Troubles en Europe
Il était un peu plus de treize heure quand Esteban Gutierrez prit le chemin de la suite de son employeur. Il ne l'avait pas revu depuis ce fameux soir où il avait avoué la vérité à Lisa, ou tout juste aperçu de loin.
D'une certaine manière, il regrettait leurs déjeuners en commun. Il ne s'imaginait pas qu'ils soient devenus amis, ou qu'il y ait une quelconque relation autre que professionnelle entre eux, bien sûr, mais il était amoureux de sa sœur. Et ça, son patron le savait.
Il pénétra dans la suite par l'entrée de service. Apporter le déjeuner lui fournirait une excuse toute trouvée pour pouvoir lui parler. Il n'ignorait rien de la situation médicale de ce dernier. Lisa lui avait procuré une liste des aliments proscrits par le médecin et il mettait un point d'honneur à préparer lui-même les repas du frère de son amie.
- Bonjour, Monsieur Bass, dit-il avec un peu d'appréhension.
- Esteban ! dit Chuck un peu surpris. Tu fais le service maintenant ?
Évidemment, il aurait dû se douter qu'il se ferait caler à peine arrivé !
- Je voulais vous parler, continua-t-il tout de même, courageusement.
Son employeur fronça imperceptiblement les sourcils mais quitta l'écran de son ordinateur portable des yeux et lui accorda toute son attention.
- Je voulais vous remercier… pour la chambre …, commença-t-il en se dandinant un peu.
- Et bien, si tu veux avoir ta carte verte, il te faut un logement pour travailler. Et vu que le tien n'était plus vraiment en état, se contenta de dire Chuck, impassible.
- Justement, à propos de ça …
Puisqu'il était lancé, autant se jeter dans l'arène, après tout, il avait survécu à son premier passage dans cette suite.
- Il y a un problème ? questionna le jeune Bass.
- Non, au contraire, en fait … Je voulais vous dire aussi … Merci … pour Lisa … enfin... je veux dire … je sais que c'est votre sœur mais … elle est importante pour moi aussi … et si vous n'étiez pas arrivé…
Esteban ne termina pas sa phrase, il avait du mal à trouver les mots face à son employeur, qui l'impressionnait beaucoup. Il ne savait pas s'il allait trop loin, mais il ne pouvait pas faire comme si de rien était. Ça aurait été contraire à son sens de l'honneur.
Chuck sourit avec bienveillance devant le malaise de l'aide-cuisinier.
- Tu étais là pour elle quand elle en avait besoin. Si tu ne m'avais pas aidé, je n'aurais pas retrouvé ma sœur, je n'aurais pas pu intervenir alors, disons qu'on est quitte... Et je ne crois pas me tromper en disant que tu es important pour elle toi aussi, ajouta-t-il après un instant.
- Bien, dit le jeune Cubain, qui ne savait pas trop comment il devait le prendre. Est-ce que cela voulait dire qu'il lui donnait sa bénédiction pour qu'il tente sa chance avec Lisa ?
- Esteban, dit encore Chuck, sans cacher la menace dans sa voix, si jamais tu la fais souffrir …
- Ça n'arrivera pas, répondit-il prestement.
- Qu'est-ce qui n'arrivera pas ? demanda B qui sortait de la chambre.
Elle s'était éclipsée pour que Chuck et Lily puissent avoir une conversation mère-fils et elle s'était endormie, épuisée par les émotions et une nuit sans sommeil.
- L'oubli de ton déjeuner, répliqua son petit ami en jetant un regard complice à son employé.
- Je vous ramène ça tout de suite, dit Esteban en quittant la pièce par où il était venu.
- Qu'est-ce que tu fais ? interrogea B en prenant place à côté de lui sur le sofa. Tu travailles ?
- Bass industrie ne va pas se gérer tout seul. Et avec Jack dans les parages, je préfère couvrir mes arrières. Quoi qu'il a l'air d'être revenu à de meilleures intentions. Il doit se dire qu'il lui suffit d'être patient, ironisa l'héritier.
- Tu n'es pas drôle, le rabroua-t-elle. Lily s'assurera de la charge de l'intérim, tu devrais te reposer.
- Je croyais pourtant que tu t'étais rendue compte que j'avais toutes mes capacités, lui dit-il avec un petit sourire en coin.
- Oui, ben justement, tu devrais recharger tes batteries, parce que j'ai bien l'intention de les épuiser, répondit-elle taquine, en l'embrassant.
- Je t'aime, dit-il encore en répondant à son baiser, la serrant contre lui.
- Moi aussi, et c'est pour ça que je voudrais que tu te reposes un peu.
Elle n'avait pas l'intention de se disputer avec lui, mais elle veillerait sur lui que ça lui plaise ou pas. Elle posa sa tête dans le creux de son épaule et lut, sans vraiment le vouloir, la page qu'il consultait sur son ordinateur.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle en désignant l'ordinateur sur la table basse.
- Rien d'important, répondit-il en rabattant l'écran.
Elle se dégagea de son étreinte et rouvrit le portable.
- C'est quoi ces pertes en France ? C'est pour ça que Jack a appelé Lily tout à l'heure, avant que je vous laisse ?
Chuck soupira, inutile de lutter, de toute manière elle finirait bien par le découvrir.
- Le conseil d'administration a décidé d'une réunion d'urgence. Il semblerait qu'il y ait beaucoup d'annulation en Europe depuis plusieurs jours et particulièrement en France.
- C'est Louis ? Bien sûr que c'est Louis ! J'aurais dû me douter que les Grimaldi ne resteraient pas inactifs après l'annulation du mariage, se sermonna-t-elle elle-même en se mordant la lèvre inférieure.
- Hé, ce n'est pas si grave ! expliqua Chuck en la prenant par les épaules. Jack et Lily vont expliquer au conseil d'administration que ce n'est que passager et s'il le faut on fera un geste pour les rassurer.
- Par un geste, tu veux dire, vendre des hôtels, répliqua-t-elle.
- Je t'ai toi, répondit-il en prenant son visage entre ses mains, je vendrais tous les hôtels que j'ai pour ça. Je ne suis pas prêt à refaire deux fois la même erreur.
Il l'embrassa et une sensation de bien-être monta en elle, dissipant ses remords.
- Je t'aime, plus que tout, répéta-t-il à nouveau.
- Alors, promets-moi de prendre un peu de repos, ok ? le pria-t-elle en caressant sa tempe.
- Promis, je dormirai tout à l'heure, pendant ma dialyse, conclut-il, en fermant les yeux pour poser son front contre celui de celle pour qui lui donnait la force de se battre si farouchement.
