Bonjour, bonjour,

La publication entre les chapitres est trèèès longue, mais il y a un réel travail derrière et j'espère qu ce chapitre vous plaira !

Bonne lecture !


Anastasia se trouvait dans son bureau lorsqu'une lumière dorée se manifesta. Elle se redressa aussitôt, surprise. Elle eut juste le temps d'identifier sa provenance qu'Athéna apparut mettant fin au halo lumineux avant de s'effondrer, épuisée. Anastasia eut à peine le temps de la rattraper avant qu'elle ne touche le sol.

- Je te remercie Anastasia, dit faiblement Athéna, laisse-moi juste le temps de retrouver mon souffle.

Elle tenta de se redresser par ses propres moyens avant de retomber dans les bras du Grand Pôpe. Athéna s'en voulait, elle n'aurait jamais dû pousser son corps dans un tel degré d'épuisement. Elle avait beau être une déesse, elle avait aussi besoin de repos. Elle ne s'était pas reposée une seule fois depuis les événements de l'hôtel et son corps la faisait chèrement payer. Anastasia ressentait une vive inquiétude, elle ne l'avait vu dans un tel état. Un tas de questions se bousculaient dans son esprit mais dans l'immédiat Athéna avait besoin de repos. Elle la souleva et l'emmena dans sa chambre malgré les faibles protestations de cette dernière.

Le retour de la déesse ne passa pas inaperçu. Tous les chevaliers avaient ressenti son cosmos et beaucoup d'entre eux se rendirent au palais dans l'espoir d'apercevoir Athéna. Ils voulaient savoir ce qu'il s'était passé, mais Anastasia les congédia. Athéna avait besoin de repos et avoir une foule de chevaliers paniqués devant sa porte n'allait pas l'aider. Elle leur ordonna de reprendre leurs activités. Le Grand Pôpe demanda également aux chevaliers d'or de renforcer la garde au sein du Sanctuaire. Elle ne savait pas ce qu'il s'était passé dans la demeure des Dieux, la prudence s'imposait. Les chevaliers d'or obtempérèrent malgré leur inquiétude pour leur déesse. Anastasia ne quitta pas le chevet de sa déesse.

Le jour qui suivit son retour, Athéna reprit conscience. La première chose qu'elle aperçut fut Anastasia lisant un livre. Elle remarqua ensuite qu'elle se trouvait dans son lit. Elle ne se rappelait pas s'être rendue jusqu'à sa chambre… Un léger fard illumina ses joues lorsqu'elle se rendit compte qu'elle avait succombé à la fatigue face à son Grand Pôpe. Elle se souvint alors de sa mission. Elle se redressa aussitôt, effrayant Anastasia qui, plongée dans son livre, ne l'avait pas vue se réveiller.

- Comment te sens-tu ? demanda aussitôt Anastasia d'une voix inquiète en se rapprochant du lit de sa déesse.

- Je vais bien, ne t'en fais pas Anastasia, répondit-t-elle avec son habituel sourire avant d'ajouter sur un ton plus sérieux, qu'est-il arrivé à tes cheveux ?

Anastasia la fixa quelques instants sans comprendre puis elle se rappela son malheureux accident.

- Hum, une nouvelle coupe, répondit le Grand Pôpe d'un ton évasif avant de poursuivre, mais plus important, que s'est-il passé là-haut ? Où sont Hadès et Poséidon ?

- Chaque chose en son temps, répondit calmement Athéna, pourrais-tu d'abord appeler tous les chevaliers, qu'ils soient présent ou non, au Sanctuaire ? Je dois faire une annonce de la plus haute importance.

Anastasia obtempéra aussitôt, bien qu'une centaine de question se bousculaient dans sa tête.

- Je m'en occupe, déclara-t-elle.

La déesse étant encore trop faible pour utiliser son cosmos, Anastasia se chargea de tous les contacter par télépathie. Elle fut brève :

« Chevaliers, vous devez tous vous rendre au Sanctuaire sur ordre d'Athéna »

Le message était bien trop court et elle savait qu'il avait dû encore plus les inquiéter. Contacter tous les chevaliers était habituellement réservé à Athéna. L'effort nécessitait trop de cosmos pour qu'un chevalier seul s'en occupe. Anastasia avait l'impression qu'elle allait tourner de l'œil d'un moment à l'autre. Le message avait quasiment entamé la totalité de ses réserves de cosmos. Athéna s'en voulait d'avoir demandé cela à son Grand Pôpe mais elle ne pouvait faire autrement, la situation était bien trop grave.

Lorsqu'Anastasia eut fini de reprendre son souffle, Athéna reprit la parole :

- Anastasia, je suis désolée de vous avoir inquiétés.

Son départ précipité ne lui avait pas laissé le temps de rassurer ses chevaliers. Il était impossible pour les dieux autres que son père de contacter une personne hors de l'Olympe. Zeus lui avait assuré qu'il avait envoyé un message mais connaissant Hermès, elle se doutait que cela n'avait en rien / pas aidé à dissiper l'inquiétude de ses chevaliers.

Elle lui raconta alors tout ce qui s'était passé sur l'Olympe. Elle ne lui cacha rien. Au fur et à mesure de son récit, elle vit Anastasia se raidir de plus en plus.

Lorsque la déesse lui révéla le retour des chevaliers, Anastasia n'aurait pu dire ce qu'elle ressentait exactement. Choc, joie, espoir, peur et colère s'étaient entremêlés, la laissant confuse. Elle resta silencieuse pendant un long moment. Une guerre se préparait contre un ennemi encore plus redoutable qu'elle ne s'en serait doutée et voir les dieux faire une alliance montrait à quel point la menace était terrible. Elle aurait du être sur le pied de guerre, réfléchir à des stratégies, préparer les chevaliers et pourtant elle restait là immobile avec une seule pensée en tête : elle allait revoir son maître. En dix ans il n'y avait pas une seule journée sans qu'elle ne pense à lui. Pourtant ce n'est pas de la joie qu'elle ressentait mais une angoisse profonde. Pour combien de temps allait-elle les revoir ? La guerre ferait des victimes. S'ils revenaient pour qu'elle les perde à nouveau, elle ne s'en remettrait pas. Poséidon et Hadès allaient eux aussi retrouver leur armée. Comme si toutes les précédentes guerres et souffrances n'avaient servi à rien. Les mêmes situations se reproduiraient-elles à nouveau ? Une main se posa alors sur son épaule. Athéna la regardait d'un air apaisant :

- Anastasia, ais confiance en moi. Je ne laisserai pas se reproduire les événements passés. Je ne suis plus aussi jeune et naïve.

