Le cœur d'une mère

L'alarme du portable de Blair claironna à 6h00. Elle n'esquissa aucun mouvement pour l'éteindre.

- Il est l'heure, dit Chuck, en décollant à peine sa bouche de celle de la jeune femme.

Mais Blair continua à l'embrasser comme si elle ne l'avait pas entendu.

- Blair, souffla-t-il entre deux baisers.

Pour toute réponse elle caressa son torse, laissant sa main descendre jusqu'à son ventre.

- Blair, répéta-t-il en stoppant la progression de ses doigts. Il faut que tu y ailles.

- Qui a dit ça ? marmonna-t-elle en l'embrassant sur la clavicule, sa main cheminant à nouveau vers son objectif.

- Moi, dit-il en s'écartant d'elle à regret.

Elle plongea la tête dans l'oreiller, boudeuse.

- Je ne veux pas y aller, grommela-t-elle comme une petite fille.

- Blair, s'il te plaît, reprit doucement Chuck en posant sa tête contre la sienne. Depuis combien de temps n'es-tu pas allée en cours ?

- Seulement quelques jours, répondit-elle en le suppliant du regard.

Ils avaient passé toute la nuit à s'aimer et elle ne voulait pas que ça se termine. Elle ne voulait pas revenir dans le monde réel. Elle voulait juste rester là, pour respirer l'odeur de sa peau et s'enivrer des caresses de ses doigts sur son corps.

- Depuis que j'ai été blessé, s'exclama-t-il à mi-voix.

- Embrasse-moi, dit Blair d'un ton suave en caressant son épaule.

Il passa une main dans les cheveux de la jeune fille et pressa ses lèvres contre sa tempe.

- Tu ne peux pas rester ici, regretta-t-il.

- Pourquoi ? Bien sûr que si ! s'entêta-t-elle

- Bien sûr que non ! répondit Chuck. Tu es Blair Waldorf et tu vas à Columbia. Tu vas avoir un futur brillant et je ne vais pas te laisser torpiller ton avenir.

- L'avenir ? questionna-t-elle, une douleur incommensurable au fond des yeux.

- Ne m'enterre pas si vite, commenta-t-il. Jack n'est peut-être pas compatible lui non plus, mais je ne suis pas encore dans la tombe. Je ne vais pas cesser de me battre …

- Jusqu'à ton dernier souffle, termina-t-elle en souriant alors que des larmes perlaient au coin de ses paupières.

Elle se lova au creux de lui et ramena le bras de Chuck autour d'elle.

- D'accord, mais donne moi juste aujourd'hui encore. Juste un jour. Pénélope me passera ses notes pour me remettre à jour... demain, quémanda-t-elle.

Elle était dévastée par la nouvelle autant que lui et il n'avait pas le cœur, ni l'envie, de l'éloigner de lui, mais il ne voulait pas qu'elle gâche son avenir parce que lui n'en n'avait peut-être pas.

- Demain, promis ? demanda-t-il.

- Promis ! affirma-t-elle.

- OK, céda-t-il. Mais par pitié éteint ce truc !

Il sortit du lit pour s'emparer du téléphone qui sonnait toujours et le lui tendit.

Elle coupa la sonnerie et l'attira sous les draps avec elle. Demain, se répéta-t-elle, en frissonnant sous l'effet de la langue de Chuck qui agaçait le lobe de son oreille.

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Lily arriva à l'Empire vers neuf heures. Il avait été convenu qu'elle prendrait le petit déjeuné avec son fils, une fois que Blair serait partie en cours. Elle sourit en repensant à Blair.

Elle devait reconnaître que la jeune femme savait mener les troupes (ce dont elle n'avait jamais douté d'ailleurs). Mais jusqu'ici, elle ne l'avait jamais réellement vue en action. Elle devait tenir ça d'Eléanor. Serena lui ressemblait-elle à ce point ? C'était le cas concernant la collection de ses petits amis ! Elle espérait bien qu'elle avait d'autres points communs avec sa fille.

Lily avait été extrêmement touchée de voir à quel point ils étaient tous si proches. Elle savait qu'ils étaient amis, même s'ils se détestaient parfois. Elle se rappelait combien Serena avait pu pester contre Charles lorsqu'ils avaient emménagés avec Bart.

Et cela lui avait fait d'autant plus chaud au cœur de voir que sa fille comptait avec elle pour s'occuper de Charles. Ou plutôt Blair. Peu importait, le principal était que Nate et elles se relaieraient pour veiller sur lui. Et cela le plus discrètement et le plus naturellement possible !

Elle pénétra dans le salon de son fils, mais il n'était pas là.

- Charles ? appela-t-elle en déposant son manteau sur le canapé.

Elle ne put s'empêcher de noter le cardigan Chanel de Blair, qui traînait à même le sol, les manches à l'envers. Son fils devait manifestement aller beaucoup mieux ! Elle s'inquiéta un instant qu'il ne soit sorti entre le moment où Blair partait en cours et son arrivée. Le timing ne devait pas être trop serré s'ils voulaient que cela reste crédible aux yeux de Charles.

Elle l'appela encore une fois en faisant le tour de la pièce avant d'admirer un instant la vue depuis les fenêtres de L'Empire.

- Lily ? demanda Chuck en quittant sa chambre … et les bras de Blair.

- Oh ! Charles, je suis désolée si je t'ai réveillé, s'excusa-t-elle en le voyant sortir de sa chambre. Je me suis dit que, comme tout le monde était en cours, on pourrait peut-être prendre le petit déjeuner tout les deux.

- Et bien … commença Chuck

- Mais, visiblement … Je me suis trompée, ajouta-t-elle en apercevant Blair, dans la chambre derrière lui, qui enfilait ses escarpins.

Elle ne s'imaginait pas que Charles et Blair en soient au stade des simples baisers mais là, elle ne comprenait plus rien. S'était-elle trompée de jour ? Le planning était pourtant très clair.

- Bonjour Lily, dit Blair, un peu gênée, en entrant dans la pièce à son tour.

- Bonjour Blair, si tu cherches ton cardigan, il est par terre à côté du sofa, dit la mère adoptive de son petit ami d'un air presque naturel. Mais dis-moi, tu n'es pas censée avoir cours ce matin ?

- Si… mais … il y a eu … un changement de plan, dit-elle, en regardant Chuck à côté d'elle.

Lily reporta son attention sur son fils.

- Le néphrologue a téléphoné hier, Jack ne peut rien pour moi, lâcha le jeune Bass sur un ton résigné.

Sa mère mit quelques instants pour accuser le choc.

- Mais… il doit bien avoir une solution, commenta-t-elle lorsqu'elle put enfin parler.

- La seule solution c'est d'attendre que quelqu'un de compatible meurt, répondit Chuck sarcastique.

Lily s'avança de quelque pas et le prit dans ses bras.

- Viens là, dit-elle, je sais que tu détestes les démonstrations d'affection, mais là, moi j'en ai besoin.

Elle le serra contre son cœur de mère, les yeux embués de larmes.

Contre toute attente, son fils répondit à son étreinte. Il avait vraiment besoin de tout le soutien qu'il pouvait trouver en ce moment et celui de Lily était plus qu'apprécié. Elle était la seule mère qu'il n'ait jamais connue, la seule adulte qui ne l'ait jamais déçu, ni blâmé, malgré son comportement provocateur et destructeur.

- Moi aussi, dit-il simplement en l'enlaçant à son tour.