Epilogue
La maison bleue entourée par la forêt enneigée, avec ses bow-windows et ses toits pointus, ses colonnes blanches et ses ardoises claires, ressemblait à une carte postale dans la douce lumière de fin d'après-midi. Les fenêtres étaient garnies de guirlandes de houx et de clochettes brillantes, on apercevait entre les rideaux le sapin décoré en rouge et or, les chaussettes en laine suspendues le long du manteau de la cheminée où pétillait un bon feu, les tableaux chaleureux, la table recouverte d'une nappe damassée sur laquelle restaient encore le service à thé et les reliefs des treize desserts, les confortables sofas sur lesquels s'entassaient de multiples coussins brodés, l'elfe de maison ratatiné qui étendait avec tendresse un plaid sur les genoux de Drago Malefoy endormi dans son fauteuil.
Sous le porche, de mini traineaux d'argent faisaient la course en tintinnabulant autour d'un gros buisson de gui. Le jardin était entièrement recouvert de neige immaculée et seul un rétroviseur rose qui émergeait d'un tas rond permettait de localiser la Coccinelle. Deux traces de pas s'éloignaient dans le virage de l'allée qui descendait en pente douce jusqu'à la route. Au-dessus de la maison, le ciel était merveilleusement bleu et on entendait des oiseaux pépier quelque part dans les arbres revêtus de magnifiques pendeloques de glace.
Remus Lupin tapota la tête de Milo qui venait de le rejoindre en bas des marches du perron, le nez enfoui dans son écharpe, ses cheveux blonds dépassant en mèches inégales sous son bonnet.
- C'était un merveilleux Noël, Wendy, dit-il en souriant largement. "Merci de nous avoir invités. Je crois que notre jeune ami a beaucoup apprécié."
Milo hocha vigoureusement la tête. La mère d'Arthur et Euphrosine sourit tout en acceptant le châle que Scorpius Malefoy déposait sur ses épaules après avoir tiré la porte pour ne pas laisser entrer l'air vif dans la maison.
- Alors il faudra revenir l'année prochaine et sans qu'on ait besoin de vous inviter cette fois, dit-elle en agitant le doigt à l'attention du chasseur de mystères qui prit un air penaud. "N'oublie pas de refaire escale ici avant de repartir en Angleterre.
- Je n'y manquerai pas, assura Remus. "Mais mes chers parents vont devoir attendre encore un peu, je n'en ai pas tout à fait terminé ici…"
L'ombre qui passa rapidement sur son visage n'échappa pas à Scorpius dont les yeux gris se plissèrent.
- Sois prudent, Remus. Les gens aiment rarement que l'on aille fouiller dans leur linge sale et plus on est haut placé, plus on a de secrets honteux. Prends garde de ne pas t'attaquer à plus gros que toi.
- Je ferai attention, promit le jeune homme très sérieusement, sous les regards un peu étonnés de Wendy et de son fils.
- En tout cas, si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à nous faire signe, intervint Arthur quand il fut certain que Malefoy n'allait rien ajouter." Je serai en Arkansas dans les deux prochains mois, en mission sous couverture, mais Euphrosine aura plus de liberté – et je ne crois pas qu'elle verra d'inconvénient à aller faire un saut à Portland..."
Scorpius émit un léger grognement et Wendy pouffa discrètement de rire. Remus acquiesça en souriant, serra la main que lui tendait Arthur, puis se ravisant tout à coup, attira le jeune homme à lui, le coinça sous son bras et lui shampouina la tête avec son poing.
- Ne fais pas de bêtises en mon absence, gamin.
Arthur se dégagea en riant et asséna une bourrade dans l'épaule de celui qu'il avait toujours considéré comme un frère aîné.
- Prends soin de toi, Junior.
Il remonta sur le perron, échangea une plaisanterie avec Malefoy, déposa un baiser spontané sur la joue de sa mère, puis se retourna pour faire un signe d'adieu.
Remus sentit son cœur se serrer en les contemplant tous les trois.
Scorpius avait passé son bras autour des épaules de Wendy. Ses longs cheveux blancs tombaient sur sa redingote noire. Le bouc grisonnant qu'il laissait pousser arrondissait un peu son menton et lui donnait l'air plus doux.
De petites mèches folâtres s'échappaient du gros chignon sur l'oreille de la femme. Elle resserra son châle sur sa robe en laine bleu lavande, leva la tête un instant pour sourire à son fils, arquant son sourcil en accent circonflexe. Elle avait toujours l'air aussi jeune, malgré le temps qui passait.
Arthur avait mis les mains dans les poches de son jean. Son pull à col roulé noir faisait ressortir ses yeux verts et sa tignasse ébouriffée. Il avait davantage la carrure d'Harry Potter, avec des hanches fines et le torse un peu trapu, plutôt que la silhouette haute et mince de son père, mais Remus ne pouvait s'empêcher de voir Albus se tenir là, souriant et paisible, aux côtés de ses deux meilleurs amis...
