Divergence d'opinions

Chuck cherchait Blair dans la salle. La soirée d'anniversaire s'achevait et il ne lui restait pas beaucoup de temps. Il repensait à la conversation qu'il avait eue avec Nate. « Elle n'attend que ça » lui avait-il dit et il savait que c'était vrai. Lui aussi attendait depuis longtemps.

Son ami avait raison, il était terrifié. Mais il ne pouvait plus reculer, il ne voulait pas, le tout était d'oser. Il avait été si près, plusieurs fois déjà, il l'avait touché du bout des doigts, mais il y avait toujours eu un obstacle. Devait-il croire que ce bébé était le signe du bonheur qu'ils attendaient ? Le bonheur, il le connaissait, dans les bras de Blair et il ne voulait pas y renoncer. Cette fois, il se jetait à l'eau pour de bon.

- Tu as vu Blair ? demanda-t-il à Serena.

- En haut, avec Eléanor, lui répondit sa sœur. Et toi, tu as vu Nate ?

- Il est là-bas, près de la porte du hall, indiqua Chuck en faisant demi-tour pour la suivre.

Quand il passa à hauteur de son ami, il lui fit un sourire complice auquel l'héritier Archibald répondit par un clin d'œil.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda la belle blonde en embrassant tendrement son petit ami.

- Tu le sauras bientôt, répondit celui-ci, avec un sourire qu'il voulait mystérieux.

- Quoi ? Non, tu rigoles ? Il s'est enfin décidé à lui faire sa demande ?

Nate acquiesça et l'embrassa en retour.

- B va être folle de joie, dit-elle, suspendue aux lèvres du jeune homme.

Chuck grimpa les escaliers quatre à quatre. Son cœur battait à cent à l'heure. Il tenta de maîtriser le tremblement de ses mains et referma le poing sur le boîtier qu'il avait dans sa poche. Cette bague, il l'avait emportée pour la lui offrir par deux fois déjà. Il espérait bien que la troisième serait la bonne.

Il entra dans la chambre de Blair en prenant une grande goulée d'air et souffla un bon coup.

- Je suis désolée, mais je ne peux pas cautionner ça, Blair. Et si ton père était là, il dirait la même chose, la sermonnait Eléanor depuis la salle de bain, dont la porte était grande ouverte. C'était déjà énorme que tu annules ton mariage princier. As-tu la moindre idée de la gêne que cela a pu susciter pour moi ? Non, bien sûr ! Pourtant tu devrais te soucier de ce que les gens pensent.

- Je me fiche bien de ce que pense tous ces gens, tu sais que ce sont tous des hypocrites, la seule chose qui…

- t'intéresse, c'est Chuck Bass ! Comme toujours, oui, je sais, mais ça devient fatiguant à la longue. Tu devrais grandir un peu, avant de songer à être mère. Tu sais à quel point la réputation est importante à New-York et après ce fiasco avec tes fiançailles, crois-moi, tu n'as pas besoin d'être enceinte a à peine plus de vingt ans, et de Chuck qui plus est ! Il fut un temps où tu le comprenais parfaitement.

- Je l'aime, maman ! Est-ce que tu comprends ça ? cria Blair, hors d'elle.

- Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi tu t'obstines à vouloir gâcher ton avenir.

- C'est comme ça que tu ressens ton rôle de mère, tu penses que tu as gâchée ta vie ?

- C'est ton père qui voulait un enfant, pas moi. Tu n'as aucune idée des sacrifices que doit faire une mère.

- Il ne me semble pourtant pas que tu en ais fait tant que ça !

- C'est parce que tu n'as aucune idée de ce dont tu parles, tu n'es pas assez mature pour élever un enfant. Tu es jeune et tu as toute la vie devant toi. Tu as tes études, comment espères-tu décrocher un travail en changeant des couches ? demanda Eléanor. A moins que tu ne comptes vivre au crochet de Chuck, du moins tant qu'il aura besoin de toi.

- Tu ne t'es jamais arrêtée de travailler quand je suis née, toi ! répliqua Blair.

- Mais j'avais ton père !

Blair accusa le coup.

- Ça, c'est ignoble, maman ! Même venant de toi, dit-elle, la voix tremblante.

- Ma chérie, je suis vraiment désolée pour ce qui arrive à Chuck, mais il faut être lucide. Et si tu l'étais un tant soit peu, tu verrais que cette relation que vous avez tout les deux est vouée à l'échec. Je croyais que tu l'avais enfin compris quand Louis t'a demandé de l'épouser. Tu avais là l'opportunité de réaliser tes rêves.

