Attraction fatale

Chuck somnolait sur son lit d'hôpital quand elle entra dans la chambre. Elle s'approcha sans bruit, pensant qu'il dormait.

Elle était repassée chez elle pour se changer et avait passé tout le trajet à préparer ses arguments. Elle n'espérait même pas qu'il soit facile à convaincre et avait bien l'intention d'utiliser tous les moyens dont elle disposait.

Elle posa le coffret contenant son gel douche, son parfum et autres, que Nate avait oublié dans l'angoisse de cette horrible nuit, sur la tablette de la table de nuit, trop impatiente de le toucher. Elle leva les yeux sur lui et constata qu'il ne dormait pas. Il la regardait intensément, de ce regard qui lui faisait chavirer le cœur.

Chuck avait senti son cœur s'emballer à la seconde où il avait reconnu son parfum. Il connaissait ses intentions. Il savait que la conversation qu'ils avaient eue avant que Lisa ne l'appelle à l'aide n'était pas terminée pour elle.

Il avait dû s'occuper de Lisa, la veille et elle avait respecté cette priorité. Il l'avait même trouvée étrangement silencieuse et discrète, contrairement à ses habitudes. Mais il n'ignorait pas que ce répit ne durerait pas. Surtout maintenant qu'il était en sursit. Elle ne se contenterait pas d'un non. Et elle n'hésiterait pas à exploiter chacune de ses faiblesses pour gagner la partie. Mais lui ne voulait plus jouer. Il n'avait plus le temps pour ça.

La phrase qu'elle avait prononcée le soir où il avait été amené ici, alors qu'il était à moitié conscient, résonnait encore dans sa tête. Il savait qu'elle était sincère. Et c'est aussi ce qui confirmait sa décision. Il ne pouvait pas lui faire ça, il n'en avait pas le droit. Plus vite elle passerait à autre chose, mieux ce serait pour elle.

- J'ai croisé ta sœur, dans ta chambre, ce matin en me réveillant, dit-elle tout de go en plongeant son regard dans le sien.

Elle avait bien l'intention de prendre l'avantage dés le départ. Elle s'assied sur le bord du lit et passa une main dans ses cheveux tout en se penchant un peu vers lui pour qu'il puisse profiter de la vue imprenable sur son décolleté.

- Blair ... arrête ça ! murmura-t-il la bouche sèche.

- Arrêter quoi ? minauda-t-elle en se penchant encore un peu plus pour l'embrasser sur la joue.

Il stoppa son geste de la main et elle en profita pour nouer ses doigts aux siens.

Il devait réussir à échapper à son attraction s'il voulait avoir la moindre chance de résister. Elle avait relevé ses cheveux pour dégager sa nuque, ça le rendait fou.

- Où est passé ton prince ? Est-il reparti à Monaco comme le laissait croire le dernier post de Gossip Girl ? tenta-t-il pour la détourner de son objectif.

Mais la réponse qu'elle lui donna se retourna contre lui.

- Il y est, oui ! Tu n'as pas vu les journaux ce matin ? Les choses se sont dégradées entre nous, nous avons rompu nos fiançailles. Ces dernières semaines ont été horribles, on n'a pas cessé de se disputer. Louis avait compris que j'aurais toujours des sentiments pour toi, bien avant que je ne le reconnaisse.

Chuck fut tétanisé par ce qu'elle venait de lui dire. Le contact de sa main, qu'elle n'avait pas lâchée, le brûlait presque.

- Blair … dit-il le souffle court, sur un ton presque suppliant. Le jour du mariage approche et tu commences à paniquer mais …

- Il n'est plus question de mariage, je viens de te le dire. Si tu ne me crois pas, tu n'as qu'à vérifier par toi-même.

Elle s'éloigna pour prendre le journal du matin, qui avait été déposé sur la table, plus loin dans la pièce et qu'il n'avait pas encore pris le temps de consulter.

Il en profita pour récupérer une plus grande liberté de mouvement, il avait horreur d'être coincé dans ce lit, surtout en cet instant. Il avait besoin de pouvoir s'écarter d'elle pour ne pas être à sa merci. Il inspira une grande bouffée d'air avant de se mettre debout.

Elle revint vers lui pour lui présenter le journal qui faisait la Une avec l'annulation de son mariage royal.

- Mais … Qu'est-ce que tu fais ? questionna-t-elle en constatant qu'il s'était levé.

- Toi, qu'est-ce que tu fais ? répliqua-t-il en lisant les gros titres de loin. Tu as dit qu'il te rendait heureuse, qu'il rendait ta vie lumineuse ... tandis que moi …

- Tu as tes démons et ton côté sombre, c'est vrai, mais Louis avait les siens lui aussi, tout comme moi. Et tu peux me croire, la lumière n'a pas durée bien longtemps. C'est même le noir total à présent et la seule flamme que j'entraperçois, c'est celle qui brûle pour toi dans mon cœur.

Il s'obligea à respirer lentement. Ses blessures le faisaient souffrir atrocement et il recula d'un pas pour prendre appui sur le bord du lit qu'il venait de quitter.

- Chuck, dit-elle à mi-voix devant la douleur évidente qui transparaissait sur son visage.

