Offensive
Blair repassa chez elle en vitesse pour prendre son sac.
- Mademoiselle Blair...
- Pas maintenant Dorota. Je devrais déjà être en chemin pour rejoindre Chuck à la clinique.
- Il est ici ! dit la bonne.
Blair releva la tête et la regarda, interloquée.
Dorota n'avait pas l'intention de dévoiler le secret à propos de la fête d'anniversaire. Mais après que Miss Serena soit venue la voir pour lui poser des questions sur les comportements suspects de Blair, elle se doutait bien que ce sujet n'était plus vraiment à l'ordre du jour.
- Il t'a dit quelque chose ?
La femme de chambre se contenta de secouer la tête. Cette fois, elle n'était pas dans la confidence.
Blair croisa Serena au-dessus des escaliers. Elle n'avait pas envie de répondre à ses questions, surtout maintenant, et fila dans sa chambre.
Chuck sortit la tête de son journal, assis sur son lit et l'accueillit avec un sourire.
- Bonne journée ? demanda-t-il innocemment.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Tu es censé être en dialyse dans moins de trente minutes. Je t'ai envoyé un texto pour te dire que je serais en retard.
- J'ai reporté la séance de quelques heures, j'ai d'autres priorités, là, tout de suite.
- Et quelles priorités exactement ? Qu'est-ce qui se passe ? s'alerta-t-elle.
Elle avala sa salive sentant venir le cataclysme, mais ce n'était pas ce à quoi elle s'attendait.
Il vit passer l'inquiétude dans son regard, elle supposait certainement que cela concernait sa santé à lui.
- Je suis venu voir Nate tout à l'heure, je crains bien d'avoir quelque peu modifié ton planning, dit-il en levant le dossier à son nom qu'il avait gardé à portée de main.
Elle blêmit. Il devait être furieux qu'elle ait organisé tout ça dans son dos.
- Tu n'aurais jamais accepté si je te l'avais proposé, se défendit-elle.
- Alors, tu l'as fait sans rien me dire, parce que tu pensais que c'était le mieux pour moi. Ça te rassurait de te dire qu'il y avait quelqu'un pour me chaperonner.
- Ce n'était pas pour te chaperonner, mais juste pour ne pas que tu traverses ça tout seul, répondit-elle un peu déstabilisée.
Il ne criait pas, il n'avait même pas l'air en colère. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il comprenne son point de vue.
- Je ne suis pas seul, je t'ai toi, dit-il en la regardant intensément.
Elle s'approcha de lui et s'assit sur le rebord du lit, au supplice, la nouvelle devait être terrible pour qu'il réagisse ainsi.
- Qu'est-ce qui se passe ? le questionna-t-elle.
- C'est ce que je voudrais savoir justement.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- J'ai parlé avec Serena, lâcha-t-il.
- Ne me dit pas qu'elle t'a raconté ses salades ! s'emporta-t-elle.
- Blair, soupira-t-il.
- Je n'arrive pas à croire qu'elle ait fait ça ! Non mais pour qui elle se prend ? Comme si on n'avait pas déjà assez de souci comme ça !
- Elle veut t'aider, c'est ta meilleure amie.
- Meilleure amie, tu parles ! Si elle était vraiment ma meilleure amie, elle saurait que la dernière chose que je veux, c'est qu'elle vienne t'importuner avec ses inepties. Elle divague complètement.
- Je n'en suis pas si certain. Et Dorota, elle divague ?
- Quoi ? Mais qu'est-ce que Dorota…
- Elle s'inquiète pour toi, elle aussi, elle l'a dit à Serena.
- Parfait ! Alors maintenant tu préfères croire Dorota et Serena, cingla-t-elle furieuse.
Elle avait l'impression d'être prise au piège. Pourquoi se retournait-il contre elle ? Pourquoi se liguaient-ils tous contre elle ? Elle perdait le contrôle de la situation et ça la rendait folle. Ça avait commencé avec Gillian et voilà que maintenant ça continuait avec sa pseudo rechute.
