Projet d'Avenir

Lisa frappa à la porte de la suite de son frère et entra sans attendre la réponse. Elle était survoltée par la nouvelle. Gillian était vraiment une marraine fantastique.

- Salut frérot, cria-t-elle en pénétrant dans le hall.

C'était son tour de veiller sur lui. Jusqu'à ce que B ne l'accompagne à sa séance de dialyse à 16h30. Cette dernière avait juste le temps de le rejoindre à la clinique privée à la fin de son dernier cours, mais Lisa ne doutait pas que la jeune femme y serait à temps.

Elle ralentit le pas en la découvrant occupé à finir de déjeuner avec Chuck. N'avait-elle pas lu le planning correctement ? On était pourtant bien lundi !

- Salut Blair, dit-elle sans autre forme de commentaires en remarquant le regard de celle-ci qui lui intimait de ne pas poser de question.

C'est vrai qu'elle n'était pas censée connaître l'emploi du temps de Queen B.

Elle passa donc devant celle-ci et planta un baiser sur la joue de Chuck.

- Regarde ça ! dit-elle, aux anges.

Lisa lui présenta un A4 en couleur qui promotionnait un spectacle pour le soir même.

- Une comédie musicale ! commenta son frère, qui ne voyait pas ce que ça avait d'extra ordinaire à New-York et encore moins dans une école comme Julliard.

- Mais non, là ! Regarde, sourit-elle en indiquant son nom sur la publicité.

Ses yeux pétillaient quand elle expliqua, excitée comme une puce.

- Gillian est vraiment trop géniale, elle a convaincu le metteur en scène de me laisser passer un bout d'essai et il a été tellement emballé qu'il m'a choisie sur le champ pour remplacer le guitariste qui lui a fait défaut ce week-end. Il n'a même pas procéder à d'autres auditions. Je ne sais pas comment elle s'est débrouillée pour faire ça mais elle est vraiment…

- Géniale. Oui, on sait ! soupira Blair en levant les yeux au ciel.

Chuck lui lança un regard d'avertissement et elle fit immédiatement marche arrière.

Lisa ne prit même pas la peine de relever. Il était plus qu'évident que Queen B était jalouse de sa nouvelle amie. Un peu trop proche de Chuck à son goût surtout ! Elle n'allait certainement pas la laisser lui gâcher ce grand moment.

- Tu viendras ce soir, n'est-ce pas ? demanda-t-elle à son frère les yeux pleins d'étoiles. Enfin je veux dire, vous viendrez n'est-ce pas ? reprit-elle en regardant Blair avec son plus beau sourire.

B serra les doigts de Chuck sous la table mais il l'ignora et lâcha sa main pour la reposer à côté de son assiette.

- Bien sûr, répondit-il à sa sœur en souriant.

- Génial, répéta encore sa sœur en sautillant sur place.

Blair retint une grimace d'exaspération.

- Il faut que j'annonce ça à Esteban, il ne va pas en revenir ! Je t'adore, reprit Lisa, à l'adresse de son frère, lui plantant un nouveau baiser sur la joue.

Elle aurait bien embrassé Blair aussi, si elle n'avait pas tant redouté de se faire mordre.

- A moins que tu n'aies besoin de moi ? questionna-t-elle plus à cette dernière qu'à Chuck, l'air de rien.

- Il doit être dans sa chambre, indiqua le patron de l'Empire, il vient de finir son service.

- Alors j'y vais, affirma Lisa en déchiffrant le regard de Blair qui priait pour qu'elle débarrasse le planché.

- Génial ! mima celle-ci dés qu'elle eut franchit la porte de service.

Elle lança un regard noir à Chuck.

- Je croyais que tu devais te reposer !

- Et c'est ce que je vais faire, je t'ai promis que je dormirais tout à l'heure, répondit-il pour se défendre.

- Quatre heures, cinq toutes au plus. Génial, imita encore Blair, furieuse contre lui.

- Je ne vais quand même pas m'arrêter de vivre avant d'être mort, cingla Chuck.

Ces mots s'abattirent sur B comme un coup de foudre. Son visage se décomposa. Il aurait voulu ravaler ses paroles mais il était trop tard.

Elle se leva de sa chaise, les jambes en coton et se dirigea vers le hall. Elle étouffait, elle avait besoin de prendre l'air.

Il la regarda prendre l'ascenseur, muet de stupeur. Lorsque les portes se refermèrent sur elle, il se prit la tête entre les mains. Laissant le taux d'adrénaline redescendre dans son corps tandis qu'il reprenait ses esprits. Il ferma les yeux quelques minutes avant de se lancer à sa poursuite.

