Escapade en Toscane

Chuck regardait Blair dormir à ses côtés, le week-end en Toscane touchait à sa fin. Ce soir, ils reprendraient le jet pour Manhattan. Il aurait voulu pouvoir rester en Italie pour toujours. Elle était si belle et le séjour avait été si parfait. Rien qu'eux deux et un grand lit.

Agrémenté de quelques plateaux repas préparés par les bons soins de Dorota, sur les recommandations strictes de Blair, bien entendu.

Il repensa à leur départ, à peine deux jours plus tôt. Le regard de sa sœur quand elle avait appris que leur oncle ne serait pas son donneur et le désespoir dans son regard.

Il avait attendu le lendemain du spectacle. Il avait reculé ce moment au maximum, mais il ne pouvait pas attendre plus longtemps, de peur qu'elle ne l'apprenne par quelqu'un d'autre.

Il avait été profondément touché qu'ils se soient tous précipités pour faire les tests de compatibilités dés l'instant où Lily avait fait circuler la mauvaise nouvelle. Malheureusement, il n'y avait rien de concluant et aucun de ses amis ne pouvait lui porter secours.

Personne d'autre n'était encore au courant de la situation, hormis ceux qui lui étaient proches. Mais cela ne tarderait pas à arriver, il ne se faisait aucune illusion sur ça non plus. Et dés que ce serait le cas, les vautours s'en donneraient à cœur joie. A commencer par le conseil d'administration de Bass Industrie.

Mais il ne voulait pas y penser maintenant. Cette escapade était pour eux et personne d'autre. Il observa à nouveau la femme qui reposait sur l'oreiller, dans le lit tout près de lui. Il ferma les yeux et respira l'odeur de ses cheveux, de sa peau. Était-il possible de vouloir se fondre à ce point en une autre personne ? Au point de ne plus faire qu'un seul, sans pouvoir distinguer les limites de son propre corps et du sien ?

Son corps à lui qui le trahissait ! Ça aurait pu être comique, si ça n'avait été aussi tragique.

Toute sa vie, il avait eu peur de donner sa confiance. Son père lui avait appris très tôt que c'était une faiblesse que l'on payait très cher et que l'on ne pouvait compter que sur soi-même.

Car tous les êtres-humains, quels qu'ils soient, finissaient par vous blesser. Même ceux qui sont censés vous soutenir et vous porter quand vous tombez, spécialement ceux-là en fait. Ils se servent de votre amour pour le retourner contre vous, comme une arme acérée.

Aussi acérées que les lames qui lui avaient perforé la peau et le menaient là où sa vie ne tenait plus qu'à un fil.

Et voilà qu'aujourd'hui, c'était lui-même qui se trahissait, son propre corps refusait de lui obéir. Il avait cessé de fonctionner, du moins en partie.

Chuck n'avait jamais émis cette hypothèse. Il n'aurait jamais pu imaginer une telle chose. Son père ne l'avait pas mis en garde contre cette éventualité. Bart l'avait pourtant mis en garde contre tellement de dangers.

Il lui avait appris à naviguer au milieu des icebergs, dont on voit à peine quelque pourcentage du volume, et qui peuvent vous envoyez par le fond, sans même que vous ne vous en rendiez compte avant que la coque de votre navire ne soit complètement éventrée.

Il lui avait appris à nager au milieu des requins, qui reniflent la moindre trace de sang à des kilomètres à la ronde, et viennent du fin fond des océans pour s'attaquer à leur proie.

Il lui avait appris comment tenir à distance les serpents venimeux, qui hypnotisaient les leurs, et les faisaient danser, puis leur injectaient du venin dans les veines avant de les dévorer vivantes pour les digérer.

Il lui avait aussi appris à reconnaître les charognards, bien trop peureux pour s'en prendre à vous de votre vivant, et qui attendaient en vous regardant mourir lentement, sans esquissez le moindre geste pour vous portez secours. Attendant simplement leur heure de gloire pour danser sur votre cadavre.

Il sourit, de son petit sourire acide, en pensant à nombres de ces prédateurs qu'il avait croisés. Lequel d'entre eux était-il, lui ? Un peu tous à la fois sans doute.

