Aime-moi

Lisa et Blair arrivèrent à l'Empire en début de soirée. La nouvelle arrivée à Manhattan commençait à apprécier le monde de son frère. Peut-être réussirait-elle enfin à se faire une place quelque part finalement. Elle qui n'était jamais restée en place plus d'un an, sauf contrainte et forcée, envisageait de rester à New-York. Après tout, Chuck était sa seule famille, nonobstant, l'oncle Jack. Et puis il y avait Esteban.

Les jeunes femmes croisèrent Maître Jacquard en sortant de l'ascenseur.

Lisa le salua et entra dans sa chambre immédiatement. Elle devait se préparer pour la soirée et elle préférait laisser de l'intimité à son frère et Blair. Cette dernière avait beau être un caporal en chef, il était plus qu'évident que s'organiser pour entourer Chuck était la seule chose qu'elle pouvait faire pour avoir l'illusion de maîtriser la situation. Ce qui devait la frustrer au plus au point car elle devait être à la torture de ne pas être le maître des clefs, surtout vu l'enjeu.

La surprise de Lisa fut des plus totales quand elle se rendit compte que ses affaires avaient disparues de la chambre qu'elle occupait. Elle ressortit dans le salon où Blair était blottie dans les bras de Chuck.

Elle s'éclaircit la gorge pour signaler sa présence. Son frère ouvrit les yeux et lui sourit en se détachant des bras de Blair. A regret, pensa-t-elle.

- Viens, dit-il en passant à ses côtés. J'ai une surprise pour toi.

Il passa par la porte de service et Lisa le suivit dans le couloir de l'Empire. Il s'arrêta devant une porte, non loin de sa suite et lui tendit une carte magnétique.

- Tiens, lui dit-il, content de lui.

Lisa ouvrit la porte et s'arrêta à l'entrée de la suite. Elle se tourna vers son frère et rencontra le regard de B, aussi surprise qu'elle apparemment. La chambre était aménagée en mini studio de répétition. Le matériel musical était dernier cri.

- Je me suis dit que tu serais plus à ton aise ici, dit Chuck. Tu peux jouer autant que tu veux, à n'importe quelle heure, la pièce a été insonorisée.

Lisa le regarda, perplexe. Elle restait là, bouche bée. Comment était-il possible de faire ça en si peu de temps ? Elle n'avait vu aucun ouvrier ou autre employé, n'avait rien entendu, ni vu, aucun signe de travaux ou de transformations depuis qu'elle était là.

- Tu n'aimes pas ? questionna Chuck.

- Tu rigoles ou quoi ? C'est génial, dit Lisa en lui sautant au cou. Mais comment ? Enfin, je veux dire, c'est impossible de faire un truc pareil en à peine deux jours.

- Un après-midi, corrigea son frère tout sourire.

- Tu es un vrai magicien ! s'exclama Lisa rayonnante.

- J'ai dis au personnel de déposer toutes tes affaires dans la grande chambre et ton carton n'a pas été ouvert, précisa-t-il.

- Merci, dit-elle en l'enlaçant à nouveau.

Il la serra contre lui puis reprit

- Il faudra qu'on parle, j'ai des papiers à te faire signer aussi. Je passerai dés que Maître Jacquard me les aura fait parvenir.

- Je croyais que le sort de Hanck était réglé, s'inquiéta Lisa.

- C'est juste de la paperasse, ton beau-père n'est pas près de sortir de là où il est, la rassura Chuck. Je t'expliquerai plus tard.

Sa sœur haussa les épaules et partit à la découverte de son nouveau lieu de vie. Oui, elle commençait vraiment à apprécier l'Upper East Side !

Chuck et Blair regagnèrent leur suite bras dessus, bras dessous.

- De la paperasse, hein ? demanda-t-elle suspicieuse, à peine se fut-il installé dans le canapé.

- Blair, soupira-t-il.

- Elle ne comprend peut-être pas ce que tu fais, mais moi, Oui, explosa-t-elle.

- Écoute, je veux juste m'assurer qu'elle sera à l'abri de Jack … et toi aussi.

Blair accusa le coup. Elle sentit la colère montée en elle. Comment pouvait-il faire ça ?

- C'est Jack, n'est-ce pas ? Il a réussi à s'insinuer dans ta tête, comme il le fait toujours, pour te déstabiliser.

- Blair …

- Je le déteste ! le coupa-t-elle, hors d'elle.

- Ce n'est pas Jack … Je fais juste ce qui doit-être fait !

- Ce qui doit être fait ? éructa-t-elle. Il n'y a aucune raison de prendre des dispositions pour ton testament ! Tu seras là pour protéger Lisa… Et tu seras là pour moi. C'est un serpent, continua-t-elle, les larmes lui montant aux yeux. Il est trop content de pouvoir jouir de la situation et …

- Blair, arrête ! Ce n'est pas Jack ! cria brusquement Chuck en la prenant par les épaules.

Blair s'arrêta de parler et le regarda un instant au fond des yeux.

- Ce n'est pas Jack… répéta-t-il tout bas en secouant la tête.

Elle sentit le souffle lui manquer, ses mains devinrent glacées et elle se mit à trembler de tout son corps.

- Non, articula-t-elle d'une voix à peine audible, les prunelles emplies d'horreur.

Chuck la serra tout contre lui. Il se haïssait de lui faire ça. Il aurait dû lui résister quand elle avait insisté. Mais il était trop faible devant elle. Ses bras avaient été incapables de la repousser comme le lui avait conseillé son cerveau. Il était trop tard maintenant, il ne pouvait plus se détacher d'elle. Elle ne lâcherait pas prise et il avait besoin d'elle.

- Ce n'est pas possible, c'est trop tôt. Il a seulement fait les tests hier. Et il a fallu deux jours pour obtenir les résultats pour Lisa, s'entêta-t-elle après un instant en se dégageant de ses bras.

Elle ferma les yeux, une larme s'échappa et roula sur sa joue.

- Le docteur Jones a téléphoné peu après que tu sois partie. Pas besoin de tests approfondis. Apparemment, je n'ai rien en commun avec Jack, ironisa-t-il du mieux qu'il put, les yeux brillants lui aussi.

Le barrage céda en Blair et tous les flots se déversèrent en même temps.

- Je suis désolé, souffla-t-il alors qu'elle s'effondrait dans ses bras, secouée par d'énormes vagues de sanglots.

- Aime-moi… murmura-t-elle à son oreille d'une voix étouffée en reprenant son souffle pour dévorer son cou de baisers. Aime-moi encore.

Ses lèvres glissèrent sur l'arête de son visage, à la recherche de sa bouche tandis que ses mains dénouaient son col et s'agrippaient à sa chemise.

- Me laisse pas, je t'en supplie, me laisse pas, aime-moi, répéta-t-elle en l'embrassant passionnément.

Chuck répondit à son baiser par un autre, torride. Enroulant sa langue autour de la sienne, une de ses mains caressa son dos, remontant le long de son échine, jusqu'à la nuque de la jeune femme qu'il adorait, l'autre s'arrêtant dans le creux de ses reins. Il sentait les larmes ruisseler sur les joues de Blair tandis que leurs corps s'embrasaient.