Le fait d'entendre la jeune femme pleine d'assurance lui donna de l'espoir. Elle savait qu'elle ne prononçait pas ces paroles en l'air. Elle ne savait pas ce que l'avenir leur réserverait mais elle avait confiance en sa déesse.

- Et puis, ajouta Athéna avec un sourire, à l'époque je n'avais pas un Grand Pôpe aussi doué.

Anastasia n'en montra rien, mais ce compliment lui fit plaisir.


La salle du trône était bien plus spacieuse qu'on ne pouvait le croire car elle réussit à accueillir la chevalerie au grand complet. Les chevaliers attendaient patiemment l'annonce d'Athéna. Les bronzes légendaires s'étaient regroupés dans un coin de la salle. Ils n'avaient pas pu parler à leur déesse et s'inquiétaient. Ils avaient entendu qu'elle s'était rendue sur l'Olympe mais ils n'en savaient pas plus. Le chevalier du Phénix semblait un peu plus au courant mais il n'avait rien voulu dire et pas même Shun n'avait pu le faire changer d'avis. Il semblait encore plus renfrogné que d'habitude.

Un murmure s'éleva lorsque qu'Athéna suivie de son Grand Pôpe entra dans la salle. Elle attendit patiemment que le calme revienne. Hyoga regardait le Grand Pôpe avec une pointe d'appréhension. Leur dernière rencontre n'avait pas été des plus amicales. Il se demanda brièvement si elle lui en voulait encore, mais la connaissant il se doutait que la réponse était positive. Seiya lui n'avait d'yeux que pour Saori, cela faisait un an qu'ils ne s'étaient pas vu. Elle lui avait terriblement manqué. Lorsqu'elle croisa son regard et lui sourit, une chaleur familière enfla dans sa poitrine, Elle devenait de plus en plus radieuse chaque année.

Lorsque le silence revint, Athéna prit la parole :

- Mes chers chevaliers, si je vous ai réunis c'est pour vous annoncer une terrible nouvelle. Le Tartare a été profané et les êtres qui s'en sont échappés ont déjà mené des offensives contre le Sanctuaire. Lors d'une récente mission ayant pour but de récupérer le trident de Poséidon, un homme du nom de Macbeth a attaqué les chevaliers.

Isaya sentit la honte l'envahir à ces paroles. Athéna n'avait pas prononcé son nom mais les chevaliers allaient bientôt savoir qui était la coupable.

- Un enchaînement de circonstances a mené au réveil des dieux Poséidon et Hadès.

Si les chevaliers avaient eu l'air inquiet lors de l'annonce de la disparition d'Athéna, ce n'était rien à côté de ce moment-là. Un brouhaha enfla dans la salle, les plus jeunes chevaliers commencèrent à paniquer et les plus anciens n'avaient pas non plus l'air rassuré. Athéna tenta tant bien que mal de les calmer mais cela ne servit à rien. Un puissant cosmos glacial enfla à ses côté. La force et le froid de ce cosmos calma instantanément les chevaliers. Athéna regarda avec gratitude son Grand Pôpe qui avait ramené le silence. Elle poursuivit :

- Ils ne sont pas revenus en tant qu'ennemis. Ma présence à l'Olympe avait pour but de créer une alliance dans le but de combattre l'ennemi. Poséidon et Hadès ne constitueront plus une menace, ce seront des alliés. Et je vous demande, chevaliers, de coopérer avec eux.

La salle se remplit d'un concert de protestations. Ce que leur demandait leur déesse était inacceptable, comment pouvaient-ils oublier les années de guerre ? Les bronzes légendaires n'avaient aucune confiance envers les dieux malgré l'aide de Poséidon lors de leur combat contre Hadès, cependant ils avaient foi en leur déesse. Si elle leur demandait de coopérer, ils le feraient.

Athéna poursuivit :

- Cependant ce n'est pas la seule nouvelle. En vertu de cette alliance, Zeus a accordé à Hadès le droit et le devoir de ramener tout les soldats morts lors des guerres d'il y a dix ans.

A cet instant, on aurait pu entendre une mouche voler. Les chevaliers étaient en état de choc.

- Ainsi nous pourrons mener cette guerre et refermer le Tartare. Chevaliers, tenez-vous prêts à affronter l'ennemi ! Anastasia vous expliquera tous les détails concernant les préparatifs.

Athéna quitta rapidement la salle, avant que les chevaliers ne reviennent à eux et l'assaillent de questions. Ce n'était pas qu'elle ne voulait pas y répondre, mais elle voulait avant tout voir quelqu'un et tout lui expliquer. Elle chargea son Grand Pôpe d'y répondre.

Seiya avait remarqué le départ de Saori. Discrètement, il quitta la salle du trône et se mit à sa poursuite. Il la repéra dans le couloir.

-Saori attend ! cria-t-il alors qu'elle s'apprêtait à sortir.

Il la rattrapa et la serra aussitôt dans ses bras.

- Tu m'as manqué, lui dit-il doucement.

- Toi aussi, avoua-t-elle en s'y blottissant.

Ils restèrent ainsi un moment avant que Seiya prenne la parole :

- Raconte-moi tout, que s'est-il passé ?

Elle expliqua alors tout ce qui s'était passé ces derniers jours, sans rien omettre, y compris sa dispute avec Anastasia et l'impuissance qu'elle avait ressentie face à ses deux oncles. Seiya ne la lâcha pas un seul instant. Malgré qu'elle soit déesse et lui humain, ils s'aimaient sincèrement. Deux ans plus tôt ils s'étaient avoué leurs sentiments tels deux jeunes adultes. Avec lui, elle pouvait être Saori. Cependant cela lui était interdit et si Zeus l'apprenait, il n'hésiterait pas à les foudroyer tout les deux.

Ils avaient donc caché leur relation même auprès de leurs plus proches amis. C'était rare qu'ils puissent profiter d'être l'un avec l'autre et ils en chérissaient chaque instant.

Seiya l'écouta patiemment. Il la soutenait dans ces décisions, comprenant ses choix. Elle l'emmena ensuite dans un endroit où ils ne seraient pas dérangés et où ils purent poursuivre leur discussion.