Il avala sa salive, ferma les yeux un instant, puis les rouvrit et salua joyeusement, avant de s'engager dans l'allée pleine de neige qui descendait vers la Route de la Pantoufle Rose, bordée de sapins et de buissons saupoudrés de blanc.
Milo s'était changé en tigre et flairait quelque chose – les traces d'un oiseau ou d'un écureuil. Son poil était tout bourru. De temps à autre, il levait délicatement une patte et la secouait, plissant les yeux et couchant une oreille, pour se débarrasser des cristaux humides qui s'accrochaient entre ses coussinets. Il s'aperçut que le chasseur de mystères avait continué sa route en sifflotant, frottant ses mains gantées pour les réchauffer, et le rejoignit en quelques bonds.
En bas, à côté du portail, ils retrouvèrent Constantin et Euphrosine qui s'embrassaient comme si c'était la fin du monde, à côté d'un buisson de roses rouges mouchetées de poudreuse.
Remus les observa quelques instants avec indulgence, puis il toussota poliment et ils se séparèrent, un peu haletants – le flic de Portland avec des yeux brillants qui ne cadraient pas avec son habituel figure imperturbable et la jeune femme avec des joues presque aussi enflammées que la chevelure qui cascadait sous sa toque de fourrure blanche.
- Je vous signale que le beau-frère est en haut avec un chronomètre, dit le chasseur de mystères d'un air goguenard. "Il ne va sans doute pas tarder à trouver que ça dure trop à son goût."
Milo reprit forme humaine et vint se coller contre Constantin, levant son visage fin vers Euphrosine par-dessous le bras de son protecteur.
- Oh, Arthur n'a pas intérêt à dire quoi que ce soit, dit celle-ci légèrement. "Je connais un ou deux secrets embarrassants à son sujet, que je pourrais soudain avoir envie de partager."
Elle sourit gentiment au garçon.
- C'était super de t'avoir avec nous pour Noël, Milo. J'espère que tu t'es bien amusé et que tu n'as pas oublié tous les cookies que Nestor avait préparés pour toi.
- Ils sont dans mon sac, dit Constantin. Il ébouriffa doucement la frange blonde qui dépassait du bonnet. "On les partagera avec les autres en arrivant à la Grande Maison. Tu as hâte de revoir les autres, Milo ? Et Rosalie ?"
L'enfant qui avait commencé par hocher lentement la tête, agita frénétiquement le menton de haut en bas et quelque chose qui ressemblait à un sourire illumina son visage.
Constantin sourit aussi – de cette drôle de façon qui retroussait un coin de sa bouche et montrait ses canines pointues.
- Tu aimes bien Rosalie, hein ? T'es pas le seul, mon gars.
- Hum. Qui est Rosalie ? demanda Euphrosine d'un ton qui se voulait détaché et y échouait complètement.
Le flic de Portland se pencha et l'embrassa à nouveau.
- C'est un peu notre mère à tous, répondit-il en se redressant.
- Ah, dit le jeune femme d'un air embarrassé et ravi à la fois, en tortillant le bout de sa manche comme une collégienne.
Remus mit les mains dans ses poches en faisant rouler ses yeux.
- On peut y aller, maintenant ? soupira-t-il. "Ce n'est pas comme si vous n'alliez pas vous revoir avant des années."
Ils l'ignorèrent superbement, aussi il lâcha un soupir et échangea avec Milo un regard résigné. L'enfant répondit avec le geste universel du "on n'y peut rien" et Constantin se mit à rire.
Le bus arriva sur ces entrefaites et ils montèrent à bord. Euphrosine resta sur le bas-côté de la route, sautillant dans la neige pour se réchauffer, à leur faire de grands signes du bras jusqu'à ce que le virage et la forêt saupoudrée de blanc ne la cachent à leurs yeux.
- Chouette famille, dit alors le flic de Portland.
Le chasseur de mystères hocha le menton.
- Oui, dit-il fermement.
Pendant que Milo dormait, à nouveau changé en tigre, roulé en boule, la tête sur les genoux de Constantin et dissimulé aux yeux des autres voyageurs par le pardessus noir de Remus, les deux hommes refirent le point sur les recherches qu'ils avaient menées séparément en décembre et sur celles qu'ils avaient l'intention d'entreprendre en janvier.
- Je pense être sur une piste, mais je t'en dirai plus quand je reviendrais du New Jersey, conclut le chasseur de mystères.
- Méfie-toi. Le laboratoire clandestin que tu as découvert à Beacon Hill n'était peut-être qu'un début. S'ils ont l'intention de reproduire ces expériences en grand…
Constantin n'acheva pas sa phrase, mais sa main se crispa sur le dossier du siège devant lui et ses griffes, inconsciemment sorties, déchirèrent la peluche violette.
