Rapprochement familial

La jeune fille tressait ses cheveux devant le miroir. Elle était nerveuse. Allait-elle réellement faire ça ? Leur dernier échange remontait à une semaine et il n'avait pas vraiment été amical. Mais il l'avait bien aidée à intégrer Julliard. Justement ! Il l'avait fait sans qu'elle ne lui demande rien, mais cette fois les choses étaient différentes, se dit-elle.

Comment réagirait-il ? Est-ce qu'il se moquerait d'elle ou savourerait le fait de la voir venir lui quémander une faveur ? Elle imaginait déjà le sourire carnassier qui éclairerait son visage lorsqu'elle l'informerait du but de sa visite.

Elle n'avait pas vraiment le choix de toute façon, elle ne connaissait que lui ici. Du moins, il était le seul qui avait une chance de pouvoir influencer le Recteur de Julliard en sa faveur. D'après Gossip Girl, il était apprécié du Doyen de Columbia, qui se trouvait être un très bon ami du Recteur Kratzfeld. S'il acceptait de lui faire cette lettre de recommandation, elle était certaine qu'elle pourrait se débrouiller.

Elle comptait sur son talent pour se trouver un parrain digne de ce nom qui supporterait sa candidature pour le concours William Schuman. L'enregistrement d'un album tout frais payés, plus la promo pour le lancement. Aucun artiste n'aurait pu rêver mieux pour débuter sa carrière!

- Tu veux que je t'emmène ? suggéra Esteban, depuis le canapé où il passait les nuits depuis qu'elle s'était installée. Je prends mon service dans une heure, ce serait bête de prendre le métro.

- Je veux bien, oui, répondit-elle en le suivant jusqu'à sa voiture.

Le voyage se fit dans le silence le plus total. Elle lui était reconnaissante de ne pas la presser quant à leur relation. Elle avait compris, depuis le soir du dîner, qu'il avait de réels sentiments à son égard. Mais c'était encore trop tôt pour qu'elle puisse envisager une nouvelle relation.

Le souvenir de Tom était encore bien trop présent, même si cela faisait plusieurs mois déjà que la vie le lui avait repris. Elle ferma les paupières pour empêcher les larmes qui montaient à ses yeux de ruiner le maquillage qu'elle venait de réaliser.

Elle demanda à parler à Monsieur Bass à la réception, elle ne voulait pas commettre le même impair que la dernière fois, avec son ami. L'employé ne se fit pas prier pour avertir son frère. Il l'avait déjà vue plusieurs fois en sa compagnie. Chuck la fit monter immédiatement.

Le cœur de Lisa se serra dans sa poitrine lorsqu'elle pénétra dans le hall. Cet horrible engin était toujours là ! Elle revit les images de l'accident. Tom qui l'embrassait pour lui dire au revoir, le coup de téléphone de l'hôpital. Un accident idiot ! Comme tous les accidents ! La chaussée était mouillée et glissante, Tom avait percuté un rail de sécurité en tentant d'éviter un autre véhicule. Mais ce genre d'obstacle était mortel pour les deux-roues. Ils préservaient peut-être les autres usagers, mais pas les motards, et son petit ami n'avait pas échappé à la règle.

Pourquoi le monde était-il si cruel ? A quoi servait-il de s'attacher aux personnes s'il fallait les perdre de toute façon ? Elle avait l'impression que l'univers s'acharnait sur elle. Peut-être avait elle été une horrible personne dans une vie antérieure et le payait-elle par un mauvais karma. Elle y avait pourtant cru, il avait réussi à apprivoiser l'animal sauvage qui était en elle dans le centre fermé. Et elle avait aimé ça !

Lui aussi avait connu une vie plutôt chaotique et ils avaient fini par trouver l'un en l'autre ce qui leur avait toujours fait défaut : la confiance. Mais leur bonheur avait été de courte durée. Après sa mort, elle ne pouvait pas rester dans le Vermont. C'était trop dur. Elle entreprit donc de retrouver son père. Ils en avaient si souvent parlé avec Tom. Chacun d'eux affronterait son passé une fois sortit de cette prison, s'appuyant sur l'autre. Elle ne pouvait pas faillir à sa promesse, ce serait le trahir.