Le vacarme dans la salle du trône ne s'était pas calmé. Les chevaliers discutaient entre eux, essayant de déterminer l'état de la situation. Ceux qui avaient connu la précédente génération se montraient très confiants quant à l'issu de la guerre. Les plus jeunes, eux, étaient inquiets quant aux conséquences d'une guerre. Cependant tous s'accordaient à dire que l'alliance avec Poséidon et Hadès était une très mauvaise idée.

Isaya voulu parler à Anastasia qui était restée dans la salle pour tenter de répondre aux questions des chevaliers. Elle passa sans s'arrêter devant un Kiki qui semblait en état de choc. La petite Lorélia essayait tant bien que mal de lui faire reprendre ses esprits. Narcissa et Kalinka ragotaient comme à leur habitude. Les précédents chevaliers étaient réputés de par leur force mais aussi pour leur beauté... Elles se mettaient au défi de qui en mettrait le plus dans son lit. Isaya ne put retenir un grognement devant le manque de respect évident des deux chevalières mais elle ne dit rien et poursuivit sa route. Elles plaignaient d'avance les chevaliers qui seraient victimes de leurs avances. Quand elle arriva devant Anastasia cette dernière était entourée de chevaliers qui la bombardaient de questions. Isaya se faufila dans la foule, n'hésitant pas à utiliser ses coudes pour avancer. Elle arriva face à Anastasia qui s'arrêta aussitôt pour fixer son amie :

- Ana, est ce que ça veut dire que Saga va revenir ? demanda Isaya d'une petite voix.

Anastasia voulu aussitôt rassurer son amie :

- Oui, mais ne t'inquiètes pas, tu ne perdras pas ton armure…

Elle vit au visage d'Isaya que ce n'était pas là le problème.

- Je dois te parler d'une chose, dit Isaya.

Anastasia sut aussitôt que c'était important. Elle quitta la salle avec la chevalière des Gémeaux, abandonnant les chevaliers qui posaient des questions auxquelles elle n'avait pas la réponse. Un concert de protestations enfla, mais elle leur avait donné leur consigne d'entraînement. Ils pouvaient se débrouiller seuls.

Isaya était nerveuse, elle s'apprêtait à lui révéler ce qu'elle lui avait caché pendant plusieurs semaines. Elle ne savait pas à quoi s'attendre, considérerait-elle cela comme une trahison ? Elle ne pouvait plus garder ça pour elle.

Anastasia l'emmena dans un magnifique jardin adjacent au palais qui, contrairement à celui des Poissons, était entretenu avec soin. Elles se dirigèrent vers une table où elles prirent place. Anastasia sentait que la discussion allait être longue.

Isaya s'assit et hésita. Anastasia ne la brusqua pas et attendit patiemment.

- Il y a quelque chose que je ne t'ai pas dit, commença Isaya, peu après que je sois arrivée au Sanctuaire tu m'as remis une lettre.

Voyant qu'Anastasia était perplexe elle poursuivit :

- Tu ne t'en souviens plus. Après me l'avoir remise, le sceau t'a tout fait oublier. Ce document avait été créé par Saga …

Elle poursuivit son explication. Anastasia semblait imperturbable derrière son masque et elle ne l'interrompit pas une seule fois.

- Et ainsi, Saga a sacrifié les dernières traces de cosmos pour me permettre de me réveiller.

Anastasia ne put cacher son étonnement, elle n'avait jamais entendu pareille histoire. Elle comprenait mieux le comportement étrange de son amie. Elle ne douta pas de ses propos, Isaya n'était pas du genre à mentir. Elle écouta son amie lui parler de Saga. Elle voulait se réjouir pour elle, après tout ce n'était pas tous les jours qu'on avait l'opportunité d'avoir un ancien chevalier d'or comme mentor. Elle ne voyait pas de menace pour le Sanctuaire dans ce qu'il s'était passé et cela avait permis de rendre Isaya plus forte.

- Je comprends, dit-elle enfin, cela a dû être dur pour toi, de ne pas pouvoir en parler … Et puis, tu ne pouvais rêver meilleur maître, c'était l'un des meilleurs chevaliers. Du moins, quand son autre personnalité n'essayait pas de te tuer …

Elle ne le connaissait pas personnellement, mais elle l'avait toujours trouvé majestueux dans son armure. À chaque fois qu'elle le croisait au Sanctuaire, elle était impressionnée par la puissante aura qui l'entourait. Ce fut un choc quand elle apprit ce qu'il s'était passé avant qu'Athéna ne reprenne le Sanctuaire.

Isaya sentit tout son corps se détendre face aux paroles d'Anastasia. Elle ne lui en voulait pas.

- Pour être fort, il l'était ! Je n'ai jamais réussi à lui faire perdre ses moyens ! s'exclama Isaya.

- Perdre ses moyens ? Quelle technique utilisais-tu donc ? demanda Anastasia d'une voix pleine de sous- entendus.

Les joues d'Isaya se colorèrent :

- Ce n'est pas ce que je voulais dire ! protesta Isaya, il est très fort et ses entraînements étaient implacables.

Pour avoir eu un maître comme Ikki, Anastasia comprenait. Cependant il était trop tentant de taquiner Isaya, c'était si facile, elle prenait tout au premier degré.

- De ce que je me rappelle, il était plutôt beau garçon, toutes les servantes du sanctuaire avaient des étoiles dans les yeux en l'apercevant, ajouta Anastasia.

- Oui, enfin non ! Ce n'était pas là la question et puis c'était un fantôme ! Et un chevalier ! Je ne me posais pas la question !

- Tu sais il n'est pas interdit d'avoir des relations aux Sanctuaire et puis maintenant que tu vas le revoir, tout est possible !

Comprenant enfin que son amie se moquait d'elle, Isaya se tut, quelque peu vexée. Elle n'avait jamais pensé à Saga de la sorte. Il avait été un respectable mentor pour elle et un ami, bien qu'ils n'aient que peu discuté.

- Je suis désolée Isa, c'était trop tentant, s'excusa Anastasia.

Isaya n'était que peu rancunière, elle pardonna facilement son amie.

- La raison pour laquelle je voulais te voir c'est que je ne sais pas comment je vais faire. Je m'étais préparée à ne jamais le revoir. S'il était déçu de moi ? Après tout c'est par ma faute, en partie, que Hadès et Poséidon se sont éveillés.

En l'entendant parler ainsi de Saga, Anastasia se rendit compte de l'affection qu'Isaya portait au chevalier. Elle comprenait le principe de cette technique, et ce qu'elle avait rencontré n'était qu'un fragment de cosmos de l'ancien chevalier, pas Saga lui-même. Elle s'inquiéta que son ami n'ait trop idéalisé Saga et qu'en le rencontrant tout cela s'effondre.

