Chapitre 15
Alors j'ai hésité pour les musique mais finalement j'ai choisi "My myself and I" et après vous enchaînez avec Vivaldi le Printemps (comment ça aucun rapport? vous verrez bien...)
Bonne lecture
Elle sortit de la douche et soupira devant le travail qu'allait lui demander de réussir un broshing avec ses cheveux constamment en bataille. Avant, elle aurait fait un joli chignon et cela aurait été parfait. Mascara, rouge à lèvres. Elle se regarda. Mon Dieu ! Sans un sourire ni un cheveu ne dépassant, elle était glaciale.
-"Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;
Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !"
Elle sourit, réciter du Baudelaire dès le matin n'était prescrit pour être sérieux. En même temps, elle n'aurait peut-être pas d'autres moments aujourd'hui où elle pourrait s'amuser.
Elle reprit son visage de glace, impitoyable et sans sentiments.
On toqua à la porte.
-Adèle ! J'ai pas que ça à foutre !
-J'arrive dans deux secondes !
Elle prit la robe qu'elle avait préparé la veille et des escarpins, enfila la robe fourreau verte bouteille et sortit pour rentrer dans l'appartement voisin.
-Tu veux bien mettre la tirette ? dit-elle en présentant son dos nu au Patron.
-La quoi ?
-La fermeture éclair, si tu préfères. Bon tu te dépêches ! Il parait qu'on est en retard !
Mathieu la regarda, circonspect.
-Très classe. Tu vas où ?
- Sortir les poubelles. Je rigole, à un rendez-vous important.
Elle sentit les mains calleuses glissée sur son dos nu et dû faire un effort pour ne pas se laisser aller à cette sensation.
Ceci fait elle enfila ses escarpins noirs vernis.
-Je t'attend moi ! dit-elle en passant le seuil de la porte. Elle entendit un soupir et elle se dépêcha de descendre les escaliers puis s'assit dans la voiture, siège passager.
-Je n'aime pas ne pas conduire.
-Etre à la place du mort tu veux dire ?
-Oui. Et je trouve ça ironique pour quelqu'un dont le métier est de tuer.
Il sourit.
-Où dois-je te conduire, aujourd'hui ?
Elle lui donna l'adresse, il haussa un sourcil mi- étonné mi- interrogateur, mais ne fit aucune remarque.
-Stop ! C'est là.
La voiture s'arrêta devant une porte de garage décrépie. Elle sortit de son sac une clef (ndc : Abas la nouvelle orthographe ! C'est tellement plus joli avec un « f » ndm: je suis totalement d'accord!) et ouvrit la porte.
Le Patron eut un sifflement admiratif devant la jaguar type E de 1969 rouge décapotable.
-C'était une folie. J'ai été payé pour un contrat exactement le même prix que cette merveille, ça m'a amusée et je l'ai achetée.
-Tu aurais pu choisir une couleur plus discrète, non ?
-Nope, elle est assortie à mon rouge à lèvres.
Elle l'embrassa et lui donna une lettre.
-Tiens en compensation de celle que tu as bien voulu rédiger.
Il voulut l'ouvrir.
-Non ! Attends demain, s'il te plait, attends.
Elle rentra dans sa voiture et ferma les yeux à l'entente du bruit caractéristique que le moteur produisait. Lui fit un petit signe de main et partit. Elle sentit le vent sur son visage, elle adorait cette sensation. Elle allait devoir passer à travers les embouteillages. Elle soupira d'avance, elle aurait préféré marché ou à la limite prendre un vélo mais arriver en vélo ne l'aurait pas fait. Vraiment pas. Et puis avec la robe. Non. En plus cela faisait longtemps qu'elle avait envie de reprendre sa voiture. Ne plus dépendre d'une tierce personne, être libre d'aller où elle voulait.
Elle s'arrêta devant un building tout de verre et d'acier et donna ses clefs (ndc ; je continue à militer pour qu'on nous rende nos veilles règles. ndm: appelle moi si tu as besoin d'aide) à un portier qui lui fit brièvement penser à Spirou. Elle entra et se dirigea vers la réception.
