Chirurgie

Un silence pesant régnait dans l'habitacle de la limousine qui les emmenait vers la clinique privée H. Greenberg. Blair serra les doigts de Chuck, emprisonnés dans les siens. Elle avait l'impression qu'elle allait défaillir. Ce n'était pourtant pas le moment de faire un malaise.

Elle posa sa tête sur l'épaule de son fiancé et s'obligea à respirer le plus calmement possible. Tout allait bien se passer. Les tests qu'Élisabeth avaient effectués en Suisse avaient été refaits à la clinique new-yorkaise, elle était compatible à 100 %.

Le grand-père de Macy avait lui-même décroché son téléphone pour les faire passer en priorité. Et d'aucun dans la clinique au nom de son aïeul savait que Charles Bass était donc assez «proche» de la famille Greenberg, ce qui ne ferait qu'accentuer leurs attentions déjà nombreuses.

Elle jeta un œil à sa future belle-mère. Quelle chance ! Elle allait en avoir deux pour le prix d'une ! Mais elle saurait parfaitement s'entendre avec elles, c'était déjà le cas d'ailleurs.

Élisabeth, assise en face d'elle, regardait défiler les rues de Manhattan, les mains un peu crispées sur ses genoux.

Cela s'était passé mieux que Blair ne l'avait escompté. Elle avait cru qu'elle devrait batailler avec Chuck bien plus que ça. Il pouvait être si entêté parfois, et agir ainsi contre ses propres intérêts, juste par réflexe de protection.

Heureusement, il avait mûri. Les épreuves qu'ils avaient traversées les avaient fait grandir tout les deux. Ils ne pouvaient plus se permettre de jouer quand il était question de survie au sens littéral du terme.

Et puis, il y avait désormais une autre vie qui dépendait d'eux. Chaque choix, chaque décision qu'ils prendraient dorénavant impacterait automatiquement celle de leur bébé.

Sa mère avait raison, la pression était énorme. Elle avait un peu peur de ce qui se passerait ensuite, mais dans l'immédiat sa seule préoccupation était la transplantation. Tant qu'il lui tiendrait la main, elle pourrait venir à bout de n'importe quelle tâche, y compris celles qui incombaient à une maman.

Chuck resserra son bras autour des épaules de sa fiancée. Il arrivait à peine à respirer. Il déposa un baiser dans la chevelure de Blair pour y respirer le parfum de son shampoing. Ça l'enivrait toujours autant et il y trouva la force de prendre une nouvelle inspiration. Il remplit ses poumons d'air tandis que l'odeur se propageait dans ses narines, lui faisant tourner la tête.

La main de Blair se colla encore un peu plus contre la sienne, il ne savait pas si c'était possible mais en tout cas, c'est l'impression qu'il eut. Elle était là, tout contre lui. Et elle serait là quand il se réveillerait. Elle ne le lâcherait pas. Ils allaient se marier, avoir ce bébé et ils seraient heureux… Ils seraient heureux. Ils vivraient un bonheur sans nuages. Plus de jeux, plus de peur, juste leur amour qui s'épanouiraient au jour le jour.

Il sursauta quand la portière de la limousine s'ouvrit dans le parking de la clinique.

Il croisa le regard de sa mère. Elle était venue ! Pour lui ! Elle acceptait de lui faire don d'un organe, alors qu'elle n'avait jamais accepté de le voir grandir.

Blair tira un peu sur son bras pour qu'il la suive à l'extérieur du véhicule.

- Je t'aime, chuchota-t-elle à son oreille, frôlant à peine sa pommette de ses lèvres.

Il l'attira à lui et emprisonna sa bouche sous la sienne, mettant dans ce baiser toute la force de son amour pour elle.

- Je t'aime aussi, dit-il le cœur battant. Je t'aime tant, si tu savais.

- Je le sais, répondit-elle en plongeant ses yeux dans les siens, lui rendant son baiser.

En pénétrant dans le hall, main dans la main, ils tombèrent sur Jack, accoudé au comptoir de l'accueil.