- Hé, dit Chuck.

Elle tressaillit, elle avait un instant oublié où elle était et le pourquoi de sa venue.

Chuck la considéra avec insistance.

- Tu as demandé à me voir ? Tu n'es pas obligée de te faire annoncer, tu sais. Tu es la bienvenue ... quand tu veux, précisa-t-il.

Elle lui fit un petit sourire timide. Demander une faveur n'était pas vraiment dans ses habitudes et vu tout ce qu'elle lui avait balancé à la figure quelques semaines plutôt, elle trouvait la situation plus qu'incongrue. Toutefois, il avait l'air plus avenant que la semaine précédente.

- Esteban n'a pas su tenir sa langue ? commenta-t-il, lui facilitant ainsi la tâche.

- Non, et tant mieux, je suis contente qu'il m'ait dit la vérité avant que je ne la découvre par moi-même. J'ai grandi dans le mensonge et je n'accorde pas ma confiance facilement.

Il avait l'impression de s'entendre parler. Son cœur cognait dans sa poitrine. Avait-il encore une chance d'avoir une famille ?

- Je ne voulais pas te causer d'ennuis, l'autre fois, dans Chinatown, s'excusa-t-il.

- Tu l'as déjà dit et je suis désolée de m'en être prise à toi ... C'est juste que…

- Juste que quoi ?

- La famille, ce n'est pas mon truc, ça ne m'a jamais réussi alors ... je ne veux pas que tu te fasses des idées.

Il sourit franchement.

- Moi non plus je ne suis pas trop du genre famille, mais je veux bien prendre le risque … pour toi.

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas. Parce que je n'ai plus rien à perdre et que je suis un idiot sans doute !

- Alors, dans ce cas, on est deux, conclut-elle en souriant à son tour.

Il sentit un poids s'envoler de ses épaules. Il repensa aux conseils de Gillian, elle était une bonne amie après tout, meilleure que son cousin, en tout cas, en ce moment. Il ne l'aurait pourtant jamais cru. Ils se connaissaient depuis toujours mais il avait toujours été du côté de Blair, même quand elle était la petite amie de Nate. La brune détestait cordialement la rousse et vice versa.

Mais aujourd'hui Blair n'était plus à ses côtés, alors peu importait. Elle partageait la vie d'un autre et il savait qu'ils ne pourraient plus jamais être amis comme avant leur histoire. Il ne supportait pas de la voir dans les bras de cet abrutit, ou de n'importe quel autre. Il savait pertinemment que cela la rendait heureuse, mais son cœur se déchirait à chaque fois qu'il voyait son visage, ce qui arrivait souvent, même lorsqu'elle n'était pas là.

- Je tombe peut-être mal, hasarda Lisa devant son silence prolongé.

Son sourire avait disparu et il semblait perdu dans ses pensées.

- Non, dit-il en se reprenant. Tu veux prendre un verre ou autre chose ? On peut commander à manger si tu veux.

- Merci, mais je ne suis pas à la rue, ni affamée. Esteban prend soin de moi, mais ça, tu le sais déjà, vu que tu prenais tes repas avec lui.

Il sourit mais ne répondit pas à sa remarque.

- C'est toi qui décide, reprit-il en l'invitant à le suivre dans le salon.

- Ok ! Alors je choisis une pêche melba, avec plein de coulis de framboise.

Il la dévisagea un instant. Elle lui souriait, de ce petit sourire ironique qu'il affichait plus souvent qu'à son tour.

- Tu n'es pas le seul à savoir soutirer des informations à Esteban. Faut dire qu'il n'est pas très doué en mensonges et secrets. Je crois que ce n'était pas sa matière préférée quand il était enfant.

- Peut-être parce qu'il n'en voyait pas l'utilité, répondit C en plongeant ses yeux dans ceux de sa sœur.

- Alors tant mieux pour lui, murmura-t-elle à mi-voix.