- Ce sont des monstres, souffla-t-il.
- Je l'espère, souffla Remus sombrement. "J'espère de tout mon cœur que nous avons affaire à des cinglés et non pas à une opération officielle…"
Dehors, la neige s'était remise à tomber et des flocons tourbillonnaient
- Je n'ai rien pu dire à Euphrosine, murmura le flic. "J'avais peur que cela la mette en danger."
- Tu as bien fait. Elle et son frère ne sont pas encore prêts à douter de leur gouvernement, soupira le chasseur de mystères. "Je n'ai rien dit à Arthur non plus. Mais je pense que Malefoy a compris…"
Constantin gratta doucement la tête de Milo qui remuait dans son sommeil et le tigre se mit à ronronner.
- Il fallait s'y attendre. Peut-être qu'on aurait dû carrément lui demander de nous aider…
Remus secoua farouchement la tête.
- Non. Il ne fait plus partie des services secrets. Il a fait son temps. Inutile de le mettre en danger. On n'a pas besoin qu'une nouvelle tragédie vienne frapper cette famille.
Il se radoucit, considéra tristement le tigre.
- Peut-être que je n'aurais pas dû t'embarquer là-dedans. Tu as beaucoup de monde à protéger et si…
- Ne t'inquiète pas pour ceux de la Grande Maison, coupa Constantin. "Ils ont les moyens de se défendre. Et tu ne m'as embarqué dans rien. J'ai fait mon choix, Lupin. Je n'ai pas peur."
Dehors, le ciel était devenu gris et la neige semblait plus dense. A la gare routière de Greyhound, Remus accompagna le flic et l'enfant jusqu'au sous-sol, d'où partirait la prochaine navette pour Denver, Colorado. Le chasseur de mystères avait l'intention de transplaner juste après leur départ.
La nuit était tombée, même s'il n'était pas très tard, et il faisait un froid vif. Sous les arcades de béton, les lampadaires diffusaient une lumière orangée terne et déprimante. Le parking était complètement vide, à l'exception d'un petit fourgon noir.
Remus plaisanta, disant qu'ils auraient toute la place pour eux dans le car. Milo frottait ses yeux ensommeillés et Constantin ôta son sac à dos pour lui donner un cookie.
Puis tout bascula.
Les phares du fourgon noir s'allumèrent brusquement. Ils reculèrent, éblouis. Remus chercha instinctivement sa baguette mais n'eut pas le temps de la saisir. Trois claquements secs fusèrent. Constantin reconnut le bruit alors qu'il tombait déjà – des tranquillisants. Des bottillons noirs entrèrent dans leur champ de vision, quelqu'un jappa un ordre bref, des mains les saisirent, les traînèrent, les soulevèrent, les jetèrent dans le fourgon.
La dernière chose que vit Milo avant de perdre conscience fut deux yeux jaunes cruels qui le fixaient avec intérêt.
Les portes claquèrent et le moteur rugit.
Sous les arcades baignées d'une lueur orangée, il n'y avait personne quand le car vint se garer quelques minutes plus tard. Le chauffeur en descendit, fit quelques pas en bâillant. Sa semelle crissa sur quelque chose et il jeta un coup d'œil distrait vers le sol.
Ce n'était rien.
Haussant les épaules, l'homme jeta un dernier coup d'œil alentours pour s'assurer qu'il n'y avait pas de voyageurs, puis il remonta à bord, patienta encore quelques minutes, puis prit le départ.
Sur le parking vide, il ne resta plus qu'un cookie écrasé.
FIN DE L'ÉPISODE
(Mais ce n'est pas la fin de l'histoire.)
On se retrouve dans :
ADIEU, ETRANGER
Le prologue est déjà en ligne !
Si vous n'avez pas encore trouvé le grand méchant du tome 5 (qui, pourtant, est parmi nous depuis le début… si, si…) vous devriez pouvoir le repérer plus clairement dans l'épisode qui vient. Nous n'aurons pas encore toutes les réponses, mais je pense qu'à ce stade vous devriez pouvoir deviner certains des enjeux terribles de la bataille finale…
Comme nous avons beaucoup été dans le point de vue d'Euphrosine, on va voir les choses davantage du côté d'Arthur cette fois-ci. Et il se pourrait bien que ce soit son tour de tomber amoureux…
Un personnage invité d'un autre fandom viendra nous rejoindre – et vous ne devriez avoir aucune peine à le/la reconnaître ^^
Au programme, beaucoup de moments très mignons, on devrait rire aussi et puis… bon, je n'ai plus besoin de vous dire de préparer vos mouchoirs, je suppose.
Quant à l'ennemi que nos héros affronteront en Arkansas… il devrait donner de sacrés frissons à certains d'entre vous…
Encore merci d'avoir été là avec moi pendant cette aventure !