-Bonjour, que puis-je faire pour vous ? demanda une jeune femme au sourire étincelant.
Elle lui fit glisser la lettre que le Patron avait eu l'obligeance de lui rédiger la veille. La jeune femme la regarda puis sourit.
-Très bien, veuillez prendre l'ascenseur, c'est au dernier.
-Je peux vous demander de garder ceci ? elle lui fit glisser son étui.
-Très bien.
Adèle lui rendit son sourire.
Elle se regarda dans le miroir situé face à elle. La décapotable n'était peut-être pas l'idée du siècle. Elle se recoiffa en vitesse. Et regarda les étages défilés. Elle était seule. Pas qu'elle ne crut pas au hasard, elle s'avait que ce n'en était pas un. Les portes s'ouvrirent devant une pièce entièrement vitrée avec une longue table en son centre. Tous ces efforts pour ça. Elle s'assit sur une chaise pas encore occupée, les autres attablés lui jetèrent des regards intéressés ou apeurés pour ceux qui savaient qui elle était. Le rouge à lèvres avait fait son effet. Bien. Assise elle se prit à examiner ses « collègues ». En noir pour la plupart, des vêtements leur permettant de se mouvoir avec facilité, même si elle remarqua qu'ils avaient pour la plupart fait des efforts pour aujourd'hui.
Elle dénotait. Pas étonnent qu'elle ait surpris quelques regards méprisants. Elle ne leur ressemblait pas. Pas qu'elle soit la seule femme, elle était la seule qui fut féminine. Elle avait décidé dès le début qu'elle ne s'habillerait pas comme un homme, parce qu'autant écrire directement sur son front « je peux vous briser la nuque à mains nues ». Non, ce n'était pas pour elle. On avait peur d'elle juste par sa réputation, pas parce qu'elle s'amusait à aller dans des bars miteux et qu'elle menaçait des gens avec son flingue. Bon, elle avait quand même fait des efforts aujourd'hui, elle aurait pu mettre une robe longue et des sandales compensées avec des fleurs dans les cheveux. Chose qu'elle avait déjà faite, juste pour voir la réaction de ses potentiels clients. Cela ne leur avait pas plu, tant pis elle avait plein d'autres offres; où qu'elle aille le meurtre était universel et très recherché. Le crime ne connait pas la crise.
Elle croisa ses jambes et se résolu à attendre. Cela ne devrait pas durer longtemps, mais elle regretta d'avoir fini son livre la veille. Elle fut bien vite énervée par les tapements de pieds impatients de ses condisciples. Elle allait en tuer un. Quoique pas si bonne idée ici. Elle soupira, elle ne voulait pas faire ça mais elle détestait s'ennuyer.
-Excusez-moi ? elle interpella une espèce de groom-majordome, peut-être garde du corps (de qui ? c'est vrai qu'ils pourraient s'entre-tuer).
-Puis-je vous aider ?
Toute cette hypocrisie lui donnait envie de vomir.
-Oui, elle lui offrit son plus beau sourire, j'ai laissé quelque chose à la réception. Pourriez-vous aller le chercher ?
-Bien sûr.
Il partit en lui adressant un sourire, pas hypocrite finalement juste intéressé par son décolleté. Les autres lui jetèrent des regards intrigués. Croyant probablement à une ruse. Une ruse contre l'ennui, oui. Il revint relativement rapidement. Elle le remercia d'un regard équivoque. Elle s'amuserait avec lui après tout ça.
Elle sortit son violon de son étui, l'accorda et se mit à jouer. Quoi ? Ce n'était pas parce que l'occupation de ses collègues était d'aiguiser leurs couteaux ou de s'amuser avec un pistolet, qu'elle devait faire pareil. En plus ici, ils n'avaient droit à aucunes armes, c'était écrit noir sur blanc.
Donc aujourd'hui apprenons avec Adèle comment se ridiculiser auprès de ses « amis » tueurs rapidement. D'abords reniez votre âme sanguinaire et mettez une tenue féminine et des hauts talons. Après, laisser votre fibre artistique s'exprimer en interprétant du Vivaldi.
