Accord de fiançailles
Nate sortit de sous la douche. Il était pratiquement dix heure.
- Nate, tu en as encore pour longtemps ? interrogea la voix de sa douce amie de l'autre côté de la porte.
Elle pénétra dans la pièce et l'observa dans le miroir en fronçant le nez.
- Allez, courage, ce n'est pas si terrible, il y a bien pire après tout, renchérit-elle en posant une main sur son épaule.
- Je sais, soupira-t-il
Il n'ignorait pas qu'elle pensait à des choses bien plus atroces qu'un brunch avec leurs familles. Son père la destinait à un brillant avenir de chirurgien mais si Macy suivait les cours de médecine, c'était parce qu'elle voulait s'engager dans l'humanitaire avant tout.
Elle était toute fois bien trop maligne pour en souffler mot à son père ou à qui que ce soit d'autre. C'était aussi la raison pour laquelle elle ne s'opposait nullement à un éventuel mariage avec lui. Elle ne ferait rien qui puisse mettre ses plans en danger.
La solution de Macy était simple, se plier au désir de sa famille jusqu'à ce qu'elle ait atteint ses 21 ans et qu'elle puisse ainsi disposer de son argent comme bon lui semblerait. Ensuite, elle pourrait enfin donner à sa vie la direction qu'elle souhaitait.
Si lui-même connaissait ses intentions réelles c'est parce qu'elle les avait confiées à Gillian lors de leur petite sortie au « One Oak ». Comme quoi, il valait mieux avoir sa cousine dans son camp plutôt que dans celui d'en face, car elle arrivait toujours obtenir les informations qui pourraient lui être utiles, elle était redoutable à ce jeu là.
Nate ne savait pas s'il devait jouer carte sur table, après tout, ils étaient dans le même bateau et ils s'entendaient bien. Le mieux était sans doute de jouer en équipe, comme le lui avait conseillé la jolie rousse. Et elle s'y connaissait dans ce genre d'arrangement. Celui qu'elle avait passé avec Chuck semblait porter ses fruits. Son Grand-père lui fichait la paix.
D'ailleurs, elle aurait été un bien meilleur fer de Lance pour la famille Vanderbilt que son cousin. Dommage qu'elle soit une fille comme elle le disait en plaisantant… dans tous les sens du terme. Du coup leur patriarche n'envisageait même pas cette éventualité.
Pourtant sa cousine était brillante et manipulatrice à souhait, tout à fait ce qu'il fallait pour assurer l'avenir de la famille. Mais une femme ne faisait pas son propre chemin pour William, qui était de la vieille école. Son rôle se bornait à épauler son mari, comme savait si bien le faire Maureen qui était une épouse si dévouée pour Trip et sa carrière. C'était bien ce qui attisait la tension entre sa famille et celle de Macy justement.
Il étudia le reflet de la jolie métisse qui se maquillait devant le lavabo, dans le coin opposé. Elle avait un corps de rêve et la tête pleine. Elle savait parfaitement ce qu'elle voulait et comment l'obtenir elle aussi. Après tout, il n'y avait pas de raison pour qu'il n'ait pas sa part du gâteau.
Il en avait assez de se faire balader et de laisser les autres décider pour lui. Il avait déjà commis trop souvent cette erreur, cette fois il serait le maître des clefs, même s'il devait partager le trousseau avec sa future fiancée. Il essuya le reste de mousse à raser sur son visage et pris une profonde inspiration.
- Je connais tes projets personnels, lâcha-t-il sans prévenir.
Macy faillit s'éborgner avec son eyeliner. Elle se tourna vers lui estomaquée.
- De quoi parles-tu exactement ? feignit-elle, pas vraiment certaine de savoir où il voulait en venir.
- L'autre soir au « One Oak », tu étais bien partie, reprit-il avec un sourire complice.
Macy se détendit un peu, il n'y avait aucune agressivité dans le ton de sa voix.
- Vous vous amusiez plutôt bien avec Gillian, vous avez l'air de bien vous entendre, continua-t-il, laissant planer l'insinuation.
- Ta cousine est très sympa oui, mais apparemment, les secrets ce n'est pas son point fort, grimaça-t-elle en se retournant vers le miroir.
Elle vit un sourire franc creuser deux petites fossettes sur les joues du jeune homme auquel sa famille la destinait, elle aurait pu tomber plus mal. Il était craquant et très doux, de plus, il émanait de lui quelque chose de rassurant.
- Alors là, tu n'as jamais été aussi loin de la vérité, c'est tout le contraire justement. Gillian est la reine des faux semblants et elle ne fera rien pour réduire à néant tes espoirs. Elle sait trop ce que ça fait de devoir mener une double vie.
- Alors pourquoi a-t-elle partagé mes confidences avec toi ?
Macy passa une main nerveuse dans sa courte chevelure, tout en continuant à étudier le reflet de Nate. Elle s'en voulait de s'être laissée allée avec cette fille. Elle avait sincèrement cru trouver une amie qui la comprenait. Pourtant elle savait depuis son adolescence que dans le panier de crabe de l'UES, il n'y a pas d'ami.
- Parce qu'elle a pensé que cela nous serait utile…. à tous les deux, dit l'héritier Archibald en s'approchant de la jeune femme. Je pense qu'elle a raison, Gillian dit que l'important c'est de faire des alliances équilibrées où chacun y trouve son compte. C'est bien plus fructueux que le chantage d'après elle. Et elle sait de quoi elle parle, je t'assure.
- Tu n'es donc pas amoureux de moi, n'est-ce pas ?
- Pas plus que toi de moi, poursuivit-il maintenant lancé. Tu es très belle et intelligente et je t'apprécie énormément, je mentirais si je te disais le contraire. Je suis tombé sous ton charme dés notre première sortie, à mon plus grand étonnement. Et je suis heureux d'être tombé sur une future fiancée telle que toi considérant que ça aurait pu être une véritable horreur, mais je n'ai aucune intention de t'épouser moi non plus.
- Nous sommes donc bien d'accord là-dessus. Penses-tu que nous échapperons aux fiançailles ? Parce que personnellement je n'en espère pas tant. Les élections sont dans dix mois et c'est bien la raison de toute cette mascarade.
- Moi non plus, ils ne nous lâcheront pas tant que je ne t'aurai pas passé un gros caillou au doigt. Par contre, je pense qu'ils se calmeront une fois qu'on les aura à moitié contentés.
- Ça me va, étant donné que j'aurai 21 ans dans trois mois, pourquoi pas. On aura qu'à les laisser se débrouiller avec le contrat de mariage, pendant qu'on s'amusera.
- Alors marché conclu, on leur annoncera la nouvelle au brunch de tout à l'heure, dit-il en lui tendant la main pour sceller leur accord.
Macy se fendit d'un large sourire et déposa un baiser sur ses lèvres.
- J'ai bien l'intention de profiter de tous les avantages de mon fiancé pendant cette période, souffla-t-elle en passant une main dans la serviette qui lui enserrait la taille.
