Risque Maximum
Le trajet depuis la mairie lui paraissait interminable. Il n'avait retenu que deux mots de ce qu'elle avait vainement tenté de lui expliquer au téléphone : « Hanck » et « ici »
Les seules choses qu'il savait à propos de ce sale type, c'est ce que son détective lui avait appris. Lisa ne lui avait rien dit de son enfance, ni de son beau-père abusif. Et il n'avait rien demandé. Mais elle savait qu'il s'était renseigné et par conséquent qu'il connaissait tous les détails sordides de sa vie.
Son sang n'avait fait qu'un tour lorsqu'il avait entendu Lisa en pleurs. Il espérait juste arriver avant qu'il ne soit trop tard.
Il avait tenté de joindre Esteban, mais il était en concert dans un café de Soho ce soir. En principe Lisa devait y être elle aussi, mais elle était un peu grippée et avait préféré ménager sa voix pour la première sélection du concours, qui devait avoir lieue une semaine plus tard.
Elle avait sauté de joie quand Chuck lui avait annoncé que Gillian serait sa marraine et qu'elle pourrait donc concourir malgré les manigances de Blair. Il n'avait jamais imaginé que sa relation avec sa sœur déclencherait de telles réactions dans son entourage. D'abord Nate, puis Blair. Bien sûr, le fait que personne n'ait connaissance de la nature exacte de cette relation faussait la donne.
Il ne lui était pas venu à l'esprit une seule seconde que Blair pourrait être jalouse de Lisa. Elle devait épouser son prince et voir ainsi son conte de fée devenir réalité dans un peu plus d'un mois. Pourquoi ne pouvait-elle pas tout simplement se concentrer sur son bonheur ?
Il connaissait parfaitement la réponse. Il n'était pas bon pour elle, mais il était son addiction, comme une drogue dont elle ne pouvait se passer et qui la détruisait petit à petit. Il l'attirait irrémédiablement du côté sombre, elle le lui avait dit elle-même, mais elle y revenait pour s'y réfugier dés que la vie lui faisait peur.
Il ne voulait pas, ne pouvait pas, l'entraîner dans l'abîme avec lui une fois de plus. Ni pour elle, ni pour lui. Car il savait d'avance comment cela se terminerait et il ne le supporterait pas cette fois. La douleur de la perdre encore aurait raison de lui. Il ne prendrait pas le risque d'y croire à nouveau.
Il pensait sincèrement les mots qu'il avait prononcés avant l'appel désespéré de Lisa.
La limousine était à peine garée que Chuck en sortit comme une flèche et se précipita chez Esteban.
Il pénétra dans l'entrée minuscule et grimpa les escaliers quatre à quatre jusqu'au cinquième étage. Il tambourina à la porte sans attendre. Mais personne ne vint lui ouvrir. Il tourna la poignée, sans succès.
Seul un voisin de palier s'aventura dans le corridor, attiré par le raffut qu'il faisait.
- LISA, hurla-t-il essoufflé, sans se soucier du dérangement qu'il pouvait occasionner.
Aucun son ne provenait de l'intérieur quand il colla son oreille contre la porte en contre-plaqué. L'espace d'une seconde, il fut pris d'un doute. Elle ne lui avait pas spécifié l'endroit où elle se trouvait, au téléphone. Il avait foncé ici sans même prendre le temps de se poser la question, parce qu'il manquait de temps justement.
- LISA, hurla-t-il à nouveau, pris de panique.
Cette fois il entendit distinctement un bruit sourd dans l'appartement.
Sans réfléchir, il recula pour prendre son l'élan et percuta la mince paroi de bois qui céda sous la violence du choc.
Il ne lui fallut pas longtemps pour repérer Hanck, qui avait réussi à enfoncer la porte de la salle de bain lui aussi, et sa sœur, recroquevillée dans la douche de cette pièce minuscule.
Il traversa l'appartement, qui faisait à peine le tiers de sa suite, en courant et se retrouva nez à nez avec Hanck.
- Qui es-tu, toi ? cria le type, qui faisait au moins trente centimètres de plus que lui, en avançant droit sur le prince noir.
Hanck envoya son poing en direction de la face de Chuck mais ce dernier l'évita et la main du géant vint s'écraser dans le vide. Ce geste lui fit perdre l'équilibre, déjà rendu instable par les litres de vodka qu'il avait dû ingurgités vu de l'odeur pestilentielle qui se dégageait de lui. Il s'étala de tout son long sur le sol, en travers de la porte qu'il venait de défoncer.
- CHUCK ! hurla Lisa qui s'était relevée en entendant Hanck s'éloigner pour s'en prendre à quelqu'un d'autre.
Elle sortit prestement de son refuge et passa à côté de son beau-père, qui tentait de se relever, pour rejoindre son frère.
- Tu n'as rien ? questionna-t-il complètement affolé, en l'attrapant par les deux bras.
- Non, mais heureusement que tu es arrivé !
- Sortons d'ici ! dit-il soulagé de voir sa sœur en un seul morceau.
Lisa voulu avancer, mais Hanck la rattrapa par les cheveux et la tira violemment vers lui.
- NON ! cria Chuck en s'interposant entre eux pour que Hanck lâche prise.
Lisa s'écroula sur le lino, libérée de l'emprise de son beau-père.
Elle rampa jusque sous la table de la cuisine avant de se retourner.
- HANCK, NON ! JE T'EN SUPPLIE, hurla de plus belle la jeune fille dans une vision d'horreur.
Mais il était trop tard, Lisa avait vu briller l'acier de la lame une fraction de seconde et le corps son frère s'effondrait déjà au sol.
Elle avait vécu assez longtemps avec ce sale type pour savoir qu'il ne s'arrêterait pas là.
Elle se remit sur ses pieds et vola littéralement jusqu'aux deux hommes, un couteau à la main elle-aussi. Elle percuta Hanck de plein fouet et réussit à le faire reculer de plusieurs pas. Puis il vacilla, traversant dans sa chute la paroi de la douche qui se brisa en mille morceaux. Il resta immobile, la tête dans le siphon.
Lisa se jeta sur son frère sans attendre.
- Chuck, sanglota-t-elle, constatant qu'il était inconscient lui aussi.
Ce fou avait eut le temps de lui asséner plusieurs coups sanglants.
Elle l'empoigna par les avants bras et entreprit de le traîner jusqu'au couloir, laissant des traînées rouges au sol.
Ils devaient absolument sortir de là avant que Hanck le géant ne reprenne ses esprits.
