Point de Rupture

B s'approcha du lit où Chuck reposait.

Il était si pâle.

Elle frissonna en pensant que sa vie ne tenait qu'à un fil de plastique.

Il avait toujours été le grand Chuck Bass à ses yeux.

Même quand elle le détestait. Même quand il était odieux. Elle n'avait jamais douté de sa puissance. Elle était aussi tombée amoureuse de lui pour ça.

Elle avait longtemps pensé qu'il n'avait pas de cœur. Avant de le découvrir, comme un trésor saccagé, enfui au plus profond de lui, bien à l'abri des regards indiscrets. Et aujourd'hui, elle savait, que s'il devait s'arrêter de battre, le sien s'arrêterait aussi.

Elle s'installa sur le siège et glissa sa main dans celle du jeune homme, qui était glacée, puis, posa sa tête sur son propre bras, tout au bord des couvertures pour ne pas le gêner ni le blesser plus qu'il ne l'était déjà.

C'est à peine si elle osait respirer.

Elle ferma les yeux.

Elle n'avait pas pu quitter la clinique avant d'être sûre et certaine qu'il était bien vivant.

Elle avait besoin de le voir, de le toucher, de lui faire savoir qu'elle était là, à ses côtés.

Qu'elle serait toujours là !

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Chuck perçut une présence dans le brouillard. Il avait la tête dans du coton et ses paupières étaient lourdes. Sa bouche était pâteuse et une douleur lancinante se faisait sentir dans tout son corps.

Il sentit une main chaude se glisser dans la sienne et le parfum de ses cheveux parvint jusqu'à ses narines. Il savait que c'était elle. De son pouce, il caressa le dos de la main de sa bien-aimée et lutta contre lui-même pour ouvrir les yeux.

La lumière l'aveugla un instant, avant qu'il ne puisse distinguer les contours de son visage.

Elle avait relevé la tête et l'observait en retenant son souffle, les yeux noyés de larmes.

- Hé, dit-elle tout bas en constatant avec soulagement qu'il était réveillé.

- Hé, répondit-il avec un faible sourire.

Elle serra sa main un peu plus fort et la porta à ses lèvres. Puis, elle s'assied sur le rebord du lit et caressa son visage.

- Lisa ? s'inquiéta-t-il, alors que les dernières heures lui revenaient en mémoires.

- Chut ! dit Blair en posant un doigt sur les lèvres asséchées du jeune homme. Le médecin dit que tu dois garder tes forces, alors ne les gaspille pas. Lisa va bien, elle est en sécurité.

Il referma les yeux, rassuré sur le sort de sa sœur. Il était épuisé.

Il sentit Blair déposer une série de baisers, sur son front, sa tempe, puis sa pommette.

- Surtout ne me laisse pas, l'entendit-il murmurer à son oreille avant de glisser à nouveau vers les abîmes. Ne me laisse pas, j'ai besoin de toi, je ne peux pas vivre sans toi.

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Blair rentra chez elle, épuisée elle aussi. La soirée avait été forte en émotions et elle sentait d'instinct que ce n'était pas prêt de se terminer. Elle ne serait pas tranquille tant que Chuck ne serait pas totalement sorti d'affaire. Le médecin avait beau se montrer rassurant sur son état de santé « stabilisé », il n'en restait pas moins qu'il était désormais en sursis.

Elle ne l'avait encore jamais envisagé, pas une seule seconde, même lorsqu'elle avait appris qu'il s'était fait tiré dessus, l'année précédente, car elle savait qu'il allait bien avant d'apprendre la nouvelle. Mais, cette fois, les choses étaient différentes.

Elle avait réellement peur de l'avoir perdu pour toujours. Et cela ne tenait pas seulement à l'éventualité que Lisa, ou Jack, ou qui que ce soit puisse lui procurer le rein dont il avait tant besoin, même si c'était la première des priorités.

Non, elle avait compris ce soir qu'il avait tiré un trait sur leur relation. Il était sincère, sur la terrasse et elle devrait batailler ferme pour le faire revenir sur sa décision. A la condition qu'il accepte encore de lui adresser la parole lorsqu'il aurait découvert comment le beau-père de Lisa avait retrouvé la trace de sa sœur.

Une douleur sourde lui étreint le cœur à l'idée que ses manigances pour éloigner la jeune fille soient à l'origine des blessures de Chuck. Elle ne se le pardonnerait jamais et redoutait la réaction de celui qu'elle aimait plus que tout et qui se battait pour sa vie en ce moment même.

Elle savait combien il pouvait se montrer cruel. Il serait furieux quand il comprendrait son implication dans cette histoire. Sa sœur aurait pu être blessée elle aussi… ou peut-être même pire. Elle n'osait imaginer ce qui se serait passé si Chuck n'était pas intervenu et ne connaissait que trop l'étendue des dégâts qui en découlaient.

Elle pénétra dans son appartement et remit son manteau à Dorota sans un mot.

- Votre prince vous attend dans le salon, Mademoiselle, dit la bonne d'un ton empressé et empli de reproches, vu l'heure à laquelle rentrait la propriétaire des lieux.

Elle avait déjà pris son service depuis un quart d'heure au moins !

Blair tenta de faire disparaître la boule coincée dans sa gorge. Elle se devait de prendre les problèmes dans l'ordre, les uns après les autres. C'était la seule façon de faire face à la situation.

- Où étais-tu ? interrogea Louis en l'apercevant depuis le sofa.

- A l'hôpital, j'y ai passé le reste de la nuit.

Une lueur d'inquiétude passa dans le regard du prince.

- Tu es malade ? questionna-t-il, ne constatant aucune blessure apparente sur le corps de sa fiancée.

- Pas moi, non. C'est Chuck, il y a eu …

Mais Louis ne l'écoutait plus. A la seconde même où il l'entendit prononcer le nom de Chuck, la colère remplaça le voile d'inquiétude dans ses prunelles.

- Je n'arrive pas à y croire, tonna-t-il. Tu es restée toute la nuit avec lui !

- Il est gravement blessé, voulu expliquer B, gagnée par la colère elle aussi.

- Ça m'est égal ! Quelle que soit la raison, tu trouves toujours une bonne excuse pour te retrouver auprès de lui. Et je ne vois qu'une seule explication à ton attitude.

- Je l'aime, cria Blair presque malgré elle.

Elle n'avait pas eu l'intention d'être aussi brutale, mais elle était soulagée de pouvoir mettre fin à cette comédie.

- Je l'aime et je l'aimerai toujours… Je n'ai jamais aimé que lui, continua Blair sur sa lancée maintenant que le mal était fait.

Louis la dévisagea, interdit. Il le suspectait depuis toujours, mais le fait qu'elle le reconnaisse donnait une réalité à ses sentiments contre laquelle il ne pouvait pas lutter.

- Je vois, dit-il d'un ton froid. J'enverrai quelqu'un récupérer mes affaires dés demain. L'attaché de presse du palais se chargera du communiqué concernant l'annulation du mariage.

- Je suis désolée, murmura B.

- Moi aussi… je suis désolé… de t'avoir accordé ma confiance… et mon amour… J'ai bousculé le protocole pour toi… Il faut croire que ma mère avait raison à ton propos… Maintenant, si tu veux bien me rendre la bague des Grimaldi.

Blair ôta le rubis qui lui enserrait le doigt et le tendit à Louis qui s'en saisit.

- J'espère que ses blessures le feront souffrir encore longtemps, ajouta-t-il, amer, en quittant la pièce.