- Il comprendra que tu ne pouvais rien y faire. Nous sommes tous tombés dans le piège de l'ennemi sans rien y voir, mais je doute qu'il se souvienne de toi… Ce n'était qu'un résidu de cosmos, ce n'était pas vraiment lui … Mais voyons le bon côté, il pourra à nouveau t'entraîner ! ajouta Anastasia d'un ton qu'elle voulait enthousiaste.

Elle voyait bien la peine qui s'était dessinée sur le visage d'Isaya. Elle n'avait pas encore pensé à cette possibilité. Elle ne laissa pas la mélancolie l'envahir, elle était chevalier et ils étaient en guerre. Elle n'avait pas le temps de s'apitoyer sur son sort.

Elle se souvint alors que son amie avait côtoyé ces chevaliers. Elle l'avait dérangé avec ses propres problèmes sans prendre en compte les émotions d'Anastasia.

- Et toi, comment te sens-tu face à leurs retour ? demanda Isaya.

Anastasia ne répondit pas tout de suite. Elle sembla même se recroqueviller sur elle-même. Isaya ne s'attendait pas à cette réaction, ne devait-elle pas être joyeuse de cette nouvelle ? Intriguée, Isaya attendit que son amie prenne la parole.

- Je me suis résignée à ne plus les voir, donc ça m'a fait un choc d'apprendre leur retour. Bien sûr cela me fait plaisir mais je suis anxieuse, mon premier maître est l'un d'entre-eux, avoua-t-elle.

Isaya était toute ouïe. Anastasia n'avait jamais voulu lui parler de son premier maître, c'était de l'histoire ancienne. Suite aux confidences d'Isaya, elle décida de lever le voile sur une partie de son passé. Elle poursuivit donc sur sa lancée :

- À mon arrivée au sanctuaire, le Grand Pôpe m'a annoncé que je devrais prendre la relève d'un chevalier d'or à sa mort. Il avait estimé que j'avais du potentiel. Je suis donc devenue l'élève du chevalier qui m'avait trouvée à l'orphelinat. Les chevaliers d'or sont les piliers de l'équilibre du Sanctuaire. Refuser de prendre une amure d'or peut être considéré par certains comme une trahison… je redoute la réaction de mon maître quand il apprendra que malheureusement son armure n'a jamais brillé en ma présence et que je suis seulement devenue chevalière d'argent.

Isaya put voir le contraste entre elle et Anastasia. Elle qui n'avait pas été préparée à recevoir une armure d'or était devenue chevalier des Gémeaux contrairement à Anastasia qui était destinée à une armure d'or et qui était devenue chevalière d'argent. Elle voulut savoir la raison pour laquelle son amie avait fait ce choix. Quand elle lui posa la question, Anastasia répondit rapidement :

- Oh, tu sais, je n'avais pas vraiment le niveau requis …

Isaya se doutait qu'Anastasia ne lui disait pas tout. Après tout, elle était aussi puissante que les chevaliers d'or actuels. Elle avait pu le constater lors des entraînements lorsqu'elle l'avait mise au sol plusieurs fois. Elle n'avait jamais vu Anastasia utiliser réellement des techniques nécessitant d'utiliser le cosmos, mais de ce qu'elle en savait Anastasia était une redoutable guerrière. Son argument ne tenait pas la route. Cependant elle ne poussa pas son amie à en révéler plus. Elle se confierait lorsqu'elle se sentirait prête. Isaya retourna au sujet initial :

- Tu es devenu Grand Pôpe, n'est-ce pas le plus grand accomplissement possible ?

- Si la décision n'avait pas été prise à défaut d'autres candidats … marmonna Anastasia en pensant à Ikki.

Isaya ne sut quoi répondre. Elle connaissait les troubles qui agitaient Anastasia. Les événements récents avaient effrité sa confiance en soi. Anastasia n'était peut être pas un Grand Pôpe des plus conventionnels mais elle était appréciée des chevaliers et ils avaient foi en elle. Elle n'avait pas volé sa place. Rien de ce qu'elle pouvait lui dire ne la réconforterait pour le moment, mais cela ne l'empêcha pas d'ajouter :

- Peu importe la voie que tu as choisie, je suis sûre que ton maître sera fier de qui tu es devenue.

Voir la confiance que mettait Isaya dans ces paroles fit chaud au cœur d'Anastasia.

- Mon maître était Camus, le gardien de la maison du Verseau. Il était réputé pour être froid, insensible et très exigeant, dit Anastasia.

Isaya se mit soudainement à douter de ses paroles. Elle avait entendu parler de la précédente génération. Connaissant la personnalité d'Anastasia, elle n'aurait pas imaginé que son maître puisse être le chevalier du Verseau. Cependant Anastasia poursuivit avec une voie plus douce :

- Mais il était bienveillant et juste. Peu de gens le connaissaient réellement. Il se souciait toujours du bien- être des gens qui l'entouraient avant le sien. C'est lui qui m'a donné mon premier masque.

Sur ces paroles elle se leva et entraîna Isaya dans sa chambre. Elle chercha quelques instants avant de tomber sur une boîte. Quant à son amie, elle observa la pièce plus en détail. Elle était spacieuse. Un lit double avec des rideaux en guise de tête de lit se tenait au centre d'un mur en pierre. Les murs étaient vides et les quelques meubles n'arrivaient pas à combler le vide de la grande chambre. La pièce n'avait rien de chaleureux mais Isaya ne put s'empêcher de sourire, son amie y avait tout de même ajouté sa touche personnelle. Quelques piles de livres jonchaient le sol à différents endroits. L'armure d'argent de la colombe trônait sur une table.

Elle fut sortie de ses pensées par le bruit d'un coffre qu'on ouvrait. Elle se rapprocha d'Anastasia et regarda par-dessus son épaule. La boîte contenait un petit masque en argent où un flocon était dessiné sur la joue gauche. Isaya se rémora sa première visite du sanctuaire, elle comprenait mieux la réaction d'Anastasia à la maison du Verseau.

Anastasia tenait le petit masque face au sien. Isaya ne pouvait pas voir l'expression d'Anastasia mais elle voyait qu'elle était émue.

- Ça me fait bizarre de le revoir, je ne l'ai plus porté depuis sa mort, avoua-t-elle.