Oui, son père lui avait appris à se défendre contre tout un tas de dangers, mais il ne lui avait pas appris qu'il pourrait un jour être trahi par ses propres forces, qui l'abandonneraient.

Il ne lui avait pas non plus dit qu'il existait des créatures qui n'avaient aucun point commun avec les premières. De ces créatures qui vous entortillaient et vous attachaient à elles, sans que ne puissiez vous défendre, quand bien même vous y mettez toute l'énergie que vous possédez en vous.

Des anges, qui vous font miroiter la lumière que vous ne pourrez jamais atteindre de l'autre côté. Et qui vous laisse un peu plus brisé à chaque fois que vous échouez à y accéder. Mais que vous ne pouvez pas vous empêcher de convoiter, tel un papillon de nuit qui se jette dans la lumière des phares.

Des anges, comme celui qui dormait à côté de lui. Qui attendaient un mot, un geste, pour vous emportez dans leur sillage et vous faire goûter au bonheur, tout en sachant que vous ne pourrez jamais leur rendre la pareille.

Chuck étudiait chaque courbe du corps de Blair. Chaque angle de son visage, comme s'il ne les connaissait pas par cœur. Il gravait chaque grain de sa peau dans sa mémoire. Elle dormait si paisiblement, son esprit vagabondait loin de tout les tracas et les peines qu'il lui causait contre sa volonté. Elle l'aimait malgré lui, en dépit du bon sens.

Un petit coup à la porte signala que le plateau repas était prêt.

Il se leva, passa un pantalon, et enfila une chemise avant d'aller ouvrir à Dorota.

- Merci, dit-il à la domestique dévouée à Blair.

Elle l'observa, un peu étonnée. Elle ne l'avait pas vu de tout le séjour. Même pas pendant le vol où il avait dormi, comme le lui avait suggéré Miss Blair.

- J'ai une faveur à vous demander, Dorota.

Il sortit sur le pas de la porte et la tira doucement derrière lui, sans la claquer, pour ne pas réveiller la jeune femme qui dormait.

- J'ai besoin que vous vous occupiez de mettre sur pied un anniversaire mémorable pour Blair, chuchota-t-il. Je ne fais pas confiance à Serena, elle est incapable de taire quoi que ce soit à B, et cette dernière aurait vite fait de lui tirer les vers du nez.

Dorota le regarda sans répondre.

- Je ne peux pas le faire moi-même, reprit-il, comme pour s'excuser. Elle ne me lâche pas une seconde, mais au moins comme ça, je pourrai détourner son attention pendant que vous organiserez tout.

- Monsieur Chuck ...

- Vous savez parfaitement ce qu'elle aime. Autant que moi, sinon plus, argumenta-t-il encore tout bas, car l'employée de Blair n'avait pas l'air convaincu.

En réalité, Dorota était effrayée de le voir dans cet état. Sa chemise était mal boutonnée et laissait apparaître le coin d'un immense pansement qui transparaissait à travers le tissu fin. Elle avait pourtant eu de l'expérience en ce domaine, dans son pays natal, à cause de son cousin qui était quelque peu en cheville avec la mafia. Mais, Monsieur Chuck, il n'avait rien à voir avec ce monde de voyous et de bandits.

Elle comprenait mieux pourquoi Miss Blair et Miss Serena avaient eu si peur pour sa vie, le soir où il s'était fait attaqué. Même Monsieur Nate n'en menait pas large. Et il n'était pas sorti d'affaire d'après les conversations qu'elle avait entendues entre ces deux derniers.

Elle remarqua soudain qu'il la regardait, attendant sa réponse.

- Oui, bien entendu, je vous aiderai à préparer la fête pour Miss Blair, balbutia-t-elle avec son accent polonais.

- Bien ! Faites envoyer toutes les factures à l'Empire, mais pas directement à mon nom. Je ne veux pas que Blair se doute de quoi que ce soit. Si vous avez un problème ou besoin de quelque chose de particulier, prévenez-moi par l'intermédiaire de Nate, pas de Serena. Elle est incapable de garder un secret, ce qui n'est apparemment pas votre cas.