Sans aucune hésitation, il monta jusqu'au toit. Il la retrouva accrochée à la rambarde, comme si elle admirait la vue. Mais elle ne voyait rien tant ses yeux étaient embués.

Il l'enlaça entre ses bras. Il sentit son échine se raidir contre son torse quand il posa ses lèvres à la base de sa nuque.

- Pardon, souffla-t-il dans son cou, je suis désolé, je ne voulais pas dire ça, je voulais…

- Je sais, dit-elle en retenant un sanglot.

Elle essuya une larme qui tentait de s'échapper, du revers de la main.

- C'est moi qui te demande pardon. Je sais que tu ne vas pas rester assis dans ton fauteuil en attendant que ce fichu bipper ne se mette à sonner. C'est juste que… J'aurais voulu t'avoir rien que pour moi, au moins vingt-quatre heures…. Mais apparemment, c'est une chose impossible… Aussi impossible que de remonter le temps !

Il replia ses bras autour du corps de la jeune femme, emprisonnant les siens, et la serra plus fort. Il pressa ses lèvres sur son épaule, s'enivrant à nouveau de son parfum. Elle entrelaça ses doigts dans les siens.

- On a perdu tellement de temps, pleura-t-elle doucement, laissant sa tête aller contre son épaule.

Elle était gelée. La chaleur du corps de Chuck la réchauffait et la réconfortait. Et la seule chose à laquelle elle était capable de penser, c'était au vide qu'elle ressentirait s'il venait à disparaître. Elle refusait d'envisager sa mort, mais paradoxalement, elle la hantait.

La hanterait-il aussi s'il n'était plus ?

Est-ce qu'elle le verrait, dans chaque ombre, dans chaque recoin ?

L'enfermerait-elle dans une jolie boîte à chaussure ?

Combien de temps se passerait-il avant que les premiers souvenirs ne s'estompent ?

Ou bien, au contraire, ne pourrait-elle jamais l'oublier ?

Comment pouvait-elle seulement envisager de vivre sans lui ?

Dans un monde où il n'existerait pas ?

Ce ne pouvait pas être son monde, c'était une chose impossible !

- Je sais, répondit-il plein de remords, et j'en suis le principal responsable. J'avais tellement peur de t'avouer mes sentiments, tellement peur que tu ne me vois tel que je suis, j'étais paralysé, je me disais que ça ferait moins mal si c'était moi qui mettais fin à notre relation, mais tu ne m'as jamais lâché, malgré toutes mes tentatives.

Elle se retourna dans ses bras pour lui faire face et enfui sa tête contre sa poitrine. Fermant les yeux pour écouter encore ce bruit sourd et familier qu'elle voulait entendre jusqu'à la fin des temps.

- J'ai une idée, reprit-il. Si je te le proposais à nouveau, est-ce que tu m'accompagnerais en Toscane ? On pourrait partir ce vendredi après-midi, dés que tu auras terminé ton dernier cours, on reviendrait dimanche soir. Quant à moi, j'irai en traitement vendredi matin et lundi après-midi.

- Est-ce que tu viendras cette fois ? questionna-t-elle en souriant faiblement.

- Je serai le premier dans l'avion. Et je te promets que je ne quitterai pas le lit de tout le week-end, dit-il en retrouvant son ironie.

- Vaudrait mieux pas pour toi, effectivement, riposta-t-elle.

- Mais à une seule condition, reprit-il avec un ton plein de sarcasmes. Je t'interdis de ramener un quelconque Lord Anglais ou Prince Européen, de quelque Etat que ce soit, dans tes bagages. D'ailleurs, je demanderai expressément à ce que le personnel soit exclusivement féminin, pour ne prendre aucun risque.

- Ben voyons ! se piqua-t-elle au jeu. Dans ce cas, je demanderai à Dorota de nous accompagner. On pourrait louer un chalet dans la montagne. Je suis certaine qu'elle sera contente si je lui loue celui à côté du nôtre. Elle n'aura qu'à s'occuper de faire quelques courses et nous déposer des plateaux repas à la porte de notre chambre. Elle pourra disposer de tout le reste du temps avec Vanya et Anastasia.

- Une location, hein ? se moqua-t-il.

- Il faut bien savoir faire des concessions, reprit-elle, condescendante, et puis comme ça, je ne prendrai aucun risque moi non plus. Tu ne pourrais pas soudoyer Dorota, même si tu le voulais.

- Ça, aucun risque, elle est entièrement dévouée à tes intérêts, remarqua Chuck.

- Alors, nous somme d'accord ?

- Nous sommes d'accord, approuva-t-il en l'entraînant vers l'intérieur. Et que dirais-tu de prendre de l'avance sur la sieste de tout à l'heure pour sceller notre pacte ?