Amitiés
Sa gorge lui faisait mal et ses yeux larmoyaient à nouveau lorsqu'elle réussit enfin à quitter le salon.
- Mademoiselle Blair ? s'inquiéta Dorota.
Les reproches sous entendus dans sa voix quelques minutes plus tôt n'étaient plus que de lointains souvenirs devant la détresse de la jeune femme.
- Est-ce que Monsieur Chuck va bien ?
La gouvernante n'avait pas pu s'empêcher d'entendre la conversation avec le prince de Monaco.
Blair se contenta de secouer la tête, incapable d'articuler tant sa gorge était serrée.
- Vous devriez monter vous reposer, je suis certaine que tout ira bien. Monsieur Chuck est quelqu'un de fort.
Blair acquiesça, mais ses larmes redoublèrent et sa fidèle domestique passa un bras dans son dos pour l'accompagner jusqu'à sa chambre.
Le téléphone de B retentit annonçant un nouveau post de Gossip Girl :
« Aperçu, le prince noir étendu sur une civière du King's County. Il se murmure que les successeurs sont déjà sur la ligne de départ mais, patience Messieurs, le Roi de l'Upper East Side n'est pas encore mort aux dernières nouvelles.»
- C'est si grave que ça ? s'enquit Dorota, impressionnée par la photo de Chuck, couvert de sang, à son arrivée aux urgences, quelques heures auparavant.
Les sanglots de Blair reprirent de plus belle tandis qu'elle posait son téléphone sur sa table de nuit et s'allongeait sur son édredon.
Dorota fut prise de remords en repensant à cette fameuse nuit où Monsieur Chuck était venu voir Miss Blair. Son seul souci avait été de la protéger, mais elle se demandait à présent si elle n'aurait pas mieux fait de l'avertir de la présence du jeune homme dans le hall. Il semblait perdu et avait dit que seule Blair pourrait l'aider. Un lien puissant unissait ces deux êtres et elle se reprocha d'être intervenue dans leur destinée.
Quoi qu'il en soit, ce n'était pas le moment pour en débattre ou pour en parler. Mieux valait passer sous silence cet épisode, sinon elle pouvait d'ores et déjà faire ses valises pour la Pologne.
Elle quitta la chambre au moment où la porte de la salle de bain commune s'ouvrait sur Serena, qui n'avait pas dû beaucoup dormir. Les grandes cernes qui s'étaient formées sous ses yeux et sa mine défaite témoignaient de son inquiétude pour la santé de son frère.
Les pleurs de sa meilleure amie avaient attiré son attention, depuis la chambre qu'elle occupait. La jolie blonde avait suivi les recommandations de Lily et était rentrée avec Nate chez les Waldorf.
Ils avaient besoin de se retrouver tous les trois après ce qui venait d'arriver. Chuck était l'un des leurs. Peu importe s'ils se disputaient parfois, ils avaient grandi ensembles, dans cet univers où les enfants se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes, et aucun d'eux n'avaient échappé à la règle, même s'ils n'avaient pas tous été impactés de la même façon.
De plus, les liens fraternels qu'elle avait développés avec Chuck s'étaient resserrés au fil du temps. Il était agaçant au possible, et pouvait carrément se montrer ignoble, mais il était toujours là quand elle en avait vraiment besoin. Que ce soit pour elle, ou pour Éric, ou pour n'importe lequel d'entre eux.
Elle s'installa sur le lit et serra Blair dans ses bras, partageant son inquiétude et son chagrin.
Nate les rejoignit dans la chambre et s'assied de l'autre côté de Blair. Il posa la main sur l'épaule de son amie, incapable de parler lui non plus.
La seule chose qu'il pouvait faire pour son meilleur ami était de prendre soin de Blair. C'était ce que Chuck lui aurait demandé s'il avait été là. Mais il n'était pas là, il était allongé sur un lit d'hôpital et, à l'instar du post de GG, il ne doutait pas que cela en réjouisse plus d'un. Chuck avait le don de se faire détester.
Un demi-sourire éclaira son visage à la pensée des sales coups que Chuck avait fait à la plupart de leurs pairs. Le prince noir ne les avait jamais épargnés, souvent avec sa complicité, et pas toujours avec son consentement d'ailleurs. Évidement qu'ils se pressaient au portillon pour prendre sa place !
Mais Chuck n'avait pas dit son dernier mot. Il connaissait la ténacité et l'entêtement de son meilleur ami et il comptait sur ceux-ci pour le sortir de ce mauvais pas. Il refusait de se laisser aller au pessimisme. Chuck Bass ne se laisserait pas abattre.
Les sanglots de B se muèrent peu à peu en lents gémissements au fur et mesure que sa respiration s'apaisait. Nate pivota un peu et s'installa sur l'édredon pour l'entourer de ses bras. Il posa sa main sur celle de sa petite amie qui enlaçait Blair de l'autre côté. Cette dernière pleurait maintenant doucement, la tête posée sur l'épaule de sa meilleure amie.
Serena leva les yeux sur son petit ami. Ses yeux étaient rougis et son visage creusé par l'inquiétude qui le rongeait. Après avoir informé Gillian et Macy, Nate l'avait rassurée jusqu'à l'arrivée de Blair, mais elle n'ignorait pas qu'en son fort intérieur, il était fortement ébranlé par ce qui s'était passé ce soir.
La jolie blonde connaissait le lien aussi étroit qu'étrange qui le liait à Chuck. Ce dernier était peut-être son frère adoptif, mais il était comme un frère pour Nate depuis leur plus tendre enfance. Et même s'ils avaient été en froid ces derniers temps, il ne faisait aucun doute qu'ils se réconcilieraient comme à leur habitude. Même si cette fois ce n'était pas autour d'un verre de scotch !
Blair finit par s'assoupir, apaisée par la présence de ses amis à ses côtés. Le silence s'installa dans la chambre et Serena sombra dans le sommeil elle aussi. Nate ferma enfin les yeux, mais il ne pouvait trouver le repos. Les accusations qu'il avait proférées à l'encontre de Chuck ces derniers temps ne cessaient de tournoyer dans son esprit.
Tout à l'heure, ils iraient le voir, et il s'excuserait à nouveau pour son attitude envers Chuck, et envers Lisa. Il ne laisserait pas tomber son meilleur ami. Dans quelques semaines ils reprendraient tous le cours de leur vie et toute cette histoire ne serait plus qu'un mauvais souvenir.
Il s'enfonça lentement dans les limbes et rêva d'un voyage sur une île paradisiaque à l'autre bout de la terre où il n'était question que de plongée et de navigation sur un voilier qu'ils partageaient tous les quatre.
