Poudlard, bureau de la directrice, 3 Mai 2023
Quand on était un tableau, il n'y avait pas de petites animations. Toute agitation, quelle qu'elle soit, était bonne à prendre. Albus Dumbledore, dans son portrait, n'avait pu s'empêcher de contempler la scène qui se déroulait devant lui… Une scène ou les acteurs principaux s'apprêtaient à passer un sale quart d'heure.
- Arrête de te ronger les ongles Rose !
- Comment veux-tu que j'arrête ?
Le Serdaigle s'empara de la main de la rousse, pour l'empêcher de continuer attirant l'attention de cette dernière, qui sortit de sa transe. Quand les yeux bleus de l'adolescent de dix-sept la regardaient de cette façon, elle oubliait tout le reste, et encore plus, les interdits.
- Nous n'avons rien fait de mal…
- Scorpius…
Il scella ses derniers mots, joignant ses lèvres aux siennes pour la faire taire. Il n'avait pas envie d'entendre ce qu'elle avait à dire, et il en avait encore moins besoin. Rose profita du goût de leur baiser comme s'il s'agissait du dernier. Comme elle le faisait à chaque fois. Elle avait essayé de résister… Non. Ils avaient tous les deux essayé. Et c'était ensemble qu'ils avaient échoué. Scorpius et elle, c'était l'évidence. Et même si c'était mal, même si c'était interdit, C'était arrivé. La rousse secoua vivement la tête et se dégagea de l'emprise du blond :
- Tu es fiancé Scorpius. Et je ne vais pas tarder à l'être à mon tour.
Etre avec Rose, c'était comme vivre dans un rêve. Comme si son âme était constamment apaisée. Mais Rose avait la fâcheuse tendance de le ramener à la réalité tels des grands seaux d'eau glacée.
- Au diable cette loi.
- Je ne veux pas que tu ailles à Azkaban.
- Tu ne veux pas que je me batte pour toi ?
- Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit…, susurra-t-elle en posant sa main sur sa joue.
- Je vais casser mes fiançailles. Dire à mon père et à ma mère que j'ai trouvé ma future femme, et que c'est toi.
Pendant un instant, les yeux de Rose se mirent à briller. Oh oui… Oh oui, elle aurait voulu que cela soit possible. Mais les parents de Scorpius, dès que la loi avait été adopté, s'étaient empressés de lui trouver une future épouse, craignant qu'on lui attribue une personne qu'il n'aimerait jamais. Les parents de Rose avaient voulu faire la même chose. Avec dégoût, ils avaient voulu lui trouver un homme doux, attentionné, quelqu'un qui, si au pire ne l'aimerait jamais, serait incapable de lui faire le moindre mal. Quelqu'un comme …? Elle n'en savait rien. Parce qu'elle aimait Scorpius et Scorpius l'aimait, elle était persuadée, du moins au début qu'ils auraient trouver une solution. Ce pourquoi elle avait réussi à freiner ses parents dans leurs recherches, à les rassurer. Elle avait fait lève sur le fait qu'elle avait un an après l'obtention de ses ASPICS pour se fiancer avec la personne de son choix. Mais plus le temps passait plus la vérité était amère à accepter.
- Rompre tes fiançailles Scorpius… C'est impensable. Et c'est interdit je te rappelle. L'article sept point trois de la loi énonce que la rupture des fiançailles est…
- Je m'en fiche de ton article sept point truc ! la coupa-t-il.
- Arrête de t'en ficher !
- Mais j'ai pas besoin d'un article de loi stupide pour t'aimer Rose ! Ce droit, je me l'octroie seul !
Albus ouvrit les yeux à ce moment précis, sentant la colère dans la voix de Scorpius Malefoy. Si seulement Rose avait avoué ses sentiments à Scorpius … Ils auraient pu avoir une chance. Ils auraient pu se marier. Aujourd'hui, il était trop tard.