Lors de leur dernière discussion avant de partir en mission. Anastasia lui avait révélé la raison pour laquelle elle se masquait le visage. Isaya était tout de même curieuse :

- Tu n'as jamais dévoilé ton visage à quiconque ?

- À mon arrivée, le port du masque était obligatoire pour toute femme chevalier. Cela ne fait que quatre ans qu'on a la possibilité de choisir. Mais pour beaucoup d'entre nous ce masque n'est pas une manière de se cacher, il représente une fierté, celle d'appartenir à la chevalerie. On renonce à notre féminité pour servir Athéna.

Encore une fois, Anastasia ne disait pas toute la vérité. Pendant son entraînement, Isaya s'était rebellée contre cette obligation, l'enlevant à la moindre occasion. Son maître avait tenté de lui enseigner la nécessité de le porter mais il n'avait jamais trouvé les bons mots. Lorsqu'Athéna abolit totalement cette loi, Isaya fut l'une des premières à jeter son masque. Elle n'était pas d'accord avec les propos d'Anastasia, ne comprenant pas en quoi la féminité était un problème pour être chevalière, mais elle comprenait que d'autres chevalières puissent penser autrement. Elle ne se permettrait pas de discuter ce choix. Cependant Anastasia lui avait parlé de son passé, de sa peur de montrer son visage à cause de ses yeux et cela n'était en aucun cas lié à un désir de servir Athéna. Anastasia avait peur et Isaya n'allait pas laisser son amie dans cet état sans tenter de l'aider.

Anastasia, ne se rendant pas compte des pensées qui agitaient son amie, poursuivit :

- Quand je pense que je vais revoir l'autre abruti, s'exclama-t-elle.

Isaya regarda Anastasia d'un air interloqué :

- Quel abruti ? demanda-t-elle d'un ton perplexe.

Anastasia rangea le masque et se tourna vers Isaya.

- Milo, le meilleur ami de Camus. Lui aussi était chevalier d'or mais c'est sûr qu'on ne l'a pas pris pour son intelligence, plaisanta-t-elle.

- Ce Milo, qu'a-t-il fait pour s'attirer tes foudres ?

- Il me harcelait ! J'étais une pauvre enfant innocente.

Devant le regard choqué d'Isaya elle s'empressa d'ajouter :

- Dès qu'il le pouvait, il me faisait des farces ! Un jour il m'a offert une glace.

- C'est gentil ça.

- Elle était au goût piment… Elle était tellement forte que j'ai mis des heures avant de retrouver le sens du goût et c'était juste avant un banquet qui aurait sans doute été délicieux …

Malgré son masque, Anastasia exprimait des émotions tellement vivaces qu'il était difficile de ne pas rire devant son air de dépit.

- Raconte-moi comment était le Sanctuaire à l'époque, demanda Isaya.

- Je dirais qu'il était un peu plus vivant … Les chevaliers d'or avaient tous des personnalités différentes et la cohabitation n'était pas toujours évidente …

Anastasia lui raconta des anecdotes pendant toute l'après-midi. Bien qu'Anastasia râlait beaucoup Isaya savait qu'elle était heureuse de tous les revoir.

Pour la première fois depuis dix ans ce ne fut pas douloureux pour Anastasia de se remémorer cette époque. Elles parlèrent tout l'après-midi jusqu'au crépuscule. Lorsqu'Isaya s'apprêta à partir, Anastasia ajouta :

- Encore une chose Isaya, tu vas sans doute me trouver immature mais pourrais-tu garder mon identité secrète lorsque les chevaliers reviendront ? Je ne souhaiterais pas faire face à Camus lorsqu'ils seront tous présents. J'aimerais pouvoir me révéler quand je me sentirais prête.

Anastasia avait définitivement un problème avec son identité, d'abord le masque et ensuite ça… Isaya poussa un léger soupir, il allait vraiment falloir qu'elle aide son amie à un peu mieux s'accepter…

- On devra t'appeler comment ? demanda-t-elle d'un ton dubitatif, Grand Pôpe Francis ?

Anastasia n'avait pas vraiment réfléchi à la question.

- Je pense que Grand Pôpe suffira.

-Et pour le reste du Sanctuaire qui connait ton prénom, comment vas-tu faire ? Les empêcher de voir les chevaliers ?

- Ils ne savent pas que Camus était mon maître, riposta Anastasia, et puis je ne vois pas pourquoi ils leur parleraient du Grand Pôpe…

- Tu sais que ton idée va te revenir à la figure ? Tu ne penses pas qu'il risque plus de mal le prendre si tu lui caches ton identité ? Ne va-t-il pas demander de tes nouvelles à Athéna ? Devra-t-elle mentir ?

- Elle pourra lui dire que je suis en mission, protesta Anastasia, et puis ne discute pas autant, ne m'appelle pas Anastasia c'est tout ce que je te demande !

- Compris, Francis, dit Isaya.

Son amie qui se montrait si douée pour donner des conseils et élaborer des stratégies pouvait être tout autant butée. Elle ne la raisonnerait pas ce soir. Elle sortit du palais après avoir salué Anastasia.

Isaya décida pour une fois de ne pas s'entraîner. Sa discussion avec Anastasia lui avait rappelé le problème de cette dernière. La raison pour laquelle elle se cachait derrière un masque. Elle avait promis de l'aider.

Elle décida de se rendre au temple du Verseau. Anastasia lui avait dit que si elle avait besoin de n'importe quelle livre, elle pouvait le trouver dans cette maison. Elle n'y était jamais retournée, trop occupée par ses entraînements. La température chutait à chaque fois qu'elle traversait ce temple. Isaya supportait mal le froid et ne se s'y serait pas attardée habituellement.

Elle se dirigea vers la partie habitable. La porte grinça fortement lorsqu'elle l'ouvrit. Elle entra dans l'appartement. Les murs étaient recouverts de bibliothèques remplis de livres. Certains ouvrages semblaient avoir été empruntés, faisant des trous dans les étagères. Elle se doutait que la coupable était Anastasia, seule elle aurait osé ainsi déranger un temple qui n'était pas le sien. Elle-même n'y serait pas entrée sans une bonne raison. Elle commença à parcourir des yeux les différents titres. Il y avait des romans d'aventure, lui rappelant celui qu'elle avait laissé sur sa table de chevet, des encyclopédies, et tout un tas de livres différents. Cet endroit était le rêve des bibliophiles. Malheureusement, elle ne trouva aucun titre qui parlait du sujet qui l'intéressait. Elle poussa son exploration plus loin dans la maison, remarquant que les étagères étaient de plus en plus garnies. Apparemment Anastasia n'avait pas poussé ses explorations plus loin. Les livres étaient poussiéreux, intouchés depuis plusieurs années. Elle ouvrit une porte et se retrouva dans ce qui semblait être la chambre à coucher. Ici, l'ordre n'était plus respecté. Des livres étaient posés sur le lit et sur le sol. Personne ne semblait être entré dans cette pièce depuis plus d'une dizaine d'années vu la couche de poussière. Ce n'était donc pas Anastasia qui était responsable de ce bazar. Elle devina d'où son amie tenait sa maîtrise du rangement.