- Mais ce n'était que des rêves de petite fille maman, j'ai grandi depuis, je me suis rendue compte que le seul que j'aime c'est Chuck. Je suis bien plus réaliste que tu ne le crois. C'est avec lui que je veux faire ma vie, et avec notre bébé, pas celui d'un autre. Moi, j'ai peut-être le temps, mais lui, on en sait rien !

- Justement ! Que se passera-t-il quand il ne sera plus là ou qu'il n'aura plus besoin de toi ? Combien de fois encore faudra-t-il qu'il te fasse souffrir avant que tu comprennes ? Comment peux-tu retourner auprès de lui après tout le mal qu'il t'a fait ?

- Ce qui me fait du mal c'est d'être loin de lui. Tu crois que Chuck est le mauvais dans cette histoire, mais moi aussi je lui ai fait du mal. Bien plus que tu ne peux l'imaginer.

- Pour ça je te fais confiance, je suis certaine que tu le lui as rendu au centuple, telle que je te connais. Mais il est temps de sortir de tes travers Blair et ce n'est pas avec lui que tu y arriveras, il ne fait qu'encourager tes vices.

- C'est là que tu te trompes justement. Il est bien mieux que moi, en fait. Il essaie de devenir quelqu'un de meilleur et ça me terrifie, parce que j'ai peur qu'il se rende compte que je l'entraîne toujours de l'autre côté, pleura-t-elle.

- Tu ne m'entraînes pas de l'autre côté Blair, c'est grâce à ton amour si je suis capable d'avancer. C'est pour toi que je me bats chaque jours, pour toi que je veux devenir meilleur, et pour cet enfant que tu portes en toi, notre enfant, dit Chuck qui n'en pouvait plus d'entendre Eléanor la malmenée.

Elles se tournèrent toutes deux vers lui. Occupées à se disputer, aucune n'avait remarqué sa présence dans la chambre.

- Chuck, je sais que… commença Eléanor.

- Vous ne savez rien du tout ! Pas plus que mon père ne savait quand il me mettait en garde contre le fait d'avoir des sentiments. Ce qu'il y a entre Blair et moi dépasse tout ce que vous pouvez imaginer, la coupa-t-il, les yeux étincelants de colère. Et pour votre information, il n'est pas question qu'elle gâche son avenir. Nous serons heureux et même plus que ça, ne vous en déplaise. Alors, si vous souhaitez nous soutenir, c'est tant mieux, sinon, nous nous passerons de vous. On l'a bien fait jusqu'à présent, ça ne changera pas grand-chose de toute façon.

Il s'avança vers Blair et lui prit la main, elle se blottit tout contre lui. Cette dispute avec sa mère l'avait mise à bout.

- Maintenant, si vous voulez bien nous laisser, je crois que vous avez assez fait pleurer votre fille pour ce soir.

Eléanor était si estomaquée par ce que Chuck venait d'oser lui dire qu'elle sortit sans un mot.

- Je crois bien que c'est la première fois que quelqu'un réussit à lui clouer le bec, sourit Blair à travers ses larmes.

- Alors, il faudra qu'elle s'y habitue, parce que je ne la laisserai plus te traiter comme ça.

Blair se serra plus fort contre lui et posa sa tête contre son épaule.

- Elle a dit que je ne pourrais pas être une bonne mère.

- Si elle avait quelques compétences en tant que mère, je crois que tu le saurais, non ? Tu seras une mère fantastique Blair, ne la laisse pas instiller le doute en toi. Et tu ne seras pas seule, je serai là, je ne vais pas me défiler et je ne me lasserai jamais de toi, c'est tout simplement une chose impossible.

Il l'embrassa tendrement puis essuya les larmes sur son visage.

- Je suis contente que tu sois arrivé, dit-elle doucement.

- En fait, je te cherchais, se lança-t-il. J'avais quelque chose de très important à te demander.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle, curieuse.

Il planta ses yeux dans les siens et s'obligea à respirer le plus lentement possible tandis qu'il sentait son cœur à nouveau s'emballer dans sa poitrine.

- Veux-tu devenir ma femme et passer chaque jour du reste de notre vie avec un gars complètement dingue de toi ?

Blair sentit son pouls s'accélérer, elle pensait qu'il ne le lui demanderait jamais.

- Seulement si tu es prêt à passer chaque jour du reste de notre vie avec une femme aussi cinglée que toi.

- Est-ce que ça veut dire oui ? la questionna-t-il encore, en sortant la bague Harry Winston de son écrin.

- Oui, souffla-t-elle en l'embrassant.

Alors, donne-moi ta main, que je puisse enfin passer cette bague à ton doigt, dit Chuck en joignant le geste à la parole, avant de poser ses lèvres sur les siennes à nouveau.