Elle se moquait de tout ce qu'ils pouvaient penser. Elle n'avait plus jouer depuis longtemps et elle laissa ses doigts filer sur les cordes. La musique envahir son être. Elle ferma les yeux et continua, enchainant les morceaux, sans réfléchir. Tout cela était devenu naturel chez elle.
CLAP CLAP CLAP.
Elle s'arrêta.
-Magnifique. Vous auriez dû exploiter ce don.
Elle se retourna vers l'homme qui avait attendu la fin de sa sonate pour l'applaudir. La quarantaine, des cheveux poivres-sels, une alliance, grand, corpulence moyenne, beau costard. Leur employeur.
Elle sourit.
- « Le crime est ce qu'est l'Art pour vous ; une manière, tout simplement, de se donner des sensations rares ».
-Oscar Wide ? il parut surpris.
-Oui, et c'est également mon autre don. Et j'espère que vous accepterez de l'exploiter.
-J'aviserai de cela plus tard. Asseyez-vous. Maintenant que nous sommes tous réunis nous allons pouvoir commencer. Comme vous le savez je vous propose le contrat de votre vie. Pas seulement pour le prix que j'y mets mais surtout parce que je choisirai le meilleur. Le prestige que tirera celui qui l'obtiendra sera énorme. Même si je ne doute pas que tous ici vous pensez être le meilleur, ce n'est pas à vous de décider. J'ai eu le plaisir de lire toutes les lettres de recommandations que je vous avais demandé de me faire parvenir. Cause de mon retard. Mais je voulais vérifier personnellement l'authenticité de tous ces bouts de feuilles qui changeront peut-être à jamais votre vie.
Adèle réprima un sourire, il exagérait un peu là. Elle n'était venue là que pour s'amuser. Ce n'est pas tant la destination que le voyage qui lui avait plu. Tout le prestige et l'argent ne remplaceront pas les mois de manipulation et de plaisir qui lui avait fallu pour avoir cette fichue lettre.
-Vous vous demandez surement pourquoi je vous aie demandé spécifiquement une recommandation écrite par un criminel français ?
Non, elle le savait. Pour l'écrémage.
-Pour faire le tri parmi vous. Tout le monde ne parle pas français et la majorité des criminels ne donnent pas de recommandation écrite. Mais vous êtes encore nombreux. Alors comment choisir parmi vous ?
Une oie, deux oies, trois oies, quatre oies, cinq oies, six oies, c'est toi !
-Je me suis donc demandez qui serait le plus à même de juger des tueurs. Et la réponse m'est venue naturellement. D'autres tueurs !
Là elle était étonnée. C'était complètement suicidaire !
-Vous serez tour à tour questionnez par vos concurrents. Vous serez obligé d'y répondre.
On allait l'obliger à rien du tout ! Elle choisirait les questions auxquelles elle accepterait gracieusement de répondre et pour les autres, elle se débrouillerait.
-Nous commencerons par mademoiselle à ma droite.
Il fit un sourire à la première victime qui allait se faire lyncher. Elle ne cilla pas. Petite, musclée, bronzée, le visage carré, de longs cheveux noirs, même si elle savait qu'ils étaient habituellement ramenés en queue de cheval (Sinon comment voulez-vous viser quelqu'un correctement avec des cheveux en plein visage ?).
Une espèce de caricature de tueur avec des cicatrices et des tatouages de partout posa la première question.
-Votre arme ?
Tiens vouvoiement ? Elle devrait réviser son jugement cliché pour cet homme. De « cliché inintéressant » il était passé à « potentielle menace ».
Elle répondit à la place de la femme.
-Un Magnum Desert Eagle (ndc : comment ça j'ai été sur Wikipédia ?). Elle vise très bien, dommage que cela soit si bruyant. Je me trompe Elisha (ndc : c'est Mutekiam qui a choisi le prénom) ?
L'intéressée grimaça.
-Non.
Elle sourit et se résolu à passer un long moment, elle trouverait peut-être un moyen de s'amuser malgré tout.
Les tueurs et les questions s'enchainaient. N'ayant rien à faire (à part mettre mal à l'aise ses collègues), elle se mit à réfléchir le pourquoi de toute cette mise en scène. On ne mettait pas les meilleurs tueurs dans une même pièce à être sur le point de s'entre-tuer ! Non, il y avait autre chose. Il devait s'interroger, cerner l'autre, le comprendre.