Elle ramassa un livre qui se trouvait à ses pieds dénommé «L'étranger » écrit par un auteur français au nom bizarre. C'était un simple roman, elle le reposa et poursuivit ses recherches. Il y avait une centaine de livres et elle ne savait pas ce qu'elle cherchait exactement. En tant que maître d'Anastasia, elle s'était dit que Camus se serait interrogé sur les croyances de son élève. Et c'est pour cette raison qu'elle s'était permise de fouiller le temple. Maintenant qu'elle était dans sa chambre et qu'elle se rendait compte du nombre de livres, elle se dit que son plan n'était peut-être pas si intelligent. S'il avait trouvé quelque chose de son vivant, il en aurait parlé à Anastasia. De plus, son retour était imminent et elle pourrait lui demander ce qu'il savait. Elle poussa un soupir et se dirigea vers la sortie. Elle aurait du réfléchir avant d'agir aussi impulsivement. Perdue dans ses pensées, elle ne vit pas le paquet posé au sol et elle ne s'en rendit compte que lorsque son pied buta contre. Elle se baissa et le ramassa. Comme la plupart des livres, il était couvert de poussière. Elle l'épousseta et toussa lorsque le nuage de poussière lui traversa les narines. Il n'avait pas été ouvert. Isaya déchira d'un geste le papier. Elle découvrit un magnifique ouvrage qui semblait très ancien. Un mot était posé dessus. Elle le prit. Il était écrit en français. Ce n'était pas sa langue natale mais avec ses maigres connaissances, elle réussit tant bien que mal à le déchiffrer :

« Mon très cher ami,

Comme tu l'avais si bien deviné le livre se trouvait dans le temple. Les gardiens n'étaient pas très heureux de nous voir, mais nous nous en sommes plutôt bien sortis. Christian a eu le bras cassé mais il s'en remettra rapidement, c'est un solide gaillard. Nous sommes sûrs de son authenticité mais il nous est impossible de le déchiffrer. Nous te l'envoyons en espérant que tu réussiras là ou nous avons échoué. Nous espérons qu'il t'aidera à résoudre ton problème.

Toute l'équipe t'envoie ses amitiés et espère que tu te joindras à nouveau à nous pour une expédition.

Henry »

Isaya reposa la lettre. Le mot était très personnel et elle s'en voulait de l'avoir lu. Le colis avait dû être envoyé peu avant les événements qui avaient coûté la vie de Camus. Elle reporta son attention sur le livre. La couverture était recouverte de cuir et des morceaux de métal recouvraient les bords. Il n'y avait rien d'écrit. Elle ouvra précautionneusement la première page. Son enthousiasme chuta rapidement. Les caractères qui recouvraient les pages appartenaient à un alphabet qui lui était inconnu. Elle feuilleta le livre, espérant trouver des illustrations qui lui permettrait de comprendre le sujet de l'ouvrage. Mais, l'auteur n'avait pas eu l'air de se soucier de la présentation.

Elle se retrouva alors au milieu de la pièce avec un livre qui aurait pu trouver une solution à son problème ou qui aurait pu tout aussi bien contenir la recette de la sauce béchamel ultime. Elle n'était pas très avancée …

« Cela intéressera sans doute Anastasia, je ferais mieux de lui ramener » se dit-elle.

Elle sortit du temple et vit que le soleil s'était couché depuis longtemps. Elle n'avait pas vu le temps passer. Elle déposa le livre devant la porte d'Anastasia, sans toquer. Elle se doutait que son amie était encore réveillée, mais si elle lui avait donné en main propre, Anastasia aurait posé des questions auxquelles Isaya ne préférait pas répondre. Elle aurait voulu savoir la provenance du livre et pourquoi elle voulait le lui faire lire. Isaya ne pouvait pas lui mentir. Elle laissa un papier demandant à Anastasia de déchiffrer le livre. Elle ne savait pas si son amie connaissait cette écriture mais cela ne coûtait rien de lui passer. Elle rentra chez elle.


Cela faisait des heures qu'Anastasia était enfermée dans son bureau. Avec les maigres informations en sa possession, elle avait tenté d'en apprendre plus sur l'ennemi. Le Tartare était rempli d'adversaires redoutables et savoir lequel en voulait aux dieux était une tâche quasiment impossible. En connaissant son identité ils auraient une idée sur son but et cela leur donnerait un avantage réel. Elle ne comprenait rien au plan de son ennemi. Pourquoi se révéler si tôt en attaquant le sanctuaire ? Pourquoi réveiller les dieux et leur permettre de faire une alliance, cela n'avait pas de sens … Elle sentait venir un profond mal de tête quand elle sentit le cosmos d'Isaya devant sa porte. Elle attendit que son amie signale sa présence mais elle était aussitôt repartie. Intriguée, Anastasia ouvrit la porte mais Isaya n'était déjà plus en vue. Elle remarqua le livre posé devant sa porte. Elle ramassa et lut le mot laissé sur l'ouvrage :

« Ana, je n'ai pas le temps de t'expliquer. Est-ce que tu arriverais à traduire ce livre ? Je n'arrive pas à le lire, mais il semble intéressant.

Isaya »

Elle connaissait son amie, elle savait qu'elle lisait de temps en temps, mais elle n'aurait jamais été intéressée par un ouvrage de ce calibre. Il y avait anguille sous roche mais elle le ramena quand même dans son bureau. Elle n'avait pas le temps de le lire pour le moment et elle le posa dans un coin.

Cette nuit-là, elle ne fit pas de réels progrès sur ses recherches. Elle était sur le point d'abandonner lorsqu'elle fut convoquée dans les appartements de sa déesse. Athéna souhaitait planifier au plus vite le retour des chevaliers. La lumière de la lune illuminait le sanctuaire, la plupart des chevaliers avaient regagné leur quartier. Anastasia ne croisa personne sur le chemin.