Elle s'approcha et voulut le prendre dans ses bras pour l'aider, mais il tituba de quelques pas pour se tenir à distance et reprendre son souffle. Lorsqu'il releva son visage vers elle, il s'aperçut qu'une larme roulait sur sa joue.

- Arrête ça ! dit-elle, au supplice de le voir dans cet état.

Une douleur sourde, provenant de son cœur, vint s'ajouter à celle qui irradiait dans le reste de son corps mais il n'en écouta aucune. Il venait de voir une faille dans le jeu de sa reine et il n'avait d'autre choix que de l'exploiter. Il devait tenter le tout pour le tout s'il voulait qu'elle s'avoue vaincue.

- Mais qu'est-ce que tu espères de moi ? l'interrogea-t-il avec difficulté. Tu ne vois donc pas que c'est ce que je suis maintenant ? Je suis condamné. Je suis peut-être déjà mort.

Il avait dit ça d'un trait, presque en criant, car c'était la triste réalité.

- Tais-toi ! hurla-t-elle en se jetant à son cou. Tais-toi ! T'as pas le droit de dire ça, tu m'entends !

Chuck aurait souhaité mourir sur le champ. Il ne pouvait pas endurer la torture plus longtemps. Son cœur se débattait comme un fou dans sa poitrine. Il sentait son corps qui tremblait contre le sien, qui tremblait aussi. Chacune de ses fibres n'aspiraient qu'à la prendre dans ses bras pour la serrer tout contre lui. Il aurait voulu pouvoir consoler sa peine, lui dire qu'il l'aimait et que tout irait bien, mais c'était impossible.

Elle prit son visage entre ses mains pour l'obliger à la regarder et plongea à nouveau ses yeux dans les siens. Il eut l'impression de se noyer, le souffle lui manquait à nouveau.

- Tu n'es pas encore mort… Et si tu crois que tu vas me convaincre de renoncer à toi de cette manière, tu te trompes, reprit-elle du ton le plus ferme qu'elle put. Je ne cesserai pas de lutter, jusqu'à ton dernier souffle, ou le mien, tu m'entends. Que ce soit demain, ou dans une semaine, ou dans cents ans. Alors si tu choisis de te battre, tu as intérêt à être résistant, parce que je ne te ferai pas de cadeau.

Elle reprit son souffle, elle aussi, avant de reprendre, tandis que Chuck sentait son armure s'effriter.

- Ensemble nous sommes indestructibles, mais cela ne fonctionne que lorsqu'on joue dans la même équipe, c'est toi qui me l'as dit. Et tu m'as dit aussi un jour que si j'oubliais que j'étais Blair Waldorf, je devais me souvenir que tu étais Chuck Bass, alors toi, n'oublie pas qui je suis, dit-elle pour tenter de le convaincre encore.

Sa carapace fondait comme neige au soleil, mais il n'osait plus croire à leur histoire malgré leur promesse de s'aimer toujours. Il ne supporterait pas de la perdre à nouveau, il savait que cette fois, il n'y survivrait pas et cela n'avait rien à voir avec la transplantation d'organe.

- Je ne l'oublie pas, mais je me suis promis que je ne te ferais plus jamais de mal et j'ai si peur de te perdre encore, lui confia-t-il la mort dans l'âme.

Elle le sentit faiblir et passa un bras autour de sa taille pour l'obliger à venir s'asseoir sur le lit. De l'autre main, elle puisa dans le coffret qu'elle avait ramené, pour lui donner une boîte minuscule qu'elle lui fit signe d'ouvrir du menton.

- Tu ne me perdras pas, tu ne m'as jamais perdue, je n'ai jamais cessé de t'aimer depuis cette nuit là, au Victrola, pas même une seule seconde. Et rien ne peut me faire plus de mal que lorsque tu me tiens à distance, comme en ce moment.

Chuck avait les yeux brillants, il contemplait le contenu du boîtier comme un trésor. Il ne connaissait que trop bien la signification de cet objet pour sa dulcinée.

Blair prit le petit cœur en or et l'épingla à sa blouse d'hôpital.

- Je l'ai retrouvé, dans une boîte à chaussure pleine de vieux souvenirs, quand Nate a annoncé ses fiançailles et je me suis rendue compte que je ne l'avais jamais donné à celui à qui appartenait réellement mon cœur … et mon âme.

Elle caressa son visage et déposa un baiser tendre sur les lèvres de Chuck. Il lui rendit son baiser et l'attira, enfin, dans ses bras pour la serrer tout contre lui, comme le lui réclamait chaque cellule de son corps, qui continuait de trembler.

- Ne m'abandonne plus jamais ou j'en mourrai, souffla-t-il tandis qu'il resserrait son étreinte autour de la femme qu'il aimerait toujours.

- Plus jamais, je te le promets.

Elle posa à nouveau ses lèvres sur les siennes et Chuck sentit son cœur exploser du bonheur de la tenir entre ses bras. Peu importe ce qui se passerait dans les jours à venir, ce moment étaient à eux et il se promit qu'il vivrait chaque instant comme si c'était le dernier. Il n'avait plus de temps à gaspiller à être malheureux.