Partout en Grande-Bretagne, 1 Juin 2024
Percy Wesley sentit la main de sa femme dans la sienne. Derrière lui, les pleurs de Lucy redoublaient et inondaient sa boîte crânienne. Il n'arrivait plus à faire comme si il ne les entendait pas. Et devant eux, il y avait Molly. Ou plus exactement, la tombe de Molly. Un sanglot en travers de sa gorge, il déposa sur la pierre froide un tournesol. La fleur préférée de sa fille, sa précieuse petite fille, si solaire, si rayonnante. Sa fille, autrefois si heureuse, les joues toujours rouges, était morte le corps couvert de bleus et malheureuse.
- C'est de ma faute… Je suis désolé. J'aurai dû te protéger, murmura-t-il en frôlant du bout des doigts l'épitaphe.
- Non papa. C'est de notre faute à tous.
Il regarda les cheveux autrefois bruns de sa fille, et désormais blonds. Le polynectar faisait des merveilles… Ils se serrèrent, tous les trois, se pressant les uns contre les autres. Il était temps de rentrer et de pleurer encore une fois, à l'abris, chez eux. Cela faisait trois mois, que Lucy se cachait, pour éviter son mariage et cela en faisait cinq que Molly était morte, sous les coups de son conjoint. Elle avait hurlé, crié, supplié le Ministère de la magie. Elle avait écrit des lettres publiques, alerter le monde, tout autour d'elle. Mais le divorce était interdit. Son mari puissant et connu, personne ne l'avait cru, et Molly Grahamfield née Weasley était morte dans l'indifférence alors qu'elle portait un enfant.
- Tout ceci sera bientôt terminé, jura Percy, ses poings serrés.
Avant l'arrivée de Warren Grahamfield au Ministère, Percy convoitait son poste. Mais il avait perdu les élections. Et tout ce qui avait suivi, n'avait été qu'un cauchemar. Kyle Grahamfield, le plus jeune des fils Grahamfield, s'était fiancé à Molly, conformément à la loi. Percy avait grimacé en découvrant le nom du futur mari qui avait été attribué à sa fille. Il l'avait supplié de trouver quelqu'un, pendant l'année accordée par le ministère. Molly n'en avait fait qu'à sa tête … Bornée qu'elle était, sa Molly. Amoureuse d'un tyran… Elle en était décédée prématurément, injustement.
Et il y avait ces dialogues qui revenaient en tête, entre lui et Warren, devant les bureaux du Ministère…
- Préserver la pureté du sang des sorciers et redorer son blason…
- Mais vous êtes fous ! avait répondu Percy à son opposant. Vous êtes en train de faire adopter une loi dépourvue de toute morale !
- La morale… Quelle belle idée. Est-ce là l'excuse que vous trouvez à la déchéance de la puissance des sorciers ? Je refuse d'assister à ça, regarder les moldus nous envahir, et à voir les sorciers disparaître petit à petit.
- Et moi je refuse de vivre dans un pays gouverné par vos lois, avait rugis Percy.
- Les sacrifices sont nécessaires.
- Et nous restons des hommes…
Les personnes autour d'eux s'étaient arrêtées et avaient pu regarder la veine qui palpitait sur le front du Ministre. Il était parti furieux, claquant la porte de son bureau. On ne l'avait jamais retrouvé, il s'en était allé. Il avait emporté avec lui tant de réponses, que plus personne ne pouvait poser de questions.
Deux mois après cette conversation, Molly avait obtenu les résultats de son attribution maritale. Grahamfield s'était vengé de cet affront public en donnant à son fils une épouse qu'il pourrait détruire. Il y avait eu la colère, le déni, l'acceptation puis la résignation. La tristesse, la première fois qu'il avait revu sa fille après son mariage, et l'effroi quand il avait appris sa mort. Et aujourd'hui, il n'y avait que la haine, la révolte et le feu de sa rancune.