Putain de bordel de merde ! Ce con ne voulait quand même pas faire des équipes ? Son visage resta impassible alors que tout son être bouillonnait de rage. Tous ses efforts pour devoir travailler avec un sous-fifre ? Elle était sur le point de se lever, elle allait retourner tranquillement à son appartement, déchirer la lettre et défaire sa valise. Puis elle se ravisa, elle pourrait s'amuser avec ledit sous-fifre, elle n'était jamais contre une expérience nouvelle.
Elle se fit plus glaciale encore, c'était à son tour de jouer.
-Votre nom.
-Adèle (elle s'attendait presque à un « bonjour Adèle », elle avait l'impression d'être aux alcooliques anonymes.), mais je pense que vous le savez déjà tous.
-Oui, mais je voulais juste m'assurer que vous n'étiez pas une pâle imitation qui se contente de mettre du rouge sur ses lèvres.
Une soudaine envie de l'énucléer lui vint en tête, elle imaginait déjà le rendu.
-C'est vrai que vous, vous ne m'avez jamais vu.
Et un petit sourire menaçant. Elle pourrait peut-être le violer avant de l'énucléer, il était plutôt mignon. Elle lui mettrait du rouge sur les lèvres après. Signature. On ne se moque pas d'elle.
-Vous tuer bien au poignard ? demanda un autre pour briser le silence lourd qui s'était installé.
-Oui, vous vous êtes bien renseigné pour quelqu'un qui ne sait pas qui est le président américain actuel.
L'homme avait déjà été humilié par ses soins quelques instants plus tôt, mais cela ne l'empêchait pas de remettre une couche.
-Et si vous n'en avez pas ? Il parait qu'un flingue vous dégoute, en situation d'urgence vous faites quoi désarmées ?
Elle sourit. Connard.
-Premièrement, ce ne sont pas les « flingues » qui me dégoutent, mais ceux qui s'en servent. Après je ne suis jamais désarmée.
-Ici pas peut-être ? il leva les yeux au ciel pour se donner un air ironique. Raté.
-Non, j'ai déjà élaborée une stratégie pour vous tuer tous un à un. Un coup de talon dans la jugulaire, ou l'artère fémorale ça ne pardonne pas. Et vous par contre vous êtes désarmés. Mais quelqu'un ici pourrait se révéler utile.
Elle jeta un rapide coup d'œil au maitre des lieux, il lui sourit. Elle avait vu juste.
Elle balaya la foule du regard, attendant une autre question.
-De qui était votre lettre de recommandation ?
-Le Patron.
Re-silence. Comme quoi elle avait bien fait de revenir dans cet horrible pays. Elle attendit une autre question, qui ne vint pas. Comme quoi le rouge à lèvres se suffisait à lui-même.
L'homme au costard qui n'avait pas encore dit un mot depuis le début, se leva.
-Merci à tous d'être venus, mais j'ai fait mon choix. Adèle et Han Chul Hei, suivez-moi.
Elle se leva, ainsi que son comparse sous les regards médusé, envieux des autres restés assis.
Ils passèrent dans un bureau plus privé et s'assirent.
Elle détailla rapidement son futur associé. Tiens c'était celui qu'elle avait projeté de violer quelques instants plus tôt. Un mètre quatre-vingts, des cheveux noirs de jais, musclé, au vu de son nom coréen. Inconnu au bataillon mais qui après son interview s'était révélé intelligent et débrouillard. Peut-être pas un poids mort finalement.
-Je dois vous féliciter et, comme Adèle l'a induit, vous travaillerez en équipe. Il faudra bien deux personnes pour ce que je vais vous demander. J'espère que vous vous entendrez bien. Vous partez dans deux jours pour Hangzhou. Des questions ?
-Oui. Sommes-nous obligés de revenir en France pour recevoir notre payement ? sourit-elle.
Voilà! une dernière chanson pour la route Serge Gainsbourg "Je suis venu te dire que je m'en vais"
Moi aussi je vous aime!
