Réveil

Lisa poussa doucement la porte de la chambre 2110 de King's County Hospital Center et s'avança en silence jusqu'à Chuck. Sa mère adoptive s'était assoupie sur son magasine de mode, dans le fauteuil installé de l'autre côté du lit.

La jeune fille effleura le bras de son frère, dans lequel les médecins avaient introduit une aiguille qui le reliait par un tube en plastique au dialyseur. L'appareil, qui devait l'aider à rester en vie jusqu'à la transplantation, était impressionnant.

Elle pria de toute son âme pour que les résultats des tests qu'avait effectués l'infirmière soient concluants. Le médecin avait insisté pour la garder en observation quelques heures après les prélèvements nécessaires et les événements traumatisants de la nuit.

Des flashs du drame crépitaient sans cesse devant ses yeux. Elle revoyait les scènes encore et encore et le calmant que lui avait administré une autre infirmière n'y avait rien changé. Elle était incapable de suivre les conseils du personnel médical. Se reposer était une chose impossible pour elle.

Pas tant qu'elle n'aurait pas vu Chuck !

Aussi, avait-elle décidé de se mettre en quête de sa chambre, contre avis médical. Au moins tant qu'elle était hospitalisée, elle n'était pas très loin de lui. Et elle n'avait aucune envie de rentrer dans l'appartement d'Esteban de toute façon.

Quelqu'un frappa doucement à la porte et celui-ci apparut dans l'embrasure. Lisa posa son index sur ses lèvres et se dirigea vers lui à pas de loup, comme elle était venue.

- Est-ce que ça va ? demanda ce dernier à voix basse, une fois dans le couloir.

- Ça ira mieux quand je saurai que je peux aider mon frère ! Tu as trouvé ce que je t'ai demandé ?

Le jeune Cubain acquiesça et lui tendit un sachet.

- J'ai dû faire plusieurs drugstores, ça ne se vend pratiquement plus ces trucs là !

- Je sais, répondit-elle en sortant une boîte de carton qu'elle entreprit d'ouvrir.

- Pourquoi en voulais-tu absolument ? Tu n'as pas besoin de ça ici. Il y a tout ce qu'il te faut pour ça.

- C'est juste quelque chose qui me tient à cœur, dit Lisa en se dirigeant vers le bureau des infirmières.

Esteban la suivit sans rien comprendre à ses agissements.

- Excusez-moi, dit son amie à l'infirmière occupée à rédiger des notes dans un grand cahier quadrillé, auriez-vous un feutre indélébile à me prêter s'il vous plaît ?

La femme rondelette remonta ses lunettes et la considéra un instant avant de se mettre en quête de l'objet demandé par la jeune fille, sous une pile de documents, entassés sur le pupitre.

- Voici, dit-elle d'une voix qui résonnait comme un avertissement, mais il s'appelle revient !

- Pas de problème, lui sourit Lisa, je n'en n'ai que pour un instant.

Elle noua le bout de tissus qu'elle avait extirpé de la boîte en carton quelques instants plus tôt et y dessina ses initiales à l'encre noir.

- Qu'est-ce que tu fais ? questionna encore Esteban.

- Il faut que je retourne voir Chuck, c'est un truc entre nous, fut tout ce qu'elle lui donna comme explication.

Il la regarda s'éloigner dans la direction d'où ils venaient, après avoir remis le feutre en main propre à l'infirmière assise derrière le bureau.

- Attend !… Il faut que j'y aille, dit-il un peu mal à l'aise de la laisser seule dans ce moment difficile. Mon proprio m'a appelé ... et la police aussi.

Lisa grimaça et se raidit lorsqu'il prononça le mot « police ». Elle n'avait jamais été en bons termes avec les forces de l'ordre.

- Je suis désolée, se reprit-elle, ton appartement a été saccagé.

- Ce n'est pas ta faute !

- J'aurai dû te prévenir que j'étais une fille à problèmes quand tu m'as proposé de me ramener le premier soir devant l'Empire.

- Ça, je m'en suis aperçu assez vite, dit-il en souriant.

Il posa sa main sur celle de la jeune fille qui se tourna vers lui et déposa un baiser timide sur les lèvres du jeune homme.

- Merci de m'avoir quand même accueillie, souffla-t-elle, avant de poursuivre son chemin.

Elle toqua fermement à la porte en entendant des voix dans la chambre.

Lily avait le visage grave et Chuck, qui était réveillé, regardait intensément la couverture. Sa mère l'avait certainement informé de son état de santé.

Il leva la tête vers Lisa quand elle franchit le seuil de la chambre et une lueur éclaira un instant son regard sombre.

- Lisa, dit-il d'une voix un peu trop réjouie, avant de noter qu'elle portait une blouse d'hôpital sous son peignoir. Tu vas bien ?

- Je vais bien, oui ! Mieux que toi en tout cas ! dit sa sœur d'un ton triste.

Elle vint s'asseoir sur le bord du lit, d'où elle l'avait observé dormir.

Il posa sa main sur la sienne et leurs regards se croisèrent en silence. Elle glissa quelque chose dans sa paume en même temps qu'elle se penchait pour l'embrasser sur la joue.

- Merci d'être venu, reprit-elle tout bas.

- Toujours, répondit-il.