Auditions à Julliard

Blair évoluait sur le campus avec grâce et élégance, comme toujours. Pourtant elle n'avait pas le cœur en joie aujourd'hui. La journée avait été harassante. Entre les cours et l'organisation de son mariage, elle n'avait pas une minute à elle et ce parrainage était une activité supplémentaire à son planning déjà plus que surchargé. Mais c'était plus que nécessaire si elle voulait entrée dans les bonnes grâces du Doyen Hartland.

Elle se demandait comment Chuck avait bien pu faire pour amadouer ce vieux grincheux. Il était quand même incroyable qu'il réussisse à se faire inviter personnellement à la soirée de rentrée de Columbia alors qu'il n'y était même pas inscrit.

Et puis d'abord que pouvait-il bien vouloir au Doyen ? Il n'était pas dans les habitudes du roi de l'UES de se pencher sur les gens de l'éducation. Il n'avait pas besoin de cela pour diriger Bass Industries et le Doyen ne pouvait lui être d'aucune utilité dans ses transactions. Elle s'était renseignée à propos de l'homme elle aussi.

Elle ne voyait donc qu'une seule explication, il avait fait ça pour Gillian et cela la mettait en rage. Il connaissait son aversion pour la cousine de Nate. C'était sans doute ce qui le motivait le plus dans cette petite manipulation. Mais la complicité qu'elle avait vue entre eux à cette horrible soirée la répugnait.

Plus aucun post n'avait filtré à son propos sur GG depuis celui concernant cette SDF, qui était sans doute revenue mendier auprès de lui. Elle plaignait presque cette pauvre fille. Elle avait dû apprendre à ses dépends que Chuck Bass ne fait pas dans la nostalgie. Lorsqu'il n'a plus besoin de vos services, il vous jette comme un kleenex.

Elle faillit pratiquement percuter un étudiant en arrivant à la salle de spectacle C du Lincoln Center.

- Non mais tu ne peux pas faire attention ? s'écria-t-elle à l'adresse du jeune homme brun à lunettes, qui ne lui prêta aucune attention. Il ne l'entendit même pas car il avait des écouteurs vissés dans les oreilles.

Elle pénétra dans le bâtiment où devait se retrouver les parrains pour le concours William Schuman. Peut-être écouter de la musique l'apaiserait-il un peu. Elle était à cran en ce moment et la musique adoucit les mœurs, pensa-t-elle. Dans ce cas, elle en avait bien besoin, car il lui faudrait rester zen et déployer des trésors d'imagination pour réussir à canaliser Louis.

Elle ne savait pas ce qui lui prenait. Il la contredisait sans cesse depuis un moment. Depuis cette histoire de balcon en fait. Elle le soupçonnait de prendre conseil auprès du père Eduardo. Il était un grand ami de la princesse Sophie, qui se retrouvait tout à coup bombardée maîtresse de la cérémonie religieuse de son mariage.

Elle pensait pourtant avoir réussi à tenir cette vipère à distance en la renvoyant en France. Mais cette mégère parvenait à obtenir tout ce qu'elle voulait depuis Monaco. Elle était pire que les sorcières de contes de fée, mais en l'occurrence c'était SON conte de fée. Et elle ne parvenait plus à avoir l'emprise nécessaire sur le prince charmant qui, du coup, n'était plus aussi charmant.

Sa dernière trouvaille en date, lui faire porter un voile. Et pourquoi pas une burqa tant qu'il y était ? Elle avait déjà accepté de l'accompagné au catéchisme pour se convertir. Elle n'était pas vraiment croyante de toute manière, alors une religion ou une autre, peu lui importait. Mais elle ne comprenait pas pourquoi il y attachait tant d'importance. En plus, le prêtre avait bien insisté sur le pêcher de luxure la dernière fois. A tel point qu'elle soupçonnait Louis de lui avoir raconté l'épisode de la soirée romantique qu'elle avait organisée et qui s'était terminée par un fiasco.

Elle avait été tellement chamboulée par le rêve qu'elle avait fait cette nuit là qu'elle avait accepté ses excuses sans même le faire mariner un peu. Elle se sentait coupable d'encore désirer Chuck dans ses rêves.

Il faut dire que Louis ne faisait rien pour aider. On aurait dit qu'il le faisait exprès depuis cette nuit là. Il était réservé sur le sujet et lorsqu'ils avaient des rapports, il se comportait comme un novice. Il l'avait pourtant habituée à mieux. Ou était-ce parce qu'elle ne pouvait s'empêcher de s'imaginer dans les bras de son ancien amant dans ces moments là depuis, et que le prince de Monaco ne souffrait pas la comparaison avec le prince des ténèbres ?

- Messieurs, Dames, appela le Recteur Kratzfeld.

Tous les étudiants se pressèrent autour de l'estrade où il avait pris place.

- Je commencerai par m'adresser aux étudiants de Columbia qui ont bien voulu faire le déplacement jusqu'à nous. Vous êtes réunis ici pour parrainer une vingtaine de vos homologues de la Julliard School. Comme vous le savez, nos deux établissements visent à resserrer des liens qui se sont quelque peu détendus au fil des ans. Votre Doyen et moi-même, nous vous sommes donc reconnaissants de participer à ce nouvel élan. En récompense de votre implication, les points de vos attributions extra scolaires vous seront comptés doubles pour le prochain semestre. Comme vous le savez déjà, ces activités sont portées en compte dans votre dossier, et si elles n'influent pas directement sur vos notes, elles peuvent néanmoins influencer le conseil de direction.

La porte s'ouvrit au fond de la salle et tous les regards se tournèrent vers la malheureuse retardataire.

Un sourire se dessina sur le visage de porcelaine de Queen B. Elle n'osait croire à une telle chance. C'était trop beau pour être vrai.

Lisa s'avança dans la salle et rejoint le groupe en se faisant la plus discrète possible.

- Bien, reprit le recteur, après s'être éclairci la gorge pour rappeler tout le monde à l'ordre. Comme je le disais avant d'être interrompu, vous êtes ici pour vous trouver un étudiant à parrainer. En ce qui concerne les étudiants de Julliard, vous disposez de deux heures pour faire connaissance et trouvez celui ou celle qui soutiendra le mieux votre candidature. Inutile de vous rappeler quel en est l'enjeu. Je vous souhaite bonne chance à tous. Que le meilleur gagne.

Le recteur descendit de l'estrade pour rejoindre la sortie. Il n'avait pas fait la moitié du chemin que Blair accostait Lisa avec un sourit mielleux à souhait.