Ce soir-là, il s'habilla calmement. Il embrassa sa femme et sa fille. Il rejoignit en silence le quartier général qu'il avait établi. Ses frères étaient là, sa sœur et son mari étaient là. Hermione et Ron étaient là. Les Londubat, les Zabini, les Nott, les McMillan, les Finnigan, les Dragonneau… Ils étaient une cinquantaine au début. Un an après, ils étaient cent cinquante, l'année encore d'après, deux cent. Et aujourd'hui, à trois cents, ils allaient renverser le gouvernement Grahamfield. Lui, si lâche dans son adolescence, était aujourd'hui à la tête d'un groupe qui allait se battre pour les générations futures, qui allait se battre pour leurs enfants. Après la seconde guerre des sorciers, tout le monde avait espéré qu'il n'y en aurait plus. Cependant, ils s'étaient bien vte rendus compte que la passivité n'était pas la solution et qu'il fallait sacrifier la paix pour obtenir la justice. Et ils étaient tous prêts à le faire comme ils auraient dû l'être avant que cette loi ne passe.
- C'est la dernière nuit de Roxanne à Azkaban, assura-t-il à Angelina qui hocha la tête.
Plus tard, tous ensemble, ils pénétrèrent l'enceinte du Ministère. La garde n'opposa aucune résistance. Ils avaient tous trop souffert de tous ces mariages forcés, de ses enfants à faire, de leurs destins arrachés… Alors ils attendirent. Ils attendirent d'entendre le verre de vin habituel de Grahamfield tinter sur le carrelage dur et froid du Ministère. Les partisans et sympathisants du gouvernements pialèrent, il y eut des altercations, des combats dans les rues, des duels dans les impasses, mais bien vite, les choses se calmèrent.
Les jours qui passèrent furent les plus compliqués. On s'aperçut de l'emprise que pouvait avoir un seul homme et ses suivants. On s'aperçut que ces trois dernières années, le Ministère de la Magie avait été corrompu, empoissonné de l'intérieur par un seul individu qui pensait que les sorciers devaient survivre, qu'importe le prix à payer, qu'importe les sacrifiées et leur sacrifice. On s'aperçut que les votes avaient été faussés, que l'abstention n'avait pas été prise en compte. Et on pansa toutes les blessures.
La loi Grahamfield fût immédiatement abrogée. Les sorciers se remirent tout doucement… L'économie était au plus bas, et la Justice avait besoin de retrouver son sens de la justice. Hermione Weasley-Granger fît dissoudre les assemblées, pour les faire réélire. On fît adopter une charte des droits et libertés fondamentales des sorciers. Les mariages contractés après l'adoption de la loi Grahamfield furent annulés rétroactivement. Tous, sans exceptions. Même celui de Victoire et Teddy qui se remarièrent deux mois après. Et on fît la fête, avec une belle cérémonie, Victoire portait une belle robe blanche et la pièce montée fût excellente. On dansa, on chanta. On pensa à Molly et on versa quelques larmes. Les cheveux de Lucy étaient redevenus bruns, et ils étaient tous libres de se marier, de ne pas se marier, de divorcer, de se remarier, d'avoir un enfant, trois, ou quatre ou aucun.
Scorpius retrouva Rose, habillée d'une belle robe dorée. Elle posa son bouquet de demoiselle d'honneur sur la table et attrapa une coupe de champagne qu'elle but cul sec, d'une seule traite. Cela fît rire Scorpius.
- Article 1 de la Chartre des droits et libertés fondamentales des sorciers : « Tout être humain possède des droits et libertés intrinsèques, destinés à assurer sa protection et son épanouissement. », murmura-t-il arrivé à sa hauteur.
- Article 2, continua Rose. « Les droits et libertés de la personne humaine sont inséparables des droits et libertés d'autrui et du bien-être général ».
- Et je m'en fiche. Parce que je n'ai toujours pas besoin d'une loi pour t'aimer.
Il l'admira. Elle lui sourit. Et ils dansèrent eux aussi, à leur façon :
- On est libre de se marier maintenant, déclara joyeusement la rousse.
- Mais on est aussi libre de ne pas le faire…
C'étaient à eux, de vivre avec leurs choix, leurs erreurs et leurs espoirs. Parce que nécessité n'avait point de loi, et qu'elle n'en aurait jamais plus.