Elle arriva dans un petit salon. On y ressentait une atmosphère feutrée, propice aux discussions les plus privées. Athéna était déjà présente dans la pièce, une tasse de thé à la main. Elle fit signe à son Grand Pôpe de prendre place. Elle prit une gorgée de thé puis reposa la tasse sur la table avant de prendre la parole :

- Anastasia, je ne t'ai pas tout révélé, commença-t-elle, mais étant donné la quantité de pouvoir nécessaire pour faire revenir les chevaliers, Hadès devra venir directement au Sanctuaire.

Le poing d'Anastasia s'abattit sur la table, manquant de faire tomber la fragile porcelaine qui s'y trouvait.

- Il est hors de question qu'Hadès mette un pied dans le Sanctuaire ! s'écria Anastasia, ses spectres ont déjà profané ce lieu saint. Comment peux-tu être sure qu'il ne nous attaquera pas dès que nous aurons le dos tourné ?

- Il n'en fera rien, répondit calmement Athéna, il n'aura aucun soldat avec lui, pas même Pandore. Ses spectres ne lui seront rendus que lorsqu'il aura accompli sa part du marché.

- Pourquoi doit-il se rendre au Sanctuaire ?

- Mon cosmos est nécessaire au processus de réincarnation. Sans cela les chevaliers ne pourront pas retrouver leurs libres arbitres.

Voyant qu'Anastasia ne semblait toujours pas convaincue, elle poursuivit :

- Anastasia, nous avons juré sur le Styx, rien ne pourra rompre ce serment. Le seul danger serait que les chevaliers attaquent Hadès. Cela me coûterait la vie car ma part du marché serait rompue.

Anastasia jura à mi-voix. Dans quoi s'était encore embarquée sa déesse ?

- Comment ça ? demanda-t-elle, le serment n'implique-t-il pas seulement les dieux ?

- Ce n'est pas aussi simple. Tous les chevaliers qui se battent en mon nom me représentent. Un acte de violence généré par l'un d'eux reviendrait au même que si c'était moi qui l'avait provoqué.

- Comment as-tu pu mettre ta vie en jeu dans un pari si risqué ! Tu connais les chevaliers, certains sont très impétueux, tu ne sais pas comment ils vont réagir ! Hadès pourrait même utiliser cette part du marché pour les provoquer !

- Hadès ne le fera pas.

- Comment peux-tu te montrer si sûre ?

La voix d'Anastasia résonna comme une supplication. La situation était catastrophique et rien de ce que lui disait Athéna ne la rassurait. Comment pouvait-elle accorder autant de confiance au dieu qui ne souhaitait que la destruction de la Terre ?

- Il n'est pas impulsif. Nous sommes certes ennemis depuis des millénaires mais il ne me hait pas. Il se bat pour une cause que je ne peux lui permettre d'accomplir. Mais il existe un être dans le Tartare contre lequel toute la haine de Hadès est tournée et pour rien au monde il ne le laisserait s'échapper. Il a besoin de moi pour empêcher cela. Je parlerai aux chevaliers pour leur dire qu'aucune violence ne sera tolérée.

Anastasia restait sceptique mais elle ne pouvait s'opposer à Athéna. Elle savait que malgré son ordre certains chevaliers tenteraient tout de même de s'opposer à Hadès, il allait falloir qu'elle garde un œil ouvert.

- Quand arrivera-t-il ? demanda Anastasia.

- Demain, répondit Athéna.

Cela lui laissait une faible marge de manœuvre.

La déesse fit son annonce aux chevaliers. Il y eu encore une fois des protestations mais les chevaliers se plièrent rapidement aux ordres de leur déesse. Anastasia grommela dans sa barbe, quand c'était à elle de donner les ordres elle en avait pour plusieurs heures de plaintes et de réclamations. L'arrivée du seigneur des enfers se fit en petit comité, seules Athéna et Anastasia étaient présentes. Il devrait rester dans l'enceinte du palais tant que les préparatifs ne seraient pas finis. Le rituel serait effectué au lever du soleil. Anastasia attendait avec sa déesse, anxieuse. Elle avait dû retirer son armure et ne portait que son justaucorps. Athéna voulait accueillir seule son oncle mais son Grand Pôpe l'avait convaincue de la garder auprès d'elle. L'attente lui semblait interminable.

L'air se refroidit soudainement et un sinistre cosmos se répandit. Il arrivait. Hadès se matérialisa face à eux. Il avait gardé le même costume qu'à l'hôtel. Anastasia était rassurée qu'il n'ait pas décidé de mettre son armure divine, cela faisait déjà un danger en moins. Le visage du dieu était encore fermé. Il ne semblait pas heureux d'être là. Son regard croisa rapidement celui d'Anastasia avant de se poser sur celui d'Athéna.

- Je vois qu'on s'entoure de son chien de garde, remarqua Hadès.

Anastasia serra ses poings mais Athéna resta calme :

- Mon Grand Pôpe a le droit d'être présent à n'importe quel endroit du Sanctuaire, dit simplement Athéna. Quelles sont les mesures nécessaires au rituel ?

- Tu dois canaliser ton cosmos dans cet objet.

Il lui tendit une urne qui lui rappela morbidement celle dans laquelle elle avait été enfermée. Ils continuèrent à parler de certaines modalités. Lorsque la présence d'Anastasia ne fut plus nécessaire et qu'elle était sûre que sa déesse était en sécurité, elle s'éclipsa. Elle posta des chevaliers autour de la pièce afin qu'ils se tiennent prêts à protéger leur déesse. Elle ne supportait plus la présence d'Hadès, il fallait qu'elle sorte prendre l'air.

Elle se rendit dans le jardin qui entourait ses appartements. De là, elle pouvait observer le calme qui régnait sur le Sanctuaire. Ses émotions se bousculaient dans sa poitrine. Sa joie de bientôt revoir son maître, sa peur de la guerre qui allait venir, sa haine vis-à-vis d'Hadès. Seule la musique l'aidait dans ses moments-là. Elle lui permettait d'exprimer tout ce qu'elle avait enfoui au fond d'elle-même. Elle sortit son vieux violon et se mit à jouer avec pour seul public les étoiles. Le temps semblait s'être arrêté.