- Oui, j'ai bien compris, Monsieur Nate et pas Miss Serena, répéta-t-elle.

Il pivota sur lui-même pour rejoindre sa chère et tendre.

- Monsieur Chuck, le rappela Dorota.

Blair se réveilla en entendant la voix de sa femme de chambre, tandis que lui se retournait pour lui faire à nouveau face. Dorota hésita un instant avant de parler

- Je suis désolée pour la nuit où vous êtes venu voir Miss Blair, dit la bonne avec une mine déconfite. Je pensais vraiment que c'était mieux pour elle. Je croyais qu'elle avait trouvé le bonheur avec Sa Majesté le Prince Louis.

- Je sais, dit-il, je ne vous en veux pas, Dorota. Vous avez fait ce que vous pensiez devoir faire pour son bien.

- Et qu'est-ce que tu as fait exactement ? demanda B qui les avait rejoint silencieusement, en nouant sa robe de chambre.

La domestique sursauta et affronta le regard soupçonneux de Queen B.

- Je lui ai dit qu'il devait trouver de l'aide ailleurs. Que vous aviez vos propres problèmes à résoudre avec l'organisation du mariage, répondit courageusement la femme qui n'en pouvait plus de cacher ce secret à la jeune fille qu'elle affectionnait tant.

- Quoi ? Dorota ! cria Blair, furieuse.

- B calme toi, la coupa Chuck en la prenant par le bras pour la ramener à l'intérieur de la chambre. On est venu ici pour être tous les deux, pas pour que tu te disputes avec Dorota.

Il fit signe à la bonne de disparaître alors que Blair l'incendiait du regard.

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- Mais, c'est insensé, maugréa Queen B, après que Chuck lui ait expliqué sa visite nocturne plusieurs semaines au par avant. Pourquoi Dorota a-t-elle fait ça ?

- Elle voulait protéger ton bonheur, tout simplement, répliqua-t-il.

- Protéger mon bonheur, mais de quoi ?

- De moi, énonça Chuck avec évidence, baissant les yeux sur la main de Blair qui recouvrait la sienne.

Le cœur de la belle se serra, n'avait-il donc toujours pas compris ?

- Regarde-moi, dit-elle.

Il se pinça les lèvres, après y avoir passé le bout de la langue.

- Regarde-moi, insista-t-elle en prenant son visage dans ses mains.

Il leva les yeux vers elle avec un sourire triste.

- Tu es quelqu'un de bien Chuck Bass. Si seulement tu savais à quel point tu me rends heureuse. Si tu connaissais mon bonheur de pouvoir m'endormir dans tes bras et de sentir ta présence près de moi quand je me réveille. Si tu te voyais avec mes yeux, alors tu découvrirais le trésor qu'il y a là, à l'intérieur de toi. Tu n'es pas seulement riche à millions à l'extérieur Chuck. Si tu savais ce que tu représentes pour moi, tu es mon tout, tu es mon roi, tu es mon autre.

Elle l'embrassa doucement, délicatement, du bout des lèvres et sentit une larme de Chuck rouler de l'extrémité de ses doigts jusqu'à l'intérieur de son avant bras pour terminer sa course dans le pli de son coude.

- Je t'aime pour ce que tu es et non en dépit de ce que tu crois être, ajouta-t-elle en plongeant à nouveau ses yeux dans les siens. Tu es quelqu'un de bien, je t'assure, si tu n'as pas foi en toi, alors, aie foi en moi.

Elle avait dit ça d'une voix si douce et il sentait son cœur gonfler et déborder. Il ne pouvait plus retenir ses larmes. Pour la première fois de sa vie, il était convaincu qu'il ne finirait peut-être pas l'éternité au fin fond des enfers. Il pouvait être quelqu'un de bien, celui qu'il avait toujours souhaité être sans même osé essayer. Pour elle, pour lui, grâce à son amour.

- Aime-moi, dit-il d'une voix enrouée par l'émotion, avant de l'embrasser tendrement. Aime-moi.