- Tu apporterais le déshonneur sur ta famille et moi sur la mienne. Nos parents perdraient leurs emplois, nous n'aurions aucune chance de nous en sortir tous les deux… Tu veux devenir médecin, tu ne le pourrais plus. Je veux devenir diplomate, je ne le pourrais plus. Toutes les portes se fermeraient ! On surveillerait constamment mon ventre pour vérifier que notre mariage est fructueux et que nous ne sommes pas un poids pour la communauté sorcière…
Rose déglutit. C'était comme avoir une boule dans la gorge. Et elle vivait avec depuis qu'elle était avec Scorpius, depuis qu'ils se cachaient tous les deux…
- Et je sais que tu penses que ce n'est pas important ! Je le sais, parce que je le pense aussi ! Mais on mérite bien mieux que ça ! On mérite mieux que cet avenir-ci…
L'ancien directeur de Poudlard était impressionné de la sagesse de la jeune adulte en face de lui, qui était désormais plongée dans ses pensées. Elle songeait à sa cousine Roxanne qui était emprisonnée à Azkaban parce qu'elle avait refusé de se marier à trois reprises. Elle songeait à sa cousine Victoire et à Teddy qui s'étaient mariés à la hâte pour être ensemble. Il n'y avait pas eu de cérémonie, de robe blanche et de pièce montée. Personne ne s'était réjoui. Elle songeait à sa cousine Molly qui venait de se lier à un homme alcoolique et violent. Elle songeait à Louis, en cavale parce qu'il voulait demeurer libre de choisir la façon dont il voulait mener sa vie, à Fred, qui attendait que le ministère lui attribue une future femme, alors qu'il n'avait d'yeux que pour les hommes.
- On ne peut pas sacrifier la vie de nos proches aussi égoïstement Scorpius…
Ce dernier sourit. C'était étrange… Il détestait ce que disait Rose, et pourtant, il l'aimait encore plus pour les mots qu'elle venait de prononcer. Parce qu'elle pensait aux autres avant elle, parce qu'elle était réfléchie, calme. Parce qu'elle avait raison. Parce qu'elle était Rose et pas une autre…
La porte du bureau de la directrice claqua, faisant sursauter Albus.
- Vous me décevez énormément tous les deux ! déclara d'une voix tranchante de Minerva Mcgonagal.
Rose baissa la tête honteuse. Scorpius défiait le regard sévère de la directrice, le soutenant avec provocation.
- Vous savez les conséquences de vos actes…
- Et je les assume entièrement ! s'emporta le blond en se levant de sa chaise. Punissez-nous parce que nous étions dans les couloirs après le couvre-feu. Punissez-nous parce que nous avons mangé dans les cuisines ou parce que vous nous avez trouvé en train de nous embrasser au beau milieu de la cour ! Mais ne nous punissez pas parce qu'on s'aime !
Minerva se retourna, perdant le duel et baissant les yeux à travers ses lunettes. Si seulement Drago avait eu ne serait-ce que la moitié du courage de son fils… Elle les congédia tous les deux, sans savoir quoi dire, sans savoir quoi faire.
- Ces deux jeunes gens s'aiment…, déclara la voix d'Albus Dumbledore.
- Mais ils ne peuvent pas être ensemble, répondit Minerva à son prédécesseur. Cette loi Albus… Cette loi est immonde.
- Les personnes désespérées et qui vivent dans la peur prennent les mauvaises décisions en pensant qu'il s'agit de solutions, médita le vieil homme. Comment cette loi a-t-elle pu être adoptée ?
- Warren Grahamfield est un sorcier charismatique.
- La préservation des sorciers appelle à certains sacrifices. Ce Monsieur Grahamfield a dû jouer sur cet argument je présume…
- Tant de vies gâchées…, soupira Minerva. Je ne peux que les prévenir.
Albus hocha la tête. L'amour était l'arme la plus puissante. Et depuis l'adoption de cette loi et sa mise en application, c'était devenue une bombe, affectant et faisant exploser les destins de ses hommes et de ses femmes qui ne voulaient pas se marier, qui voulaient choisir, qui aimaient, qui n'aimaient pas … L'amour était une arme, la plus dangereuse et le ministère venait de s'en emparer. Albus ferma les yeux. Il n'y avait plus que ça à faire…