Hadès qui avait fini sa conversation avec sa nièce décida de regagner les appartements qu'on lui avait attribués quand il entendit une mélodie. Intrigué, il se dirigea vers la source de cet air qu'il ne connaissait que trop bien, l'Ave Maria. Il aperçut la jeune chevalière, qui se tenait plus tôt aux cotés de sa nièce, jouer du violon. Il avait reconnu la jeune furie qui lui était tombé dessus à l'hôtel. Lorsqu'elle jouait elle semblait si calme. Anastasia n'avait pas senti l'arrivée de ce nouveau spectateur. Il s'avança vers elle et elle ne le ressentit que lorsqu'il fut derrière elle. Anastasia se retourna soudainement et pointa son archet vers le nouveau venu. Un puissant cosmos émanait d'elle.

- Vous êtes bien insouciante pour menacer un dieu, dit-il d'un ton sarcastique.

- C'est un pur réflexe, veuillez m'excuser, répliqua-t-elle.

Suite à ses paroles, le cosmos de cette dernière s'évapora dans la nuit. Elle rangea son archer et se mit à le dévisager, que voulait-il ? Voyant qu'il ne disait rien, Anastasia reprit la parole :

- Vous n'avez rien à faire ici, c'est un jardin privé.

- Je voudrais bien vous voir m'en faire partir, dit-il avec un sourire narquois.

Il semblait prendre la situation comme un jeu et cela rendait folle de rage Anastasia. Elle ne supportait pas que le dieu l'ait entendu jouer.

- Vous avez passez un accord avec Athéna, il serait fâcheux de provoquer un incident en ces lieux. Je vous le demande encore une fois poliment, partez.

Anastasia ne mâchait pas ses mots et avait conscience d'être impertinente, mais cet être avait le don de la mettre hors d'elle.

Hadès s'amusait de plus en plus. Il ne lui arrivait pas souvent de tomber sur une mortelle aussi impertinente.

- Vous êtes bien sotte si vous croyez pouvoir m'interdire de me rendre où bon me semble.

Décidemment, le dieu avait vraiment décidé de la pousser à bout. Elle dut prendre sur elle pour ne pas lui répondre d'aller se faire voir.

- Nous pouvons demander à Athéna mais je ne suis pas sûre qu'il ne soit très judicieux de la déranger en pleine préparation du rituel, dit-elle du ton le plus poli qu'elle pouvait utiliser mais qui, même à ses oreilles, semblait faux. Souhaiteriez-vous le retarder ?

Il fronça de manière presque imperceptible ses sourcils. Anastasia sourit légèrement, elle aussi était capable de l'agacer. Sa question était rhétorique et elle ne s'attendait pas à ce qu'il réponde. Pourtant il reprit d'un ton calme :

- Pour rien au monde je ne retarderai mon départ de ce lieu, dit-il d'un ton où perçait le dégoût.

- Alors nous sommes deux, répondit Anastasia, je ne vois donc pas ce qui vous retient encore ici.

Il la regarda alors droit dans les yeux. Elle avait l'impression que son regard traversait son masque et qu'elle se retrouvait nue face à lui. La sensation était tellement désagréable qu'elle détourna les yeux avec un frisson de dégoût.

- Vous, les chevaliers, comprenez-vous vraiment cette justice que prétend apporter Athéna ou la suivez-vous comme des chiens dans l'espoir de comprendre la volonté d'un dieu qui vous sera à jamais inaccessible, dit-il froidement, vous vous cacher vous-même derrière un prétexte pour cacher votre propre lâcheté.

Chaque mot sonnait comme une insulte. Anastasia ne supportait pas de l'entendre ainsi dénigrer son Sanctuaire.

- Je ne vois pas en quoi parler au nom de ma déesse serait une excuse, dit-elle en le fixant à nouveau droit dans les yeux.

- Je ne parlais pas de celle-ci.

Il s'approcha d'elle à une distance beaucoup trop proche pour qu'elle se sente à son aise. Il promena son doigt le long de son masque. Anastasia sentit son sang se glacer. Elle recula précipitamment.

- Aucun de mes spectres ne cache son visage pour tenter de flatter l'égo d'une divinité qui n'aurait aucune confiance en sa suprématie.

- Fort heureusement je n'en suis pas un, répliqua-t-elle, je ne vois donc pas la raison pour laquelle je devrais discuter de mes choix. Je n'ai aucun compte à vous rendre et je ne pense pas qu'une personne aussi égoïste que vous soit capable d'en comprendre les subtilités.

Elle sentit une brusque pression sur son visage et son masque disparut. Elle fixa le dieu, trop choquée pour réagir.

- Je m'attendais à un visage laid, dit simplement Hadès le masque en main, mais votre face/faciès est des plus banales.

Elle le lui arracha de la main:

- Vous êtes vraiment un monstre, retournez donc en enfer puisque c'est là votre place.

Anastasia partit précipitamment sans attendre la réaction du dieu.

Hadès resta quelques instants dans le jardin. Cette discussion l'avait distrait de son ennui.

Il retourna dans le palais pour poursuivre les préparatifs sans se rappeler de la raison pour laquelle il s'était arrêté dans le jardin.


Isaya était restée dans son temple. Elle savait qu'Hadès était au Sanctuaire avec Athéna, mais Anastasia avait ordonné aux chevaliers d'or de garder leur maison jusqu'à nouvel ordre. Elle avait accepté sans rechigner mais intérieurement elle bouillonnait. Savoir Athéna seule avec lui sans pouvoir la protéger …

Aucune nouvelle ne lui parvenait et le seul moment qui l'inquiéta fut lorsqu'elle ressentit le cosmos d'Anastasia exploser brièvement avant de s'éteindre. Il n'y eut pas d'autre alerte et elle resta dans sa maison. La nuit passa lentement puis laissa place au jour. Elle ressentit alors un cosmos d'une puissance inouïe. Elle reconnut le cosmos de sa déesse mêlé à celui d'Hadès. Cela ne dura pas longtemps et le calme revint sur le Sanctuaire mais elle savait que ce n'était qu'en apparence. Elle ressentait la présence de puissants cosmos provenant du palais. Le rituel avait marché. Elle dut prendre sur elle pour ne pas se précipiter vers le palais. Elle ne fut pas surprise d'entendre la voix d'Athéna dans sa tête :

« C'est l'heure »

Sans plus réfléchir elle se téléporta vers le palais. Quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver nez à nez avec douze chevaliers d'or en armure qui la regardaient avec étonnement. Elle croisa le regard d'Athéna :

- Chevaliers, je vous présente Isaya chevalière des Gémeaux.