur qui permettait de monter jusqu'à sa suite.
- Tu viens ? s'étonna-t-il en constatant qu'elle ne le suivait plus.
- Je préfère t'attendre ici, dit-elle le visage à nouveau fermé.
- Tu as peur de quoi au juste ? bougonna-t-il.
- Je n'ai pas peur de toi, si c'est ce que tu crois, même si je devrais sûrement, à en juger par ce que j'ai lu, répondit-elle sans baisser les yeux.
- Alors dans ce cas pourquoi ne veux-tu pas monter ?
- On a rien en commun ok ? Et nos vies ne vont plus se croiser, alors autant arrêter les frais tout de suite !
Il fut surpris par la violence de sa réaction. Il ne savait pas sur quel pied danser avec elle. Elle soufflait le chaud et le froid. Elle avait l'air amicale un instant puis changeait tout à coup d'attitude et sortait ses griffes comme un animal traqué.
Il appuya sur le bouton et les portes s'ouvrirent. Le miroir du fond lui renvoya sa propre image. Il comprit soudain qu'elle était aussi effrayée que lui.
- Tu veux récupérer ton carton à dessin ou non ? demanda-t-il en se retournant.
Elle le toisa, les yeux de son « frère » reflétaient sa propre incertitude mais il ne lui laissait pas le choix. Le contenu de ce carton représentait toutes les choses importantes de sa vie, c'était ce qu'elle avait de plus précieux. Il lui paraissait impensable que ce gosse de riche puisse le comprendre. Pourtant, vu le sourire qu'il affichait, il savait qu'elle était prête à tout pour le récupérer.
Il avait avoué avoir regardé le contenu. Il avait compris ce qu'elle était venue faire ici. Pourtant, il n'avait fait aucun commentaire. Il n'avait même pas prononcé le nom de leur père, ni poser de question sur sa mère.
Ce qu'elle avait lu sur lui était sans doute plus que justifié, il valait mieux qu'elle ne traîne pas dans ses pattes. Elle n'avait aucune envie de faire les frais de ses célèbres frasques ni d'y être associée comme tout à l'heure.
Et puis, elle se connaissait, elle serait bien capable de s'attacher à lui contre son gré. Il était le seul membre de sa famille encore vivant mais cela ne justifiait rien. Si sa famille avait été composée de personnes sur qui elle pouvait compter pour s'épanouir elle n'en serait pas là aujourd'hui.
Elle le rejoignit à contre cœur et s'adossa à la paroi les bras croisés. Il posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis des jours. Il connaissait la réponse mais il avait besoin d'une confirmation.
- Toutes ces chansons sont de toi ?
- Pourquoi ? Tu connais un producteur intéressé peut-être ? cingla-t-elle d'un ton ironique en le fusillant du regard.
Visiblement, c'était un sujet sensible.
- Je posais juste la question, répondit-il sur le défensive, lui aussi.
- Oui, et bien pour commencer, tu n'avais pas à l'ouvrir, rugit-elle.
- Tu n'avais qu'à pas l'oublier. Si tu ne tu n'avais pas eu si peur de moi…
- Je… n'ai… pas… peur de toi, c'est clair ! Je n'aurai jamais plus peur de personne, hurla-t-elle en s'avançant vers lui.
Il recula d'un pas, les yeux de Lisa étaient aussi froids que de la glace et le transperçaient. Il ressentit comme une brûlure à l'intérieur.
- Je suis désolé, balbutia-t-il, je ne voulais pas…
- Non, c'est moi qui suis désolée… le coupa-t-elle, soudain moins agressive. Je veux juste récupérer mes affaires, c'est tout.
Les portes s'ouvrirent et il entra dans l'appartement. Le carton était dans sa chambre, à l'abri de Nate.
- Je reviens tout de suite, dit-il sans se retourner.
Il avait voulu lui forcer la main en l'obligeant à monter mais il le regrettait amèrement. Il ne connaissait rien de la vie de Lisa… Elisabeth, il ignorait même son prénom jusqu'à il y à une heure. Elle n'avait visiblement aucune envie de faire sa connaissance et cela valait sans doute mieux comme ça.
Lorsqu'il revint, Lisa était toujours dans la cage d'ascenseur. Il lui tendit ses affaires mais elle n'eut aucune réaction. Son regard, horrifié, était rivé sur la moto garée dans l'entrée.
- Lisa ? appela-t-il doucement.
Elle tressaillit faiblement en entendant prononcer son prénom. Des larmes brillaient dans ses yeux sombres. Elle avait perdu toute forme d'assurance.
- Lisa, est-ce que ça va ? s'inquiéta-t-il en posant une main sur son avant bras.
Elle le retira précipitamment comme s'il l'avait blessée.
Reprenant ses esprits, elle désigna la moto du menton.
- Elle est à toi ?
- Oui, pourquoi ?
Elle secoua la tête et prit le carton à dessin resté dans la main de Chuck.
- Surtout soit prudent, dit Lisa d'une voix à peine audible tandis que les portes se refermaient sur elle.