- Je ne demande qu'à te croire Blair, mais avoue que c'est difficile quand tu me caches tout un tas de chose, dit-il, agacé.
- Si c'est à cause de ce stupide planning …
- Il n'y a pas que ça Blair, à chaque fois que je me retourne, il y a un autre secret. Comme tes rencontres avec Nate à Columbia par exemple, cria-t-il.
Il n'avait pas eu l'intention d'aborder ce sujet, ni de prendre le problème sous cet angle là. Il s'était promis de ne pas sortir de ses gonds, mais le déni de Blair le poussait hors des limites qu'il s'était fixé.
Elle s'affola. Elle n'avait aucunement le désir d'avancer sur ce terrain avec lui. Ni sur un autre d'ailleurs, mais quitte à choisir entre les deux, elle préférait la première de ses inquiétudes. Sur celle-là au moins, elle connaissait une réponse précise à lui donner. Et elle devait calmer le jeu si elle ne voulait pas que ça dégénère.
Il s'obligea à reprendre le contrôle de ses émotions. Il ne voulait pas se battre avec elle, il voulait juste lui apporter l'aide dont elle avait besoin. Il ne voulait pas qu'elle supporte le poids de sa propre maladie, elle partageait déjà bien assez de ses douleurs et il refusait de l'entraîner avec lui sur ce chemin.
- Blair, Serena s'inquiète pour toi… et moi aussi, même Dorota a remarqué que quelque chose n'allait pas. Et je m'en veux de ne pas l'avoir vu plus tôt. Si je n'avais pas été aussi centré sur moi, je m'en serais peut-être rendu compte avant. Je sais que ma situation n'est pas facile pour toi non plus et si je pouvais te soulager, je t'assure que je le ferais, mais parfois il faut savoir accepter le fait qu'on n'a aucune emprise sur le monde qui nous entoure. Et aucun planning ne pourra y changer quoi que ce soit. Tu n'as pas besoin de t'organiser pour tout régenter autour de moi, je peux me débrouiller… tant que je sais que tu m'aimes et que, toi, tu es à l'abri.
Il la regardait si intensément, il était si désolé de la croire malade. Elle comprit qu'il se faisait vraiment du mauvais sang pour elle, autant qu'elle s'en faisait pour lui.
- Chuck, je te promets que tout va bien, ce n'est pas du tout ce que tu crois, repris-t-elle , plus douce, pour le rassurer.
- Alors qu'est-ce que c'est ? plaida-t-il.
Elle ouvrit la bouche, puis la referma. Elle ne savait pas comment lui annoncer ça. Elle craignait un peu sa réaction. Elle-même était encore sous de le choc de la nouvelle qu'elle venait d'apprendre moins d'une heure auparavant.
- Blair ! la supplia-t-il.
- Ok ! Je n'avais pas l'intention de t'en parler tout de suite, là, comme ça, vu que c'est tellement récent et soudain. Mais vu que ma « meilleure amie » n'a pas pu tenir sa langue, tout ça parce qu'elle m'a entendue deux ou trois fois dans la salle de bain.
- Au moins tu le reconnais, c'est déjà ça, commenta-t-il.
- Je ne suis pas malade, s'énerva-t-elle à nouveau. Même si c'est ce que j'ai cru moi aussi. C'est pour ça que je suis en retard, je suis passée chez mon médecin pour avoir les résultats.
- Viens en au fait, s'impatienta-t-il.
- J'y arrive. Vous avez raison, Je suis incommodée par certains aliments et je vomis souvent depuis plusieurs jours, c'est vrai, mais, ce n'est pas de ma propre volonté. D'ailleurs, ça risque de durer un petit moment. Mais je vais très bien, je t'assure. En fait, NOUS allons très bien, dit-elle tout sourire.
Le cœur de Chuck s'arrêta de battre un instant. Il la dévisagea, totalement incrédule, complètement abasourdi par ce qu'elle venait de sous-entendre. Il s'était préparé à orienter la suite de leur conversation dans un sens bien précis. Il n'avait aucunement anticipé pareille révélation.