- Élisabeth, dit celui-ci avec un regard plus qu'amical.

- Jack, répondit-elle avec un petit sourire sec et pincé, s'avançant vers la jeune femme en blouse qui les attendait ce matin.

Celui-ci reporta toute son attention sur les jeunes fiancés.

- J'ai entendu dire que les félicitations étaient de rigueur, dit-il en regardant la pierre qui brillait au doigt de Blair.

- Merci. Pour tout, dit-elle sincère.

- Mais il n'y a pas de quoi, je suis certain que tu auras pleins d'occasions de me remercier pendant que Chuck sera en convalescence, et s'il ne s'en sort pas, je pourrai toujours te consoler, répondit-il avec un regard lubrique.

- Même pas en rêve, grinça son neveu.

- L'espoir fait vivre, regarde Toi, répliqua l'horrible tonton avec un petit sourire. Maintenant, si tu le permets, ou non d'ailleurs, je vais accompagner ta mère, il ne faut jamais négliger aucune option.

Il s'éloigna pour rejoindre Élisabeth qui suivait déjà une infirmière vers sa chambre.

- Je suppose que c'est sa manière de nous souhaiter bonne chance et de nous soutenir, marmonna B.

- A la manière de Jack Bass, commenta Chuck.

Lorsqu'ils arrivèrent dans sa chambre, ils étaient déjà tous là.

- Charles, murmura Lily en l'enlaçant tendrement, incapable de dire quoi que ce soit d'autre.

- Laisse-en un peu pour les autres, dit Serena, après quelques instants, en s'incrustant dans les bras de son frère à son tour.

- Hé ! Je n'ai pas l'intention de mourir, et de toute manière, c'est trop tard maintenant pour que je vous ajoute sur mon testament, crana-t-il en répondant tout de même à l'étreinte de la jolie blonde.

- J'espère bien, railla cette dernière, ma salle de bain ne serait plus la même si mon frère ne venait plus s'y incruster.

Elle détourna la tête pour essuyer une larme qui s'accrochait à ses cils et vit Lisa, qui les regardait à quelques pas de là. C'était son frère à elle aussi, bien plus que le sien, au niveau de la génétique.

- Viens, souffla-t-elle, en lui faisant signe d'avancer de la main tandis qu'elle s'écartait un peu de leur frère.

Cette dernière vint s'insérer entre eux et s'accrocha au cou de Chuck, qui les enserra toutes les deux dans ses bras plusieurs minutes.

- Monsieur Bass, dit une infirmière depuis l'entrée de la chambre, mettant ainsi fin aux embrassades, le chirurgien passera vous voir d'ici une demi-heure.

- Bon, dans ce cas, on va te laissez, dit Lily en prenant son fils par les deux bras pour déposer un dernier baiser sur sa joue.

Ils sortirent tous à la queue leu-leu, sauf Nate, qui s'approcha de son meilleur ami.

- Tu ne vas pas m'enlacer, toi aussi, bougonna Chuck.

- Viens ici, dit son meilleur ami en lui faisant l'accolade.

- Je m'en doutais ! s'exclama Chuck, en feignant de râler.

- T'as intérêt à être d'attaque quand tu reviendras tout à l'heure, parce que je n'ai aucune envie de tenir ma promesse, répliqua le jeune Archibald le plus sérieusement du monde.

- Moi, non plus et je ne compte pas avoir besoin de tes services, à part pour organiser mon enterrement de vie de garçon.

- T'inquiète pas pour ça, j'ai déjà ma petite idée là-dessus, répondit Nate avec un sourire. Mais tu devras attendre le jour J pour savoir ce que c'est.

Il ne s'éternisa pas plus car il voyait Blair s'impatienter près de la porte, qu'elle referma soigneusement derrière lui, avant de se blottir dans les bras de Chuck.

- N'oublie pas : jusqu'à ton dernier souffle, dit-elle en caressant son visage.

- Jusqu'à mon dernier souffle, répondit-il en l'embrassant comme un fou, la serrant tout contre lui.